OLYMPIODOREy
Pythagore c^t l'inventeur du mythe philosopha que ; et c'était aussi* presque un principe pour Platon de mêler un mythe à chacun de ses grands dialogues. Le Gprgias est, comme lé Phédon, terminé par un mythe célèbre auquel Olympiodore ne pouvait pas ne pas consacrer un long commentaire. Ce commentaire embrasse les cinq dernières leçons y savoir^ les leçons 46» 47» 48» 49 et 50. Noas donnons ces cinq leçons presque sans aucun retranchement et sans aucune remarque» aimant mieux laisser subir au lecteur la manière un peu diffuse d'Olympiodore que d'altérer l'impression de l'original.
U^H. XXXXVI , fol. 72 verso à 74 verso.
« Puisque Platon raconte un mythe» cherchons, « 1°. ce qui porta les anciens à l'invention desmyw thesj 2°. quelle est la différence entre les mythes « philosophiques et les mythes poétiques; 3*^. quel i< est le but de celui du Gorgias.
a 1 ''• Les mythes se rapportent d'un côté à la naît ture extérieure» et de l'auti'e à notre âme.
li Voici comment les mythes se rapportent à la a nature. Les choses invisibles se concluent des cho- (c ses visibles» les incorporelles des corporelles, (c Nous voyons des corps soumis à des lois» et nous a concevons qu'une puissance incorporelle y pré- « side. Nous voyons maintenant que notre corps se a meut» et ensuite» après la mort, qu'il ne se meut
« plus ; nous comprenons par là qu'une puissance
« incorporelle était la cause de ses mouvements.
ce Ainsi les choses visibles et corporelles nous font
u croire aux choses invisibles et incorporelles. Or
ce les mythes ont été inventés pour que nous allions
ce de ce qui est apparent à ce qui est invisible (1 ).
c( Quand on nous parle , par exemple, des adulte-
u res, de la captivité, des blessures des dieux/de la
« mutilation de Gronos, etc., nous ne devons point
ce nous arrêter à ces dehors, mais pénétrer jusqu'à
ce la vérité qu'ils cachent.
ce Les mythes se rapportent aussi à notl*e âme. ce Dans notre enfance , nous vivons selon l'imagi-^ ce nation, et l'imagination se prend aux formes. ce L'emploi des mythes est destiné à satisfaii^e cette ce faculté. Le mythe n'est autre chose qu'une fie*ce tion qui représente la vérité sous une image (2)'. ce Si donc le mythe est l'image de la vérité, et si ce l'âme est l'image de ce qui est au-dessus d'elle ce dans l'ordre des êtres, c'est avec raison que l'âme ce aime les mythes; c'est l'image qui se complaît ce dans l'imagel -
ce 2**. Quelle est la difi*érence entre les mythes ce philosophiques et les mythes poétiques? '
ee Les uns et les autres sont réciproquement in<^ ce férieurs sous un rapport, et supérieurs sous un
(1) Fol. 73, lin. i : •« fitvêot ytyivtcnf tm itt rSf Çtttfêfcitttt
(2) FoL 74, lin. 10 : « ftv^os ovitit irtpif ta-rtv tj xiyoç -^tv^nç
390 OLYMPIODORE,
4c aulre. Le mythe poétique est supérieur eu ce (c qu'on est comme forcé d'écarter l'envelof^pour K pénétrer jusqu'à la vérité qu'il eontient : sonabfc surdité m^e empêche qu'on ne s'arrête à ce qui i< est apparent , et oblige à chercher la vérité ca- (c chée. D'autre part il est inférieur en ce qu'à lari- « gueur l'homme simple qui s'arrêterait à l'appafc rence, et ne chercbei^ait pas ce qui est caché au ir fond du mythe» pourrait être induit en erreur; le H mythe poétique peut tromper une âme sans excc périence. Aussi Platon a-t-il banni Homère de H SA République, à cause de cette sorte de mythes : (i les jeunes gens» dit-il» ne peuvent comprendre de (c telles fables ; car les jeunes gens ne savent point K distinguer ce qui est allégorique de ce qui ne l'est cf pas» et ce qui s'est une fois mis dans leur mémoire « est ineffaçable. Platon veut donc qu'on leur ence seigne d'autres mythes. Pans les mythes philoso- M phiques» au contraire» même en s'arrêtant aux ic apparences» l'esprit n'éprouve rien de très-Ûcr cheux. En effet» les mythes supposent sous la terre (C des supplices» des fleuves, etc. Or» en prenant H luéme à la lettre ces récits» on ne tombe point « dans une^erreur nuisible. Mais l'infériorité de ces ce mythes consiste en ce que l'on se contente soute vent de leurs dehors» parce qu'ils ne sont pas ab- « surdes^ et qu'on n'en cherche pas toujours le vrai (C sens.
« On emploie encore les mythes philosophiques, « pour ne pas divulguer ce qui ne pourrait être
SUR LE GOR61A5 DE PLATON. 39l
« compris. Gomme dans les cérémonies relif^ieuses « on Yolle les instruments sacrés et les choses mys- « térieuses , afin de les dérober aux regards des « hommes indignes , ainsi les mythes enveloppent « la doctrine, afin qu'elle ne soit pas livrée au pre* « mier venu (1). En outre ^ les mythes philosophie « ques se rapportent aux trois puissances de l'âme^. « Si nous étions une pure intelligence sans imagier nation , l'esprit , uniquement occupé des choses u intelligibles, n'aurait pas besain de mythes. Si, i< au contraire, nous étions tout*-à-fait privés d'in- « telligence , si nous n'avions d'autre faculté que « l'imagination, les mythes suffiraient à tous nos « besoins; mais nous avons en nous l'intelligence, « l'opinion, l'imagination. Voulez-vous vous con- « duire d'après Fintelligence ? vous avez la voie de c( la démonstration. D'après l'opinion? vous avez ce celle du témoignage. Par l'imagination? vous « avez les mythes. Ainsi tous les besoins de l'honune « sont satisfaits.
(c 3°. Quel est le but du mythe du Gorgi^u?
« Cozmne il faut avoir devant les yeux le cnonde, « ç*est4i-dire l'ordre et non le désordre, de même « il faut penser, non pas aux juges particuliers* de ce cette vie, (JLtfiKoi hKA^rtu^ mais aux ji^es univerce sels, KA^oh^Kfii ifx^vrifi qui jugent l'âme après sa
(1) Fol. 73 à verso, lîn, 15 : ««Trcpy^p httfolçvtiTî U^artxa ïrojc* éîtSvrafi ovrat f^ cvr«tfô» wfùtuLXttfif/tttru^ tirif oi ftvBùt rSv
392 OLYMPIODORE ,
f( sortie du corps, et traitent chacun selon son méa rite. La rhétorique nous défend devant les trii( bunçux humains; mais devant le tribunal des tt juges universels, celui qui a bien vécii gagnera sa u cause, et la rhétorique est inutile, car ils sont in- « corruptibles. Telle est l'intention immédiate du r< mythe du Gorgias*
u Platon rapporté des mythes en plusieurs ence droits. On en trouve un dans le PoUtique, savoir, a que jadis, dans l'âge^l'or, le mouvement des corps c( célestes n'était pas tel qu'il est aujourd'hui ; que n celui des planètes était contraire à celui des étoiles w fixes; qu'il n'y avait ni été ni hiver. II y a un myi( the sur l'amour dans le Banquet, il y en a un i< dans la République^ un dans le Phédon, deux H dans le Gorgias^ celui qui nous occupe et un au- (f tre moins étendu.
a Tout mythe ne se rapporte pas à l'autre vie, et a ne s'appelle pas vîKvi<ti on n'appelle ainsi que les « mythes où il s'agit spécialement des destinées de « l'ftme (1). Celui du Politique n'est pas de ce i< genre , il parle seulement des corps célestes. Ce- H lui du Banquet n'en est pas non plus. Trois seu- K lement se rangent sous ce titre : celui de la Béi< publique, car le mythe de la République traite des u âmes ; celui du Phédon, et celui du Gorgias, a Dans le Phédon, Platon parle des lieux où se su-
(1) Fol. 74, lin. 22 : Ov w£o^ fivBûTrotfti 9^ ttKvtu êtf-riv, «AA'
cf bissent les châtiments; dans la République, des i< âmes qui sont jugées ; ici des juges eux-mêmes. »
np«{. XXXXVII , fol. 74 verêo à 76 verso, ce Axoue JVf> ^eeo'/} ^kaka icaAou Ao^ou — touto^k /s
« ^iKAO'Tetî M KpovQv. » « Ecoute donc y comme oh « dit 9 un beau récit ^ que tu prendras^ à ce que « j'imagine, pour une fable^ et que je crois être un ce récit très-véritable: — Sous le règne deSa- (c tume.... » Traduction de Platon^ tome III^ page 403-404.
ce Socrate, qui s'attache au fond des mythes sans (c s'arrêter à l'extérieur, dit que, dans sa pensée, ce ce récit est vrai; mais que pour Galliclès, ce n'est ce qu'une fable.
ee Les philosophes ne reconnaissent qu^une cause ce suprême de toutes choses , qui a donné naissance ce a toute la nature , et à laquelle ils n'ont pu imce poser un nom. Mais cette cause unique ne dirige ce pas immédiatement les choses de ce monde ; il ce serait contre l'ordre que nous fussions gouvernés ce directement par la cause première elle-même ; ce car autant la cause est supérieure a l'effet, autant ce l'effet est inférieur à la cause. Il faut donc que ce la cause première agisse d'abord sur des pui»ce sances supérieures a l'humanité, et qu'à leur tour ce celles-ci agissent sur nous , car nous sommes le ce dernier degré de l'univers j et il devait en être ce ainsi , afin que le monde ne fût pas imparfait. Il
394 OLYMPIODORB ,
« y a donc d'aiulres puissances snpérieuFes , que les a poêles appellent chaîne cCor, à cause de leur cona tinuitë.
a Là puissance première est l'intelligence; après u elle vient la puissance qui donne et entretient la « vie y et ensuite toutes celles qu'on désigne par ce des noms symboliques. Il ne faut pas se troubler n de ces noms de Gronos et de Jupiter^ mais re- (c chercher quel est leur sens. Il ne faut pas croire (i que ces puissances sont des essences propres et H distinctes les unes des autres ^ mais il faut les a placer dans la cause première, comme ses divers a points de vue, et dire qu'il y a en elle des puisce sances intelligentes et vitales (1). Quand nous H parlons de Gronos, que ce nom ne nous trouble H pas : pénétrons-en le sens. Gronos est l'intellitf gence pure (2). Ge nom désigne donc la puisce sance intelligente. Aussi les poètes disent qu'il a dévore ses enfans et les vomit ensuite. En effet, (( l'intelligence se replie sur elle-même; elle cbercc che, et elle est elle-même ce qu'elle cherche (3). « G'est pour cette raison que Gronos est repré- <f sente dévorant ses enfants ; et il les vomit parce
(1) Fol. 75 : M9 yo/AiÇi rtturitç rttç ^vnifttts ïzttifi^ttts «"«^^^
atrtm,
f2) Kpo»«f ù Kùfùç voSç^ ù îTTtf l tcadttftç,
Ç^tf/rscf, LMotellIgence absolue est , en langage motlerne, l'identité du sujet et de l'objet de la pensée.
i< <fae non-«eulement l'intelligence conçoit et en*- « flinte^.inais produit et forme (1). C'est ce qui « fait donner à Gronos l'ëpithète de iyKvxifAnrtfy a parce que le crochet se replie sui^ lui-même. «Gomme il n'y a rien d'irrëgulier, de nouveau « dans l'intelligence^ on la représenté sous la forme « d'un ' vieillard. Voila pourquoi les astrologues « disent que ceux à qui Gronos est favorable nàis^ K sent sages et prudents. Jupiter s'appeUe Zcvr en «tant que puissance vitale (de^r) et Aior parce a qu'il donne ( J'iJ'mrt ) la vie par lui-*méme. Le soc< leil est porté par quatre coursiers qui repré^ « sentent les deux équinoxes et les deux solstices. « Il est jeune à cause de la force de ses rayons. La « lune est traînée par deux taureaux : ils sont ce deux à cause de sa croissance et de son décrois- « sèment. Ce sont des taureaux, parce que, de u même que les taureaux labourent la terre , de « même la lune gouverne le monde terrestre. Le (c soleil est mâle , la lune femelle , parce qu'il ap « partient au mâle de donner , à la femelle de re-fc cevoir; le soleil donne la lumière, la lune la i€ reçoit. Il ne faut donc point se troubler de ces a récits des poètes.
a Platon dit que Jupiter, Poséidon et Pluton se « partagèrent l'empire qu'ils avaient reçu de Gro-^ « nos. Il n'emploie pas un mythe poétique , mais « un mythe philosophique; aussi ne dit-il pas.
(1) ]Noti-seulemeDt elle est substance, mais elle est cause.
396 OLYMPIODORB ,
i< comme les poètes ^ qu'ils ravirent l'empire à Gro- « nos y mais qu'ils le partagèrent. Partage ou loi, M même chose (vifJLoç de vs//^). La loi, c'est le (c partage fait par l'intelligence. Or, Cronos stgni- « fiant, comme on l'a dit, l'intelligence, c'est de « lui que vient la loi.
c( L'utiivers se compose de trois choses : les cé- « lestes, les terrestres et les intermédiaires, qui ce sont le feu, l'air, l'eau. Jupiter préside aux K choses célestes , Pluton aux choses de la terre : le u règne intermédiaire est soumis à Poséidon. Ces (c noms désignent les puissances préposées à ces « différentes natures. Jupiter tient un sceptre, (c signe de ses fonctions de juge ; Poséidon est armé ce d'un trident , comme présidant aux trois élé- « ments intermédiaires; Pluton porte un casque, i< à cause des ténèbres de son empire. Comme le <c casque cache la tête , ainsi Pluton est la puisée sance e|ui préside aux choses obsenires. Ne croyez ee pas que les philosophes adorent des idoles, des ee pierres comme des divinités ; mais l'humanité (e étant soumise aux conditions de la sensibilité et (e ne pouvant atteindre aisément à la puissance ce incorporelle et immatérielle, les images ont été ee inventées pour en éveiller ou en rappeler le (e souvenir; en regardant œs images naturelles, en ee leur rendant hommage , nous pensons aux puisée sances qui échappent à nos sens (1).
(1) Km fittf fûftt^iTt «Ts «l Çi?^0o^Ç«t >JBo»ç rtfiSa-t tC r» u^&^€ àtç Ulm^ «AA* iwîti^ii Mer' mtrûtfrif I^Srrtç ci i^uftc/utBu iÇtxtaitu
(c Les poètes disent encore que Jupiter eut de ce Thëtis trois filles ^ Eunomie^ Dicëe, Irène. Eu- « nomie règne dans le ciel fixe ; là le mouvement « est continu et toujours le même ; il n'y a point (( de diversité (1). Dans la région des planètes haie bite Dicée ; là il y a distinction entre les astres, i< et la distinction appelle la justice distributive , « laquelle rend à chacun ce qui lui appartient. « Dans cette même région habite . Irène ; car il y a a combat y et par conséquent la paix est néces- (c saire : il y a combat entre le chaud et le froid , (c l'humide et le sec; mais quoiqu'il y ait combat, « il y a harmonie. Voilà ce que disent les poètes. « Quand ils nous montrent Ulysse errant sur les « mers par la volonté de Poséidon , ils veulent dire « que la manière d'être d'Ulysse n'était ni terrestre, a ni céleste, mais mitoyenne : car Poséidon préce side à l'ordre intermédiaire. Ainsi, nous apcc pelons fils de Jupiter celui qui ordonne son âme i< selon le ciel ; fils de Fluton , celui qui vit d'une « vie terrestre ; fils de Poséidon , celui qui suit les « lois de l'ordre intermédiaire. Vulcain est une (C puissance préposée aux coi*p5 ; c'est pour cela qu'il (f travaille avec des soufflets , h ^uVce/f, c'est-à-ciire, « iv Tttif ^vffiaiVi avec les productions de la nature.
(C Puisqu'il est Ici question des îles Fortunées ,
(i) âù^i}f i'ti^ftifttvov.
398 OLYMPIODORE y
« de la justice , du châtiment , de la prison y faisons a connaître chacune de ces choses. Les géc^raphes (c disent que les îles Fortunées sont dans TOcéan, a et que les âmes yertueuses vont y habiter après ce la mort; mais il faut savoir que les philoso* ce phes comparent la vie humaine a la mer ; car, « comme la mer , elle est sujette au trouble, elle (c est amère et semée d'écueils. Les lies dominent « la mer et s'élèvent au-dessus d'elle; aussi les « poëtes donnent le nom d'iles Fortunées à cette (c manière d'éti^ qui s'élève au-dessus de cette vie « et de la génération. Il en est de même des ce Ghamps-Êlyséens. Hercule exécuta le dernier de ce ses travaux dans les régions de l'Occident , c'estce ànlire epi'après avoir achevé cette vie ténébreuse ce et terrestre , il vécut ensuite à la lumière da ce jour y au sein de la vérité.
ce Mais qu'est-ce que la prison où s'inflige le chftce timent? Les philosophes pensent cpie la teri^e est ce percée de trous comme la pierre^ponœ^ et que ce ces trous pénètrent jusqu'à son centre. La, sont ce des lieux divers, les uns glacés, les autres ence flammés. Des puissances charoniennes y présifc dent, comme le prouvent les exhalaisons de la ce terre. Ce lieu est appelé le Tartare. Les âmes ce des méchants y demeurent jusepi'à m que leur ce enveloppe ( le char qui les portait, ^x^^^^. Avrif) ce ait satisfait à la justice. Le coupable enchaîné ec est retenu immobile. En efiet, une fois arrivé dans ce le Tartare, il perd tout mouvement ; car c'est le
« centre de la terre, et il ne peut tomber plus bas. « S'il continuait de se mouvoir, le mouvement « serait ascendant , puisque , après avoir atteint « le centre, il ne pourrait que remonter. Voilà « pourquoi s'y trouve la prison gardée par les dë^ i< mons et les puissances terrestres. Car ce sont les u démons, J'AtfAOfteiJ'uf ^wâiauc^ que désignent le u chien Cerbère et les autres gardiens de ce lieu. a Telle est la différence des puissances divines et « des puissances infernales. »
u^il. XXXXVIII , fol. 76 verso à 79.
« iyvt»K»f.., » (c Sfous le règne de Saturne — J'étais
u instruitdecedésordre avant VOUS...» P. 404-405.
(c Plu ton se plaint a Jupiter de l'injustice des « premiers jugements ; Jupiter promet d'y remé- « dier à l'avenir. Il est dans l'essence du mythe u d'établir l'antériorité et la postériorité là où il y « a toujours simultanéité. L'ordre imparfait, le « mythe le suppose antérieur ; l'ordre parfait, il le (c donne comme ayant succédé au premier ; car il « faut aller de l'imparfait au parfait. Toujours lès « juges et ceux qu'ils jugent ont été à-la-fols nus et « revêtus de corps ; toujours les jugements ont été ce mauvais et bons ; car les mauvais jugements, ce (( sont ceux de cette vie , dictés par la passion ou i< par l'eiTCur ; les bons jugements , ce sont ceux « de l'autre vie , des juges divins , de la sagesse et
400 OLYMPIODCMlEy
(( de la raison : ces deux sortes de jugements ont « toujours existé simultanément. Le mythe change « le rapport d'infériorité et de supériorité en rap- « port d^aiiitériorité et de postériorité. C'est ainsi (( qu'il faut entendre ces mots : autrefois on jugeait « et on était jugé revêtu de corps, et maintenant ce on juge et l'on est jugé nu. La diversité des temps « est substituée à celle du rang. Les interprètes (c n'ont pu parvenir à expliquer ceci , rebutés pr « la profondeur des expressions de Platon (1).
« Qu'entend Platon par : oter la prévoyance de « la mort ? Si c'était un bien , pourquoi l'ôter à « l'homme ? si c'était un mal, pourquoi le lui avoir « donné? Quelques-uns disent que Dieu fit bien K de nous ôter la prévoyance de la mort ; car^ si « nous en connaissions le momtent, nous pourrions (c vivre. dans l'injustice, et nous préparer à la mort (c par^une conversion d'un moment. L'ignorance « où nous sommes sur ce point est donc un trèsce grand bien, puisque nous sonmaies obligés de nous « conduire constamment comme dés êtres raisonce nables ; mais il faut dire ce que c'est que cette (C prévoyance d'autrefois et cette ignorance d'au- « jourd'hui. Il y a trois 'questions susceptibles de c( solutions contraires. 1". L'âme ne vit-elle pas sur « la terre revêtue d'un corps et ne périt-elle pas « avec lui, ou bien s'en sépare-t-elle et existe-t-elle (C indépendante et par elle-même ? 2°. N'est-elle
(( jugée que dans cette vie^ ou Fest-elle aussi dans « une autre? 3°. N'est-elle jugée que par .les hom- <( mes^ ou l'est-elle aussi par une puissance divine? « La réponse à une seule de ces trois questions dé^ (c termine celle qu'on doit faire aux deux autres; « Par exemple, si l'âmè ne vit que sur la terre et (c périt avec le corps, il est évident qu'elle n'est « jugée que sur la terre et non ailleurs , et qu'elle « n'est jugée que par des hommes et non par une « puissance divine. D'autre part, si l'âme existe (( par elle-même, séparée du corps, il est évident (C qu'elle est aussi jugée dans une autre vie par une « puissance divine et non par des hommes. Le vé- « ritable jugement a lieu dans l'autre vie. Quand (C donc Jupiter nous ôte la prévoyance de notre fiii u d'ici-bas, il ne nous ôte que notre ignorance , et « nous enseigne qu'il faut porter nos regards vers (C le tribunal de l'autre monde. Le mythe est une (C leçon adressée à Calliclès, leçon qui lui apprend « à préférer aux tribunaux d'ici-bas ceux du monde (C à venir : c'est dans ce choix que consiste notre « liberté. Il dépend de nous d'epabrasser ou de re- « jeter la vertu , et nous ne sommes point soumis (C à la nécessité.
