‹ Fragments philosophiques (volume 5)Chapitre 13 sur 35 · D'UN PASSAGE DU MÉNON · texte numérisé non relu

D'UN PASSAGE DU MÉNON

comme le veut le Scholiaste ; mais Ztalien, comme le remarque Boôckh (1), peut très-bien s'appliquer à Philolaüs, qui était de Crotone selon les uns, de Tarente selon les autres , de sorte que l’expression d'Italien lui convient parfaitement. Du reste, qu’il soit mention d'Empédocle ou de Philolaüs, il est certain qu'il s’agit ici. d’un pythagoricien, soit Em- ὸ pédocle, soit Philolaüs, car tous les deux sont de l'école pythagoricienne. L'endroit du Phédon (2) contre le suicide appartient, de l’aveu de Platon, à Philolaüs. Or c’est exactement le même esprit que dans le passage controversé du Ménon. Clément (3) et Théodoret (4) rapportent un fragment de Philolaüs que Meiners et Heindorf (5) rejettent, et que Boëckh (6) admet, fragment qui se combine parfaitement bien avec une maxime d’Eurythéos le pythagoricien, citée par le péripatéticien Cléarque, relativement à l’incarcération de l’âme dans le corps (7). Il est curieux de jomdre à tous ces passages celui du Cratyle, où Platon attribue la même doctrine à Orphée. Voila donc une même . doctrine, qui du temps de Platon était rapportée également aux pythagoriciens et aux anciens théologiens, dont le représentant était Orphée, ὁ θεολόγος. Îly a plus : avant Platon, Hérodote (8) rapproche les rites orphiques et bacchiques des rites. égypüens et pythagoriciens. Et en effet on ne sera

(1) Philol., p.183. — (2) fbid. 1, p. 195. — (3) Strom., bv. nr. — (4) 4ff. cur., v. — (5Y Gorg., p. 493. — (6) Zbid. — (7) Athén., 1v. — (8) 11, 81.

pas tenté de nier les rapports du pythagorisme et des mystères orphiques, si on prend en considération les raisons suivantes : 4° l'identité de race des populations de la Thrace et de la Thessalie, où on place le berceau des mystères orphiques, et de celles des colonies de la Grande-Grèce, où se répandit la philosophie de Pythagore, populations également doriennes ; 2° l’identité du langage. Orphée parlait le dialecte dorien, qui était celui de Pythagore, et que Pythagore regardait comme supérieur à tous les autres (4); dialecte obscur (2), et merveilleusement propre aux mystères et au symbolisme; 3° la tradition généralement adoptée que Pythagore avait été initié aux mystères orphiques par Aglaophamos à Libéthra, ville de Thrace, où il puisa sa théologie (3); celle que Pythagore imitait Orphée pour le fond des choses et pour l’expression (4), et qu’il emprunta aux rites orphiques leurs formes : de sorte que ce qui était mystère, ‘purification et initiation dans l’orphisme, prit, sous le même nom de χαθαρμός et de τελεταί» entre les mains de Pythagore, un aspect un peu moins sacerdotal et plus scientifique.

IL est donc certain que ce morceau du Ménon est totalement pythagoricien, et un peu orphique, comme le passage correspondant du mythe du

(1) Jamblique, Κι, Pythagor., p. 475-479, éd. Kiessling.

(2) Porphyre, Vit. Pythagor., p. 87, éd. Kiessling.

(3) Jamblique, 7bid., p. 308; Proclus, in Tim. Plat., p. 291. — (4) Jambl. Zbid., p. 317.

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