‹ Fragments philosophiques (volume 5)Chapitre 15 sur 35 · DE L'ÉCOLE D’ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

DE L'ÉCOLE D’ALEXANDRIE

Euxars Sanpran: vitas Sophistarum et fragmentà historia-

-rum recensuit notisque illustravit ἢ. ΒΕ. Boxssonane ; acce-

dit annotatio Dan. WVywrreusacurs. Amstelodami, 1822, 2 vol. in-8°, |

HapriANus Junius Hornanus est le premier qui ait entrepris, sur un manuscrit tiré de la bibliothèque du cardinal Farnèse, de publier les vies des philosophes d’Eunape, avec une traduction latine et quelques notes, à Anvers, -chez Plantin , 1568. Cette édition est remplie de fautes, tant dans la version que dans le texte. Junius ne paraît pas se les être dissimulées (1); mais, pour les corriger, il reconnaissait qu’il avait besoin de nouveaux manuscrits. Jérôme Commelin trouva ce secours indispensable dans deux manuscrits de la bibliothèque palatine d’Heidelberg , à l’aide desquels il remplit plusieurs lacunes laissées dans le texte, et introduisit de meilleures leçons, sans toucher cependant ἃ la traduction de Junius; et dans le même volume,

(1) Voyez sa préface.

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à la suite de la vie des philosophes d'Eunape, il donna un fragment de son histoire politique, sur le même manuscrit d'Anvers dont Hoœæschel avait déjà tiré l'ouvrage de Dexippe et ceux de plusieurs autres historiens. Gette nouvelle édition , imprimée d’abord à Heidelberg en 4596, et réimprimée en 1616 à Genève, quoique bien supérieure à celle de Janius , sans être tout-à-fait mauvaise, laissait encore beaucoup à désirer, et plusieurs savantsavaient conçu le dessein de donner une édition vraiment critique du seul historien que nous ait laissé l’antiquité sur une des époques les plus intéressantes et les plus obscures de l’histoire de la philosophie. On voit, par une lettre d’Holstenius à Lambecius (1), que Lambecius avait eu ce projet. Gudius, dans une lettre à Ménage, l’entretient des travaux considérables qu’il avait entrepris dans ce but. Fabricius avait voulu aussi, à ce qu’il paraît, ajouter ce service à tous ceux que lui devait déjà la philosophie ancienne. Après lui, les nombreux matériaux qu’il avait rassemblés passèrent à CarpzOW, qui, succédant aux desseins et aux travaux de Fabricius, publia à Leipzig, en 1748, un specimen de l'édition qu’il préparait. Wagner, l'éditeur des lettres d’Alciphron, avait aussi pensé à Eunape. Enfin Wyttenbach, après avoir jugé Eunape si sévérement dans sa lettre critique à Ruhnken, se réconcilia si bien, à une lecture plus approfondie, (1) Voyez les pages 360 et 382 de l’édition de M. Bois-

sonade.

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avec cet historien de la philosophie d'Alexandrie, qu’il en entreprit une édition. Il était réservé à un Français d'accomplir la pensée de tant de savants hommes.

Personne, en effet, n’était mieux préparé à donner une édition critique d'Eunape que M. Boissonade , qui a déjà si bien mérité de la philosophie néo-platonicienne en publiant une nouvelle édition de la vie de Proclus par Marinus, et le commentaire inédit de Proclus sur le Cratyle. Et comme si ses propres ressources ne lui suffisaient point , sa modestie lui a fait un devoir de procurer tous les mâtériaux amassés par ses devanciers. Le specimen de Carpzow le mettait en possession des notes de Fabricius, et par l'intermédiaire de Schœæfer, Erfurt, entre les mains duquel étaient tombés les travaux inédits de- Wagner, les a obligeamment communiqués à M. Boissonade, avec des notes de Reinesius. Pour la vie de Libanius , il a eu les notes inédites de Valois ; et deux dites d'Eunape qui avaient appartenu à Walckenaer, lui ont fourni quelques corrections heureuses déposées sur les marges par Walckenaer, ou par lui recueillies sur l'exemplaire de Vossius conservé à la bibliothèque de Leyde ; sañs compter les conjectures de l’illustre évêque d’ Avranches , Huet, que contient .un des exemplaires de la bibliothèque de Paris, et d’autres secours qu’il serait trop long d’énumérer, et qui tous disparaissent devant la vaste collection de remarques de toute espèce dont Wyttenbach ἃ

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enrichi l'ouvrage de notre savant compatriote : de sorte que les deux volumes dont se compose cette édition d'Eunape, présentent les travaux des maitres de différents pays et de différents siècles, habilement employés par un des maîtres du siècle présent.