« Jupiter ordonne à Prométhée d'ôter à l'hom- « me la prévision dé la mort : expliquons ïe mythe « poétique de Prométhée. Prométhée est là pûiis- « sance qui préside à la descente des âmes raisonce nables sur la terre. C'est le propre de l'âme rai- <c sonnable de savoir antérieurement ( Tpo^wflg7<r9*/ )
402 OLYBI PIODORE ,
a et de se oonnaitre elle-même ayant toutes choses. .(( Les êtres privés de raison^ lorsqu'ils reçoivent c< une impression extérieure^ ne distinguent ni cette (c impression ni eux-mêmes ; car avant cette im- (< pression, ils ne connaissent rien. Mais Fâme, qui (c est essentiellement douée de raison, peut déjà ce discerner le bien et s'y attacher, avant de con- 1^ naître rien qui lui soit étranger» Epiméthée est Ci regardé comme présidant à l'âme privée de raic< son, parce qu'elle connaît à l'instant de l'impres- K sion, tTÎ tSi TÂjf^^, et non auparavant. Proméu thée est la puissance cjui préside à la descente des « âmes raisonnables. Or, le feu^ c'est l'âme raîsoDc< nable elle-même ; car, comme le feu , elle tend c< à s'élever et s'arrache aux choses d'ici-bas. Pom^ ce quoi Prométhée dérobe-tril le feu ? Ce qui est déc< robe passe du lieu qui lui est propre à un liea « étranger j c'est-à-dire que l'âme raisonnable des- (K cend de sa patrie pour s'exiler sur la terre ; c'est Ci le feu dérobé. Pourquoi Prométhée l'enfenne- (i t-il dans une férule ? La férule est creuse ; cW (i le corps périssable dans lequel l'âme est intro- (i duite. Pour(]uoi Prométhée a-t-il dérobé le feu (C contre la volonté de Jupiter? Ici encore se re- (i trouve le langage propre aux mythes. Prométhée (i et Jupiter voulaient l'un et l'autre que l'âme resa tât dans la région divine ; mais comme il fallait (i qu'elle en descendît, le mythe, conservant les (( caractères des personnes, montre l'être supé- (i rieur, c'est^i-dire Jupiter, comme ne voulant pas
f< que Fàme s'abaisse, tandis que l'être inférieur la a force de descendre ; il lui donne Pandore ou le rr sexe féminin, c'est4i-dire l'âme privée de raison, (c En effet, l'âme tombée sur la terre ne peut , ce comme incorporelle et divine , s'unir innnédia-^ H tement au corps ; l'âme irrationnelle devient le tf lien de cette union. Elle s'appelle Pandore, parce « que chacun des dieux lui fit un don. Hésiode dit « que Jupiter nous donna Pandore, et que nous la « reçûmes, aimant nous-mêmes la cause de nos (c maux ; il veut dire par là que notre âme s'as- (c servit aux passions par l'entremise de l'âme « irrationnelle, n
TifU. XXXXIX y fol. 79 à 80 veno.
ce "Èy» f4«F qvF nrifTA iyvnèKèf Tforepov i vfJLtlf -— hrtiS^i» ouïr i^inMrTAi ^TttpÀ rh S'tKAffrnv- n ce J'étais « instruit de ce désordre avant vous — lors donc (c que les hommes arrivent devant leur juge. » Pag. 405-407.
cf Afin qae les voiles dont le mythe couvre la vé^ (c rite ne nous la dérobent pas entièrement , Place ton mêle au mythe une idée vraie. Suivant le (e mythe, Pluton et ses ministres, c'est-à-dire les ce puissances angéliques, vont se plaindre à Jupiter, ce Alors Platon suppose que ce dieu leur répond : ce Je connaissais avant vous l'abus epie vous me déce noncez, et, pour y remédier, j'ai établi juges mes ce fils. Voyez comme le mythe , fidèle à sa nature ,
404 OLYH PIODQRE ^
«.divine ce !qiii est inséparable, et suppose des dece '^és et des époques différentes dans l'établissec< ment de l'ordre. Mais en même temps l'erreur (( se corrige d'elle-même , et ce qui est imparfait tf nous conduit à ce qui est parfait ; car Platon déce clare que Dieu sayait déjà ce dont on se plaint.
tf Pourquoi les trois juges sont^ils appelés fils de «Jupiter? Pourquoi les uns jugent-ils les Asiati- « quesy et les autres les Européens ? D'abord il est (( ridicule de supposer que des hommes jugent ence côre dans l'autre monde. Ensuite comment croire « que des dieux engendrent des hommes ? De plus (c les hommes morts avant les juges n'auraient donc (( pas été jugés. Enfin > les âmes n'ont donc pas ce toutes des juges , car l'Asie et l'Europe ne com- (( posent pas le monde entier^ mais seulement la H partie que nous habitons ; elles ne s'étendent pas a dans la partie opposée de la sphère terrestre. « Voici la vérité : chacun est dit symboliquement « fils d'un Dieu, selon sa manière d'être. Celui qui « mène une vie intellectuelle, ô voifioç htpySvj est « fils de Gronos , parce qu'il agit comme uîi dieu, (c Celui qui pratique la justice est fils de Jupiter, (c Comme ces trois hommes, Minos, Rhadamantei (c Éaque, ont mené une vie juste, on les appelle fils (( de Jupiter, et le mythe suppose qu'ils jugent dans « l'autre vie.
i< Que signifie l'Asie et l'Europe ? L'Asie, conc< trée orientale , patrie de la lumière , représente (( les choses célestes ; l'Europe, située à l'Occident
c< et plongée dans Tômbre, représente ' les choses ce terrestres. L'Asie et l'Europe désignent dans le « mythe la vie du ciel et la vie de la terre.
i< Pourquoi deux juges pour FAsie et un seul « pour l'Europe ? Ne devrait-ce pas être le con- « traire, puisque les choses célestes, que repréisente ce l'Asie, se rapportent à l'unité, et les choses terre restres , que représente l'Europe , à la dualité ? (< Nous répondrons que la supériorité de l'unité sur ce la dualité est ici conservée ; car cpie dit le mythe ? ce Je donnerai à Minos la supériorité ; si Éaque et ce Rhàdamante doutent, ils s'en rapporteront à (c Minos. Vous voyez comment la dualité est rapcc portée à l'unité. Mais cjuoi ! les juges de l'autre ce vie sont sujets au doute? D'abord le doute ence gendre la science ; ensuite Platon appelle doute ce la connaissance dans un degré inférieur, relatice Tcment à la connaissance divine. Puissances suce bordonnées, les deux juges dépendent du principe ce un et universel.
ce Les juges siègent dans une prairie , et jugent ce dans un carrefour où aboutissent trois chemins, ce Qu'estrce cjue cette prairie? Les anciens donnent ce à la génération (>«Vgo-/f) le nom d'hiunide. C'est ce ainsi qu'il est dit au sujet de l'âme :
Les âmes des morlsls périssent par.l'hunûdjl^j , •
ce Le lieu du jugeiïient s'appelle une prairie, à ce cause de ] 'humidité et de la variété. Trois che-
406 oLYMPiomxis y
a mitis y aboutissent ^ parce qu'entre les âmes qui (c sortent de ces lieux, les unes s'ëlèvent, étant dire gnes de monter vers les cieux, les autres sont « précipitées y^s la terre, d'autres enfin se rencc dent dans un lieu intermédiaire.
« Le nom de juge «T/xAd-TirV, Tient de ce que le
i< juge sépare, S'ixK^'^ > ^ ^^ ^^^^ ^^^^ séparé, ooncc damne l'injustice et récompense la yertn; car a quand on dit que les âmes s'élèrent et qu'elles a descendent , ces mots ne se rapportent pas aux « lieux.
cr Ici , parmi les trois chemins, Platon n'en dësi- « gne que deux, celui du ciel et celui de la terre, et « il ne parle plus du clie;aiin intermédiaire qui con- « duit à la génération ; mais c'est à nous de conce- (c Toir le milieu, étant donnés les extrêmes.
«^ On trouve plus souvent dans les mythes des (c philosophes que dans ceux des poètes des démon- K strations jetées au milieu du mythe, . semblables à (C l'affabulation des fables d'Ésope. Ainsi l'on pour- (c rait demander comment des juges, habitant tou- « jours l'autre monde, savent ce qui se passe dans (( celui-ci. Platon répond que la mort n'est que la (C séparation de l'âme d'avec le corps. Or, couune « le corps conserve quelque temps après la mort (C les vestiges de ce qu'il a éprouvé pendant la vie, « de même Pâme porte la trace de sa vie passée, (C c'est4i-dire la conscience : les juges en voyant Ci cette trace I a]^H:eniient quelles furent ses ac^ (C tiens. »
npi^{. L,fol. 80 à 82.
fc donc que les hommes arrivent devant leur juge« »
jusqu'à la fin , page 4-1 1 , tome IIL
<f Platon ôte au mythe son caractère poétique, en y ajoutant des démonstrations qui appartiennent proprement au mythe philosophique. Apres avoir dit que les juges sont nus, et que les morts gardent leur conscience, il ajoute que les rois sont jugés plus sévèrement. Il cite Tantale, Sisyphe et Tytie. Ce dernier est étendu sur la terre, et un vautour lui ronge le foie ; le foie signifie qu'il a vécu selon la concupiscence , et la terre exprime ses senti» •ments terrestres. Sisyphe, qui a vécu selon la fa» culte irascible et ambitieuse, roule une pierre, et ensuite la laisse tomber ; car l'âme mal réglée tourne toujours autour des mêmes objets, Knpi Avri KATAppBÏ'y il roule une pierre , corps dur y image de la vie matérielle. Tantale est au milieu des eaux ; des fruits sont suspendus au-dessus de sa tête; il veut les cueillir, ils disparaissent; emblème de la vie dominée par l'imagination : c'est ce qu'exprime le fruit qui s'enfuit sans^ cesse< (c On a demandé pourquoi Platon fait M inos et Rhadamante juges d'Asie, tandis que l'un était Libyen et l'autre Cretois? Mais, selon les géogra» ^hes qui divisent la terre que nous habitons en Asie et en Europe , la Libye et la Crète font parv tie de l'Asie*
408 OLYMPIODORE y
« Les âmes qui n'ont commis que des fautes lé- (c gères ne sont condamnées que pour peu de temps, ce et une fois purifiées, elles s'élèvent, non par rap- (c port au lieu, ce qui est symbolique, mais morâle- « ment, par rapport à leur manière d'être. Les (c âmes coupables de grands crimes sont condam- «. nées à toujours , n'étant jamais purifiées. Quoi « donci le châtiment né cesse-t-il jamais? Il faut (c sans doute que la douleur passe sur les souillures « contractées par le plaisir; mais le châtiment n'est w pas étemel : mieux vaudrait dire que l'âme est pé- « rissable; \m châtiment éternel suppose une étei- (C nelle méchanceté. Alors quel est son but? il n'en « a point ; il est inutile, et Dieu et la nature ne font « rien en vain. Qu'entend donc Platon par tou- (c jours , iu ? Il y a sept sphères : celle de la lune ; « celle du soleil et les autres; il y a de plus celle « du ciel fixe. Celle de la lune se retrouve à son état (<r primitif plus promptement que les autres ; la ré- « volution de cette planète s'opère en trente jours, « La révolution du soleil est plus longue, elle dure « une année ; celle de Jupiter l'est encore plus, elle « s'achève en douze ans ; celle de Saturne ne s'ac- « complit qu en trente. Ainsi les astres ne se rei< trouvent simultanément à leur point de départ c< que rarement. Par exemple, Jupiter et Saturne « ne se retrouvent simultanément au même point «que tous les soixante ans. En effet, Jupiter réveil naiit au même point en douze ans, et Saturne en (C trente, il est évident que pendant que Jupiter ao
ce complit cinq fols sa révolution , Saturne achève u deux fois la sienne. Or, trente multiplié par deux i< égale douze multiplié par cinq^ égale soixante, ce C'est pendant de semblables périodes que les âmes (< subissent leur châtiment. Les sept sphères finisce sent aussi par se retrouver dans la même situace tion par rapport au ciel fixe, mais seulement ce après quelques myriades d'années* Far le mot ce toujours j, Platon entend la période de temps ce qu'elles emploient à cette grande révolution. Les (c âmes des parricides et celles des autres grands ce criminels sont punies à toujours, c'est-à-dire pence dànt toute la durée de cette période. Mais, ditce on, si un parricide mourait aujourd'hui, et que ce la grande révolution des sept sphères s'achevât ce dans six ans, ou dans six mois, ou dans six jours, ce ne serait-il puni que pendant cet intervalle? Non, ce notais si la période est de mille ans, il souffre pence dant mille ans , à compter du jour de sa mort. <t L'âme elle-même se corrige, mais peu à peu j et ce ensuite, selon son mérite propre, elle reprend ce de nouveau ses organes sur cette terre dans l'état ce où les a laissés sa première vie.
(c On peut dire aussi que les âmes souiFrent . ces (c supplices par l'imagination^ et qu'elles s'épouce Vantent à l'aspect des filles aux yeux sanglants , ce comme parle le tragique.. Sachez que les âmes qui ce doivent être purifiées ne sont pas seulement châce tiées dans l'autre monde , mais encore dans celuice ci. Le châtiment les améliore, et les rend plus
41 0 OLYMPIODOtOB ,
« susceptibles de purification ; car, aîi fond , rien c( ne purifie l'aine^ si ce n'est la i^econnaissance in- « térieure de ses fautes, reconnaissance qui ne s'acc< complit qiie par la vertu, et celle-ci n'a reçu son ce nom ÀpfTifj que parce qu'elle doit être "embrassée w pom' elle-même, Atptni. Ce n'est donc pas le châ- (c timent qui purifie l'âme, mais l'amendement; de w même que le médecin ne peut seul opérer la guère rison , si le malade ne suit pas le régime qu'il lui « prescrit (1). L'âme, en arrivant sur la terre, cu- « blie les châtiments de l'autre monde; car si elle « conservait toujours ses souvenirs, elle ne pourrait ft pécher. Or, l'oubli lui a été donné pour son bien, (c car autrement elle pratiquerait la vertu sans déi( sintéressement et sans liberté. L'âme est donc i< châtiée, même dans ce monde ; mais elle parait (c surtout se purifier dans l'autre, car la vie incor- « porelle, dont elle jouit alors, est plus propre à (c sa nature. »
« VJtjSi'fiv S^cùV.... ^va-ùvv ffKÎi'jrrpov* » te L'un et u l'autre porte ses jugements , tenant une baguette « en main. Pour Minos, il est assis à l'écart; il a un « sceptre d'or. ...» Page 41 0.
« La baguette signifie la marche droite et égale
ifytt^trat iiV r« ««^«pûjfftff, esrgi «ùi'iv êtittif iuiBm/f$t ti f^n 9 ifriyfurtt 9 srp<f itùurtif 9 rtç J^ àftr^s KetTûfBûSreu * ^u ynf Tùirào 9^ iptri xiytreu, ttïftrn rtç ûïvtt t^XfiwTn 9i iaor^v. M9 0V9 90fct^t ûvt KûXMntç ttûr^f Kttêetlfûortv * ti yif Mhaljurû ft$fy
« de la justice. Le sceptre est le signe de l'égalité j il (c est d'or, c'est-à-dire immatériel , car l'égalité est u immatérielle^ dégagée de tout intérêt. L'or désif< gne ce qui est immatériel, parce que, seul de tous « les corps^ il est incorruptible. »
Voila ce que nous trouTons dans Olympiodore sur le mythe qui termine le Gorgias^ et qui est une invention de Platon en imitation de ces mythes philosophiques que les pythagoriciens avaient entrepris de subistituer à la mythologie grossière de leur temps. On trouve encore dans le Gorgias un de ces mythes pythagoriciens que Platon attribue a un homme habile dans l'art des fables, Sicilien peutêtre, ou Italien (1 ). Ce mythe consiste à considérer comme la véritable vie celle du monde invisible ou intellectuel, dans laquelle les malheureux et les insensés sont les hommes qui n'ont pas été initiés aux saints mystères, et qui, n'ayant pas été purifiés par cette initiation , portent dans un tonneau percé de l'eau qu'ils puisent avec un crible également percé. Ce crible, c'est l'âme des insensés, ainsi désignée pour marquer qu'elle est percée, et que la défiance et Toubli ne lui permettent pas de rien retenir. C'est la Texplication que Platon nous donne de ce mythe pythagoricien, explication qu'il attribue positivement à un sage sicilien ou italien, et qu'il développe ensuite lui-même à sa manière, mais toujours dans le sens de l'école pythagoricienne. Yoici maintenant le commentaire d'Olympiodore.
(1) Traduction de Platon , tome ui, pag. 316 et 317.
Ai 2 OLYMPIODORE >
np«XXXX,foL48à49.
« Il ne faut pas s'arrêter à Tapparence, mais se u demander ce que c'est que ce tombeau^ ces initiés^ « cet autre monde , cet enfer , ces deux tonneaux , w cette eau, ce crible. L'homme est dit mort lors- « que l'âme participe à l'état inanimé ( i^aitt ), état « que l'intempérance et la passion produisent ; le (( tombeau que nous portons avec nous est, comme « l'explique Socrate lui-même, le corps («rw^<t-a-«/A<t); « l'enfer (ct^Ti/f), c'est l'obscur, parce que nous (c sommes dans les ténèbres tant que Tâme est ais- (( servie au corps ; les tonneaux , ce sont les pasce sions, parce que nous cherchons à les satisfaire, « comme à remplir des tonneaux , ou parce que « nous nous persuadons que nos passions sont « belles (1). Le tonneau non percé appartient aux w initiés (rgrÉAger/t/eVo/), c'est-à-dire à ceux qui ont (f une connaissance parfaite (r€?^eUy yySa-tv ) j ceux- (c là ont le tonneau rempli , c'estrà-dire possèdent « une vertu parfaite. Ceux qui ne sont point ini- « tiés , c'esti-dire ceux qui sont loin de toute per- (( fection , ont les tonneaux percés, parce que ceux
(1) Ceci prouve qu'il s'agit de vases plutôt que de tonneaux comme les nôtres , qui serviraient mal de symbole à la beauté de la passion. IliBoç signifie proprementunecrucbe, une jarre, une espèce de vase large qui pouvait être travaillé avec plus ou moins d'art : mais les deux tonneaux sont devenus chez nous, par le vice d'une première traduction , un des nleubles convenus de l'enfer mythologique.
SUR LE GOR6IAS DE PLATON. 413
c< qu'asservit la passion veulent incessamxhent ]a « satisfaire , et en sont de plus en plus consumés ; u ils ont donc des tonneaux percés qu'ils ne rem- « plissent jamais. Le crible, c'est l'âme raisonnable « mêlée à l'âme non raisonnable. Il faut savorr que w l'âme est appelée cercle parce qu'elle cherche et (c qu'elle est elle-même ce qu'elle cherche , parce (c qu'elle trouve et qu'elle est elle-même ce qu'elle (c trouve ; au contraire , l'âme non raisonnable « imite la ligne droite ; elle ne revient pas sur elleu même comme le cercle : or, le crible étant cirer culaire, est pris pour l'âme raisonnable ; et en u même temps , comme le fond du crible se comt( pose de lignes droites formées par les trous dont (( il est percé, il se prend aussi pour l'âme non rai- (c sonnable : donc, par le crible, il entend l'âme « raisonnable ^yant pour base l'âme non raison- « nable ( v-jr^fo'TfeùyLyLivfiv Tr. À?<iy^ )• L'eau, c'est la « partie passagère de la nature, ro'pivo'rov rSf ^wV««f j « car, comme le dit Heraclite, l'humidité est la « mort de l'âme, -^v^Sf e^r/ dàivAToç i vy^a^iet. Ces « mythes ne sont pas tout-à-fait absurdes , si on les « compare aux mythes des poètes. Ces derniers sont (c faux en eux-mêmes et nuisibles; les autres au (I contraire sont utiles à la pensée.
« Dans le développement du mythe précédent , (( Platon suppose que deux hommes versent dans « des vases percés des liqueurs rares et difficiles à (( se procurer , comme le lait, le vin , le miel, etc. « Ces liqueurs sont l'image des choses extérieures
41 4 OLYMPIODORE ^
« par lesquelles nous essayons de rassasier nos pasce sionsy qui sont insatiables de leur nature. »
Nous venons de détacher et de faire connaître ce qui se rapporte aux deux mythes du GorgiaSy dans le conunentaire d'Olympiodore. Nous allons maintenant parcourir le reste de ce commentaire, et recueillir toutes les explications mythologiques qui y sont éparses çà et là.
Tout le monde connaît ces formules de serment familières aux Grecs, par JunoUy par le chien. La première, N» riv AfAv » est ainsi conomentëe par Olympiodore, np«Ç. iv, fol. 9 à verso jusqu'à fol. 12 à verso :
u Junon est l'air pur, l'âme rationnelle qui se w dépouille de l'enveloppe terrestre de l'âme îrra- « tionnelle, et s'élève en s'épurant. Socrate jure par (c elle en haine des passions qui obscurcissent la (c raison , pour rendre hommage à l'âme intelli- « gente, et aussi parce que le discours ou la raison, « ?i6yoç9 est le sujet de l'entretien. Il ne faut pas « prendre dans un sens superficiel ce qui est revêtu c< du langage des mythes. Nous savons que Dieu « est l'unique cause première, car il ne peut y avoir « plusieurs causes premières. La cause première (c n'a point de nom , car les noms sont des signes c< d'idées particulières ; or, s'il n'y a point en Dieu (c d'idée particulière , parce qu'il est au-dessus de « toute particularité, il est impossible de lui impo- « ser un nom. Il est impossible d'appliquer à Dieu (r un nom de principe mâle ou de principe femelle.
€/ Ces deux principes sont égaux et corrélatifs. « Nous employons le nom masculin aussi bien que « le féminin, et réciproquement; mais rien n'est « égal et corrélatif à Dieu. Ainsi , comme on ne « peut ici-bas donner à la Diyinité un nom conve- {( nable, nous employons celui d'autres puissances, « les unes voisines, les autres éloignées de nous. (( Homère représente Junoh attachée les pieds en cr bas à une enclume ; cette enclume est le symbole a des deux éléments les plus pesants. Le géant aux (f cent bras, suspendu à la yoûte éthérée, en mar- « que l'inébranlable solidité. C'est ainsi qu'il Êiut (c accepter les fables, à cause du sens qu'elles enve- « loppent. Et n'iinaginez pas que ces puissances se (( multiplient par la génération, car si elles étaient (( engendrées, comment seraient-elles immortelles? « La génération suppose l'état adulte, l'état adulte (( suppo^ un déclin, le déclin suppose la mort. »
ïlftii, X, fol. 19 à 20 verso; expb'cation de la formule
N9 r0f Ktnm,
« Le chien est le symbole de la vie raisonnable ; (( comme il est dit dans la République ^ il est doué u d'une faculté philosophique , ]a sagacité ; et (c comme ici Socrate a distingué et éclairci ce que « Gorgias avait énoncé confusément, il rappelle le « nom de l'animal qui est le symbole du discernec( ment et de la sagesse. »
41 6 OLYMPIODORfi,
La mythologie païenne admettait des démons enfants des dieux, mais nous ne croyons ps qu'avant le contact dû paganisme avec le christianisme, il ait jamais été question d'anges. II nous semble que c'est à l'imitation du christianisme que les Alexandrins distinguèrent les anges et les démons, les uns bons, les autres mauvais. On ne peut méconnaître un caractère chrétien dans le passage qui suit, sur le mot S'AtiAovtoçy lequel signifiait tout simplement une chose ou un être divin, conune les démons qui descendaient des dieux , et plus habituellement , par analogie , quelque chose de merveilleux et d'excellent , à peu près comme notre mot français divin. Ce mot se prenait toujours en bonne part : Olympiodore le prend ici dans un sens tout opposé.
np«{. VII,foL 16 à 17.
« AduiJLOfiof peut se prendre en mauvaise part. Les fi êtres immortels , les anges sont toujours bons : (( nous ne disons pas un mauvais ange ; mais la « distinction du bien et du mal conunence dans les (c démons, car les démons sont méchants. »
A l'occasion de l'expression remarquable ri? AîyvTrriovBîiv du dialogue de Platon, Olympiodore remarque, ripetÇ. xxv, fol. 41 h verso, w que les (( Égyptiens se servaient de symboles plus que les « autres peuples ; » ce qui est très-vrai,, puisque chez eux l'écriture même était symbolique.
SVR le GORGIAS DE PLATON. 41 7
np«|. XLI , fol. 62 à 64.
Xi Platon, dans les Lois, combat avec force l'opH <{ nion des/ Cretois y qui prétendaient qu'ils .pou» « Taient bien céder au {Saisir, puisque les:dieux (( s'y livrent eux-mêmes, et autorisaient leurs dés- « ordres/des amours de Jupiter et de Ganymède. (c Poui: excuser vo^, vices ^ leur dit Platon > vous
(('avez pris le mythe à la lettre, rh f^v&ov Kiyovii'^oi^ « iff^^Ti. L'union physique n'existe pas pour un K dieu. Voici le sens du mythe crétpis : Un cesrtain ce Ganymède s'éleva tellement vers la Divinité^ i( qu'on dit qu'il en devint le convive et l'échacison^ « Q'est4mlire qu'il affranchit son âme des obstacles c( de la matière et la gouverna avec uzie sages£ie « divine. »
Nous terminerons par un assez long morc^u du chapitre xliv^ où, à l'occasion de Thésée ^ et des fables relatives k ce personnage, Olympiodore combat le système d'Êvhémère , qui ramenait la fable à l'histoire , et explique au contraire l'Jbîsimre fatbuleuse par des allégories et des symboles.
î(i*ri »
TlùH, XLIV , foi, 69 verso à 71 .
