‹ Fragments philosophiques (volume 5)Chapitre 17 sur 35 · CELA · texte numérisé non relu

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comme le remarque Ruhnken, que plus tard Longin changea encore le nom de Βασιλεύς en celui de Πορφύριος qui signifie à peu près la même chose; car Eunape prétend que c’est par Longin que Malchus fut appelé Πορφύριος (1). On voit encore dans les deux ouvrages que Porphyre étudia sous Longin ; mais, ni dans l’un ni dans l’autre, il n’est dit dans quelle ville. Ce fut probablement à Athènes, où Longin s’illustra comme professeur. Cependant il ne serait pas impossible que ce füt à Tyr, ou qu’au moins Tyr ait été leur patrie commune; car Porphyre nous a conservé une lettre de Longin (2) où celui-ci l'invite à passer de Sicile en Phénicie et à lui apporter des manuscrits exacts de Plotin. Il fallait donc que Longin y fût, et même qu’il y eût vécu longtemps avec Porphyre, puisque, pour le déterminer à préférer ce voyage à un autre (3), il lui rappelle leurs anciennes habitudes en ce pays, et la douceur de l'air, qui convient si fort à sa santé délabrée (4), ce qui semblerait faire croire, contre Jonsiuset Ruhnken, que Longin était Syrien; car 1 est impossible de ne pas voir dans toute la lettre de Longin à Porphyre le ton d’un compatriot.

Quoi qu’il en soit de la patrie de Longin et du leu où Porphyre étudia sous lui, les deux ouvrages cue nous comparons sont unanimes pour attester leta-

(1) bid., p. 7. — (2) Porphyre, Vie de Plotin. (3) Zbid. τὴν πρὸς ἡμῶς ὁδὸν τῆς ἑτέρωσε προκρίναι. (6 Ιδιά. τὴν τε παλαιῶν συνήθειαν καὶ τὸν ὠέρα μεετριτατον

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lent du professeur, et l'autorité presque absolue dont il jouissait. Ce fut à cette école que Porphyre puisa le goût d’une diction lucide et précise, et ces habitudes de saine critique qu’il transporta plus tard dans la philosophie. Après s'être distingué dans sa patrie, le désir de voir Rome (4) l’amena dans cette ville, où il fit la connaissance de Plotin. Dès lors sa destinée fut fixée, et il se livra tout entier à la philosophie. Il eut pour condisciples, sous Ploun, dit Eunape,'Origène, Amélius et Aquilinus (2). Porphyre parle bien d'Amélius, mais il ne dit pas un mot d'Origène ni d’Aquilinus. Les critiques ont déjà proposé de lire Paulinus an lieu d’Aquilinus, et ce nom est en effet cité par Porphyre (3), comme celui d’un ami de Plotin. Pour Origène, l'erreur est manifeste; Origène n’est pas un condisciple de Porphyre, mais de Plotin; et il n’est plus besoin de dire aujourd’hui qu’il n’est pas ici question d'Origène le chrétien, mais d’un philosophe qui, au rapport de Porphyre, ἃ écrit un livre sur les démons, ;et un autre'du temps de l’empereur Galien, sous le titre assez obscur ὅτι μόνος ποιητὴς ὃ Basineus (4). Et à l’occasion de cet. Origène, condisciple de Plotin et disciple d’Ammonius, il importe de relever’une erreur grave d’Holsténius que l'autorité de son nom ἃ si bien accréditée, qu’elle a été depuis perpétuellement répétée comme un fait constant. Holsténius, dans sa vie de Porphyre, dé- (1) P. 8. Τὴν μεγίστην “Pagenr ἰδεῖν. —— (9) Ibid. (3) Porphyre , Pie de Plotin. — (4) Ibid.

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clare que, loin que les chrétiens aient fait aucun emprunt au néo-platonisme , c'est au contraire celui-ci qui puisa ses principes dans la doctrine chrétienne, et que l’enseignement d’Ammonius n’était pas autre chose qu'uri enseignement chrétien sous la promesse du secret; qu'Érennius, Origène et Plotin avaient fait serment de ne jamais divulguer cet enseignement ; qu'Origène et Plotin ne manquèrent à leur parole qu’à l'exemple d’Érennius, et que ce fut seulement alors qu'ils commencèrent à répandre les idées chrétiennes qu'ils avaient reçues d’Ammonius. Et Holsténius s’appuie d’une autorité qui, sur ce point, serait décisive, si elle était vraie, celle de Porphyre, disciple de Plotin et ennemi du christianisme, qui devait connaître les secrets de son maître, et n’a pu dire en faveur du christianisme que ce que la force de la vérité lui arrachait. Nous citerons les paroles d’Holsténius : Certum est Ammonium religionis nostræ arcana discipulis sub silentii religione communicässe, de quibus (les mystères chrétiens ) non divulgandis Erennium, Origenem et Plotinum fidem sibi invicem obstrinæisse ipse Porphyrius testatur ; cumque Érennius primus eam fregisset, nec Origenes nec Plotinus promissis stetere, sed qua scriptis qua vivé voce in publicum ea protulerunt quæ ab Ammonio philosopho acceperant (4). Il est étrange qu'un critique aussi distingué qu’Holsté-

(1) Holstén., de Wité et Scriptis Porphyrü, νι.

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nius affirme de pareilles choses sans en donner de preuves ; disons plus, sans en avoir aucune, ear il n'y a pas un mot de tout cela dans le passage de Porphyre sur lequel il paraît s'appuyer. Porphyre dit tout simplement, dans la vie de Plotin, page 3, qu'Érennius, Origène et Plotin s'étaient promis de ne pas divulguer l’enseignement d’Ammonius, μηδὲν ἐκκαλύπτειν τῶν ἀμμονίου δογμώτων : mais que cet enseignement fût chrétien, c'est ce dont il ne dit absolument rien, et c’est pourtant ce qu'Holsténius lui fait dire. Je ne connais pas un seul passage de l'antiquité qui autorise cette conjecture; car l'autre passage de Porphyre, cité par Eusébe (Hist. Eccl. vi, 19), ne conduit, directement ou indirectement, à rien de semblable. Mais revenons à Eunape.