Mais les meilleures ressources que M. Boissonade ait eues pour son édition, ce sont particulièrement des manuscrits qui avaient manqué à ses devancers. Nous ne parlerons point des variantes du manuscrit de Florence, prises par Gronovius’, et déposées par celui-ci sur un exemplaire de l'édition de Commelin, tombé dans la possession de Wyttenbach et communiqué par sa veuve à M. Boissonade; ces variantes précieuses : étaient connues de Wyttenbach. M. Boissonade ἃ eu à sa disposition les richesses de quatre bibliothèques qui n'avaient pas encore payé à Eunape leur contingent d’utiles variantes. Le Vatican lui a fourni le manuscrit n° 140, excellent partout où il est lisible, et dont M. Hase ἃ fait une description intéressante dans son catalogue malheureusement encore inédit des manuscrits du Vatican que la conquête de l'Italie avait amenés à la bibliothèque de Paris. Celle-ci n'avait qu’un manuscrit du seizième siècle, plein de lacunes, et coté dans le catalogue n° 4405. Le savant et obligeant Morelli a pris la peine de collationner pour M. Boissonade un manuscrit de Venise, du xv‘ siècle. Enfin la quatrième bibliothèque que M. Boissonade a mise à contri-

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bution est celle de Naples, qui, à elle seule, lui ἃ fourni trois manuscrits cotés n° 9, n° 488 et n° 64, dans le catalogue d'Harlès. Le manuscrit n° 188 présente ce titre remarquable : Εὐναπίου ἑπτὰ καὶ δέκα βελέων. Βέοι φιλοσόφων καὶ σοφιστῶν.

Commelin avait tiré du manuscrit d'Anvers un fragment de l'Histoire politique d'Eunape sur les légations; M. Boissonade le reproduit avec d’heureuses améliorations, et avec tous les fragments d'Eunape qu'il a pu recueillir dans Suidas et Îles anciens auteurs : on ἃ donc ici tout ce qui nous reste d’Eunape, si toutefois un hasard heureux ou des recherches habilement dirigées ne conduisent pas un jour à la découverte de la totalité de son Histoire politique, qui, embrassant le règne entier de Constantin, serait pour nous si intéressante, avec quelque passion que l’auteur païen l’eût écrite, ou même précisément à cause de cette passion, qui nous montrerait peut-être sous des faces nouvelles les événements que nous connaissons, et fournirait des données précieuses à l’impartialité moderne. Incontestablement l'Histoire politique d'Eunape existait du temps de Muret, qui, au rapport de Patin, que cite M. Boissonade, l’avait vue dans la bibliothèque du Vatican, et l’ayant demandée au cardinal Sirlet pour la faire copier, en eut cette réponse : que le pape l’avait défendu, et que c'était un livre impio e scelerato. Schott, savant homme, mais jésuite (homo quidem doctus sed jesuitq) (4),

(1) Boisson. præfat., p. 17.

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dit dans ses notes sur Photius que la chronique d'Eunape ἃ péri par un effet de la divine providence. Leunclave l’écrivait aussi à Henri Estienne. M. Boissonade engage à ne pas le croire lépèrement : il invite le successeur de Morelli à de nouvelles recherches; il exhorte le savant Avellini, auquel il doit la collation des manuscrits de Naples, à fouiller soigneusement les trésors peu connus de la bibliothèque de cette ville. Nous laisserons parler M. Boissonade : am ex titulo regi codicis Neapolitani nescio quid faustæ præsagitionis menti est injecta (liser irjectum). Perreptet per regtam bibliothecam, pervestiget seduld græcos codices, quos Augustiriensibus ad Carbonariam (ne illaudato deterreatur isto cognomine) bonus olim cardinalis Seripandus moriens legavit. Holstenium quidem Peirescio scribere (4) memint hunc thesaurum monachos, draconum instar, occupare; sed nunc puto mansuetiores esse factos; et dracones id genus, quibus jam nec ungues sunt nec dentes, Avellinium ἃ thesauro ipsis inutili non arcebunt (2). M. Boissonade remarque encore que, du temps de Gerlach , c’est-à-dire en 1576, (epist. Gerlachiï ad Crusium, Turcograph. p. 499) il existait à Constantinople beaucoup de manuscrits grecs, parmi lesquels se trouvaient Zaonicus Chalcondyles, Michael Glycas, Agathias, Eunapius. ΠῚ est probable qu’il est ici question (1) Epist. Holsten., p. 152, éd. Paris.