K Les historiens donnent pour historiques «me « foule de choses fabuleuses. Ainsi, ils disent /que (< les Athéniens sont autoothônes , ce qui est une «. ptire fable. Le mythe dit que Valcain ayant conçu « des désirs amoureux, et ^ne trouvant pas d'objet u qui pût les satisfaire^, répandit 'sa semence^ sud la
Al 8 ÔLYMPIODOBB,
(c terre y et que de là naquit Erichtonios, tige du (¥ peuple attique. Avec le temps cette fable se ff changea ea tradition populaire , et cette tradiii tion derint de l'histoire. Il faut entendre le M. mot antocAone comme le feit Platon : Nous H appellerons f dii*il , nos citoyens autocthones H en nous senrant ^de cette fable de Phënicie qui u dit que Cadmus sema en Grèce les dents du dra- <« gon y et qu^elles derinrent jEécondes. Qiv>i qu'il cf en ^t de cette fable , appelons nos concitoyens u atitocthones ^ afin qu'ils serrent la patrie noni< seulement comme kmr nourrice^ mais comme a leur mère , et qu'ils ne se conduisent pas enyers <c elle comme des étrangers. Il faut savoir que le cr dragon est le symbole de ta dirersitë, de la rie ce multiple de l'âme, n iJuputn rSv ^'^x^^ ^^^' Comme et le dragon se dépouille de sa vieille peau, de « mémeràme rajeunit en renaissant continuelle- H mttnt. La terre est le symbole de la partie terff restre de l'âme, c'est-à-dire , de ses fecnltës in- << férîeures^ to nftfiymv rns A'^'X}if ^^«Vir/Mct. Les dents ce représententplusparticulièt*ement la divisibilité,
ce To iJLîpi^rov Tnf f««^, parce que c'est avec te (c dents que nous divisons et broyons les aliments* K Autre exemple : La fable représente la Chimère «c avec la forme d'un li<m et d'un dragon. II y en <r a qui ont voulu voir de l'histoire dans cette ùbk' a Ils disent que Léon et Dracon furent des êtres ce humains qui s'étaient rendus redoutables. Yoici u ce que racontait a ce sujet le philosophe Ann
SUR LB GORfilAd DB PLATON. 419
« monius. Solon, disait-il , qui fut gouverneur « d'Alexandrie y i rSf Àhê^avJ^ffiAf ytfifA%vfif ^rpAt< niKo/rnf^ m'a souyeut assuré que cette interpréce tation était feusse ^ et que la vérité est ^il y ce avait eu en Lycie une femme appelée Càimèrei ce et que cette fenuxie avait mis au monde deixx en-* « &ns , Léon et Dmooa* IVmt cela est également t< absurde. Far le Uon, les poètes entendent la fece culté irascible ; par le dragon , l'appétit conçuce piscible* Pour en revenir à Thésée , la fable dit ee que Pasiphaé, fille du Soleil, aima un taureau, et te donna le jour au Mînotaune que tua Thésée^ Ci Quelepies-uns expliquent; ainsi œtte fable : ils ce disent qu'un certain Tanms, général cieMinos^ te aneourut la bai«ke de ce prine» et lui fit la guerre^ ce ce qui la fit appeler Mînotaure^ c'estÀ-dire Tauce rus, général da Minos, et epie Thésée fut en-* ce voyé contre lui pour le cemibattre. On dit encore ec qu Ariatie donna à Thésée un fil , et le tira ainsi ce du labyrinthe. Tous ces récits ont un autre sens, ce Le Minotaure représente les passions sauvages te qui sont d^n^ notre nature. Le fil est la force ce clivine déposée en nous. Lie labyrinthe est l'âme ce avec tous ses détours et sa variété. Or, Thé-* te sée , homme vertueux , vainquit les passions , te et de plus apprit aux autres a les vatiKsre. C'est ce là ce que signifie la tradition d'après laquelle il te sauva ceux qui avaient été envoyés avec lui ; en «e cela plus grand qu'Ulysse, car Ulysse se sauva a lui**méme , mais ne put sauver ses cximpagnems^
420 OLYMPIODORËi
« On raoçnte. encore qu'Hercule descendit dût « enfers y dompta le chien Gerbèi'e et ramena « Thésée. Par Cerbère , il y en a qui entendent mi (c homme cruel nommé Cyon; mais le chien est i< tout simplement ici le symbole du discemementi <c de cette faculté qui consiste à soumettre toutes « choses à l'épreuve de la raison De même Hercule, « en tant qu'homme divin , éprouvait tous les hom-^ « mes pour les améliorer j c'est ainsi qu'il les sauce vait. Ses douze travaux signifient tout autre chose « que ce qu'on entend d'ordinaire ^ Il y a plusieurs « opinions sur Scyron . Les uns disent que c'était uo ({ brigand qui se tenait sur l'isthme ^ dans des lieux (( escarpés que le philosophe Aminonius disait a^oir « visités; qu'il arrêtait les passants , les battait et a les faisait mourir. D'autres prétendent que c'était (( un homme juste et soumis aux lois. Ainsi ces (f fables sont expliquées très-diversement , et dans « cette diversité d'opinions il ne feut s'arrêter à « aucune* Mais^ dira-t-on^ faut-il donc aussi ne (c pas croire à la philosophie^ à cause de la diveri< site des opinions des philosophes , les uns disant « que l'âme est de l'eau, les autres de l'air, ceux--ci u qu'elle est mortelle , ceux-là qu'elle est immorcc telle? Nous réj)ondrons qu'il faut croire les phi- (c losophes qui se rapprochent le plus du sens com-
«dans les Cables, il n'y a pas de sens commun, « d'idées générales, KotvAt hvoiAt^ qui puissent « nous diriger. Il faut d'aboixl expliquer le sens de
(c ces fables comme ' Platon l'a fait pour le tonce neauy le criblé, etc. , au lieu de s'arrêter à la ce lettre. Après cela , le mieux est de s'occuper à « se régler soi-mênie par la vertu, epovri^uv rSf i< ipt^rnf TûKiTU Af.Dàiïs le Phèdre, Socrate, à qui c< Ton demande ce que c'est que le Minotaure, c< répond : Mais je ne sais pas encore bien ce que ce je suismoi-méme, et j'ignore ma propre nature, ce m'abstenant d-'étudier ces sujets étrangers. Il faut ce dire à ceux qui racontent ces fables,, ce que Place ton répondit à Denys , au sujet d'Hercule : Si ce ce qu'on dit de lui est vrai, il n'était ni fils de ce Jupiter, ni bien heureux, mais malheureux; et ce s'il était fils de Jupiter et bien heureux, tout ce cela est faux. Il en est de même de Thésée. S'il ce fut réellement un héros , il faut bien entendre ce tout ce qu'on en raconte dans un sens symboli^ ce que. »
En terminant ces extraits, nous répétons qu'il n'y a dans l'antiquité aucun autre ouvrage où soit exposé avec plus d'étendue et plus d'ensemble tout le système d'interprétation mythologique de l'écok néoplatonicienne. Ce système, ramené à son principe le plus général, (x>nsiste à ne voir dans l'Olympe antiepie et les dieux qui le composent, que les di^ verses epialités etfacultési de l'âme, dont l'ordre et en quelque sorte la hiérarchie constituent la hiérarchie céleste. Ce système, tout psychologique et tout moral, est ici présenté dans son opposition au sys-
422 0I.YMP10D0BB ,
tèiae d'Ë vhémère , qui ne voit dans les dieux grecs que d'anciens personnages historiques divinisés par la crainte ou la reconnaissance* Joignez à ces deux systèmes celui de l'interprétation physique des stoïciens, qui remonte à l'école ionienne et jnsqa'à Xénophane, et tous ayez les trois grands systèmes entre lesquels a toujours flotté la critique mythologique. Il n'y a pas un de ces systèmes qui ne soit vrai et faux tout ensemble. Il n'y en a pas un d'eux qui n'ait son application légitime sur quelques points, comme il n'y en a pas un qui s'applique légitimement k tous les cas. L'homme abandonne à lui-même, et avec ses moyens naturels de connaître; ne pouvait pas ne pas emprunter une grande partie de ses idées sur les dieux à cette nature immense, infinie, variée, gracieuse ou terrible , dont les divers phénomènes ont sur lui tant d'influence , et qu'il lui est si naturel de regarder comme la source de iKmtes choses. Il lui était impossible encore de ne pas &ire intervenir dans le monde céleste les êtres en quelque sorte merveilleux , qui , dans le mondé de la société, par leur courage , leur vertu ou leur génie, influent plus puissamment encore sur sa destinée. Enfin il ne pouvait faire abstraction de lui-même, de ses passions, de ses facultés, de son esprit, de ses idées , de cette âme, avec laquelle il habite sans cesse, et qu'il transporte, par une induction irrésistible, dans toutes ses conceptions. L'homme>fait nécessairement le ciel avec la nature.
SUR LE GOftGIAS DE PLATON. 42S
avec la société et ayec lui-même. C'est là l'origine et la base des trois systèmes dont la lutte et la fortune diTerse composent l'histoire entière de la critique mythologique. Il ne faut ni rejetar absolument ni adopter exclusivement aucun de ces trois systèmes, mais les combiner entre eux dans la proportion qu'impose une ëtuck attentive et impartiale des faits. L'école néoplatonicienne est dans son genre tout aussi exclusive que les deux autres. Mais, sans suffire à l'explication légitime de tous les faits mythologiques, du moins on ne peut nier qu'elle n'en explique un plus grand nombre que les deux autres écoles ; car d'abord l'âme est elleHoiégQfte la plus ri-* che étoffe de toutes ses conceptions, et surtout de celles qui ont pour but de l'élever au-dessus d'elle* même; ensuite, si l'anthropomorphisme est le caractère le plus éminent qui distingue la mythologie grecque entre toutes les mythologies païennes, il faut avouer qu'un système d'interprétation psycho* logique et moral est celui qui est le plus conforme à la nature du paganisme grec, et qui approche le plus de la vérité.
Nous allons recueillir maintenant les documents que peut renfermer ce coimnentaire du Gorgia^ , pour l'histoire de la philosophie ancienne.
Nous interrogerons successivement le commen-* taire d'Olympiodore sur les trois époques dans lesquelles se divise la philosophie grecque : avant Socrate, de Socrate aux Alexandrins, et desL Alexandrins à Olympiodore.
424 OLYMPIODORE y
Nous trouvons ici très-peu de choses nouvelles sur la première époque. Orphée n'y est pas cité une seule fois , au moins sous son nom , ni ces anciens oracles auxquels les Ale^ndrins aimaient tant à rapporter leur sagesse mystique^ et qui sont répandus dans leurs éwits sous le titre de >Jyitt^ C'est pourtant assez vraisemblablement à ces ao^/a qu'appartient le vers suivant du chapitre xijx :
J'entends le muet, je comprends sans qa'on parle.
vers d^à cité par Porphyre, dans la vie de PIo* tin , avec celui-ci :
Je sais le nombre des grains de sable et la mesure de la mer.
Porphyre met ces deux vers, sur le témoignage des
sages, ît S'il Tdblf f/AfTUfiûfc/f y^ptia-9at Tetïf TApi TOiV
(To^Sv yiyevtifjLivAtfy dans la bouche de Dieu luimême, Biov Totjf AKn95f itpnKÔrof. Peut-être est-il aussi question des hoyiA dans cette phrase du chapitre XX : « Il est des discours divins , des enchante tements puissants qui endorment les passions et « leur disent : Restez en paix. » flgîo/ ao^o/ srctpctJ^/-
SoVTAt Kett éTCûSetî fxéytO'rett SweLfieVctt KATiVVAfTdLl HfJiû^V TA TeiBn KAÎ ÙtUV CtUTOÎV* pgVeTê ÀTpéfAA^ ÏV StfÂvioiÇ ^1).
(1) Horace a dit , épît. i :
« Sont certa piacula , quae te «« Ter paré Icclo poterunt recreavf libello- *>
L'ëcole ionienne ne reçoit aucune nouvelle lumière de ce commentaire. Rien sur Thaïes, que l'histoire de sa chute dans un puits, tandis qu'il regardait les astres, ^p«^* ^vi, anecdote vraie ou fausse qui du Théétète a passé partout. Le chapitre XX contient une prétendue sentence d'Heraclite sur son horreur pour la foule et la démocratie, tiir i/EAOi dm^r) tokxvv XAt hiyt» tovto ka) wApi
Uipat^ivn ivf sentence qui n'est pas autre chose qu'un fragment défiguré d'une épigramme sur Heraclite, que cite Diogène de Laërte (1). Est-ce bien encore à Heraclite qu'appartient ce vers du chapitre xLix ?
^<^/t"^* ^fo<rifltf( -&«tiF«TOc vyfM^i y%^MAt,
Les âmes des mortels périssent par l'humidité.
L'affirmative parait toute naturelle quand on songe que c'est là en effet le fond de la doctrine d'Heraclite («u» ou ^fi^i 4*'X" *P'^''"») 9 et quand on lui voit expressément attribuer ce même vers , avec quelques variantes, par plusieurs Alexandrins an-* térîeurs et supérieurs à Olympîodore, par Proclus, par exemple. Commentaire sur le Timée^
pag» 36 : 4w;^Sî^ tm vapav BâUfATO^ vypno't yîvia-iAt
Proclus à dit de même , avec plus de mélancolie et moins de simplicité , dans son Hymne aux Muses :
(1) Liv. IX , chap. 16.
426 OLYMPIODORB,
çtt^h HpctKAtiTor. Mais il est impossible de trouver dans toute l'antiquité d'autres yers d'Heraclite (1), tii un seul témoignage que ce philosophe ait écrit en vers. On sait bien que sa diction était poétique (2)^ comme l'est toute prose à sa naissance; mais c'est à lui précisément qu'on iait honneor d'avoir été un des premiers qui aient écrit en prose sur des matières de philosophie, tandis que ses contemporains et ses devanciers, Empédocle, Parménide et Xénophane, se servaient du langage de b, poésie (3). L'objection est insurmontable, et il ne reste plus qu'à chercher à qui rapporter le vers en litige. Or, ici Olympiodore nous fournit quelque lumière et nous met sur la trace de la vérité, car voici la phrase qui précède la citation^ TTfO^. XLlX : « ïa-riov ort rnv yivtcriv vypÀv kaKov^iv o/ TrAhtttor oStûô yovv kaÎ KtyîrAt *nîfi A'^'X?^' •4'''X'^'
iSpoTiA/^.... » Il est évident que o/ irAhAm marque une antiquité plus reculée que celle d'Heraclite. Dans
• (1) Schleiermacher , Musœum der jéUerikuméwisseiueha/i, tome i*^' , p. 349 , soupçonne tiiés-bien qae le vers que lui attribue Stobée, Eclog, phys. i, p. 282, éd. Heeren :
a été ùlt après coup d'après le système dHéraclite , et non par Heraclite , pour &ire opposition au vers célèbre de Xénopbane :
(2) Suidas, v. 'HfazXtlrûf, £yp«^|'| wo?(Xd irottiTtiUif,
(3) Il a si bien écrit en prose que pliis tard on a essayé de le mettre en vers. Voyez Diogènc de Laërte% ix , 16.
les Alexandrins, ol 'jtAKdLitl est à peu près synonyme de AÏ TtkKAiAi pniiéLU «/ it^hiyuj les anciens oracles ott les poésies orphiques. En suivant cette indicacation , on trouve en effet dans Orphée plus d'un passage analogue à celui^à, par exemple (édit. d'Hermann, pag. 469) :
Et saint Clément, qui rapporte ces vers, Stromai. L VI , prétend que c'est de là qu'Heraclite a tiré sa doctrine. Il est donc très-permis d'attribuer à Orphée le vers cité comme ancien par Olypipiodore , et de supposer que le vers cité par Proclus dans le Commentaire du Timée n'est qu'une variante de celui-là, et même une assez mauvaise variante, comme l'indique -^^x'^^ ^^^^ iyfno'i. La vraie leçon est évidemment celle d'Olympiodore, 4^;;^^^' ^P^ T€«tir.... vyfnffh Toute difficulté disparaîtra si, au lieu de 99^if ÛpAKkurof du Commentaire du Timée^ on lit Sf ipn^ivy ou jcAitirûf (p. Il est possible encore qu'Hé-^ raclite ait cité ce vers d'Orphée; il est possible aussi qu'il l'ait seulement imité. Ce n'est pas saint Clément qui seul ou le premier a prétendu qu'Héradite a beaucoup emprunté à Orphée j et il n'est pas du tout nécessaire de nier ces emprunts , avec Schleiei>mâcher, pour prouver l'originalité du philosophe d'Éphèse (1). Platon lui-même, dans le Cratjrle, compare la philosophie d'Orphée et celle d'Héra-
(1) Schlelermacher , liv. i, p. 339.
dite. J'attribue donc à Orphée le vers de ce' ma* nuscrity et je rapproche de ce vers la sentence d'Heraclite qae donne le ch. xxix, et qu'Olympiodore attribue positivement àHéraclite : 4-v^iif l^r/ 6a»a7ùç
i vypcta-idL,
On pouvait s'attendre à trouver ici un bon nombre de documents sur l'école pythagoricienne, mais cette attente est tout-à*fait trompée. Il y a presque un chapitre entier sur la valeur mystique des nombres, mais rien de nouveau ni de précis; il est sans cesse question des pythagoriciens comme inventeurs du mythe philosophique , mais Olympiodore ne nous apprend rien sur l'auteur du mythe du GorgicLSy que Platon appelle « un sage sicilien « peut-être ou italien >> ( Trad. de Platon , t. III , p. 317). Il ne nous apprend pas quel pouvait être ce personnage , soit Empédocle , comme le veut le Scholiaste ; soit Philolaûs ^ comme semble l'indiquer Théodoret {^AffecU curai, v ) ; soit Heraclite, comme Sextus (1. ii, c. 24) porterait à le croire; soit Pythagore, comme on pourrait le conclure d'un passage de Clément d'Alexandrie (L m, p. 434). Il se contente de rapporter ce mythe à l'école pythagoricienne en général. Il parle plusieurs fois du rôle important que joue l'amour dans le système pythagoricien : ^p«e|. xxxv. ^Miet IroTo/or* nptff. xxxvil. lî ^/AÎût To T«y TouTo jtpare?. Il dit aussi plusieurs fois que le gouvernement cher aux pythagoriciens était l'aristocratie. np«0. xlvi. w L'ai'istow cratie (lorissait surtout parmi les pythagoriciens.
i< car l'aristocratie est le gouyernement qui fait les u citoyens Tertueux. Etre vertueux, c'est posséder r< une âme parfaite. Or,une âme ne peut être parfaite c< cpie par la vie et la connaissance , la pratiq[iie et « la spéculation , «Tià ^«w r ri Ktti ywtttf. Mais la it condition de la connaissance est précisément « l'açiélioration de la yie, hk ^tàtif XfltSopOw/uérirr, u car la connaissance ne peut naître dans une « âme souillée/ C'est pourquoi les pythagoriciens a commiençaient par purifier la vie en accoutuli mant à s'exercer au silence et à vivre sobrement, a à ne prendre des aliments que du bout des doigts. i( Ensuite ils s'occupaient d'inculquer la science. « C'est ainsi qu'il vivaient dans l'aristocratie. » — npctg. xLi. « Timée le pythagoricien gouverna en H Italie avec la science propre aux politiques. »
Ce commentaire est déjà plus intéressant sur Empédocle. Dans l'introduction, Empédocle est appelé le pythagoricien^ et il est donné comme ayant été maître de Gorgias et élève de Parménide. On pourrait croire au premier aboixl qu'il n'est ici appelé pythagoricien que par le caractère général de sa philosophie, et parce que l'école d'Élée, à laquelle il se rattache par son maître Parménide, est un appendice de l'école pythagoricienne , comme l'école atomistique est un appendice de l'école ionienne. Mais Eudocia , dans les Anecdota de Villoison , p. 4 69 , nous apprend , sur la foi de Théophraste, qu'à la fin: de sa vie Empédocle s'attacha aux pythagoriciens. Elle nous dit encore dans le même endroit.
430 OLYIIPIOOORB ,
sur l'autorité de Néantès y qu'il est le premier poète admis par les pythagoriciens au secret de Irar doctrine qui l'ait divulgué j ce qui leur fit adopter le principe de ne plus admettre aucun poète , t»^M lAiTéiJ'tiffUf €70701^. Déjà nous savions qu'Empédocle avait été élève de Parménide par le témoignage de Théopkraste dans Diogène de Laërte, 1. iii^ ch. 55, et dans Endocia, K i ; par celui d'Àlcidamas, dans Diogène de Xiaërte, 1. vni^ ch. 56; de Simplicins, sur la Physique d'Arisiotey 1. i, ch. 6; enfin par Suidas^ aux mots Empédocle et Parménide. Olympiodore confirme ici leur 0{Hnion de la manière la plus positive. Platon ^ dans le Ménon, plus tard l'historien Satyrus^ dans Diogène de LaêrtCy 1. viii, ch. 58, et plus tard encore Suidas s'accordent à faire d'Empédocle le maître de Gorgias, et cela est tout-à-fait nécessaire potir faire comprendre le second titre du livre de Gorgias sur la nature, Tfpi çv(r€ùùf S irifï tqv fjin orro^? et nojQi-seulement le second titre , mais le contenu de ce livre , et pour expliquer comment Aristote a pu mettre sur la même ligne Xénophane , Zenon et Gorgias. En effet, on est d'abord fort étonné de voir le père de la rhétorique associé par Aristote à des métaphysiciens idéalistes, comme Zenon et Xénophane. Mais l'étonnement cesse si on pense que Gorgias a eu pour maître un élève de Parménide. Or, la petite discussion chronologique à laquelle se livre Olympiodore dans l'introduction , et que nous avons citée, ne laisse aucun doute à cet égard.
SUR LB QORfiUS DB PLATON. 431
Théophnste , dam Eudocia » ne dit pas seulement WJEmpédocle est un élère de Parménide , il dit encvi^ ce qui oonvient assez au caractère comin d'Empv'tlûcle, qu'il s'efforça d'atteindre à la re^ noËunée de son nudtre, (nhMrriv^ et qu'il imita sa manière dans ses yers, iMi^nrh If rtlif «rvn^/tx^o-ir j de là le poëi le d'Empédocle sur la nature , poëme dont nous avons encore un très-grand nombre de fragments , et dont Olympiodore^ cite ^ 7/>aÇ. iv, le ▼ers cor au:
A cite encore, Tpd^. xxxv, ce mot obscur d'Em-
^jëdocle, « riiv ^ihittv ivovv rov a-^ajpovi » ajoutant :
« En effet, Famour est dans l'essence même du « principe de toutes choses, puisque là l'union est « partout et la division nulle part« » Sturz, qui cite ce passage d'après le manuscrit de Seitz (1 ) , ne l'explique point ; et plus tard il se perd dans une compilation sans critique des diverses opinions anciennes et modernes sur le Sphœrus d'Empédocle. Selon nous. Syrien, dans son commentaire inédit sur la métaphysique d'Ari^tote, lève toute difficulté. Syrien dit positivement qu'Empédocle distinguait deux mondes : le monde sensible et le monde intelligible ; que le monde sensible est le règne de la haine, vuKOfi que le monde intelligible au contraire est le règne de l'amour , p^hUy et que
(1) Voyez Sturz , Empedocles Agrigentinus , p. 236.
432 OLYMPIODORE ,
ce dernier inonde s'appelle i ^^«tîpor. Je cite la tra* duction latine de Bagolini : In intelligibili rrmndo appeUato sphœro secundùm. aciionem dominari amicitiam propter unionem immateriaUum et divinarum substantiarum (i). Je donne en même temps le texte grec tiré du manuscrit inédit de la Bibliothècpie royale de Paris, n^" 1893, /oL 31, lin* 1 : i* /f tovt»k rSv Ap^Sf riv t* youtov Mo-fjLov *rtf- ^ctiviO'BAi x) T.or nMnroY' h fxiv ùv9r$ vonrSi a-peti^f^ ^po^- AyopivofÀivtjt katÀ riv Toino-iv» iTtKpArûv rtiv ÇêhiAf hi rtiv ivaa-iv rav ivK&y x) Biiav ovvtSv» Cette explication
de Syrien ne laisse rien à désirer, et il. est très-probable qu'Empédocle aura donné le nom de ^-^ctipor au monde intelligible, parce que ce monde uni par l'amour peut être comparé à une sphère partout unie, d'après l'expression métaphorique de cr?gtip/xoV, le rotundus des Latins, qui s'employait pour désigner l'égalité, l'unité parfaite , la perfection , ainsi que l'expression de carré, etc. J'ai fait voir, dans ma dissertation sur Xénophane , quel est le vrai sens de (rptttpiKif appliqué à Dieu. C'est dans le même sens qu'Empédocle, disciple de Parménide, disciple lui-même de Xénophane , aura employé le mot fÇiAlipof pour marquer la ressemblance, l'égalité, l'unité des esprits, lorsqu'ils sont unispr
(1) Syriani antîquissimi înterpretis in ii , xn et 'xiii Aristotells libros metaphjsices commentarius, à Hleronymo Bagolino; Venetiîs , 1558, p. 33. Securubïm actionem est un contre-sens ; kat» rtit ^«{tiTtv désigne le poète Empëdoclc.
Taniour. Faute d'avoir bien compris ce sens de a-pojpo^i beaucoup de critiques anciens et modernes se sont mépris sur le système d'Empédocle , et se sont imaginé les uns que c'était le monde matériel, les autres que c'était Dieu qu'il appelait o ^^tûpoç (1 ). Mais Syrien s'exprime à cet égard de la manière la plus certaine, et ne laisse aucun doute*sur l'in* terprétation véritable qu'il faut donner de la phrase d'Olympiodore.
Si du maître nous passons au disciple, c'est-ànlire à Gorgias, nous trouverons encore dans ce com-* mentaire quelques détails au moins qui ne sont pas ailleurs. Sans doute l'introduction que nous avons citée ne nous apprend rien de nouveau sur Gorgias. On savait déjà que Goi^ias de Léontium était venu à Athènes avec une mission relative à la guerre contre les Syracusains, ayant avec hii un de ses disciples, le rhéteur Polus d'Âgrigente ; on sa*^ vait qu'il logea chez l'orateur Calliclès, et qu'il eut^, pendant son séjour , les plus brillants succès. Le Scholiaste de Platon disait déjà que les jours Où 'il parlait étaient des fêtes (2). Pas la moindre citation
(1) VojezSîuipliciiJS, Commentaire surlaphysiiqueifAristote, lîv. VI, p. 392 et 393 de la traduction latine; Venise, 1587. Simplîcius a trompé Tiedemann, tpm. i**^, p. 63, et Tennemann, Manuel de V histoire de la philosophie , irsLducÙQn fraoï^aise, 2« édit. , tome !•% p. 123.
(2) On ne voit pas pourquoi M, Geel révoque ce fait en doute, Historia critica sophistarurn, p. 22 : Nobis hi lampades et intermissa deorumfesta valdè suspecta sunt. Mais il s'agit
434 OLYMPIODORS ,
du Uyre sur la naturel dont heureusement Aristote et surtout Sextus nous ont conservé les principaux raîfonnements. Olympiodore se contente d'appeler cet ourrage rvyyfAfifjtA ovk ako(â4'OV9 et d'en rapporter la composition à la 84* (^ympiade. Nous savions aussi^ ce que répète ici Olympiodore, que Gorgias vécut très^longtemps , quelques-uns même disent jusqu'à cent neuf ans. Mais voici une anecdote qae je ne trouve nulle part , excepté dans ce commentaire, '^f «|. VII : « Gorgias, étant allé à Ai^os, trouce va les esprits si prévenus contre lui, qu'on im- « posa une amende à ceux qui suivraient ses leçons. a Voilà poutquoi il s'attache à défendre les rhé- •r teurs contre l'argument tiré de l'abus que leurs ce disciples font de leur art. » En effet Argos était un pays dorien, où les sophistes ne devaient pas avoir gi^and crédit , et l'anecdote rapportée ici est an moins vraisemblable. Olympiodore nous apprend encore, tJ)*!. iv, que x'^ift^^pynyLa et KVfeùo-tf apparteliaient au dialecte de Léontium , et que Flaton prête ces mots à Gorgias pour la vraisemblance
seulement de fêtes métaphoriques , et je craios que' le savant {lollandaîs n'ait été trompé par TexpressioD équivoque du Scholiaste : Ufriit itrfttKTôt tTtoUtft ûî ABtitalâiy a \e6 ÂthénieDS s'en faisaient une fête , » et non pas « faisaient une fête à T*etfe occasion. » Le témoignage de Troile fortifie celui do Scholiaste , et Olympiodore confirme l'un et Tavtre. On ne voit pas noB plus pourquoi le même Geel ^ p. 64 , fait tant de difficultés SUT les mots iirt^u%tiç , iirtfstkfttrBtii , qtii signifient ti*ès-évidemment y /aire montre de son talent, V exhibition des Anglais.
