I. aa
Si ce passage ne paraissait pas assez clair , le suivant ne laisserait aucun doute sur l'opinion de Des» cartes, a La notion de l'exigence j ' dit^il dans sa réponse à d'autres objections y est une notion primi* tive qui n'est obtenue par aucun syllogisme ; elle est évidente par elle-même , et notre esprit la découvre par intuition. Si elle était le fruit d'un syllogisme , elle supposerait la majeure, tout ce qui pense, existe j tandis que c'est par elle que nous parvenons à ce principe (i).
hanc majorem supponere , qui cogitât , est , atque ita me jam aliquod prsjudicium induisse. Quâ in re prœjudicii voce iterum abutftur. £tsi enim enunciatio itla ita nnncupari.queat cùm sine attentione proferbir, aut ided tantùm vera «sse credicur quia talis anteà judicata fuit; praejudicium tamen cùm expenditur appellari non débet, propterea quôd animo tam evi- <dens appareat ut ab éâ credend^ sibi temperare nequeat ; cùm forte dé illà tùm primùm cogitare incipiat , ac proindè mentem prSBJudicio imbulam nondùm babeat. Sed pnecipuus huas auctoris in bâc materiA error bic est , quôd enunciationum particularinm cognitionem semper ex uni' versalibus , secundùm syllogismorum dialecticas ordinem , deducendam esse suppoiiat. Quâ in re seqaomodo teritas indaganda sit ignorare prodit Constat enkn inter omnes philosophes , ad eam inveniendan initium semper à notionibus particidanbus fieri debere , ut posteà ad universale accedatur; quamvis etiam redprocè, universalibus inventis, ali» particulares indè deduci queant. Ilà si pifer in geometriSB démentis instituendu^ sit , hoc primùm générale y si ab œqualibns «qiialift demas , qu» rémanent erunt «qualia, aut totnm singulig suis partibus majus est^ non capiet, nisi particularibus exemplis illustretur. Ad quod cùm non atteuderet iste auctor, in tôt pàralogismos incidit, quibus libri sui molem auxit. Passîm enim minores finxit » eas mibi tribuit , quasi verîtates quas expBcui indè dedoxissem. {Epistola in qud ad epilomen prœcipuarum Pétri Gas* sendi InstarUiarum respondetur, — Édit. franc., t. a, p. 3o3.)
(i) Cùm advertimus nos esse res cogitantes, prima quaedam notio est quœ ex nuUo syUâgisoio concluditur ; neque etiam cùm quis dicit, e|^ Cogite, ergo svaiy aiye exislOy existestiam ex cogitatione per syllogismum
DU COGITO, ERGO SUM* * 33g
Descartes s'exprime partout dans le recueil de ses réponses avec la même précision ; « la lumière natu* relie fait voir que rien n'a pas d'attributs , que toute qualité suppose un sujet (i). »
On dirait qu'il a peur de n'être pas compris, tant il met de scrupule à s'exprimer avec clarté. Ce qu'il a dit jusqu'ici ne lui paraît pas suffisant; il craint qu'on ne soit pas encore bien convaincu qu'il admet l'idée de la substance comme une idée première; après avoir montré qu'elle ne peut être l'ouvrage du raisonnement, il ajoute qu'il ne faut pas non plus l'attribuer à la réflexion , mais à une opération antérieure à la réflexion , opération dont on peut bien renier des lèvres le résultat^ mais sans pouvoir l'arracher de son entendement et de sa croyance (a),
deducity sed tanquam rem per se liotam simplici mentis iatuitu aposdt, ut patet ex eo cpiod si eam per syllogismum deduceret , novisse priùs debuîsset istam majorem , iOud omne quod cogitât, est^siveexistit, at qui plrofectè ipsam potiùs diicit ex eo quôd apud se experiatur fieri non posse ut cogitet Bisi existât ; ea enim est natura nostr» mentis ut générales propositiones ex particularium cognilione efformet. ( Responsio ad secondas ohjectiones, •>- Édit. franc, tom, i, p. 4^7.)
(1) Omnis res cui inest aliqua proprietas, sive qualitas , sive attributum , cujus realis idea in nobis est , \ocatur substantia. Neque enim ipsius substantia précisé sumptœ aUam habemus ideam quam quod nt res , in quft formaliter vel eluinenter existit illud aliquid quod percipimus , sive quod est objectivé in aliquà ex noslris ideis, quia naturali lumine notum est nuHum esse posse nifaili attributum. ( Rationes Dei existentiam et animœ à torpoire dUHnctionem probantes , more geometrico ditpositœ. — - Édit. tranç., tom. i,p. 43.3.)
(a) Verom quidem est neminem posse esse certum se cogitare , nec se existcre, nisi sciât quid sit cogitatio , non quod ad boc requiratur scientitf rellexa , vel per demonstralionem acquisita , et muUô minus scientia sf ieiH
34o ' SUR LE VRAI SENS
Reste à savoir maintenant pourquoi Descartes n'a point exposé dans ses Méditations cette théorie intéressante , et si elle est en harmonie avec l'ensemble de la philosophie cartésienne. Une connaissance approfondie du véritable objet des Méditations et de la philosophie de Descartes résout facilement cette question.
Le vrai but des efforts de Descartes fut de donner à la philosophie un point de départ scientifique , en l'appuyant sur un principe ferme et inébranlable : et comme l'existence personnelle échappait seule à l'hypothèse du doute universel où Descartes s'était placé, l'existence personnelle fut pour Descartes ce principe indubitable sur lequel il éleva sa philosophie. Cette philosophie est une chaîne immense dont le premier anneau repose sur l'existence de l'ame, qui de là atteint l'Être des êtres, et dans ses amples circuits embrasse l'universalité des phénomènes et des lois de la matière. De l'existence personnelle, ou de l'humanité. Descartes monte à
tiœ reflexaô per quam sciât se scire , iterumque se scire , atque ità in infinitum , jqnalis de nuUà unquam re haberi potest. Sed omnino sufficit ut id sciât cogilalione iilà interna, quœ reflexam semper antecedit, et quae omnibus huminibus de cogitatione atque existentià ilà innata est, ut quamvis forte prœjudiciis obruti , et ad verba magis quam ad verbonim significationes attenti, iingere possimus nos illam non habere, non possimus tamen rêvera non babere. Cùm itaque quis advertit se cogitare, atque indè sequi se existere, quamvis forte nunquàm anteà qusesiverit quid sit cogitatio nec quid existeutia^ non potest tamen non utramque satis nosse , ut sibi in bac parte satisfaciat. ( Respomio ad sextas oèjec^ tiones, — Édit. franc., tom. a , p. 333.)