(2) Boisson., præf., p. 18.

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d’Eunape comme historien ; et peut-être trouverait-on encore à Constantinople, au lieu du fragment connu d’Eunape, sa chronique tout entière. Ex disputatis igitur patet, conclut M. Boissonade, nondum omnem recuperandi operis utilissimi spem decollavisse, atque in bibliothecis ITialiæ ac Græciæ quærendum a literatis hominibus esse, qui illas regionés incolunt vel invisunt.

Quoi qu'il en soit de ces espérances (1), nous avons du moins le fragment qui subsiste de l’histoire politique d'Eunape purgé de toutes les fautes qu'y avait laissées Commelin; surtout nous avons les Vies des philosophes dans l’état où la critique pouvait les désirer et peut longtemps les laisser. Le texte est irrévocablement constitué : des notes abondantes éclaircissent tous les passages obscurs et ne laissent plus guère de difficultés véritables. Il eût été par conséquent superflu de faire une nouvelle traduction d’un texte une fois établi et éclairci, et reproduire la version défectueuse de Junius eùt été un contre-sens dans une édition critique. Eunape paraît donc ici tout seul et sans le cortége d’une traduction latine, inutile pour les savants, qui doivent toujours recourir au texte, et encore plus inutile pour les gens du monde qui ne liraient pas plus une traduction latine qu’un texte gret.

(1) Depuis que eeci est écrit, M. Mai a trouvé dans la bibliothèque du Vatican , sinon toute l’histoire politique d’Eunape, au moins un fragment nouveau de cette histoire. Script. vet. nov. collect. t, 11, p. 247, Romæ, 1827. |

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L'édition nouvelle est divisée en deux volumes, dont l’un appartient à M. Boissonade, et l’autre à Wyttenbach. Le travail du premier embrasse la totalité de l'ouvrage d'Eunape; celui du second s’arrête à Proérésius : c’est là que, le 25 février 4819, une maladie d’yeux toujours croissante a forcé Wyttenbach d'interrompre ses veilles. Le concours du savant français et du savant hollandais est une bonne fortune pour Eunape; car peut-être ni l’un ni l’autre, séparés, ne l’eussent entouré d’autant de lumières. Si Wyttenbach était plus versé dans l'histoire de la philosophie que M. Boissonade, nous ne croyons pas céder à un mouvement de patriotisme et d’amitié en réclamant pour celui-ci la supériorité de l’exactitude philologique. Wyttenbach répand avec profusion les trésors d’une érudition variée et facile sur tous les points historiques touchés par Eunape; ses corrections verbales , toujours ingénieuses , sont souvent fondées ; mais souvent aussi elles sont (4) hasardées et dé-

(1) Nous nous contenterons de citer les premières notes qui se trouvent au commencement du savant commentaire. Voici la première phrase d’Eunape, d’après Commelin : Ξενοφῶν ὁ φιλόσοφος ἀνὴρ μόνος ἐξ ἁπάντων φιλοσόφων ἐν λόγοις. τε καὶ ἔργοις φιλοσοφίαν κοσμήσας " τὰ μεὲν ἐνλόγοις, στι τε καὶ ἐν γράρβοασε, Kai ἡϑικὴν ἀρετὴν γράφει" τὰ δὲ ἐν πράξεσι τε ἦν ἄριστος" ἀλλὰ καὶ ἐγέννα στρατηγοὺς τοῖς ὑποδείγμωσιν" à γοῦν μέγας ᾿Αλέξανδρος οὐκ. ἂγ ἐγένετο μέγας εἰ μὴ Ξενοφῶν καὶ τὰ πάρεργώ Φησι δεῖν τῶν σπουδαίων ἀνδρῶν ἀναγράφειν. Cette phrase est, il est vrai, un peu embarrassée ; mais c’est le caractère du style. d’Eunape, comme l’a déjà observé Photius (Photii Bibl., cod. 77.); et en