SUR LE eORGIAS DB PLATON^ 435
tlramatiqae. Enfin Âristote nous dit bien dans la Rhétorique^ I, m, ch. 18, que Gorgias recommande d'opposer toujours le contraire au contraire^ le se» rieux au comique ou le comique au sérieux, artifice recommandé aussi par Gicéron, de Oratore^ I, ii , ch. 59 ; mais nous ne connaissons aucun ouvrage de l'antiquité qui nous oonserre ce précepte en en-^ tier avec les paroles mêmes de l'auteur, et tel que le donne Olympiodore, ^p<t|. xx : a il \àv l ivdLfrUf
u y€hZi o-oS (TTOuJ^AÎd hiyoï^réfy ^étfr%tvof fiAvrov h a (Jti
« ^Avn AVTov i yih»i. » Le dernier mot d'Olympiodore sur Goi^ias est celui-ci dans l'introduction : « Quant aux idées que représentent les personnages, (T Gorgias représente la faiblesse et la demÎHDorrtip a tion ; n et c'est à peu près la l'opinion qui ré-^ suite de tous les témoignages. Mais Olympiodore maltraite l'élève bien plus encore que. le maître, el il donne Polns comme Je représentant de l'iniquité conscntmnée et de ForgueiK Olympiodore, flrp«|. ni, prétend au$si avec le Scholiaste que le petit discours que Platon met dans la bouche de Polus n'était pas une improvisation , mais un discours préparé , ce qui, avec un endroit, il est vrai un peu équivoque, de la métaphysique d' Aristote (1), porterait à croire que, dans le Gorgias de Platon, la tirade de Polus
(1) Métaph. , lîv I, p. 4 de l'édition de Brandis, « fiif^ft f v>s«y. Peut-être is fn^t TlSx^s veut-il dire ici : iç ^y*v nifA«f
436 OLYMPIOIXIRE ,
sur laquelle tombe la critique d'Olympiodore^ pas^
sait dans Tantiquité pour un morceau authentique de Folus.
Rien ici sur l'orateur Galliclès , sinon qu'il était d'Egine^ irpâ^. lx.
Tel est le petit «ombre de. renseignements plus ou moins importants que renferme ce commentaire d'Olympiodore sur la première époque. Il est beaucoup plus précieux pour, la seconde ; et d'abord nous y trouvons sur Socrate un morceau qui ^ sans contenir précisément aucune donnée nouvelle sur ce grand homme^ n'est pas dépourvu d'intérêt.
Olympiodore se fait dette objection , cr/s a|. xli ; x( Gomment Socrate , qui reproche aux grands .(r honunès d'État d'Athènes de n'avoir pas amé- « Jioré les âmes de leurs concitoyens , n'a-t-il pu M lui-mépie changer les mœurs d' Alcibiade et de « Critias? » — * Olympiodore répond que d'abord H Socrate a formé plusieurs hommes vertueux , (( CéhèSf iPlaton, Aristote (A) et d'autres qui leur
(1) M. Stahr {^ristotelia, tome i«', p. 40) fait iire à Aaimonîus et à Olympiodore dans ce commentaire y îrp«{. xlii, qu' Aristote put jouir encore trois ans à Athènes de l'enseignement de Socrate; assertion ridicule que tout lé monde a réfiitée, Socrate étant mort à peu près quinze ans a vaQt la naissance d' Aristote. Mais il faut laisser cette aBsurdité à Ammonius dans la vie d' Aristote , et ne pas rétendre à Olympiodore, qui n-cn dit pas un seul mot dans la îrp«|. xLit ni ailleurs. C'est probablement ce passage de la îrp«{. xli qui aura trompé M. Stahr. Mais ce passage ne suppose pas de rapport personnel entre Socrate et Aristote ; il suppose seulement une iafliience
fc ressemblent; qu'ensuite il faut bien distinguer « rhomme d'Etat auquel la puissance publique est u remise^ et Ip philosophe^ qui n'a d'autre puis* (( sance que la persuasion. Si Âlcibiade ne suivit a pas les conseils de Socrate , ce n'est pas là faute u de ce dernier^ car il le reprenait sans cesse. Au « contraire^ les quati^e politiques dont il est qnes- « tion se gardaient bien de blâmer toujours les « fautes du peuple. D'un autre coté , Âlcibiade ne u resta pas assez longtemps auprès de Socrate pour (( profiter de ses leçons. En outre, sa mauvaise « conduite ne commença que quand il eut cessé de « le fréquenter. Enfin Socrate n'avait que trop u prévu les égarements d' Alcibiade; il ne fut donc « pas cause de ses fautes. Aussi Alcibiade fit-il loin « jours son éloge, et lui témoigna*t-il un respect t< constant. Four Gritias^ ilfut un des trente tyrans> M il est vrai ; mais il censura continuellement leur « conduite, s'attii'a leur haine, et finit psr être « condamné sur une fausse accusation. — On in*- (c siste et on objecte que Socrate a exercé la fonc- (c tion déjuge, a Nous n'en savons rien, dit Olym- « piodore (1), et quand cela serait, il n'a pas été u juge afin d'entrer dans les affaires, mais afin de «remplir ses devoirs de citoyen, car il ne poumorale de l'un sur l'autre , influence incontestable , et qui place Arîstote dans l'école de Socrate , tout comme Platon et Gébès.
(1) Il est dit dans V Apologie qu'il n'exerça aucun emploi public , mais qu'il fut sénatelir , et c'est en cette qualité qu'il
438 OLYBf PIODORB ^
« Tait sortir entièrement de la yie civile. Beaucoup H d'hommes pleurèrent sa mort ; sa i-éputation (( avait attiré à Athènes utie foule de personnes f< avides de s'instruire^ Après sa mort, Isocrate <c désolé conduisit les jeunes gens à Anitus et à K Mélitus : Chargez-vous de cette jeunesse, leur a dit-il f instruise&'la, maintenant que Socrate n'est
«plus : Ji^tt^'Oti TetiJ^€v^etr$ «ÔToùf v(JLUi s êTfiS'i
«r ^^xfàirnf oùk Ïts i^rh. » Nous ne nous souvenons pas d'avoir vu ailleurs ces paroles d'Isoa*ate. Du reste ^ elles s'accordent avec ce que nous savons de la vénération qu'Isocrate professait pour Socrate et de l'amitié qui l'unissait à Platon. Dans un discours d'Isocrate , on trouve sur les condamnations faites sans preuves suffisantes , suivies bientôt de repentir, dont on recherche ensuite les instigateurs et dont on voudrait i^nimer les victimes, un morceau touchant^ qui est une allusion évidente à la condamnation de Socrate (1),
s'opposa à ce qu'on fit simultanément Te procès aux dix généraux des Arginuses. jépol, , tom. i*' de ma tradactîon, p. 98, 99.
(\) vîfirîis inifêTîm^^^, 145 de l'édition de Lange :«^i
^xti9 XmÇtlv i^séo^na^y etc. £n effet, Diogène nous apprend qu!après la mort de Socrate les Athéniens se repentirent tellement de ee qu'ils avaient fait qu'ils fermèrent les palestres et les gymnases , condamnèrent Mélitus à mort , exilèrent les autres accusateurs, et firent faire par Ljsippe ilne statue d'airain de Socrate qu'ils placèrent dans l'endroit le plus fréquenté de
SUR LE GPi^A^ PB PLATON. 439
Nous devons à Olympiodore , dans h commeiir taire sur le premier ^Icibiade, une yïe d? Platon presque aussi étendue que celle de Diogène do liBërte^ et qui renferme plusieurs détails qui ne sont pas dans cette dernière. Nous avoii$ ail** leurs (1) soigneusement marqué les moindres diffé^ rences qui séparent ces deux biographies. Ici nou& retrouvons un abrégé de la première ^ £|vec quelques légères différences. L'intérêt qui s'att4)die à tout ce qui regarde un aussi. grand homme que Platon 9 nous fait isn dbvoir de- donner en entier pet abrégé.
np«|. xLi : « Socrate mourant dit à ses amis^ « dans le Phédon : Que ce discours vous enseigne (( à calmer vos passions. — Mais quel est odui qui « nous servira de maître quand vous nous aure^ H quittés ? — La Grèce et les pays étrangers sont « pleins de gens capables de vous diriger» Procun- (I rez-vous leurs conseils à tout prix. Pénétré de ces (T paroles 9 Platon passa en Sicile pour conversa (( avec les pythagoriciens^ Il n'avait appris de So*<-
la ville. Il paraît qne la Grèce entière partagea le^ sentimeji^ d'Athènes ; car le même Diogène assure qu'Anitus exilé étant arrivé à Héraclée , les habitants l'en firent sortir le jour même. Saint Augustin dit que Mélitus ne fut pas condamné à mort, ce qui indiquerait un procès régulifer, c'est-à-dire une nouvelle injustice, mais qu'il fut massacré par la multitude , et Anitus forcé de se condamner lui-même à un exil perpétuel. De Ci9. Dei, lib. viii, c. 3.
(l) Plus haut, p. 304.
440 OLYMPIODORE ,
(c crate que la morale^ car il était jeune quand n Socrate mourut^ et ne connaissait pas encore la (c partie la plus profonde de sa doctrine*. Qu'il fôt H jeune encore, c'est ce qui est prouvé par son « y^pologié , car il voulut défendre Socrate; et Tc monté à la tribune , il prononça ces jnots : v€ûf u TefiTOf eiVeiy.... Quoique jeune, je parlerai ..•• Mais t< on ne le laissa pas continuer , et à peine avait-il « prononcé ces paroles, qu'on lui cria de toutes u parts : Descendez , descendez ! Il s'en alla en Si- <c cile, et y trouva les pythagoriciens cultivant u a\ed un grand succès les sciences, la géométrie « et l'astronomie. U alla ensuite en Libye, et étuu dia à Cyrèhe la. géométrie sous Théodore. De là « il alla en Egypte , où il s'instruisit dans l'astre- « nomie. U est inutile <ie dire combien il se fit « estimer pendant toutes ses études. Il retourna H ensuite en Sicile pour visiter le cratère de l'Etoa, (( et pour converser encore avec les pythagoricc ciens. U y trouva Dion , ami véritable de la phi- « losophie , et il s'en fit honorer par son caractère «divin. Dion avait une sœur nommée Arislo- (( maque, mariée à Denys-le-Tyran . Ce prince w avait épousé deux femmes le même jour, Aristo- « maque, de Syracuse, et une Locrienne. Il avait (c aussi un frère nommé Leptîne. Dion conseilla à « Platon de le voir, lui faisant espérer que ses dis- (( cours le ramèneraient à la vertu, et que des villes « entières lui devraient ainsi leur bonheur; Pla- « ton, cédant à l'amitié, vit Denys. Le tyran hii
« demanda quel était rhomme le phis heureux ^ ce pensant que Platon le nommerait lui-même. Mais (c Platon lui nomma Socrate. Comme 'Denys avait (c la réputation de rendre de bons jugements^ il ce dit à Platon que le souverain mérite était de bien c< juger. Platon le nia. Juger^ lui dit-il , c'est faire c< ce que font les femmes qui raccommodent des « vêtements. Ces femmes ne font pas des habits « neufs, elles réparent seulement ceux qui sont c< usés. De même celui qui juge ne fait pas deshom- (c m^ vertueux, mais il ne fait que punir des eou- (c pables. Hercule ne vous paraît^il pas avoir été « heureux? lui demanda Denys. Non, répondit le ce philosophe, s'il a été tel que les fables nous le (( représentent; mais s'il a pratiqué la vertu, il a ce été réellement trèsrheureux. Comme Platon douce nait au roi, sans ménagement, de sages conce seils, celui-ci se mit en colère. Les uns disent ce que Dion , craignant la cruauté du tyran , pria ce PoUis, général lacédémonien , d'emmener secrè- (( t^ment Platon pendant la nuit et de le conduire « à Athènes. D'autres disent que ce fut Denys qui ce le fit prendre par Pollis et conduire à Egine. ce Celui-ci ayant appris que des Lacédémoniens ce étaient prisonniers à Athènes, dit à Platon que ce si ces prisonniers n'étaient pas relâches, il ne « lui rendrait pas la liberté, et il accomplit sa mece nace.Sur ces entrefaites, un nommé Annicéris « passa par Egine, se rendant à Olympîe pour y ce disputer le prix. Il vit Platon , et dès qu'il con-
442 OLYlf PIODORE f
H nut sa situation y il paya Vingt mines pour sa u rançon, et lui témoigna les plus grands égards. (T Platon voulut ensuite lui rendre les vingt mines, u mais il les refusa : Je regarde, dit-il, comme « une plus grande gloire de tous avoir racheté (c que d'avoir vaincu à Olympie. Denys mourut, « laissant un fils de chacune de ses deux fem- (( mes. Les deux frères se disputèrent le trône, H car leurs mères ne savaient laquelle Denys avait (c connue la première, et de qui le fils devait « régner. Denys le leur avait laissé ignorer à des- « sein. Âristomaque craignit pour son fils les emr « bûches de Dion , son frère , et le prit en haine, (f Le fils de la Locrienne^ nommé aussi Denys, (c monta donc sur le trône. Dion s^'attacha à lui, «et lui conseilla d'appeler à sa cour Platon, pour « se former par ses conseils. Platon consulta les (( principaux d'Athènes' {(i^yitrTAVkv)^ Ses amis « furent d'avis qu'il acceptât l'invitation de Denys, a afin d'avoir l'occasion d'appliquer ses théories de {< gouvernement^ et les hommes d'État d'Athèùes a furent delà même opinion. Platon partit donc, « et à son arrivée, Denys remercia les dieux par (( des sacrifices et des fêtes. Il se soumit aux règles (( de son enseignement , et le palais était tout i*em- (c pli.de poussière; car Denys s'occupait beaucoup « de géométrie, mais sans y faire de* grands pro^ w grès. Rebuté de ne point réussir, les flatteurs lui « persuadèrent que Dion avait des projets contre a lui : Quittez donc, lui dirent-ils, ces vaines
a études, el retournez à nos plaisirs d'autrefois. u Platon se voyant dédaigné, se retira, toujours ce attaché à la vérité. »
Là s'arrête cette biographie faite uniquement pour répondre à l'objection pourquoi Platon, ne put venir à bout d'amener l'un et l'autre Denys à la vertu. Comparée à la première biographie du Commentaire sur V jélcibiade y elle peut donner lieu aux remarques suivantes :
1 ^. Dans les premières lignes , Olympiodore dit qu'après la mort de Socrate, Platon passa en Sicile pour converser avec les pythagoriciens , ce que dit aussi Apulée : Posteaquàm Socrates omnes homines reliquitj quœswit undè disceret^ et ad Pyriha^ gorœ disciplinam se contulit; tandis que , dans la première biographie d'Olympiodore , comme dans celle de Diôgène, il est dit qu'après la mort de So^ crate , et avant d'aller en Sicile , Platon étudia plusieurs des doctrines qui faisaient alors du bruit, par exemple celle d'Heraclite , à l'école de Cratyle. Ce n'est peut-être là qu'une omission qui résulte de la brièveté de cette nouvelle biographie; cependant il ne faut pas oublier qu'Apulée place les études de Platon sur la philosophie d'Héraclîte avant ses rapports avec Socrate, anteà quidem Heraclitis seçtâ fuerat imbuius; opinion très-peu. probable, toute l'antiquité s'accordant à dire que c'eét Socrate qui donna à Platon le goût de la philosophie.
2^. L'anecdote de l'apologie que Platon avait faite pour Socrate et qu'il ne put prononcer, ne se trouve
444 OLYMPiODORE ^
ni d'ans Apulée , ni dans la première biographie d'Olympiodore ; mais Diogène ht rapporte sur la foi de Justus de Tibérîade, historien contemporain de Vespasien. Le début du discours de Platon difiere dans les deux passages. Olympiodore ne donne que ces deux mots : vèdrctrof giVgïî'..o et Diogène, d'après
JustUSy Vîtir ATOç ivi et AfS^pîf A0fiVA7^ti t5v Wi to jSÎffta ÀVACeivTotr..,^ >
3**. Dans la première biographie, il est question non^eulement du voyage de Platon à Cyrène et en Egypte, mais d'un voyage en Phénicie où il aurait rencontré des mages qui lui auraient enseigné tout ce qu'il savait, et même d'un projet de Platon d'aller jusqu'en Perse, projet dont parlent aussi Diogène et Apulée ; ce dernier même ajoute l'Inde à la Perse. Ces projets de Platon né se rencontrent pas dans l'antiquité avant l'école d'Alexandrie, qui aimait fort les voyages dans l'Orient, et nous pensons qu'il faut s'en tenir aa récit de cette nouvelle biographie^ où il n'est fait mention que du voyage à Cyrène et en Egypte, lequel est attesté à-la-fois et par les deux biographies d'Olympiodore, et par Apulée, et par Diogène, enfin par Cicéron, de FinibuSy lib. v.
4**. Lerécit que fait ici Olympiodore des relations de Platon avec l'un et l'autre Denys est à-peu-près celui de Diogène Laërte. Le point important est de savoir si la captivité dé Platon à Êgine doit être placée à son premier ou à son second voyage en Sicile. Dans sa première biographie, Olympiodore rejette la captivité de Platon à son second voyage.
taudis qu'ici il la place au premier par une contradiction qu'il n'est pas facile d'expliquer^ et d'ao* cord en cela non-seulement avec Diogène, mais avec Plutarque dans la vie de Dion. II est à remarquer que la septième des lettres attribuées à Platon ^ où il est tant parlé de ses voyages en Sicile , ne dit pas un seul mot de cette captivité^ni de Polis ^ ni d'Annicéris ; on y voit seulement que, dans son pre|nier voyage, Platon se lia intimement avec Dion, et qu'il exhorta en vain les Siciliens à réformer leurs mœurs.
On pouvait faire à Platon la même objection qu'il faisait lui-même a Tkémistocle et aux autres politiques : il ne sut pas plus garder l'affection d'Aristote que les autres n'avaient su garder l'affection du peuple. Le besoin de répondre à cette objection nous vaut, de la part d'Olympiodore, quelques mots fort curieux sur Aristote.
Voici l'objection que.se fait Olympiodore , toujours dans la tt^a^. xli : a Aristote se sépara de Place ton y et, selon l'expression du rhéteur Aristide, « il éleva contre lui le Lycée (iinrit-xi^tn to AJx«ioy) (c et introduisit une doctrine différente.
(c D'abord , se répond Olympiodore, Aristote ne (f diffère de Platon qu'en apparence. Ensuite, quand w il en différerait, iln'en serait pas moins très-re- « devable à Platon. Enfin, dans YAlcibiade et dans (C le Phédon, Socrate abdique toute autorité et veiit u qu'on n'écoute que sa conscience et la vérité.
(C Ce qui prouve qu' Aristote révère Platon comme
A46 OLYMPIODORB ,
t( son maître, c'est qu'il a éerlt son panégyrique (c dans une biographie qu'il en avait faite , et dans t( laquelle il le comble de louanges : On Ji K^i Àpi^-
(r ohov Koy^v iyKtiyLtA^riKiv ijttiQîràbi yàp riv Cihv autov
Je ne connais pas un autre passage de l'antiquitéoù il soit fait mention d'un panégyrique de Platon par Aristote, ïkùv hiyov èyKû^iJLtAtrruipy et dans le long catalogue des ouvrages d'Aristote que donne Diogène , pas plus que dans le catalogue de la Vie anonyme publiée par Ménage, on ne trouve aucune trace d'un pareil ouvrage. Éitr/fl«Tflti toit Ciév ÉewroC indique une biographie régulière* Il est vraiment incroyable que, si cet ouvrage existait du temps d'Olympiodore, il ne l'ait jamais cité lui-m^e en traitant de la vie de Platon ; et il nous parait presque impossible qu'aucun écrivain de l'antiquité, ni Plutarque, ni Athénée, ni Diogène, n^en eût fait mention. Cependant la phrase d'Olympiodore est positive* Celle qui suit ne l'est pas moins :
(c Et ce n'est pas seulement dans cet ouvrage qu'il « le loue; voici l'éloge qu'il en fait dans ses élites <i àEudème: oùfAùvov il iyKtiiÀtov toi^^h^ AÙréuiittitifu K AÙrov» ^KAÀ Kui iv To?f Ihtytmf roïf tflç Bviniiivi (T eivriv iTTAiviv Il\ATâ)VA iyKt^fjLiti^ît yfi^téV ovré»f» »
Du moins nous savions déjà, par le catalogue de Diogène, qu'Ai'istote avait composé des élégies dont le commencement était : Fille d'une mère ingé^ nieuse.... ÈXi}^€i'tf. t»v fiîp;^rX«tAAiT<;çrou imr^l^ ^iy^rtf*^
Et le même renseignement nous était donné par la Vie anonyme de Ménage* Mais nous ap]»*enons ici que plusieurs de ces élégies étaient adressées à Eudème, et ce renseignement tout-à-fàit nouveau n'est pas sans intérêt; mais ce qui y ajoute un grand prix, ce sont les sept vers suivants que cite OIympio«dore :
« ÈxètÊf /* «c AXiivov K«xp69riiic ^«t9rt^o* ,
« Av^poc ov <^t;/* etlith toÎ^-i XAKoîai ^ifÀif « Oc /uovoc » vfamç^ynrSv KATtJ'ti^ty ly et fy ut y
« 0««t»tt Tf /S/tt xa) yutO 0^010-» h^ymf , « ne «t>«t6oç Tt KAi tùl"éLifA»i Si/*Ayht*rat àa»f,
« Oâ VUV ^* iO^i hàiCttl OwJ'lï/ Tfltt/Tfit.^OT* (1).
a Arrivé dans la ville célèbre de Cécrops,
« Il éleva pieusement un autel à la noble amitié
« D'un homme que les âmes pares ont seules le droit delotver ;
« Qai seul , ou du moins le premier entre les mortels, montra
(c d^une manière éclatante, « Par Fexemple de sa vie et par le raisonnement, tt Que le bonheur de l'homme n'est pas séparé de la vertu; « Vérité désormais au-dessus de toute^ attaque. »
Dans toute l'antiquité rien ne se rapporte à ces
(1) Je crois que le savant Nûnez est le premier qui ait lire ces vers du manuscrit d'Oljmpiodore, dans ses notes sur Âmmo^ ntu8 , p. 107 de l'édition de Leyde, 1 621 . Il en cite une traduction latine par le cardinal Bessarion, dans son livre Adu. Calumn, Ménage, dans ses notes sur Diogène, t. ii , p. 198, paraît avoir emprunté la citation des vers 'grecs à Nûnez. Nulle variante importante, si ce n'est ht^ySç que donne Ménage , au Heu de iim^ySç y leçon de notre manuscrit , qui me semble préférable. Il est étonnaht que , depuis , ces vers aient été si peu répandus.
448 OLYMPIODORB ,
vers, excepté le distiqae que Ton trouve. dans la Vie d'Âristote par Ammonius :
distique évidemment tiré des vers précédents. Ceuxci^ sans être d'une grande beauté^ ont, dans un degré inférieur, quelque chose de l'élégance de Fode célèbre à la vertu, avec la même absence de clia« leur et de mouvement. Tels qu'ils sont, on ne comprend pas comment , à cause du nom de leur, auteur et du nom de celui qui en est l'objet , ils ont pu échapper aux polygraphes de l'antiquité, si curieux de vers philosophiques. Mais assurément ils ne sont pas de l'invention d'Olympiodore, comme le prouve l'abrégé d' Ammonius, et dans toute l'école d'Alexandrie on ne pourrait les attribuer qu'à Proclus ou à Porphyre , qui ont laissé d'assez beaux vers. 'Ê\9çûy... icf^uV^ro indiquent plutôt quelqu'un qui parle d'Aristote qu'Aristote lui-même, à moins qu'on ne suppose que celui-ci parle de luimême sous la forme indirecte.
