XXXV
Sur la musique : ^ .
K Le musicien ne doit pas seulement rechercher (t l'harmonie , mais aussi des pensées nobles ; car « la musique s'adresse particulièrement à la nature « humaine. Les animaux n'y sont pas insensibles et a y prennent quelque plaisir; mais ce n'est pas i< seulement pour procurer des impressions sem- « blables à celles qu'ils éprouTent, que la musique « doit être cultivée. Elle doit porter à l'âme des « sentiments sublimes^ rejeter les fables qu'on ra- « conte des dieux , et ne pas nous apprendre que « les héros versent des larmes^ ni même que les « honames mangent et boivent ; car c'est là le pro- « pre de k nature animale à laquelle la musique ne « s'adresse point. » (^f «t|. vi. )
« Loin d'étjre ingrats envers les dieux , auteurs « de l'existence , on entre au contraire daps leurs (c me», lorsqu'on subordonne l'existence à la vertu; « car les dieux ont joint dans notre âme au senti- « ment même de l'existence des idées générales qui (c nous élèvent à la vertu. C'est donc en vue non « de l'existence toute seule^ mais de l'existence ver- « tueuse , qu'ils nous çnt donné des âmes raisonce nables pour que nous puisions nous appliquer « au bien. » (^p*|. xxxviii.) .
« Socrate, dans le Gorgias, renvoie Càlliclès au u propos des femmes qui disent qu'on meurt 1ch*s^ « que l'heure est venue; et c'est en effet une opi- « nion de femme que tout se fait selon la destinée^ « et rien par notre liberté propre. Ne croyez pas « que l'homme soit tout entier soumis au destin ,
3S6 OLYMPtODORE,
u car, après tout, le destin lui-même relève de la « Providence, Ik rS^ ^rpùpoietf S^nrAi. » (tp*^. XXXIX. ) (1 )
Nous espérons qtie ces extraits de la partie philosophique du commentaire d'Olympiodore ne paraîtront pas tout-à-fait indignes du Gorgias^ ni même , sous les réserves convenables, inutiles à la philosophie de notre, temps. Il n'en est pas de la morale comme des autres sciences : sa gloire est d'aToir été presque achevée de bonne heure. Le Gorgias et la République en ont à jamais posé les fondements, et le génie qui respire dans ces deux écrits immortels, n'est pas tout-À-fait éteint dans ce commentaire du vi'' siècle. Au milieu des subtilités verbales, de la prolixité de la composition,* et de la feiblesse habituelle du style, se montrent de temps 611 temps quelques phrases heureuses qui réfléchissent quelque chose dé la noblesse et de l'élévation de la pensée première. Peut-être aussi , parmi les meilleurs morceaux de ce commentaire, se tronvet*il plus d'un emprunt à des écrivain^ antérieurs ; car Olympiodore lui-même nous avertijfc dans rii> Iro^uction que plusieurs critiques avaient déjà commenté le Gorgias , que tous l'avaient considéré sous un point de vue incomplet et exclusif, et qu'il s'est appliqué a combiner tous ces points vue. U n'est àovïù pas impossible que plusieurs des paisees
(t) Sur le rapport de la liberté humaine, du destin et de la Providence, voyez Proclus, de Providentiâ et fato et eo quod in nobis, tome i" de notre édition.
que nous avons extraites du oommentaire d'Olympiodore appartiennent à quelqueMim de sesprédé^ cesseurs*
Après avoir fait oonnaitre la partie {Jiilosophique de ce commentaire, et avant de passer aux documents qu'il peut fomnir pour l'histoire de la philosophie ancienne, nous allons le considérer sous un point de vue qui tient ^à*la-ibis de la philosophie et de l'histoire, c'est-à-dire la mythologie. Elle faisait une partie essentielle de la ]Ailosophie alexandrine, et elle a donné lieu, dans ces derniers temps, à des questions du plus haut intérêt. Quel était le fond de la foi des Alexandrins? Croyaient-ils ou ne croyaient-ils pas aux dieux du paganisme? Les superstitions qu'ils défendaient étaient-elles en eux un reste de la vieille foi populaire ou seulement l'enveloppe artificielle d'une doctrine philosophique? Il n'y a point de questions plus importantes pour l'intelligence des premiers siècles de notre ère. Or nous ne connaissons aucun ouvrage alexandrin qui jette plus de lumières sur ces questions» Olympiodore s'explique avec une franchise et une netteté parfaite, et comme il avait sous les yeux tous les commentaires antérieui^, qu'il met à profit et qu'il essaye de combiner, on peut regarder ses explications mythologiques comme le dernier mot de la philosophie alexandrine à cet ^ard. C'est donc ici un des derniers alexandrins qui nous expose luimême et dans ses principes et dans ses détails le système mythologique de l'école néoplatonicienne.