passent les limites d’une saine critique : c’est alors que la sagesse du savant français intervient heureusement , et empêche le lecteur de se laisser entraîner aux conjectures hardies de l'illustre professeur de Leyde. Attaché aux manuscrits, M. Bois sonade les compare sans cesse, et c'est par l’un qu'il entreprend toujours de corriger l'autre : quand les éditions et les manuscrits sont unanimes, il s’eflorce plutôt d'approfondir et d'expliquer une lécon que de la changer; et s’il prend le parti de

mettant un point en haut après εἰ sy Ξενοφῶν, elle ne présente aueune difficulté, et nous ne nous donnerons pas même la peine de l’expliquer. Mais comme sa construction n’a pas la symétrie moderne qu’uucune phrase grecque ne peut avoir, Wyttenbach en eonclut que les copistes ont changé des mots, en ont oublié d’autres , et que tout ce passage est entièrement corrompu : Librari, dit-il, (t. χα, p. 7.) mutandis omittendisque perperam verbis locum per se jam impeditum insuper fœdarunt. Selon lui, Eunape a dû écrire ainsi : Ξενοφῶν ὁ Φιλόσοφος., αἰνὴρ pères ἐξ dravrur φιλοσόφων ἐν λόγοις τε καὶ ἔργοις Φιλοσοφίαν xoouyous, τὰ μὲν ἐς λόγους ἐξέθηκε συγγράώρρεασι καὶ τῇ περὶ ἠθικὴν ἀρετὴν γραφῇ, τὼ δὲ ἐν πράξεσιν αὐτός τ᾽ ἣν ἄριστος, ἀλλὰ καὶ ἐγέννα στρατηγοὺς τοῖς ὑποδοίγραισιν" ὁ γοῦν μοόγας ᾿Αλέξανδρος οὐκ ὧν ἐγένετο μέγας, εἰ μὲ παρ᾽ ἐκείνου ἔμαθε τῶν Περσῶν κισωφρονεῖν, ᾿Αλλὲ μὲν Ἀενοφῶν καὶ τὰ πάρεργά φησι δεῖν τῶν σπουδαίων ἀνδρῶν ἀνωγράφειν. Ce n’est pas là publier un auteur, c’est le refaire, ou platôt c’est le traduire ; car nous convenons que la phrase de Wyttenbach est une assez houue phrase du av siècle, M. Boïssonade ne restaure point ainsi les monumens de l’antiquité. Éntraîné un instant par l’autorité de Wyttenbach, sa pradence ordinaire le fait bientôt revenir sur ses pas, et, au heu du complément arbitraire que Wyttenbach ajoute après

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la changer, il la change le moins possible, prenant scrupuleusement conseil des moindres conditions matérielles et morales. On ne saurait trop louer dans M. Boissonade la sagacité qui découvre une difficulté, la loyauté qui ne lélude jamais, et Phabileté qui la surmonte en satisfaisant à toutes les conditions du problème : jamais M. Boissonade ne tranche le nœud ; il le-délie méthodiquement. Et il faut remarquer que M. Boissonade se garde bien de surcharger ses notes de passages tirés d’auteurs parfaitement connus et cent fois publiés. Ce

εἰ my Ἐενοφᾶν» il se contente (t. 1, p. 124) de mettre une parenthèse depuis τῶ μεὲν ἐν λόγοις jusqu’à εἰ μὴ Ξενοφῶν inclusivement ; et, dans toute cette parenthèse, le seul changement qu’il se permette est celui de καὶ ἠθικὴν en τὴν ἡθικήν ; et même, selôn nous, eette louable circonspection eût pu étre poussée plus loin encare. Καὶ ϑικην, qui est dans toutes les éditions et dans tous les manuserits, peut très-bien rester à la rigueur; et, quant à la parenthèse, c’est encore un moyen de clarté un peu matériel et un peu moderne, qu'il ne faut pas absolument s’interdire dans certaines occasions, mais dont il ne “faut pas non plus abuser ; et ici deux points en haut eussent été suffisants. Quelques lignes plus loin, l’ancienne édition donne : τῷ βουλορεένῳ ταῦτα δικάζειν ἐκ τῶν ὑποκειμένων σημείων καταλιβοπώνει " βούλεται μὲν γὰρ à ναῦτα γράφων, καὶ ὑπομνήμασιν ὠκριδέσιν ἐντετάχηκεν,. Rien de plus clair, surtout en mettant βούλεναν μὲν yep où entre deux points en haut, ou entre parenthèses, par surcroît de préeautign, comme le fait M. Boissanade. Mais cette préeaution me paraît pas suflsante à Wyttenbach, qui propose (τ, 1, p. 2): Τῷ βουλομένων ταῦτα δικάζειν καταλιρπαίνειν βενλεκαι ὁ ταῦτα γράφων" καὶ γὰρ ὑπομνήμωσιν ἀκρεβέσιν ἐντετύχηκεν... :