A ce document nouveau et vraiment précieux il faut ajouter trois définitions stoïciennes de l'art, qu'Olympiodoré rapporte à Zenon , à Gléanthe, et à Chrysippe* Tipa^. xn, fol. 22. « Gléanthe définis- « sait l'art : l^/r ôS'S Ttivret àvvova-A j définition que i< Chrysippe modifia en ajoutant /cAérÀ ÇAvrAo-iethSiGn « de rapporter l'art au génie de l'homme , tandis (( que ta définition de Gléanthe pouvait également ce s'appliquer à la nature. Gette définition pénètre
fc plus avànttians l'essence de l'art. La définition de Tc 2iénon va plus loin et fait de l'art une dépendanoe
u de la - morale : 'ZvarnyLA Ik Kti,TAKn*\,ttàV o'vyyî^ « 'yvfJLVAO'fÂivatV Tpif rt TiXor ivy^pn^rov riv iv r^ ^iy. >>
Nous n'avons pas tu ailleurs ces définitions stoïciennes de l'art ; mais on sait l'importance que les stoïciens attachaient aux définitions, et Chrysippe avait feitun livre particulier sur l'art de définir, 'xtpi Spm.
Il est inutile de rapporter plusieurs citations d'£pictète, 7p«|. XVII , où il n'y a pas même de variantes nouvelles, et nous passons de suite à la troisième époque delà philosophie grecque, sur laquelle il est difficile qu'un manuscrit alexandrin ne fournisse pas quelque renseignement nouveau.
On voit par l'introduction dans quel ordre les Alexandrins faisaient lire les dialogues de Platon à leurs élèves : d'abord Y Alcibiade, puis le Gorgias, puis le Phédorij qui résumaient à-peu -près les autres dialogues et offraient en abrégé la philosophie de Platon. Ici , comme dans le Commentaire sur Vjilcibiade , ce dialogue est mis^à la tête de tous les autres, comme étant le point de départ nécessaire de la philosophie.
Olympiodore nous apprend encore, dans cette même introduction, qu'avant lui on avait beaucoup commenté le Gorgias, et qu'on n'était pas d'accord sur le but de ce dialogue. Les uns prétendaient que son seul but est la rhétorique, d'autres la justice et l'injustice, d'autres enfin la théologie, caractérisant le tout par quelques-unes de ses parties. Il
450 OLYMPIODWE y
est extrêmement à regretter qu'Olympiodore ne nomme aueun de ses devanciers, pariiii lesquels il faut sans doute placer Hiéroclès , qui , au rapport de Damascius dans la vie d'Isidore, PhotiiBiblioih,y édit. de Bekker, p. 338, avait composé un commentaire sur le GorgiaSj et qui , d'après le caractère de ses autres écrits, doit avoir adopté le point de vue théologique ; et Eubulus, contemporain et ami de Longin, qui, selon Porphyre, dans la vie de Plotin, avait aussi commenté le Gorgias, et probablement adopté le point de vue de la rhétorique.
Voici , sur Plotin , une anecdote qui ne se trouve ni dans Porphyre ni dans Ënnape, et qui est trèsconforme à ce que nous savons du mépris de ce philoso*phépour la vie. np«tÇ. xvni, «Le philosophe a Plotin , comme on lui disait que quelqu'un était (( mort d'une mort violente et non d'une mort na- « turelle, s'écria : 0 faiblesse de l'homme quis'imatv gine qu'une pareille mort soit mauvaise ! o phi-
ii a-opoç ïl^einvor^ iîpfULOTOf rtvif on o (1) J'iïva, è^^ayn (( im. où pv^iK^ 6dLvit(ù ri6vnKîVy spHy^^firo* i rSf (ÂtKpa- « Koyiorfy on oiovTAi oi àLvdp»'jrot toi^ roiovroy ^tivArov
La '^rpa^. XLviii contient l'opinion de Plotin sur l'astrologie. Plotin accable l'astrologie par ce dilemme : « Les astres sont animés ou inanimés. S'ils « sont inanimés, ce qui n'est pas, comment peuvent-
(1) Un tel; locution qui se trouve plusieurs fois dans ce ma-
nuscrit.
(c ils produire quelque effet, opérant sans âme, « à^v^ùtç ivi^yovvTA ? S'ils sont animes, et que leur tf action soit divine, fiiiorepoif S) kaB' iî/u£r inpyu, « comiaent donnent-ils à l'un la richesse et tous les « avantages de ce genre , à l'autre la pauvreté et « toutes les autres sortes d'infortune ? » Ce dilemme est le fond du paragraphe onzième du livre III de la onzième ennéade.
np«|. XL. « Les âmes qui n'ont commis que des a fautes légères ne sont condaninées que pour peu « de temps, et une fois purifiées elles s'élèvent , « non par rapport aux lieux, ce qui est symbolique, cf mais moralement y par rapport à leur manière a d'être. Aussi Plotin dit-il : 6rt àvtiytTAi yi w -^v^^Hii u où iroS'h àhKÀ ^0)?. »
Nous trouvons dans la it^a^. xlvi cette phrase remarquable sur lamblique : « Puisqu'il y a dans « Platon trois mythes sur l'autre vie, pourquoi (c lamblique, h rtfi etùrov én^TOKSi, n'en cite-t-îl que « deux, celui du Phédon et celui de la République ? (f Peut-être celui à qui est adressée la lettre, i<r&j^ o u AvOpaTrof Tfiof oV €to/«î'to T«K Itt/^toajiV, ne l'avait-il u consulté que sur ces deux derniers. » Il semble que, s'il était ici question de la réponse à la lettre que Porphyre avait écrite à Annebon, réponse qui est l'ouvrage célèbre sur les Mystères des Êgyp-tiens y il n'y aurait pas %v nvi avtov iTtirroh», mais iv TM Avrov iTiaroÂ?. De plus, la lettre de Porphyre ne contient aucune question sur les mythes de Platon, ni la réponse d'Iamblique ne dit un seul mot à cet
452 OLYMPIOJM)B B y
égard. Enfin il serait fort étrange d'appeler For-* phyre ô £if9p»Tor. €e passage petit donc nous faire soupçonner qu'Olympiodore avait sous les yeux d'âutres lettres d'Iamblique qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous.
Proclus n'est cité qu'une seule fois dans cecom- •mentaire^ et encore^ comme nous le verrons tout à l'heure^ à l'occasion d'Âmmonius (1). C'est sar celui-ci que ce manuscrit nous fournit le plus de lumières. Olympiodore en parle partout comme d'un maître et d'un compatriote. Mous avons établi ailleurs^ d'après le commentaire d'Olympiodore sur le premier Alcibiadcy qu'Olympiodore était
(1) Auteur du Commentaire sur les catégories dtAristote , et de la Vie d'Âristote qui est à la tête de ce commentaire. Et pour le dire en passant, nous ne voyous pas pourquoi on enlèverait celte Vie d'Aristote à Ammonîus, comme le veulent certains critiques , entre autres M. Stabr, Âristotelia, tom, i*'. et pourquoi, comme ce dernie^ on en ferait un extrait informe et récent d'une prétendue Vie d'Aristote composée au ii* siècle par Ammonius Saccas , sur un prétendu rapport d'Hermias dans Photius , EcL 251. Mais en relisant le chapitre 251 de Photîus sur le livre d'Hermias touchant la proi>idence , je n'y trouve aucune mention d'une Vie d'Aristote par Ammonius Saccas ; j'y trouve seulement qu' Ammonius Saccas réconcilia le premier Platon et Aristote, ci^c kmKSîç ta 6»«eri^0v ig rvv9y«yf» îU tfet 9^ tW tivTOf r0(;i|,* tandis que le même Photius , ch. 242, sur la Vie d'Isidore par Damascîus, parle ou plutôt fait parler Damascius, d'Ammonius , Gis d'Hermias, comme d'un homme qui s'était particulièrement occupé d'Aristote, ftuXXtf ^i tm A^trrori'ovç \%9iTictro , ce qui permet très-bien de lui attribuer une Vie d'Aristote.
d'Alexandrie. Or, incontestableinenty Âmmonius était de la même ville : c'est ce que nous apprend Damascius dans la Viedlsidore, Bekk.^ p. 341 : « Hermias était d'Alexandrie, et il avait pour fils (c Ammonius et Héliodore. » Olympiodore et Ammonius étaient donc compatriotes. Oh sent encore un compatriote qui parle d'un compatriote dans la phrase suivante de la Tpài^. xliv^ à l'endrœt (déjà cité sur la Chimère : « Voici ce que racontait le phi- « losophe Ammonius : Solon, disait -il, qui fut « gouverneur militaire d'Alexandrie, m'a souvent i( assuré que cette interprétation était fausse : d J^i
« ^lAoVo^of AfjifÀafioç î^n on iiÀo) uttî ^oAA«tK/r ô ^oKfftv « 0 rnf Âhe^avJ^piietf yivifjLtvoç tf-TpetT^AatTur » Voici
maintenant un passage qui établit qu' Ammonius avait été le maître d'Olympiodore. Celui-ci, combattant la magie et les superstitions populaires, dit, Tfei^. xxxix : « On prétend qu'il y a encore de nos « jouï*s, en Egypte, des magiciens qui changent les c€ hommes en crocodiles, en ânes (1 ) , et leur font (c prendre les formes qu'ils veulent. Il ne faut pas ({ croire ces récits. Le philosophe Ammonius nous ce disait dans ses leçons, eîynv iîf(<V i^nyovfjLtvof* ces « opnions populaires me captivèrent moi-même , « et j'y croyais encore à la fin de mon enfance ,
(( djiti^n TetvTdL theti. » Ccci prouvc évidemment qu'Olympiodore avait suivi les leçons d' Ammonius.
(1) Voyez la Luciade.
454 OLYM PIODORE y
Il n'est pas non plus sans intérêt de voir qa'au yi^ siècle la magie était encore une opinion si puissante^ qu'Olympiodore croit devoir la combattre sérieusement^ et qu'un homme comme Ammoniûs^ éleré au milieu des philosophes, confesse que, même sur la fin de sa jeunesse, r^hiv 'TdLÏf, il donna dans cette maladie du temps. Enfin, dans le chapitre xl, les mots : 0 ^i\oVo^or o nfAirepôf Â//,/uo>v/or, qui sont évidemment pour 0 i flirt fdc KoAnyi^iivy ne laissent plus le moindi^ doute sur la relation de maître a élève entre Ammonius et Olympiddore. n^^f. xl. wLe « politique doit d'abord se former lui-même, comme ti le médecin doit d'abord entretenir sa santé. C'est i< en ce sens, selon notre philosophe Ammonius, (c que Jacob disait qu'un médecin ne doit pas être a malade* Ovr» yoZv^ aç ^n^tf o ^lAoVoptr o ifAirip^s
« AfÀfÂtùviofy t^êyîv o teixv^or or/ o^ c^ei tàrplv V9^tïf, »
Ce Jacob était uil médecin égyptien très-célèbre , maître d' Asclépiodote d'Alexandrie , et contemporain de Proclus , comme nous l'apprend Damascius dans la Vie d'Isidqre, Phoiii Bihlioth., chap. 242, Bekki, pag. 344.
np«6|. xuv, en parlant des lieux escarpés où la mythologie plaçait le brigand Scyron, Olympio* dore ajoute comme en parenthèse : cr que le phii< losopbe Ammonius disait avoir visité ces lieux ,
npflt|, xxiv. «Le philosophe Ammonius rap- « porte que, quelqu'un ayant dit avec chagrin « à son maître Proclus : Un tel , qui est vicieux ,
«est pourtant heUreilx, et moi je snis malheu- « reux; le philosophe répondit : S'il est votre ic ennemi; réjouissez- vous tant que vous le <( verrez impuni* ^na-h o pi^ia-Q^of À(A(»fiùç on ta»
« ffK^iof iv kakSç TrpATTîtj xiyi J^vo'rv^Sy K±i ixg— (( apiSti fltvTui ô pi^oa-o^Qf FIpcxAor Irt tt ix^^^^ ^^ « iariy TAVtiyvfi^* îc^f où lèhi^Mf avtov fJiif S'tSifTtt
iTptff. xLi. « AmmoninSy quand on lui citait sa « propre autorité, répondait : Qu'importe si j'ai « tort, fi MÎ jcAKOf eToina-tbi Et quand quelqu'un « lui disait : Platon l'a dit , il répondait : Il ne Ta « pas dit ainsi, et l'eût-il dit ainsi, avec sa permis^ c< sîon , je ne l'en croirais pas, s'il ne l'a pas prouvé : « OvK îpn (Àtv ovr»r SfAwf îhnKoi fxoi ô UhiruVi îi Kcti
Il parait qu' Ammonius avait une manière étrange de répondre aux objections qu'on lui faisait ; car, dans la Tp«t^. xlii, Olympiodore piropose de ré-** pondre à une objection qu'il prévoit , ce que ré^ pondait en pareil cas le philosophe Ammonius : Aor
Même ^jpetf. «C'est surtout, dit le philosophe « Ammonius , quand les .médecins ne réussissent (c pas , que les malades disent : Qui m'a donné de (c pareils médecins? ^ixiarA^ »< ^tn^iv i ^iKo7opoç
{( AfJt^fœviof y il uito-oLV AT v^iïf oî i*Tpoij tot€ oi KeifjL'-
« VO^TÉf Aej/OV^/' Ttf (JLoi tfViyKi roVTOVf 70VS tATfOVfi» »
456 OLYMPIOIX)RE y
iTpet^. XLViii. «L'astrologie n'a pas d'existence, « car elle détruirait la providence, les lois, les jugera ments. Le philosophe Âmmonius dit : Je connais « des hommes qui, selon l'asti^ologie, sont nés sou- « mis à l'adultère, et qui cependant restent vertueux w par la force de la liberté. Kati ^ncrtv i eiAwro^oj^
« AfÀ[Âe»viof oTt iyà oîJ^* âvBfaTovf nvÀç, ocov kata Tiff
<c Tcfcf TspiyivoiJLivov rov AVTOKiVtirov rïr ^.u j^îr. »
On sait que iè rhéteur Aristide avait défendu de toutes ses forces la rhétorique, attaquée par le Grorgias. Olympiodore le réfute sans cesse. Toute cette discussion est sans intérêt, et nous n'en avons pas parlé. Nous donnerons cependant un passage où Olympiodore montre, Tp*!» xli, w que Platon (c est si peu ennemi de la vraie éloquence , que , (c des trois grands orateurs Isocrate , Démosthènes w et Lycurgue, le premier fut son ami, les deux « autres ses disciples. Gomment croire Aristide, « quand on voit Démosthènes accusant un certain « Héracléôdore , qui avait été quelque temps dis- « ciple de Platon , mais qui ensuite s'était livré au « vice et qui méprisait ses leçons, s'écrier : Tu « ne rougis pas de faire ainsi honte aux leçons que (C tu as reçues de Platon! (A) Philiscus (2) dit en-
(1) OÙk moxufif TTtiti'uûtç xnTUip^ovifO'ttç 9^ }iù.y»f off IDucratoç i%f9êi9w. Ni ce discours de Démosthènes , ni cette pLrase ne nous sont connus d'ailleurs.
u core, dans la Vie de Lycurgue^ que cet orst- « teur devint très-habile ^ et obtint des succès « que ne peuvent obtenir ceux qui n'ont pas reçu « des leçons de Platon. Disons donc comme un (c certain philosophe, rh «/Aoero^or, qu'Aristide ne « s'aperçoit pas qu'il est en contradiction avec lui- « même : car s'il a dit que Démosthèqes est le type i< d'Hermès y et que Démosthènes loue Platon, il (c s'ensuit que Platon est encore plus divin. On (c rapporte que D^mosthènes, assistant aux leçons r< de Platon , louait sa diction , et qu'un de ses amis ce lui donna un coup de poing, ^rapia-^^i nivS^Ohov, « comme n'étant pas^attentif au fond des choses. » Quel est ce philosophe qui, avant Olympiodore, avait mis Aristide en contradiction avec lui-même? Ce pourrait bien être Ammonius, si l'on se reporte à la crpA^. XXXII, où Ammonius prend la défense de Platon contre Aristide. Platon, com* parant le vrai politique au vrai médecin, avait prétendu que Thémistocle , Cimon , Périclès n'avaient pas été de vrais médecins d'Athènes , mais ses flatteurs, comparaison et conclusion qu'Aris-
xttTû^ûScai T«9 féii «tKfùeiovifttfov rmMyeêf Yl}iùtTmvùç, Nous savions déjà par Plutarque, dans la vie des dix orateurs, que Ljcurgue avait suivi les leçons de Platon ; mais c'est ici, je crois, le seul endroit qui fasse mention d'une Vie de Lycurgue par Philiscus , ou du moins Runhken ne cite que ce témoignage , Historid critica oratorUm grœcorum , pag. îô9,tom. viii de Reiske.'
ov
458 OLYMPIQBORB ,
tide aTait combattues, et qtie les commentateui's du Gorgias aTaient,h ce qu'il paraît/ assez mal défendues; et même l'un d'eux avait donné un peu tort à Platon y ifiÎMi kamùç u'ri nç rSv i^nynTiv hi A ô n^etTft^t^ KdDtSf u'jTt Tipi (tir m (Thëmîstocle, Cimon, Përiclès) ToZrtt o kfurruJ^n^ (Ti* to TAÎflof T»f Kiym ifApiCôhtt Iroidd-g. Ammonius avait pris la défense de ce passage du Gorgias ^ en se fondant sur le quatrième livre de la République, où la politique est aussi comparée à la médecine : « *»<rJ ^
(( l^tKùtropof AfjLfjLœviof on KACm ipopfjLA< lit rov TtTaf7 « tSv TTùKiTttSv rpeMS^eti gATi^» Tù J^yfjLA Tovro* «fl"T/
w H rtniv^i. » Et il distingué trois sortes de mé décine' : a la fausse , qui est une pure flatterie et (( passe au malade tous ses caprices^ aux dépens (( de sa santé; la vraie, qui, n'ayant en vue que (( la santé, s'oppose à tous les caprices du malade, {< et au lieu de flatter commande ; enfin une méw decine intermédiaire, qui participe de l'une et w dé l'autre. Il y a de même trois sortes d*éloi< quence : l'une fausse, toute flatteuse; l'autre vraie, i< collaboratrice de la politique; et une troisième (c intermédiaire, qui, sans donner tout-à-fait dans la c( flatterie, sacrifie quelquefois la vérité. Leshomw mes d'État dont il est question possédaient cette « éloquence intermédiaire. » On peut supposer que ce morceau est d' Ammonius, comme semble l'indiquer Ikti^» et To/oVJ^i.
Voilà donc, sur Ammonius fils. d'Hermias^ ui) certain nombre d'anecdotes, de mots plus ou moins
importants qui pourraient servir utilement à une monographie de ce philosophe.
A propos des anecdotes que cite Olympiodore relativement à Ammonius^ il faut remarquer qu'en général ce commentaire abonde en anecdotes philosophiques. En voici une qu'il n'est pas mal de sauver de l'oubli, quoique Olympiodore ne nomme point le philosophe auquel elle se rapporte. Upti^. i. ce Un philosophe, pressé par la soif^ entra dans une « taverne et y but de l'eau. Comme il quittait la ce taverne , un homme qui sortait d'un temple le f< rencontra. Quoi ! lui dit-il , tu es philosophe et c< tu sors d'une taverne ? — Oui, répondit le philoce sophe, je sors de la taverne comme d'un temple, ce et toi d'un temple comme d'une taverne. C'est la ce conduite cpi'il faut juger, et non le lieu où l'on ce vit (1). »
Il faut encore signaler dans ce manuscrit un certain nombre de vers , sans désignation du nom de leur auteur, dans le genre de ceux que nous avons déjà trouvés dans le Commentaire d'Olympiodore sur VAlcibiadef et cju'avec M. Creuzer nous avons rapportés à Proclus. Dans l'introduction , nous avons vu ce vers , tiré, dit positivement Olympiodore, d'un hymne à Dieu ( v^ivoç iU ôsoV ).
(1) np«{. I, fol. 4. Àfuixu ftXio^fif TU 9f^iTttt t/rvA^cr %lç Tù xawnXuêf s^ twttf v^atf * tirtc iiiofri etôrS ÀicfiTtriivi rtç iiFO Ufù» titf^^ifttug 9^ Xtyti tùirS ort ÇtXùTùÇéç ati âxi to» KMTFnXtUv iiifZ^' ^' ^ Çfinf ùTt iytt /viv Âsro Hu xMifnMiùU^
460 OLYMPIODOREy
« Toi de qui toat vient , qai ne viens de rien, et pour cela es « seul. »
npflt^. IV, Olympiodore cite encore les trois vers suivants du même hymne à Dieu :
Ai
<( O toi qui es au-dessus de tout, pourquoi te chanter davantage? « Comment te célébrerai -je, toi qui es au-dessus de toutes
« choses?
« Quel éloge te convient, à toi que l'esprit ne peut comprendre? »
Les deux derniers vers sont de nouveau cités dans la TpdfcÇ. VII. Mais à qui appartient cet hymne à Dieu, dont ce manuscrit nous révèle l'existence? Évidemment à un Alexandrin, car le caractère de la diction est entièrement moderne. L'analogie porterait à penser qu'il est de Proclus, puisque nous savons par le Commentaire d'Olympiodore sur ÏAlcibiade, qu'outre les sept hymnes parvenus jusqu'à nous, Proclus doit en avoir fait d'autres, ou perdus, ou encore cachés dans quelque manuscrit, comme les trois hymnes qu'Iriarte et Tychsen ont découverts a Madrid et à l'Escurial, et qui depuis se sont retrouvés dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe (1 ) .
(1) Je les ai retrouvés et à la bibliothèque Âmbroisienne et à la bibliothèque de Paris , et je me propose de les publier de nouveau avec les nombreuses variantes que j'ai recueillies.
Notre tâche est achevée : nous croyons avoir tiré de ce manuscrit à-peu-près tout ce qu'il renferme. En résumé y il nous donne 1®. un certain nombre de pensées morales et religieuses , qui ne sont pas sans intérêt ; 2''. une exposition complète et méthodique du systèmemythologique des Alexandrins, avec Fèxplication d'un bon nombre de mythes particuliers; 3*. pour l'histoire de la philosophie il nous fournit y à ne parler que des renseignements nouveaux, sur la première époque, la vraie leçon d'un vers orphique , une anecdote vraie ou fausse sur Gorgias et le texte même d'un de ses préceptes; sur la seconde époque j relativement à Socrate , le mot d'Isocrate à Anituset à Mélitus; une nouvelle biographie de Platon , qui tantôt confirme , tantôt modifie sur plusieurs points les deux biographies et de ce même Olympiodore et de Diogène de Laërte; l'indication d'un ouvrage inconnu d'Aristote , savoir, un panégyrique de Platon ; sept vers, jusquelà ignorés d'Aristote, à la louange de Platon ; enfin trois définitions stoïciennes ; pour la troisième époque , il nous apprend l'existence d'un grand nombre de commentaires du Gor^ia^, antérieurs à celui d'Olympiodore, et les points de vue différents dans lesquels ces commentaires avaient été composés; peut-être il fournit l'indication d'autres lettres d'Iamblique que sa lettre connue ; il donne en outre quatre vers nouveaux d'un hymne à Dieu qu'on pourrait, par analogie, rapporter à Proclus;
enfin un bon nombre d'anecdotes sur Âmmonius . fils d'Hermias , avec quelques morceaux inconnus de ce philosophe. Il me semble que Toilà de quoi, sinon élever bien haut ce manuscrit, du moins justifier la peine que nous avons prise de le faire connaître avec quelque étendue.
OLYMPIODORE,
COMMBJTTAIRB INEDIT
FoRSTER est y je crois, le premier qui dans son édition du Phédon, Oxford , 1755 j ait donné quelques lignes de ce commentaire , empruntées aux manuscrits de la Bodléïenne. Fischer enrichit de ces citations son édition du Phédon, Leipsig, 1 783, sans les augmenter d'aucune citation nouvelle, ce qu'il aurait pu faire pourtant à l'aide du manuscrit que possède la bibliothèque de Seitz près Naumbourg (1 )• Wyttenbach, qui avait à sa disposition les manuscrits de la bibliothèque de Leyde (2), en tira quelques fragments nouveaux qu'il inséra d'abord dans son édition des Mqrales de Plutarque, puis dans son édition du Phédon, Leyde, 1 806. MM. Schinas et Mustoxidi ont publié à Venise, en 1817, quelque chose de ce commentaire dans leur Svaao^»
(1) Voyez le catalogue de cette bibliothèque par M. Mûller, Notitia codicutn mss. Bibliotecœ Naumburgo^Cizensis , Partic, II , MDCCCVII.
(^2) Voyez le caulogue de cette bibliothèque, pag. 335, 394, 396.
464 OLYMPIODORE^
A-TroTTTAO'fjLAricàv Jt^viKS'oTtaVy d'dprès ies manuscrits de la bibliothèque de Saint*Marc. Il m'a été impossible de me procurer le travail de ces deux messieurs; je sais seulement qu'il contient un assez petit nombre de pages du commentaire en question. Sainte- Croix (1) entreprit de le faire connaître ayec les manuscrits de la Bibliothèque de Paris , dans une notice trop souvent citée , mais qui ne mérite aucune confiance. Elle n'a que quinze pages , sur lesquelles il n'y en a pas cinq qui regardent ce commentaire du Phédon ; les autres se rapportent aux autres ouvrages du philosophe alexandrin ^ qui alors étaient également inédits. J'ai fait voir ailleurs que le peu de mots qui concernent le commentaire du Gorgias sont entièrement défectueux. Je regrette d'être obligé de déclarer que Sainte-Croix est tout aussi inexact quand il parle de l'ouvrage auquel sa notice est particulièrement consacrée. Il m'a donc paru nécessaire de faire sur ce conmientaire un travail sérieux , semblable à celui que j'ai fait sur le commentaire du Gorgias ^ afin que les amis de la philosophie ancienne sachent y non plus par quelques citations rares ou par quelques mots hasardés, mais par une description fidèle et par des extraits d'une étendue suffisante, dans quel état nous est parvenu et ce que vaut réellement le seul commentaire qui nous reste d'un des plus admira-
(1) Dans le Journal encyclopédique de Mîllin , 3* année, lom. I, an 1797.
suii Lfi raEùopr. 465
blés ouvrages de Platon ^ d'un dialogue dont Timmortalité se confond avec l'immortalité même de Socrate. Quand il s'agit d'un pareil monument, nul renseignement ne peut être indifférent, et toutes les lumières, même les plus douteuses, doivent être recueillies avec une sorte de religion.
Je commencerai par une revue des manuscrits du commentaire du Phédon que possède la Bibliothèque royale de Paris ; ce sont les manuscrits 1 822, 1823, 1824, 156 et 2535.
Le meilleur de ces cinq manuscrits est le manuscrit 1 822. Il contient les commentaires d'Olympiodore sur le Gorgias, VAlcibiadey le Phédon et le Philèbe. A la fin du manuscrit, on lit qu'il a été copié à Venise en 1 535, par Ange Vergèce de Crète, «^rctpÀ Àyyiii^ ^ipytKi^ rSKpnri.U estin-folio, de simple papier, d'une très^belle écriture, et justifie à tous égards la réputation d'Ange Vergèce. Or, nous savons par Zanetti (1) él^r Morelli (2), que la bibliothèque de Saint-Marc possède deux manuscrits de ce même commentaire. J'ai moi-même , à Venise, examiné avec soin ces deux manuscrits, dont l'un , coté 1 96 (3) , est un manuscrit très-précieux, environ du x* siècle , c'est-à*dire le plus ancien dé tous les manuscrits d'Olympiodore à moi connus. Il est probable que c'est sur ce manuscrit qu'Ange Vergèce aura copié celui que nous avons à Paris. En
(1) CcUal, Grœc. D. Marc, BibL Cod, cxcvi, pag. 109.
(2) B. R. D. Marc, Biblioth, pag. 119.
(3) Zanetti , 1. c.
466 OLYM l^IODORB ,
éEkt ils sont parfaitement conformes Tan à l'autre. Tous deux renferment les quatre commentaires 4ans le même ordre, et je n'ai rien trouTé de moins dans le manuscrit de Fàris> si ce n'est un distique grec écrit au bas de la première feuille du manuscrit vénitien. Ce dernier manuscrit est in-4% et en parcheiùin. C'est incontestablement l'original de notre manuscrit 1 822.
Le manuscrit 1 823 n'est point, comme le manuscrit 1 822, exclusivement consacré à Olympodore. Il contient divers ouvrages en tète desquels sont les deux commentaires d'Olympiodore sur le Phédon et ^ur le Philèbey tous deux écrits d'une autre main que les autres ouvrages ; et cette main, comme on le lit dans une note placée à la fin du commentaire sur le Philèbe^ est celle de Valérianus de Forli, moine de l'ordre du Saint-Sauveur, qui a écrit ce manuscrit dans le monastère Saint-Ambroise, l'an de notre Sei^perur 1 536. L'écriture est belle, le manuscrit in-*folip et en papier.
Le manuscrit 1 824, in-folio, en papier, ne contient que les deux commentaires sur le Phédon ftX le Philèbe. Il ne porte ni nom de copiste, ni date^ mais l'écriture est bien plus récente que celle des manuscrits précédents (1).
Le manuscrit 1 56 vient de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, et Montfaucon en parle
(1) Sainte-Croix dit que « ce manuscrit est faussement attribué au célèbre et laborieux oalligraphe Ange Vergèee. » h ne sais où il a trouvé cela , car ce manuscrit ne porte aucuo
SUR LB raiDOff. 467
Bibl. CoisU , cod. gl« vi , page 21 9. Il e»t de papier^ in-foKo> et coDtient le oommentaire aitr le Gorgias et le commentaire sur le Phédon. Enoore plw récent que le manuscrit \ 824.
Enfin le manuscrit 2535 contient, au milieu d'une foule de pièces, un fragment du commentaire d'OIympiodore sur le Phédon. Ce fragment, composé de onze pages, est la fin du commentaire telle qu'elle se trouve dans les autres manuscrits* Petit in-4'', de papier très-récent,. et de nulle valeur.
Tels sont les manuscrits qui se trouvent à la Bi*< bliothèque de Paris, et qui serviront de base à notre travail. Je m'appuierai particulièrement sur le manuscrit 1 822 , copie d'un original ancien et célèbre, comme je l'ai fait pour le commentaire du Gorgias, et j'aurai recours aux autres manuscrits dans leur ordre d'ancienneté, toutes les fois que j'en aurai besoin.
Il s'agit maintenant de soumettre à un examen plus approfondi le manuscrit 1822.
Dans ce manuscrit 1 822 le commentaire d'OIympiodore sur le Phédon vient à la suite du ccmimentaire sur VAlcibiade, et s'étend depuis le feuillet 1 53 jusqu'au feuillet 235 où commence immédiatement le commentaire sur le Philèbe^ ce qui donne au commentaire du Phédon 82 feuillets.
Mais le commentaire du Phédon ne commence
nom de'copUfie ; ttiais Sainte-Groîx aurait très^bieD fait de tendre à ce même Ange Vergèce le munuflérît 1823, qu'il attribue lui-même à Ange Bergori y parbitement incosnu.
468 OLYMPtODOKE ^
pas iininédiatement après celui de XAlcihiade; il y a entre ces deux commentaires 4 feuillets en blanc qui indiquent une lacune ; et cette lacune est attes^ tëe par la note suivante à la marge du feuillet 1 53 :
hîiwu Ji êK Tov ÀvrtyfeipùVy if tKU yiypttTTdUy i^ ip^^f
ToS Ao^ou ^vKkûL l| : Scholies du philosophe Olympiodore sur le Phédon de Platon ; mais il manque à ce manuscrity comme il est écrit icij six feuillets du commencement. Cette note prouve que le copiste avait trouvé cette même lacune dans le manusci*it de Venise , et en effet je Fy ai vérifiée. Le commentaire commence brusquement par une explication de cette phrase de Platon : où (livrot Im
lèiAO'iTAi avrif' ov yif ^Afft BifAirop tivAt ^i) : c'est-a-
dire à la page 11 du dialogue , selon l'édition de Bekker.
Cette même lacune est dans le manuscrit 1 823 y qui porte aussi à la marge : OKvfA.TtoJ'ipov ^tKoffm
a-^ohiA tU riv IlKAruvpç ^AtJ^avA' AsiTei Ji toutok t* I?
ÀfX*'^ ^tîxAA l|, et qui commence comme Fautrepar
ces mots : où i^ifrùt l^af fitAo-iTAt Avriv ot) y if pafi
Le manuscrit 1 824 n'avertit point de cette lacune, et semble entier au premier coup d'œil : ÔAufi-
Ttofeipov (ptKoai^ov ù( tov XlhArmof ^AiS^avA, Où [ÂîVTfH."
(1) u Seulement il pourra bien ne pas précipiter lui-même le départ ; car on dit que cela n'est pas permis. » (Tome i" àe ma traduction franc., pag. 194.)
mais la lacune, sans être marquëe, n'en existe pas moins.
Le manuscrit 156 la signale en laissant dix feuillets blancs avant oC fjiivrot ^^«r.... (1).
Je puis assurer qu aucun manuscrit de Turin , ni aucun des nombreux manuscrits de la bibliothèque AmbroisiennCi que j^ai tous soigneusement examinés , ne comble cette lacune de six feuillets. Elle est aussi dans le manuscrit de Saint-Marc, qui parait la source commune de tous lès manuscrits d'Olympiodore , répandus dans les diverses bibliothèques de l'Europe. On peut donc la regarder comme irréparable, à moins de quelque découverte inattendue.
Cette lacune est considérable, et elle tombe précisément sur la partie du commentaire qui aurait pu nous fournir les renseignements les plus .précieux sur l'histoire de la philosophie. En effet tout commentaire alexandrin est ordinairemeht (2) précédé d'un préambule, ^pooifAiovy dans lequel le commentateur, expliquant le but et le plan du dialogue, rapporte les opinions de tous ses devanciers , pour les combattre ou les adopter, ou les mettre d'accord entre elles ; et c'est ainsi que nous ont été révélés
(1) Sainte-Croix : « Tous les manjascrits , et Dotamment le premier , celui de Saint^Marc , se trouvent incomplets , et les copistes estiment qu'il j manque environ douze pages in-foL »
(2) Voyez tous ceux de Proclus , et les autres commentanres. de ce même Oljmpiodore.
470 OLYMriObORB y
beaucoup d'ouvrages perdus dont on ne soupçonnait pas l'existence. Le préambule est aussi oomacré à faire connaître en détail les personnages du dialogue, tà Tp6ff<»7ray et en eux-mêmes et dans le rôle qu'ils jouent ou que le commentateur leur fait jouer dans le dialogue de Platon. Or ici de pareilles explications, même mêlées de quelques hypothèses, eussent été de la plus grande importance ; car les premiers interlocuteurs du Phédon sont PbédoD lui-même et Échécrate, deux personnages intéressants sur lesquels nous avons très-peu de lumières; l'un qui est devenu le chef de l'école d'Élis (Diog. de L. II, 105) ; et l'autre de Phlionthe, ville de Sicyonie, qui fut peut-être le pythagoricien dont il est parlé dans la neuvième lettre, supposée ou réelle, de Platon à Archytas ( Diog. de L. viii, 46, et lamblique, P^ie de PyiKagore, i, 36). Parmi les seconds interlocuteurs, c'est-à-dire les personnages qui assistèrent à la mort de Socrate , se trouvent Simmias et Cébès de Thèbes, tous deux philosophes distingués, qui avaient écrit plusieurs ouvrages, dont un seul, le Tableau , est arrivé jusqu'à nous; Eschine, l'auteur des petits dialogues que nous possédons encore ; Ântisthène , le chef célèbre et si peu connu de la première école cynique; Euclîde, le chef de cette école mégarique si importante et si obscure; enfin il est question, dans cet endroit dw Phédon^ de la maladie qui empêcha Platon de se trouver à cette grande scène , et de Fabsenoe non motivée d'Âristippe. Il est impossible que sur tout
SUR LB PHBDON. 474
cela le commentaire d'Olympiodore n'eût pas doiH né f en voulant faire connaître les personnages du dialogue, quelques lumières plus ou moins pures , dont nous sommes prives par la lacune qui existe dans tous les manuscrits.
Poursuivons l'examen de ce commentaire dans le manuscrit 1 822.
Ce commentaire y est divisé en v^êl^uf ou leçons, comme il a été montré ailleurs; chacune de ces leçons porte sur un ou plusieurs passages du Phéelon, qui sont d'abord cités , puis commentés. Les différentes 7p«|(ir ne sont point numérotées, mais elles se suivent, et commentent successivement le dialogue de Platon depuis la phrase ov f4ipro$..... jusqu'à (pSi^iv rt ilvAt S lAtuHv pSfJLêVy Bekker, p. 37 (1). Ici, c'esirà-^ire au feuillet 1 74 du manuscrit 1 822, après quelques lignes de commentaire, commence une lacune nouvelle indiquée par trois feuillets en blanc et signalée par cette note : ÈvBa vta Af JTf i ex roS à^TtypApov n^ ir$ ^uwa i>y il manque encore ici cinqfeuiUeta. Cette lacune s'étend depuis : (pifiiv rt iivAi... etc.., jusqu'à : Ovkouv ruivi'i ti, » <r' S^ ô Sa»- Kfàirufj «Tfi ii^if. J^ff i^^^i iAvrùvf, depuis la page 37
de Bekker jusqu'à la page 46 (2).
Lemanuscrit 1 823 présente la même lacune, et en avertit : xsiti/ ^vax« i. Le manuscrit 1824 n'en porte aucune trace visible, et ne l'indique point ,
(1) Traduction franc., tom. i , pag. 223.
(2) Pag. 233 de la traduction franc.
472 OLYMPIODORE ^
mais la renferme également. Le manuscrit 456 la signale par un certain nombre de feuillets blancs , et par cette remarque marginale : lyOtfVTA xsî^ei l« ro\i ivriypàipùv toi iripov p^KKti i, Yitti iripov prouyecjiie cette copie â été faite ou du moins coUationnée 3ur plusieurs manuscrits où la lacune se trouvait aussi, et en effet je l'ai retrouvée et dans les manuscrits de Venise et dans ceux de Turin et de l'Âmbroisienne (1).
Après la nouvelle lacune que nous venons de constater, le commentaire continue dans le manuscrit 1822, pendant quelques feuillets depuis ovkovv TOioV<r« Ti. . jus€[u'à ipA Si Ksu T?<r€ , Bekker , page 50 (2) ; endroit où, sans aucun signe de lacune, se rencontre une phrase dont les deux parties, considérées avec un peu d'attention, sont inconciliables, et témoignent d'une solution réelle de continuité : To Tfirov iTi^tiptifÀxt to Ik rJif ^«î^ in n ^'^X'^ Stavri^^t
oTi ^«ùOToiàf ttiro «J if AvroKivnrof aJ yàf tfAActi 4^^*'
Si rnfÀMt^otf i^nytho'îuff'^p^rop iA€v ouy.... Il est évident qœ Si^m i'JFiSuKTtKÀ Si..,, n'est pas une suite de où ^mva-iv AVTtiL Et à l'examen on trouve que les phrases subséquentes^ au lieu de se rapporter aux passages du. Fhédon qui suivent optt SH^ tombent
(1) Sainte-Groix ne dit pas un mot de cette nouvelle la^ cune.
(2) Trad. fr. pag, 237.
sur où ^ffToi... etc. Le commentaire revient sur ses pas ; il reproduit à-peu-près les mêmes argmnents déjà développés au commencement, avec cette différence qn'au lieu de former des leçons distinctes qui citent un passage de Platon et qui le commentent, le nouveau commentaire ne donne aucune citation de Platon , et n'est plus qu'une suite de remarques dont la forme est précisément celle du commentaire du mène Olympiodore sur le PAilèbe : chaque remarque commence par on. Ces remarques qui , dans le manuscrit 1 822 commencent au feuillet 180, s'étendent jusqu'à la fin du commentaire, feuillet 235. Elles parcourent successivement toutes les parties du- Fhédon , et composent un nouveau commentaire complet et distinct du premier. Il est singulier que le manuscrit 1 822 ne porte aucune trace visible de la distinction de ces deux commentaires. Le manuscrit 1 823 , le manuscrit 1 824 , et te manuscrit 1 56 sont entièrement conformes au manuscrit 1822. Il en est de même de tous les autres manuscrits que j'ai comparés, de Turin, de Milan et de Venise (1 ). Mais je trouve un soupçon quelconque de cette lacune dans le mot 7rapiKCo\Aij extraits^ écrit d^une main qui ne parait pas celle d'Ange Yergèce, à la marge du manuscrit 1822. Et quelqu'un qui avant nous aura lu le manuscrit 1823; aura sans doute été frappé
(1) On se doute bîeu que Sainte-Croix , n'ayant pas indiqué la lacune du milieu, ne soupçonne pas celle-là,, qui suppose une étude un peu sérieuse.
474 OtTMFlOIMMtB y
comme nous de la discordance de la phrase que noQd ayons citée, car il a écrit ces mots à la marge : qua^ séquuniur non videniur cohœrere cum prcB^ cedentibus. Le manoâcrit 1 824 contient à la marge une remarque du même genre , mais qui a plus de portée encore : à principio Ubri explicatio.
Le résultat de ce petit trayail préliminaire est donc la distinction de deux commentaires tout^ à-iait différents, dans ce qu'on a jusqu'ici appelé le Commentaire d'Olympiodore* sur le Phédon. Ces deux commentaires différent entièrement dans la forme. Le premier^ comme nous Tavons vu, n'a ni conûnencement ni fin, et il a au milien une assez forte lacune ; le second, qui manque du commencement comme le premier, n'a point d'antres lacunes au moins impoi*tantes ; il est achevé et parfaitement complet. Il esb donc beaucoup plus éteÀdû que l'autre ; il en serait plutôt un développement qu'un extrait , et ce n'est pas dans ce dernier sens qu'il faudrait entendre le mot 'jrAfînr CùK5tl du manuscrit 4822^ S'il y^ a extrait, ce serait d'un autre commentaire que nous n'avons pins. Tout porte à croire qu'il s!agit ici de l'enseigne' ment même d'Olympiodore. En effet, l'un et l'antre commentaire paraissent de simples notes, que des écoliers d'Olympiodore prenaient à son cours, et dont nous avons ici deux rédactions différentes. Le premier commentaire ressemble à ceux de YAlcibiade et du Gorgias; le second à celui du Philèbe.
SUR LB PHBDorr. 475
Deux commentaires aussi diasembhbles exigent ou comportent deux articles distincts et même dif- ^G^nml». On pourrait analyser le premier , qui est ^sses court, leçon par leçon, en rendant compte suficessivement de ce qu'on tronyerait d'un peu remarquable dans chacune d'elles. Le second oom-mentaire est trop étendu pour qu'une pareille analyse puisse lui être appliquée. On pourrait y négliger la suite dés hi> ou chapitres, et se borner h interroger ce nouveau commentaire du Phédan, <x)mme nous avons &it celui de Gorgias, sur les trois grands points qui embrassent à-peu-près tout ce qu'on peut chercher dans un commentaire alexandrin, savoir : 4*. les idées philosophiques elles-mêmes; 2"". les exfdications Mythologiques; S"", les renseignements relatifs à l'histoire de la philosophie.
Je me propose de remplir ici la première tflche. Elle est ingrate, il est vrai, mais, écrivains ou lecteurs, on peut bien affronter un peu d'ennui quand il s^agit du commentaire d'un ouvi^ge dont le sujet est la nature et la destinée de l'âme , le héros, SocratCp et Platon, l'auteur.
Extraits du premier commentaire.
1^* Leçon ou chapitre I" (1), commençant au feuillet 153 du manuscrit 4822, et allant jus- Ci) Il est bien entendu que ce numérotage n'est pas dans le»
476 OLYMPIODORE ,
qu'au feuillet 156| dépuis ces mots du Phédon: Ov /ufWoi (1) U»f ^iifftTAu... Bekker, pag. 41 ; traduction française, tom« P% pag. 194 : (c Seulement f< il pourra bien précipiter lui-même le départ n , jusqu'à ceux-ci : o (livrot fvv H cAty^cf-.... Bekker, pag. 13; traduction française : a Mais ce que ta disais en même temps m , pag. 196.
L'endroit du Phédon qu'Olympiodore commente ici roule sur la question du suicide ; Platon aborde cette. question et la résout par des arguments empruntés à la raison , et aussi en se référant à la religion et à la maxime enseignée dans les mystères : que nous sommes ici-bas dans un poste , et qu'il nous est défendu de le quitter sans permission. C'est là un thème parfait pour la philosophie alexandrine, qui, fidèle à l'exemple de Platon, et en faisant même un principe systématique, considère toute question sous deux faces , l'une rationnelle, l'autre mythologique.
Rationnellement la question du suicide est difficile. Selon Olympiodore, l'opinion de Platon n'est point absolue à cet égard, et l'auteur du Phédon admet des cas extraordinaires où le suicide serait permis; mais cette prétendue hésitation de Platon ne repose que sûr une leçon vicieuse substituée mal à propos par Olympiodore à la leçon unanime
manuscrits, et qu'il n'est employé ici que pour mettre un ordre quelconque dans la suite de ces ^fi\nç,
(1) Bckker,ayec les meilleurs manuscrits : fitivru y\
8Cm LE PHBDON. 477
des manuscrits. Platon dit, Békker, pag. 13 :
oÙK dbiùyof fjm Tpirêff Avror i'jroKrtfPVftu J'êlf, 'jtfh £v Afaynn^ nvÀ o ùtof iirs'irifÂ^if 9 Sa^if juii riv fvr
irttpovo'Av i . ce qui veut dire : a Qu'il ne iaut pas quitter la vie de soi^-méme avant l'ordre de Dieu , conune dans le cas présent. » Tout le monde a entendu ainsi ce passage; mais, au lieu de xpiVt Olympiodore lit f# ftws et à ivdyKtif Têfi$ il ajoute fAtyiKfifyce qui â l'air de signifier qu'il ne faut pas se tuer soi-même, à moins qu'il n'y en ait quelque motif considérable. Nul manuscrit ne donne la leçon il fi». Les raisonnements de Platon ne con^ tiennent aucune réserve > et Olympiodore s'écarte ici visiblement de l'esprit de la philosophie platonicienne, et incline à la doctrine du stoïcisme. Je citerai textuellement le morceau sui*vant, comme n'étant pas sans intérêt pour l'histoire de cette dernière doctrine :
« Les stoïciens comptaient cinq cas de suicide « légitime. Un banquet, disaient-ils, peut être infc terrompu soit par une nécessité soudaine, comme H l'arrivée inattendue d'un ami, soit par l'invasion (c de gens ivres qui profèrent des discours hon^ « teux, soit par l'ivresse qui surprend les convives, « soit par les effets pernicieux des mets que l'on « sert , soit enfin parce que ces mets viennent à (( manquer. De même, on peut mettre fin à sa vie (( en cinq cas : l**. dans une grande nécessité : c'est (c ainsi que Ménécée s'immola pour sa patrie ; u 2". quand un tyran veut nous obliger à révéler
478 OLTM FIOQOIIB ,
(( ua secret : ainsi fit cette femme pythagùricieiine c< qu'on ▼oulait.forcer à dire pourquoi .elle ne man- « geait pas de fèves : j'en mangerais^ dit-elle^ plutôt «c qu6 de le dire ; ensuite^ comme on voulait lui en ce fait*e manger : je le dirais plutôt que d'en man* ic ger ; et elle finit par se couper la langue ; 3*. on ce peut se tn^ par suite dé démence, accident p«i— d rement corporel ; la dëmence étant une irresse H naturelle ; 4*". lorsque le oorpà est livré à des ff maladies incurables qui l'empêchent de servir M d'instrument à l'ftme \ 5*» pour cause de pauvreté « extrême^ si Ton ne peut recevoir de bienfaits que K de la part des méchants ^ car leurs présents sont « impurs comme eux.»
Les pythagoriciens étaient plus rigides, et Fbi-* lolaus interdit absolument le suicide dans le lan— gage symbolique propre à son école, (f Lorsqu'on « va au temple^ dît Philolaus, il ne faut point re- (f venir sur ses pas, ni se mettre à fendre du bois y fc quand on est en route. À^jrtivrt ù< h^lr wk i^jts-^ w o'rfipîa'^êu ^ hiJ'^fjtSi ^;;^i^fii^^t;A«n) sentences que jfe ne me souviens pas d'avoir vues ailleurs, et que Boeckh n'a pas connues ou qu'il a peut-être méprît sées , ainsi que le récit qui les accompagne dans Olympiodore. Celui-ci raconte que « Philolàus était H venu à Thèbes en Béotie , échappé du désastre Cf des pythagoriciens dont l'auteur était Cylon , « lequel apnt été exclu de la société pythagoriu cienne, mit le feu à Técole, de sorte que tous les a pythagoriciens furent biglés, excepté Philolàus
SUR LB P0BDON. 479
a et Hîpparque. Philolans Tint à Thèbes pour y ce faire des libations sur le tombeau de Lysis, son (c maître» qui y avait été enseveli ; et c'est la qu'il <c oonnut Cëbès* » Boeokh (1) voudrait qu'au lieu d'Hipparque, on lût au moins Archippe, que don* nent lamblique (2) et Porphyre (3) , d'après NeaiK thés. Porphyre 9 probablement d'après ce même JNeanthès/ met Lysis au lieu de Philolaus» et ajoute ^ que c'est ce même Lysis qui» s'étabiissant à Thèbes, devint le maître d'Épaminoiidas» Cette version est plus vraisemblable ; mais elle a l'inconvénient de ne rien dire de Philolaus et de son séjour à Thèbes, ce qui est dans tout ceci le seul point certain, puisqu'il est attesté par Platon, et le seul aussi qui ait de l'impcatance pom: l'histoire du passage du pytbagorisine sur le continent de la Grèce*
Olympiodore, malgré les doutes qu'il impute k Platon et qu'il semble partager lui-même, ne donne pas moins trois arguments qui lui sont propres, dît-il, pour pix>ttT^ qu'il n'est pas permis de se donner la mort. Voici ces trois arguments : « l''. Dieu (( ne se borne pas à la conscience de lui-même : il
(1) Philolaos, ]^fi. 12
(2; f^ie de Pj-thagore, ch. 35, édil. RiessUng, p. 28S.
(3) f^iede Pjthagore, cb. 55 , édît. Kiessli'og, p« 90. Dîogène de Laè'rte donne , avec Ljsîs , Archpas de Tarente, que Ménage propose aussi de changer en Jrçhippe. La proposition de Boeckb est d'autant plus admissible, que les manuscrits d'Olympîodore estropient les noms, et donnent Gylon pour Cflofty et, plus bas 9 Aleibiade au lieu de Cébès.