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sont surtout les manuscrits inédits qu’il consulte et dont il se plaît à faire connaître de précieux fragments. Ici, par exemple, il a donné une lettre inédite d’Héraclite ἃ Hermodore (1), et cette tâche appartenait naturellement à l’habile éditeur des lettres du faux Diogène (2). Mais il est-temps de faire faire connaissance au lecteur avec Eunape lui-même.

Eunape était né à Sardes en Lydie (3). Sa première éducation fut confiée au sophiste Chrysanthe, prêtre lydien, son parent (4), qui lui inculqua, avec le goût de la littérature et de la philosophie, son zèle ardent pour la religion de leurs pères. A l’âge de seize ans, il quitta la Lydie pour aller achever ses études à Athènes (5). Arrivé malade, il y trouva une hospitalité généreuse dans la maïson de Proérésius , sophiste célèbre, qui le soigna et , l’aima comme un fils (6). Eunape lui voua en retour une affection et une admiration qu’il consigna plus tard dans son ouvrage. Il était encore jeune homme à la mort de Julien et à l’avénement de Valentinien et de Valens (7). Après un séjour de cinq ans à Athènes, il méditait le voyage.obligé de tout philosophe d’alors en Égypte, quand un ordre de sa famille le rappela en Lydie (8). Il y

(1)T. 1, p. 424, 495, 430. — (2) Notice des Manuscrits, t. x, 11 part., p. 122. — (3) Photu Bibl., cod. 77. — (4) Eunape, t. 1, p. ὅθ, 107, 111.

(6) Jbid., p. 74, 92. — (6) ίά:, p. 92. — a. Ibid. .» P. 58. — (8) Zbid., p. 92.

passa le reste de sa vie et exerça la profession de médecin, ou du moins 1] semble avoir eu d’assez grandes connaissances en médecine ; car il fit lui même une opération à son parent Chrysanthe, à défaut du célèbre Oribase, qui se faisait trop attendre (1),et c’est à lui que ce même Oribase dédia son Tétrabiblion (2). Eunape composa des annales politiques. en quatorze livres (3), qui continuaientl’histoire de Dexippe jusqu’à son temps, c’est-à-dire qui s’étendaient depuis le règne de Claude IL jusqu’au règne d'Honorius et d’Arcadius. Au rapport de Photius, il fit deux éditions de ses annales; dans la première , il attaquait à découvert le christinnisme et les empereurs qui l'avaient propagé, et surtout Constantin (4); mais la seconde était fort adoucie , et la nécessité des temps lui avait imposé quelque mesure. Photius, qui avait sous les yeux les deux éditions, témoigne de leur différence. Suidas (5) parle aussi de l’histoire politique d’'Eunape. On imagine aisément quels éloges il y donnait à Julien. Il ne faut pourtant pas le confondre, comme le remarque très-bien Fabricius, avec un autre Eunape, rhéteur phrygien (6), qui jouit de quelque crédit auprès de Julien. L’attachement de notre auteur à l’ancienne religion lui en fit ob-

(1) Zbid., p. 119-120. — (2) Phot. Biblioth., cod, 219.

(3) Zbid., cod. 77. Photius, dans le titre, dit dix-neuf livres ; dans le texte , quatorze ; le manuscrit de Naples, dix-sept.

(4) Zbid. — (5) Aux mots Κωνσταντῖνος et Ῥοσφῆνος. — (6) Suidas, v. Μουσῶνιος.

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