482 OLYMPIODORE y
arbitraire. Sans doute on peut trouver dans les philosophes d'Alexandrie quelques lumières rares et douteuses sur les anciennes religions de la Grèce ; mais ee n'est pas là ce qu'il y faut chercher. L'important ici n'est pas le passé ^ c'est le ]^rësent. Il ne s'agit pas de savoir si, en effet, les Alexandrins ont retrouvé le sens véritable de telle ou telle fable accréditée en certaine petite ville de la Grèce; il fant se donner un autre spectacle, le spectacle de l'élite des penseurs d'une époque , entreprenant de donner aux peuples la religion la plus morale et la plus raisonnable possible, en maintenant l'anciehne religion, mais en Télevant à la dignité de la philosophie. Cette entreprise n'a été faite qu'une seule fois, ou du moins l'histoire ne nous la présente qu'une seule fois sur une grande échelle, commencée, poursuivie avec de hautes lumières, les plus nobles intentions, de grands caractères et de beaux génies. Voilà ce qui fait, surtout de nos jours, de la mythologie alexandrine un admirable sujet d'étude et de méditation. Cette mythologie nouvelle a moins duré que l'ancienne, et elle n'est jamais descendue dans les derniers rangs de la société; mais elle a eu toutefois une existence réelle; elle a régné plusieurs siècles ; et même, vaincue dans le monde politique, elle présente encore au iv^ siècle, dans les écrits de quelques philosophes, et par exemple dans Proclus, un système complet et bien lié. Peu à peu elle participe de la décadence de l'école et de la destinée du paganisme , et on n'en
SUR LB' PHBDON. 483
trouve jrfiis dans Olympiodore que des lambeaux , où il n'est pourtant pas sans utilité de rechareher les vestiges de la pensëe de l'ëcole entière. Tel est le genre d'intérêt que nous attachons à la mythologie aletandrine et aux fragments qui s'en rencontrent dans ce commentaire sur le Phédon. . Platon , dans le passage en question y en aj^)eHe à l'autorité des mystères. Olympiodore nous apprend que ces mystères étaient ceux d'Orphée ; fes mystères étaient déjà un progrès ^ comme nous l'avons fait voir ailleurs^ mais ils n'étaient guère cependant que la religion populaire régularisée (1). Selon Orphée ^ il y avait eu quatre règnes successifs, d'abord celui d'Uranus, puis celui de Cronus, qui mUtila son père, ensuite celui de Jupiter, qui pi*écipita Gronus dans le Tartare ; enfin celui de Bacchus , qui , succcunbant aux embûches de Junon , fut mis en pièces par les Titans , dans des guerre violentes où Jupiter irrité lança sur les Titans la foudre divine dont les vapeurs en s^exhalant composèrent la matière d'où naquirent les hommes. Voilà ce que dit Orphée, d'après Olympiodore. Supposez qu'on s'arrête à la lettre de ces dogmes mêmes ainsi coordonnés, on n'a qu'une suite d'absurdités et d'exemples abominables de pères et de fils s'entre-détrônant les uns les autres; exemples qui faisaient de la religion une école d'immoralité, quand elle doit être une école de
(1) Cours de 1829, pag. 24a.
484 OLYMPIODORE ,
vertu et de sainteté. Déjà Platon s'était élevé contre de pareils mythes (1) ; mais répandus par les poètes et les artistes y et consacrés par l'État, ils formaient la religion populaire; il ne restait donc qu'à les corriger par l'interprétation. Apparemment ils avaient eu jadis dans la pensée de leurs auteurs un sens élevé , défiguré depuis et perdu au milieu des iables , et dont une trace quelconque subsiste dans les noms eux-mêmes. Il fallait remonter jusquk ce sens et le restituer; ou, si cela était impossible à cause du laps des siècles, de l'incertitude et de la variété des traditions, tout en prétendant qu'on le restituait, il fallait, les yeux toujours fixés sar le vrai but, à savoir l'amélioration des honunes^et des hommes du temps où l'on vit , s'arranger, même aux dépens de la lettre et de l'exactitude archéologique , pour trouver ou donner à ces mythes un sens honnête , capable de produire sur les esprits une impression morale. Platon avait commencé; les Alexandrins ont suivi. Quel vrai philosophe oserait les blâmer? Il ne s'agit pas d'inventer des mythes , mais de donner à des mythes existants une interprétation raisonnable et surtout morale. Olympiodore prétend donc que les quatre règnes orphiques représentent dans leur succession les di^ei^ degrés de moralité , que nous n'avons pas à expliquer ici et dont le développement se trouve à toutes les pages des philosophes d'Alexandrie : u Le règne « d'Uranus est l'exemplaire, le symbole des vertus
(1) Voyez VEuthjrpkron et la République ,
<f contemplatives, Oe«pHTixai> parce queUranus sir< gnifie celui qui regarde en haut, oûpctirof , 'rrAfk ri « Tflè AV9Ê ipiv. Le règne de Cronus est le symbole des « -vertus purificatrices, KAOttpriKAii qui ramènent « l'âme sur elle-même et la cultivent intérieurece ment, parce que Kporor est un dérivé de Kop<»roV» (c c'est-à-dire, qui revient sur lui-même, ce qui est « le propre de la réflexion. On dit que Cronus déi< vore ses propres enfants, en tant qu'il revient sur Ci lui-même. Le règne de Jupiter est le symbole des u vertus politiques ; car Jupiter est appelé créateur, <( ^tiiJLtovpyofi en tant qu'agissant sur les êtres infère rieurs, ce qui est le propre de la vertu politique. « Le règne de Bacchus est le symbole des vertus (f moitiés ; car les vertus morales sont diverses , et (( semblent souvent en contradiction les unes avec « les autres, et la vie morale est une vie de guerre; (c ridée du bien est comme mise en pièces h t^ « y%vi(ruy de même Bacchus est mis en pièces par « les Titans. Les Titans représentent les choses va- (c riablesde cemonde. Bacchus est dit succomber aux (( embûches de Junon, parce que cette déesse préside « au mouvement qui engendre la division. Bacchus (C est la monade dés Titans; il préside à la génération, « à la vie et à la mort, et de là à la tragédie et à la co- « médie, Funequi représente la vie et le côté plaisant (C des choses, l'autre qui peint le malheur et la mort. (C Jupiter qui foudroie les Titans est l'esprit qui se ce sépare de la génération et revient sur lui-même ; ce la foudre indique ce retour, car le feu tend à s'éle-
486 OLYMPiOBORE f
« ver* » Âssuràiient il y aurait un ridicule extrême à donner cette interprétation pour l'eipression de l'ancien paganisme; mais c'est un exemple de la manière dont les Alexandrins s'y prenaient pour tirer quelque moralité des Ba.yifaes populaires^ et je conviens bien volontiers que cet exempleest un des moins heureux; mais îl ne faut pas oublier que nous soimnes ici au vi* siècle.
2* Leçon. Depuis : o pivr^t vvv «W lA€>f^^ jusqu'au feuiUet 157 verso : Àxx' vf^jv «Ttr.... B^kk. page 16; traduction française^ page 199 : k Mais il est temps que je vous rende compte. ••• »
Cette leçon n'est qu'un développement diffus de l'argumentation de Socrate. Rien ^e remarquable.
3* Leçon. Depuis : Àaa' vfjttv.... jusqu'au feuillet 459 : Ti J'Ai J^.... Bekk. page 19; traduction française^ page 201 : ce Et quant à l'acquisition de « la science. ..^ »
Encore une longue et assez peu intéressante paraphrase du texte. Sur une expression de Platon^ Olympiodore donne une explication qu'il distingue de celle d'Harpocration^ ce qui ^mbfe supposer qu'Harpocratioli avait fait aussi un commentaire du Phédon.
4^ Leçon. Depuis : Ti J'ai J^ 'jt^^i ttvn:nY.**> jusqu'à T/ ftJi Tte Td/ct/g, Z XtfjLfjLiet.... feuillet 161 ; Bekl.
page 20 ; traduction française , page 203 : « Pour- « suivons, Simmias.... >>
Ce passage de Platon montre l'inCeiftitude des sens, et rapporte la connaissance à la pensée. Sur
SUR LE PMÂDON. 487
quoi le pfailosoplie aleacaïadriD «e fait à lui-iiié«ie trois questions : i"". Pourquoi Platon paraltril dire que la vue et Fouïe n'ont aucune connaissance W<ri table; 2\ pourquoi Platon appelle-l>-il ailleurs la sensibilité une essence malheureuse ; iru^Sl w^tAP. Mais il insiste peu sur œs deux questions , et s'étend davantage sur la troisième , qui présente un peu plus d'intérêt; car c'est une discussion de l'opinion péripatéticienne sur la certitude des sens :
« 3°» Pourquoi les péripatéticiens disentwls que (( la sensibilité est le principe de la science^ si elle (( est toujours trompeuse ; et pourquoi Platon lui-^ » même dit-il, dans le Timée, que nous avons actf quis l'idée générale de la philosophie par la vue tf et l'ouïe? En premier lieu, Platon dit que la sente sibilité est toujours trompeuse, parce qu'à pro^ (c prement parler elle ne connaît pas...« Si nousat* i< tribuons à TesjM^it la connaissance véritable, c'est « qu'il est hii-méme l'intelligible à-la-fois et le su- « jet de l'intelligence. Or, l'identité du sujet qui (( ccmnait et de l'objet qui est connu donne néces*- (( sairemcsKt la vérité de la cônnaissaxice, tandis que (( leur diviersité est la source constante de l'erreur* • . « Eu second lieu, nous ne pensons pas avec les pé- (c ripatéticiens que la sensibilité est le principe de « la science ; car jamais l'inférieur n'est principe ou « cause du supérieur. Que s'il faut suivre les ^explif( cations vulgaires et dire que la sensibilité est le « principe de la science, nous accorderons qu'elle « en est le principe, non pas cooeuDie cause elBciente^
488 OLYMPIODORCy
a mais comme simple occasion. La sensibilité est ce semblable à un messager ou à un héraut ; son rôle c( est d'exciter l'esprit à produire la science. C'est « dans ce sens qu'il est dit dans le Timée que nous i< acquérons par la vue et l'ouïe l'idée générale de (c la philosophie y parce qu'à l'occasion des sensai< 4;ions perçues par ces deux sens , nous nous éleii Tons jusqu'à la réminiscence. ••• »
5^ Leçon. Ti iTi J^.... jusqu'à : Mvpi«< ^ùv yÀp ifilv àcr^ohtAf TApi^u To orZyLAi feuillet 162 vcrso; Bekk. page 21 ; traduction française , page 1 04 : « En ef- H fet> le corps nous entoure de mille gênes.... »
Cette leçon continue le développement de la différence de la sensibilité et de la raison, des sensations et des idées proprement dites. (< La raison i< diffère de la sensibilité, en ce que celle-cî con- (c naît sans savoir ce qu'elle connaît, parce qu'elle « ne revient pas sur elle-même j retour dont le ce eorps est incapable, ainsi que tout ce qui a son c< existence dans le corps; au contraire, la raison ce connaît les objets sensibles et se connaît ellece même, car elle sait qti'elle connaît.... LesenoJ^la- « ble n'est connu que par le semblable. »
Le morceau suivant peut donner une idée de Tbptimismç alexandrin : ce II y a deux triades d'idées; ce d'un côté le bon, le juste, le beau ; de l'autre, la ce grandeur, la santé et la force. Ces deux séries ce d'idées ne diffèrent pas, comme on l'a dit, en ce ce que l'une appartient à l'âme et l'autre au corps; ce car toutes deux appartiennent à tous les êtres; le
bon, puisque le créateur est bon y et que l'être bon n'étant pas susceptible d'envie, ne peut faire que des choses bonnes comme lui , et parce que le bien exclut la substance du mal; le juste, parce que chaque chose est distincte des autres dans l'unÎTers , et remplit la fonction qui lui est propre, et que maintenir à chaque chose sa fonction, est le caractère de la justice ; le beau enfin, parce que toutes les choses sont unies entre elles, et que l'union est la beauté même. D'autre part, la grandeur appartient à toutes choses, car même dans les choses spirituelles, s'il n'y a pas de quantité continue, il y a quantité en ce sens qu'il y a pluralité, et par conséquent il y a de la grandeur. Toute chose , en tant que composée d'éléments combinés dans une proportion durable, a en soi la santé. Il en est de même de la force. » Comme Simmias donne son assentiment à ce que Socrate dit des idées, Olympiodore prétend que cela vient de ce qu'il avait été en commerce avec les pythagoriciens, lesquels admettaient la doctrine des idées. Et il est certain que la doctrine pythagoricienne des nombres préparait à la doctrine platonicienne des idées; mais il ne faut. pas confondre ici ces deux doctrines^ quoi qu'en dise Olympiodore, ainsi que toute l'école d'Alexandrie, qui, pour donner plus d'autorité à son système, le faisait remonter de Plotin à Platon, de celui-ci à Pythagorc, et même de Pythagorc à Orphée.
490 OLYMPIODORE,
A propos des pytiiagoriciens et de ta maxime presque pythagoricienne qui se trouve dans le passage de Platon : a qu'un chemin détourné peut « seul conduire la raison dans aes recherches , » Olympiodore cite deux vers pythagoriciens, qui ne pouvaient pas échapper à Wy tteubach , et que le critique hollandais donne ainsi , d'après le manuscrit de Leyde : ta (aù çra.riwo'iv cefue|4<9 ta
d'après ce même manuscrit de Leyde , donne aussi Kuii mais cette particule, qui rompt le vei^ pen* tamètre et fait deux fragments d'un seul, œ se trouve dans aucun des manuscrits de Paris. Tous aussi confirment la leçon , KAOofjii , que , sur la foi de Ruhnken et de Walkenaer, Wyttenbach a fini par maintenir (4).
6* Leçon. MupiAt^ (jiiv yip i^MV ^^;^oAiee< irÀfîyu to a-iiJLA».,. jusqu'à OvkoSv i^n ô S«i6p«T«r.«.« feuillet 164; Bekk. pag. 23; traduction française; pag. 206 : (c S'il en est ainsi , mon cher Simmias; rc tout homme qui.... »
a L'imagination et l'ambition sont inhérentes à (c l'àme. Ce sont les premiers vét^nents dont elle (( s'envelo{^ , et les derniers qu'elle dépose : ^
« L'imagination empêche la pensée ; l'enthousia^e (C ou le mouvement de la raison vers les choses w divines s'arrête, si notre imagination vient à être
(1) Voyez Wyttenbach , in Phœdonem, éd. Leips. , p. 160-
SUR LE PHEDQN. 491
(( émue ; car l'enthousiasme et rimagination sont « opposés l'un à l'autre* C'est pourquoi Épictète « nous recommande de nous dire à nous-mêmes : (c Imagination , tu n'es qu'imagination ; ce que tu (c me montres n'existe pas (4 )• C'est pour ne (c s'être pas affranchie de l'imagination que l'école ce stoïque a fait Dieu corporel , car l'imagination ce donne un ccnrps à ce qui n'en a point. L'âme c< ne s'affranchit de l'imagination qu'en s'élevant ce aux idées.
i< LaCialypso d'Homère est un symbole de l'imaa gination^ qui obscurcit («axus|^, «ctxt/Vriiy) la raice son, comme un nuage voile le soleil. »
Ici Olympiodore cite un demi^vers que nous n'avons pas tu ailleurs : ce Imagination qui couvre ce les objets d'un voile » : rh i^n * ^ctrrct^/ir tafv-
7' Leçon. Ovjiovr îtm ô Sd^xf eérirr.... jusqu'à Sfd, ovvt ipu , Z XtfjLfâi^^.. feuillet 1 65 verso ; Bekk. pag. 25 ; traduction française , pag. 209 : ce Ainsi donc , Sîmmias, ce qu'on appelle la force... • >i
ee Selon Platon et Aristote, dit Olympiodore, ce l'esp^nce tient à l'intelligence. Voila pourcpioi ce les êtres raisonnables seuls sont susceptibles d'es* H péranoe; car l'espérance a pour objet ce qui ce n'est pas , tandis que l'animal sans raison n'a le u sentiment que de ce qui l'affecte actuellement. »
D'un passage de cette leçon , on pourrait in-
492 OLYMPIODORE ,
duire qu'Harpocration , Proclus et Ammonius , le maître d'Olympiodore , avaient chacun composé un commentaire du Phédon. Pour Harpocratîon , c'est la deuxième fois qu'il est cité par Olymipio- * dore, et ici la citation semble bien indiquer un commentaire spécial. Platon, en montrant que toutes les passions viennent du corps, avait dit que celui qui aime son corps aime aussi l'argent et le pouvoir. Harpocration , d'après Olympiodore, s'était demandé pourquoi Platon ne rapporte pas aussi à l'amour du corps celui du plaisir, Harpocr^tion, dit-il, élève cette question, mais il ne la résout pas. Proclus en donne cette raison ^ que déjà plus haut Platon a insisté sur le danger du plaisir ; mais cette raison ne satisfait point Olympiodore, et il vante la solution d'Âmmonius, son maître , qui n'est pas elle-même exempte de subtilité. '
Dans une partie de cette leçon où il est question des causes qui font manquer quelquefois la destinée d'un homme, on trouve cette phrase dont Olympiodore ne nomme point l'auteur : w Plus d'un « Platon laboure la terre. » iToa^o/ yÀf lîKAr&véf
Je trouve aussi dans cette leçon un demi-vers qui m'est inconnu , et dont il faut grossir le catalogue des AojiÉt : (( L'oracle a dit : que l'espérance « enflammée te nourrisse. » /
(c L'oracle appelle enflammée l'espérance di-
c( yine , parce que les anciens assimilaient la divine nité au feu. »
A l'occasion de 4a maxime orphique citée par Platon .' (c Beaucoup prennent le thyrse , mais peu (c sont inspirés » : Uokko} (àIv yttp6tiKopopoiy Totupoi <rè T€ fid^xoii sur ce mot fiAK^^ty Olymipiodore ne manque pas de reprendre le mythe de Bacchus, et de reproduire sa première interprétation que nous avons déjà donnée, et qu'il complète ainsi : « Bacce chus déchiré par les Titans, c'est l'âme humaine « divisée par les passions , et les morceaux du (C corps de Bacchus réunis par Apollon, sont le « symbole du passage de la vie tourmentée des «passions à la vie une et simple de l'intelligence*
r( Le mythe de Proserpine a le même sens. La « jeune fille est conduite aux enfers , mais ensuite « elle en est ramenée , et elle habite aux mêmes « lieux qu'auparavant, auprès de Cérès«>i
8*^ Leçon. A^a ow» i^ny <rZ//c«/tiiee... jusqua E/VoVror eTjf Tou XùiJtpdirovf TdLVT^... feuillet 167 à verso ; Bekk. pag. 28 ; traduction française^ pag. 212 : « Quand (( Socrate eut ainsi parlé». • n
Dans cet admirable passage, Platon montre la vanité de cette iausse prudence qui ne renonce à un plaisir que dans la crainte d'être privée d'un autre, et n'a jamais pour but que le plaisir* Il fait voir que la vertu qui résulte des transactions de» passions entre elles n'est qu'une vertu mrmsongm;, la vérité de la vertu consistant précisément dans ia lutte contre toutes les passimis. Il parait que fe^
494 OLYMPIODORE,
interprètes alexandrins avaient recherché quelles sont les Tcrtus mensongères qui résultent de ces transactions. Quelques interprètes avaient pensé que Platon veut parler des vertus naturelles ; mais c'est une erreur , dit Olympiodore j car ces vertus ne sont point mensongères ; elles sont véritablement ce qu'elles paraissent être. Selon lui , c'est Proclus qui a le mieux développé le sens de ce passage , et Olympiodore rapporte tout ce développement, lequel est assez étendu et indique un commentaire régulier. Proclus donnait comme vertus mensongères celles qui ne résultent ni du tempérament et de l'instinct, ni de la raison, mais d'une nécessité extérieure ; comme , par exemple , lorsqu'on a du courage par peur, etc.
Sur un autre point de ce même endroit , les interprètes avaient soulevé une question trop indifférente pour qu'il soit besoin de la mentionner ici, et sur laquelle Olympiodore nous rapporte encore l'opinion de Proclus; Cette opinion ne le satisfait pas et il préfère celle de Damascius. On ne peut donc guère douter d'après cela que Proclus et Damascius n'eussent composé sur le Phédon des commentaires qu'Olympiodore avait sous les yeux et qui ont péri.
Voici encore de cette même leçon un fragment qui n'est pas sans intérêt : Platon, dans le Phédon, fait dire à Socrate qu'il a travaillé toute sa vie à paivenir à la vraie philosophie et que bientôt, à ce qu'il croit, il va savoir s'il a réussi. Ces mots,
a ce qu^il croit, if ifi^i /"okîI, avaient fait penser à certains commentatenrs^ probablement avec d'autres motifs^ que l'immortalité de Tâme n'avait été pourPlatonyOommepourSocrate^ qu'une espérance sans certitude. C'est du moins ce que dit positivement Olympiodore , et il nous apprend en même temps qu'Ammonius avait composé un livre tout exprès sur ce passage pour défendre Platon : ô S'i
ye ptxio'o^of kfJLfAtèvUç fjLOviCtCxov iypA*4'fv tif to yjùfiov
ivo^oyovfjLfvof ifrif ctwTou. C'est un renseignement qui ne se trouve point ailleurs que dans ce commentaire.
9" Leçon* EiVoWor «Tw rov ^taKfttrovç tolvta,.. jusqu'à TÏAXtttoç (jLîv ovv ètrri r/f Aoj/Oi-... feuillet 169 ; B^kk. p. 30 ; traduction française, p/213 : w Cest (( une opinion bien ancienne.,*. »
Cette leçon est consacrée au développement de l'argument de Platon appelé des contraires , i^o t2v èvdLvrieùVi qui a excité dans l'antiquité une si vive et si longue controverse. Malheureusement toute cette controverse est perdue, et c'est ici a-peu-près le seul passage de l'antiquité qui en ait conservé quelque débris.
Olymplodoi^e ne pouvait se dispenser de citer sur un point aussi important l'opinion de Proclus. Il le fait donc, mais avec Proclus il mentionne Syrien, et il les confond en quelque sorte : Kai rovro
S'iiKvvo'tv 0 ïlpoK/iOf rlrot o XvptAvif <rvvTATTet yAp AvrÀ Toïf otKUoif vTOfjLviliJLAin. Or, Marinus dit dans la vie
496 OLYMPIODORE y
de Proclus (1)^ que la plupart des ouvrages que Proclus «composa dans sa jeunesse ne sont guère que les leçons de Syrien ; voilà peut-être pourquoi Olympiodore les confond et dît : Proclus ou Syrien; et voilà pourquoi encore^ tout eii les confondant ^ il restitue à Syrien Forigitialité qui lui appartient; car, de peur qu'on ne se trom^ sur l'iauteur de ToiV oiKSioiç vTofjLVîifAdLO'h Olympiodorc ajoute : héyt» S'n tà :^vptctvovi et il déclare qu'il lui paraît inutile d'écrire sur ce sujet après un homme tel que Syrien :
fjLii yçdt^cùv 61 f aùtÀ ai toS S'tS'aJrKàiKov yfo^etvTo^^ et il
le cite textuellement : S'ux.vva-tv ouy rovro out»?;
4" Objection. « Tous les contraires ne naissent pas les uns des autres ; le sommeil naît bien de la veille, mais la veille ne naît pas toujours du sommeil. L'enfant naît éveillé sans avoir dormi. Est-il donc absurde que, quoique la mort naisse de la vie, quoique le vivant se cliange en mort, la réciproque n'ait pas lieu ? »
2' Objection, qui n'est qu'un développement de
(1) Ëdit. de H. Boissonade, ch. xiii : TÙ Xtyifctttt «vrosrrixivf 9^ fAtT iviKfirtaç ùvàyptt^ôfitvoç ^ toovStûv gy où grù}iXS X^ùtm tvtoiàdUf ttm ùyooôf Kj nKorrot troc ayoff «e^« rt 9raAA« avuyftt^i 9^ rtt tîç TlfMtiùi yXa^u^a itruç ku) i^ta^ti/ttSç yifcêfrm ù^ôfi9tif6urtt» Le même Marinus dit que Proclus avait lu avec Plutarque le Phédon, et que Plutarque l'avait engagé à rédiger les remarques qu'ils faisaient ensemble . en lui disant qu'on appellerait ce commentaire le commentaire de Proclus sur le Phédon : trrut 9^ TIpùKXou ùvofitftjfittTd (ptpofitm tlç Tor ^mlm». Ibid,, cil. XII.
SUR LE PHBDOlf. 497
la première : ce Le vieux nait du jeune, maïs le jeune ne nait pas du vieux. »
3** Objection, u Le jeune se change en vieux, mais le vieux ne se change pas en jeune. »
A ces trois objections, Proclus ou Syrien, npojtxor «TOI ZvpiArof , font des réponses assez peu intelligibles et passablement sophistiques. Nous ne citerons c[ue la réponse à la troisième objection, où l'auteur suppose et développe un cas où le vieux se change en jeune. c< Soit un individu de sept ans et (c un autre qui vient de naître; le premier a d'abord « de plus que l'autre son âge tout entier, sept dé- (c passant zéro de sept. Au bout d'un an , le pre- « mièr a huit ans , et le second un an. La différence (c qui était de tout à rien n'est plus que du plus au « moins, de l'entier au huitième; et le progrès des i< années diminue ce rapport à l'infini, de sorte que t< le vieux se change en jeune ; car le premier indic< vidu devient plus jeune par rapport au second, et t< cela est ainsi dans la réalité ; le progrès dés ans (( tend à effacer la diflGérence des âges. »
Vient ensuite une discussion sur la métempsycose dans le même genre que la première.
Olympiodore propose de dire lAmvtra^Âratnsi in" corporation^ incamaiion, "plutôt que fAsrîfjL-^vx^a-tfy métempsycose, car selon lui la vraie doctrine est qu^une seule âme revêt différents corps, tandis que le mot métempsjrcose semble indiquer que plusieurs âmes viennent animer le même corps.
« Un philosophe fait cette objection contre la mé-
498 OLYHPIODORB ,
ff tempsyoose : il faut examiner si jamais l'âme, « comme un tissu qui a servi à faire plusieiirs yè« (c tements, après avoir revêtu plusieurs corps, ne « finit pas par périr elle-même. Par exemple, precc nez l'âme irraisonnable, l'âme v^tative : quand i< elle survivrait k sa séparation d'avec le corps « qu'elle anime, on ne peut pas dire qu'elle ne pé- (c rira jamais, après avoir passé par plusieurs for* fc mies. Or, si nous ne pouvons pas dire que l'âme « in^isonnable passe sans cesse en d'autres corps, ce bien qu'elle survive à sa séparation , on ne peut « pas dire non jAns que l'âme raisonnable se transrc mette sans cesse ; et il faut que Platon accorde ki (C métempsycose de l'âme irraisonnable, ou qu'il nie (C celle de l'âme raisonnable elle-même. » Olympiodore ne nomme point l'auteur de cette objection. Plusieurs indices nous portent à penser que ce ]^ilosophe est Straton appelé le Physicien ^ ô i^vcrtjtoç^ un des plus grands successeurs d' Aristote. Dans le second commentaire que contiennent nos manuscrits, cette même objection revient et est positivement attribuée à Straton j c'est à Straton , que t'avait empruntée Boethe, contre lequel avait écrit Porphyre (1).
Platon avait fait dire à Socrate : u Si quelqu'un
(1) Ëusèbe, Prœp. Ei^angeL XV, 11; Simplicîus , de Anima, III. Voyez aussi , sur cette question , Âlbinus , XXV. Sur Straton , voy. le Manuel de Tennemann , trad. franc. 2® édit., t. I , p. 199, et notre Cours de philosophie de 1828, tom. I , pag;. 286.
cf nous entendait^ f&t-ce un faiseur de comédies, je i< ne pense pas qu'il put me reprocher que je ba^ « dineetque je m'occupe de cboses qui ne me re- « gardent pas. » Tout le monde pense naturelle-^ mtent à Aristophane et k la comédie des Nuées ^ mais Otympiodore nous apprend que Platon a 'm particulièrement en Tue le Comique Eupolis, dont il nous rapporte deux vers sur Socrate : (t Ti iUra iKtlvov rov àS^KiO'^nv x) Trof^ivy ï t' aaa.« iàèv ^tt^pivrtHiVi o'To6nv KuTA^tlyuY €%•<> TouToir KAT€tfA.i^nKî» » J'abau-* donne à de plus habiles le soin de combatte 0a d'appuyer la restauration que Wyttenbach propose de ces ver&, et j'aime mieux citer ici deux Ter» du même genre, ou d'Eupolis, ou d'Amipsias(i)yOtt d'un autre, qui se trouvent dans le tsommentaire de Proclus sur le Parménidé (2) : Adro^ fA§p W X^^^a/tnv
ài'oKîO'^Sv iîf yi rtf,
10^ Leçon. TiAkAM fj»v év¥.... jusqu'à Keu^ fii^y ipt 0 KtCnf vTùAACèivj feuillet 171 à tersaj Bekk. p. 36 j traduction française, p. 21 9 : « Oui sans douiey dit Cébès en rinierrompant. ■ ' »
Cette leçon est la continuation dé la pi^éeëdeiïtef.' Proclus et Syrien y sont encore cités ensemble , et comme ne faisant qu'un seul et même couKttfefnfïi-i' teur : upijthof Srot 0 'SvpiAvoç. Syrien y est une aftttre fois cité tout seul. Et on voit qu'Iamblique avait également commenté le Phédon, d'après An pas-»
(l)Diog. deL.,II,28.
(2) Edit. de Paris, tom. nr, pag. 50.
500 OLTM PIODOKE y
8age de cette leçon où Oljmpiodore loi reproche d'avoir 60Utena cpie chacun des arguments employés par Platon prouve directement Timmortalité de l'âme ^ tandis que^ selon la remarque fœrt judicieuse d'Olympiodoré^ il y a certains ai^^uments qui ont besoin d'être liés les uns aux autres et réunis pour avoir de la force. Cette méprise d'Iamblique ^ dit Olympiodore^ vient de la nature passionnée et enthousiaste de son esprit^ « ofo^ i«s<rov ^v^iiç. m Dans un autre endroit de cette leçon , lamblique est encore placé parmi ceux qui^ exagérant et dénaturant la pensée de Platon y s'étaient imaginé que Platon regarde .toute âme connue inunortelle , l'âme des bétes et l'âme des végétaux tout au$si bien que l'àmé. raisonnable; et Olympiodore nous apprend qu'Ammonius avait rétabli le véritable sens de Platon.
(c II y a sur l'âme trois opinions fausses : (c i \ Que l'âme meurt avec le corps , ainsi que le pen^nt ceux qui la regardent comme une harmonie; c'était le seqtîm/enit.deSimn^iasetde quelques pythagoriciens.
(C 2**. Que l'âme est conyxie un corps subtil y et que, semblable à la fumée, elle se dissipe et s'aaéautit après sa sortie du corps ; c'était la croyance d'Hoiuèl.'e (1) : "^^x^ ^' ^* f'&Seov ^rÂyiivn «u<roV/i fiêCiiKtu Et ailleurs : o^bto rerpty^vlet KeirÀ ^Sovof^ nin KATFvoç (2); c'est le sentiment de Gébès queSocrate combat.
(1) Iliade, xvi , v. 866.
(2) I&id. xxiii, les vers 100 et 101 resserrés en un seul.
ce 3^. Que Tâme sans culture s'évanouit en sortant du corps, i|iais que l'âme cultivée et affermie par la vertu (cTo/j,a^i7a-cif) dure jusqu'à la conflagration de l'univers, Wtiitvnv rnv iKTrvpeàatv tou ^«ty- To^ Ko^l^ov 5 c'était l'opinion d'Heraclite (1 ). »
Tout ce passage du Phédon est rempli d'allusions aux doctrines orphiques. Olympiodore cite les deux vers suivants, que, selon lui, Platon devait avoir en vue :
'h /' JbitX^i ert/AfAt %iéi«U <r« Bvyêt/rft (S).
Et à cette occasion Olympiodore cite également deux vers d'Empédocle que tous nos nianuscrits donnent très-altérés , comme l'indique à la marge le manuscrit i 56 :
H/"* >«f ^OT* %ym >fve/uiif MUfiç t* xof» rt
Le second vers est mianifestement vicieux, et nul de nos manuscrits n'offre la moindre variante. Je ne sais ce que peut signifier ifjiçvpof qui n'est pas dans les lexiques. Le manuscrit de Leyde que
Voyez Halbkart et les anienrs cités par Tennemainny Manuel, tom. I, p. 77, et une thèse récente d'un élève de Técole nor-' maie, H. Hamel, de Psyehologiâ homericâ; ParisUs, 1832.
(1) Sur cette doctrine de la conflagration finale de Funivers et de la durée de l'âme vertueuse, comme appartenante Heraclite on aux stoïciens , voyez Schleiermacher , Muséum der Alterth,, TVissensch., tom. i, 3* cah. pag. 457 à 471.
(2) Sic Hermann, Orphica, pag. 509.
502 QLYMPIODORB^
doDoe Wyttenbach poi:te l0ctxA« (sic) aa lîea de i| ihiç. Ce mot est donc oelui €pk est le plus sus^ pect d'étne comHapu. Il n'est pas impossible que Ï^€U.\A OU l| ÂAo/ S^pv^ç soit une addition de quelque copiste^ quelque glose ^ comme par exemple^ l|
tfAAoii* diyi^v^g. ou bien i(Ji/rvpof ou îiMrvcùfi glose qui
sera passée dans les manuscrits postérieurs. Il resterait alors un excellent vers : ^A(^i^ r ^9is rt KAi ùv ixi vif^uTor t^irif. Et je tiens cette leçon pour bien supérieure à celle des autres auteurs qui ont cité ces yers d'£mpédocle« Sain|>Clément (Strom,) fxxoxors saint Cyrille contre Julien , fitiA/uo^^ Méliage (D. L» yiii, 77), ifAwp^fi Athénée dans les plus anciens manuscrits 1^ Àhif Ift^vop^ que préfère Casaubon» Schweighauser (^^^/t* vin, à la fin), rétablit 1(jltv fof. Ce manuscrit d'Olympiodore était connu de Casaubon; mais ce grand critique, trompé par le vice manifeste du vers entier, s'est trop peu arrêté à la leçon ùv ihi vn^^^vroçy qui est la plus naturelle et la plus antique. Sturz, dans son ouvrage sur Empédocle^ s'en est tenu a la leçon ÏKKoTOf.
Nous ne quitterons pas cet endroit de notre Gommeptaire sans remarquer que c'est là que Bouit laud a pour k première fois découvert le passage célèbre relatif au grand astronome Ptolémée. Ce passage se trouve au milieu d'une explication assez peu raisonnable du mythe d'Endymion. « Le som- (c meîl d'Endymion, dit Olympiodore, et ses autours « avec Diane sont le symbole d'un 3age, qui dans
SUR UC PHBDOlf. 503
ce la solitude s'occupait d'astronomie , ce qoi le (c faisait passer poiur cher à la lune » : ikiyir9 /i
rptCf J'io Ktû fihoç T? Sfxjf'ri». u On dit la même chose n de Ftolémée. Il demema quarante ans dans les a ailes du Canobe, occupé d'astronomie, et U y a avait fiut tracer sur des colonnes les théorèmes (c d'astronomie dont il ^it l'auteur. » iSiiK^i mpj
nroAi/KAiot; ^4^iy' çvr^r >Àp %Tè 11 Irv if rut htycfUfus iifêyfdt^ttT^ rÀf cTUKeif iKîï rSv tvpvfif r^iK «ûr^ «io-rpo-
vùiJLizSv J'oyfAATtÊ?. Cette anecdote curieuse ne se trouve que dans ce commentaire, et c'est de là qu'elle a été tirée pour devenir Tobjet d'une discussion intéressante (4).
41^ Leçon* Kài |u«r, i^n i KiCtif i^akëjCtip.».. jusqu'à pnfiiv TTùv Tt ihat i^oy.... feuillet 173 à verso; BeU. pag. 37; traduction française, pag. 222 : ce Ne dirons-nous pas qu'il jr a de VégaUté.... u
Cette leçon roule sur l'argument de la réminis<<cenoe, comme l'indique le manuscrit 1822, lequel met en encre rouge à la tète de cette leçon le titre suivant : ô i^ rSr i^Aïufwtm hi/y^f (2). Par l'argument des contraires, Platon avait voulu prouver
(1) Journal des S(warUs, avril 1818, article de M. Iietioiine sur la traduction de Ptolémée, de M. Halma. Le sujet de la discussion est de savoir s'il faut entendre réellement ici par rav K«r^?dtf le Serapamm de Ganope ou celui d'Alexandrie , ce qui déterminerait le parallèle sous lequel observait Ptolémée.
(S) Les manuscrits 1823 et 1824 donnent «i»«Am«y.
504 OLYMPIODORE ,
que l'âme survit au corps; par l'ai^punent de la réminiscence, il prétend établir qu'elle lui préexiste , et que par conséquent elle peut lui survivre.
Ici encore, Olympiodore réftite lamblique qui avait supposé que ce second argument, comme le premier, prouve directement à lui tout seul l'immortalité de l'âme. D'autres commentateurs , plus sages qu'Iamblique , avaient pensé qu'il fallait les deux arguments réunis et pris ensemble pour établir cette conclusion. Ammonius, qu'Olympiodore appelle ô # iA.oVo^or, soutient que ce n'était point là l'esprit du texte , et que les deux arguments , soit séparément , soit pris ensemble , ne prouvent pas que l'âme est immortelle , mais seulement qu'elle peut préexister et survivre quelque temps ^u corps. Selon lui , ces deux arguments sont si peu décisifs par eux-mêmes, que Platon les fortifie par de nouveaux arguments, et ce n'est guère que le cinquième, savoir celui qui est fondé sur l'essence même de l'âme, qui en démontre directement l'immortalité.
Olympiodore distingue de nouveau, d'après Platon, deux sortes de mémoire, iJt.vii(jLn et ivâ^vinnçi l'une qui n'est que la sensation continuée et qui nous est commune avec les animaux , tandis que l'autre implique l'intelligence, et n'appartient qu'à l'être raisonnable, ce 'hAviiim ^âiv 3^ iv toi'^ dLhiyoïf ^dotfy i Ji {( iyd^vtio-tç ft€;tfi tSv \oytKSv 4'^^Zy, La réminîs- (c cence est un rappel volontaire de la connaissance...
SUR LE PHBDON. 5Q5
r< une palingënësie de la connaissance.... elle nous « appartient davantage » : oî«fict ifûv i^ihiCTA i
ce i^dL^vnffif' JivripA yÀf yv&ait.,, àviiAvui tU iffrtv ivu-^
« vitÊo^êf fififAtif* » Olympiodore finit par remarquer que Socrate a déjà développé cette doctrine de la réminiscence dans le Ménon y où en effet elle est démontrée dialectiquement , tandis que ce morceau du Phédon n'en donne qu'un .i*ésumé trèsgénéral.
42^ Leçon, ^a^jhv ^roJ n %ivAi itrov... jusqu'à la lacune manifeste qui se trouve dans tous les manuscrits. Ce fragment ne contient que la fin du feuillet i 73 à verso, et le recto du feuillet \ 74.
On y trouve le commencement de la démonstration de l'immortalité de l'âme par l'argument des idées.
Il s'agissait d'abord de prouver l'existence réelle des idées. Olympiodore commence à donner quelques preuves interrompues par la lacune visible indiquée dans tous nos manuscrits.
(( Si notre âme prononce que telle chose est plus u belle et telle autre moins belle , il est évident « qu'elle juge par rapport à quelque modèle, à « quelque idée. » Kai^ to iih \êyu ( ij -i-^x*^ ) h^^^^^
kaKov 9 TO J^i irrovy Jii\6v rivtt opov «J irpof t/ tiJ^of ta^a— ^ctAAov^ce, Kfivtt TAvrA" ov yàp AJ^vato m yin iH'XJi ><oyo\)f
r«tuT« i'iAKpivîrv. « L'école péripatéticienne répond « que c'est là précisément la vertu de notre faculté (c de juger j mais notre âme ne juge pas naturelle-
506 OLYM PIDDORB ,
tf ment sans principes; elle n'agit pas comme Tarai*' « gnée qui tire sa toile d'elle-même. » Où wt^rw r$ riipiTAT^ hiy^vrt on jepiTiJtss rtn JS^rc^f < tavta J^iAxp/- Fii* où 9f«f ^va-txMf iv%pyf7 nf^êripA '^vx*^ Ka^Avêf •
ipix^^^ To ip«;^yior. » S'il est vrai que dans ses jn* (f gements l'âme ajoute d'elle^-méme un t»ine , il a &ut qu'elle possède en elle des îd^ ; sans cela « ellç ne passerait point d'une connaissance parti* i< culière à une Térité générale ; elle n'ajouterait « pas au jugement le terme qui lui manque. » Bi ^rp oo--
TiOnffi lutf fÀtTACdtifUy JS^ov if A ort f;^t< iv ïautS uJi§ Tiret» W%i où/è rnv à^x^^ ^triCduv^ ngk Tt AiTcror v^9^
ri^Uf i^n ê;^ourcfi tiSii. u En présence d'images sen- « sibles imparfaites^ l'âme conçoit des images parce faites. Nous allons de la connaissance sensible , cr par exemple de tel ou tel objet égal , a ce qui (c est égal en soi et absolument. Il faut bien que « nous ajoutions de nous-mêmes à l'objet ^1 ce ce qui lui manque , parce que ce qui est ^1 a « nos yeux ne l'est pas exactement. » \< À^o rSf
ùua-OnrtKnf yvtia-îeàfy ohv iri tov r^J^ io'ov Ipp^o/biC'^tf It} to Â^A^r i^oy... ligi ^poffri^i(Âî9 S^i ri AtTroy , «T/or/
oÙk iKptCif TO T^tft lO'Oir. >i
Ici vient la lacune assez considérable que nous avons signalée, et le commentaire recommence an passage suivant de Platon : Ovkovv rotiyj^ê rh «(^* or»
« X0KfAT%f9 J'SÏ nfJLAf Avifi^fTAi IrtUTOuVj fCuiUct 177,
Bekk. p. 46 ; traduction française, p. 233. ce Cequs nous dei^ons d'aborxi nous demander à nous^mé-' mes, reprit Socrate...» Cette leçon s'étend jus-
SUR u rasmur. 507
qu'au feuillet 479 wno, où noofi a¥D08 iN:*ouvë que^ sans aacun signe apparent, il y a réeUennenl; solution de continuité, et qu'un nouveau comnentaire^ d'une forme tout^^ait différente, aucoède à cdoi que nous examinona.
Dans cette dernière leçon, le dernier passaee de Platon qui est cité et commenté est : Opet /< W t^/ic... Bekk. p. 50 ; traduction française, p. 237 : uPre^ nous encore un autre chemin* » Gette^ leçon est un développement long et embarrassé de l'argument de la similitude : ô i x rvr ô/KoionvTor xo^or. En voici ma extrait succinct : a II faut d'abord distinguer cr l'essence, ov^i<t» du phénomène, ykttfftf. Or, l'es- «c sence ce sont les idées , et les phénomènes , tous » les objets sensibles. A chacun de ces deux ordres i< distincts sont attachés six attributs : à l'essence , c< la divinité, l'immortalité, l'intelligibilité, l'indis- H solubilité, la permanence et l'identité ; aux phé- « nomènes, les attributs contraires.
« L'essence, sans être Dieu, en dépend et est dii€ vine ; la vraie inunortalité est dans l'essence ; ii celle^ n'étant en elle-même susceptible ni de M passé, ni de présent, ni d'avenir. L'intelligibilité <€ de l'essence, to foi9riy$ ne veut pas dire que l'esce sence peut être conçue, yoM/f/evftv» mais qu'elle a «r en soi la propriété de concevoir ; en un mot ce qu'dle est l'intelligence elle-même. L'essence est « indissoluble, n'étant point composée de parties. « Les astres mêmes , étant composés, sont dissolu* « Mes et périssables, considérés en eux-mêmes ; car
508 OLYMPIODORE^
c( ils ne se maintiennent pas par eux-mêmes ; mais H ils sont revêtus d'une immortalité empruntée, « seloïi le principe si bien établi par Aristote, que (c tout corps fini n'a qu'une puissance finie. Étant (c simple f l'essence est uniforme. Par cette même u raison , elle est permanente et identique à elle-
« m^ne : dei i^ tia'ûLvr»^ ^gi katÀ ta ttinÀ e;^€/
« idLvrf; car le retour sur soi est le propre de Tîn-
(c telligence : vov yÀf oIkua i ^piç iûLvrov i^rta^rpù^n,
ce Les choses sensibles ne sont jamais les mêmes : ce elles sont toujours différentes, non-seulement les (C unes des autres, mais d'elles-mêmes ; toujours « mobiles et entraînées par le cours du temps : tà
c< «Tf âLta-OtiTA oùJ^eTori Wri Avrd* ou (jlovov yÀp àXhiiKtàP
ce ivTA. Cette instabilité perpétuelle est opposée à la <c permanence et à l'identité de l'intelligence, qui « revient toujours sur elle-même. C'est là le vrai ce caractère de l'identité, et le vrai sens de ces mots, « identique à elle-même^ appliqués à l'essence.
<( Maintenant si Ton applique ces considérations <c à l'homme , on trouve dans l'homme l'âme et le <c corps. Or, de l'âme et du corps , c'est évidemment ii l'âme qui se rapporte le plus à l'essence, identicf que à elle-même, pennanente, indissoluble, etc., a parce que l'âme est 4 \ invisible, 2^ douée de w pensée, 3*. qu'elle gouverne le corps. En effet, « l'invisibilité, la pensée et le conunandement côn- « viennent plus à l'indissoluble que leurs con- « traires. L'âme, sous et double rapport, se rap-
SUR LE PRBDON. 509
t( proche donc plus que le eorps de l'indissoluble; rr elle est donc plus indissoluble que le corps , et « par conséquent plus durable. »
La dernière partie de cette leçon ajoute de nour yelles lumières à celles que nous avait déjà fournies ce commentaire sur les commentateurs du Phédon antérieurs à Olympiodore. Olympiodore nous apprend que Targument que nous Tenons de résumer, tiré de l'essence de l'âme , et fondé sur l'analogie de l'flme avec l'indissoluble, était considéré par tous les interprètes comme le seul argument vrai-ment démonstratif. Ici lambliqne est encore cité , et même , à ce qu'il semble, textuellement. Voici quel était le raisonnement d'Iamblique; il s'appuyait sur ce principe de Plotin , que tout ce qui est détruit l'est d'une de ces deux manières, soit comme composé , soit comme accident et n'ayant d'existence que dans un sujet. Ainsi les corps périssent parce qu'ils sont composés , et les qualités intellectuelles périssent aussi parce qu'elles n'existent que dans un sujet. Or, l'âmé n'étant point composée et n'existant pas non plus dans un si^et, puisqu'elle gouverne le corps, lui donne la vie et a en elle-même son principe d'action, ne peut périr d'aucune manière , ni comme composée, ni comme dépendante d'un sujet pour soiî existence : tiy%
h^TTo^n Toîï ffdfÂetroç ^efO'^rotova'A a,vri Keù AvroKivnrof
Olympiodore cite encore un morceau assez étendu
540 OLYM PIODORB ,
dn commentaire de Produs ^ où ce philosophe examinait de quelles idées Platon Teat parler dans le Phédorif ou des idées considérées en Dîea faiFinéme, rmf ÀfFkSç rSf if r^ J^nfuovfyfy OU lûen des idées considérées seulement dans l'ftme humaine ^ i ^tf } rm '^v^êxSf. On peut défendre l'une et l'autre interprétation i et Proclus^ après avoir balancé les différents motifs t conclut qu'il s'agit des idées considérées sous ce double point de vue ; en Dieu à-Ia4bis et dans l'ime humaine. Les idées en Dieu sont les exemplaires des idées dans l'âme ^ et celles-ci sont les images des premières. L'exemplaire et l'image, l'original et la copie sont relatif ; les relatifs ne peuvent se concevoir séparément ; parler des uns c'est parler des autres : K«i IvtKfiftt i Upixj^ot 0T^ 'npi
ifApoïv i^'Tif Avrf ù Ao^or* i'TttJ'i ykf Koi TretpitStiyfiâLréL TâL voipÀ tïJ'n rSf ^v^tKiv x«i itnivif rSv iztifmfy Vfif ri cTi To TttfAÎ'uyfÂdL kaÏ n itKivi ta Ji Tpif rt J^/;^* ÀKKnKeùV ovyiv»a-KiTAi9 AfttyKti Trepi TTApAj'tiyfJLaTCùV J^ice-
\iyOfJL€VOV JtAt Tipi itKOVUV S'tAKtyttr^At*
Viennent ensuite diverses objections dont Olympiodore ne nomme pas les auteurs, et qui ne sont pas d'une grande importance , non plus que les réponses du philosophe alexandrin. A propos des choses invisibles qui échappent aux sens, mais que l'enthousiasme aperçoit, Olympiodore dit que l'enthousiasme remplace quelquefois la vue, IkAoucti* ydp TjoTi ka) o4/r, et il cite ce qu'on raconte d'Apollonius; savoir, qu'étant à Rome, il voyait ce qui se
(jd/t9v Af^ircti Sri
AOVfJLiftt,
eux vers cites par
. un qui appartient à
plusieurs autres com-
.S point TU ailleurs, et qui de ces oracles chaldaïq^ues ont semés dans leurs ou-
tff*rAt ifAnS M9t iv*n /• fcovy»f.
lier commentaire d'Olympiodore
, ou plutôt sur une partie du Phé-
d commentaire , qui dans nos manu-
j à celui-là) est plus étendu, comme
s déjà dit, et il a aussi plus d'impor-
onfirme toutes les données historiques
devons au premier, et il y joint un bon
: de données nouvelles. Nous allons essayer
aire connaître.
^•^mm^m^Mi^m^>^^^^^/mi'^^fm^^m^%^^mm^tf^^mf^0V»^m^^^Êf*tv^m.'^'W^^^^V90^*t^mi^f^>m «'%«<%
OLYMPIODORE.
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