La plus grande différence que l’on remarque entre son récit et celui de Porphyre, se rapporte au motif du voyage de ce dernier en Sicile, et à un épisode de sa vie qui est du plus grand intérét dans Porphyre, et qui, dans le récit d'Eunape, dégénère en une aventure de reman. Porphyre, à propos de l'extrême sagacité de Plotin, en rapporte un trait relatif à lui-même. « Fatigué de la « vie, dit-il, j'avais résolu de mourir : Plotin le « devina par une sagacité tout-a-fait merveilleuse ; «et, tandis que j'étais chez moi plein de réveries « funestes, je le vis tout à coup arriver. Porphyre, « me dit-il, ce projet n’est pas d’un sage, mais « d’un fou et d’un malade; et il me conseilla de

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« laisser là mes travaux et de quitter Rome. Ce « fut par ses conseils que j'allai en Sicile près de « Lilybée (4).» Voici maintenant la version d’Eupape. Selon lui, Porphyre se livra avec tant d’ardeur à l’étude de la philosophie de Plotin, qu'il en vint à prendre cette vie en dégoût. IL quitta Rome et la société, et alla chercher dans la Sicile une retraite solitaire d'où il n’aperçût plus de villes et n’entendit plus la voix des hommes (2). La, détaché de toutes choses, insensible à tout plaisir, il passait ses jours à errer seul autour du promontoire de Lilybée et dans les lieux les plus sauvages. Il prit même la résolution de se laisser mourir de faim. Plotin devine son état, quitte Rome, accourt en Sicile sur les traces du jeune fugitif, le trouve au dernier degré de l'abattement, et ses sages et mâles discours rappellent au sentiment de ses devoirs et au goût de la vie une âme prête à s'envoler (3). Plotin inséra depuis, dans un des ouvrages qui nous restent de lui, les discours par lesquels il rat: tacha Porphyre à la vie (4). Voilà certes une version bien plus étrange que l’autre. Il n’est pas naturel de croire à Eunape plus qu’à Porphyre, sur Porphyre lui-même. Wyttenbach, qui résout toutes les difficultés en prétant à Eunape des extravagances, a bien l’air cette fois d’avoir raison de mettre ce récit sur le compte d'une imagination (1) Porphyre, Wie de Plotin. — (2)T. τ, p. 8.

(3) Ibid. , p. 9. Τὴν Ψυχὴν διΐπτασθαι τοῦ σώματος βεέλλουσαν. {4)Ibid.,

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de rhéteur qui aura outré et gâté un incident par lui-méme très-curieux , et qui donne une idée de état extraordinaire des âmes à cette époque. Du reste Eunape fait un éloge bien mérité de Porphyre. On ne sait, dit-il, lequel de ses talents il faut le plus estimer, et si c'est en lui le grammairien ou le rhéteur ou le musicien ou l’arithméticien ou le géomètre ou le philosophe, qui est le plus admirable (1). Il se maria, et il y a un livre de lui adressé à sa femme Marcella ; mais il la prit veuve, et déja mère de cinq enfants, non pour en avoir lui-même, mais pour donner un père à ceux de sa femme (2). Ce passage d’Eunape et un autre de S. Cyrille contre Julien (3) étaient jusqu'ici la seule indication que nous eussions de l'existence de la lettre de Porphyre à Marcella; mais depuis, M. Mai a trouvé à l’Ambroisienne et publié, malheureusement encore incomplet, cet écrit, qui donne une si haute idée de la pureté et de l’élévation de l’âme de Porphyre, et où un philosophe, parlant à une femme, mêle à l’austérité des principes les plus sublimes des teintes gracieuses et toutes les délicatesses du sentiment. Porphyre parvint à une vieillesse très-avancée et mourut, dit-on, à Rome (4). Mais ici Eunape ajoute une chose fort singulière : arrivé à la vieillesse, Porphyre aurait publié des ouvrages dans un sens tout différent des premiers ; assertion qui, faute de dévelop- (1) Zbid., p. 10.

(2) 1bid, ,p. 11. — (3) Lib. νι, p. 209. — (4) Ibid.

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pements, est ἃ peine concevable. Porphyre devint-if chrétien, ou abjura-t-il le système de Plotin pour un autre système philosophique ? C’est ce qu’on ne peut savoir d’après ce passage d'Eunape, que nous croyons devoir citer textuellement t Πολλὰς γοῦν φοὶς ἤϑη τροπεπραγματευμένοις βιθλίοις θεωρίας ἐναντίας κατέλιπε» περὶ ὧν οὐκ ἐστιν ἕτερόν τι δοξάζειν ἢ ὅτι προϊὼν ἕτερα ἐδόξασεν (1). Nous regrettons que ce passage n’ait attiré l'attention ni de M. -Boissonade ni de W yttenbach.

lamblique était de Chalcis en Célésyrie, d’une origine illustre et d’une famille riche et puissante (2). Il ne fut pas le successeur immédiat de Porphyre; entre eux deux est Anatolius. C’est probablement celui auquel Porphyre a dédié ses Questions sur Homère, ou peut-être l'auteur du traité des sympathies et des antipathies, dont il nous reste un fragment publié par Rendtorf dans la Bibliothèque grecque de Fabricius. Il y ἃ eu plusieurs philosophes de ce nom; mais quel que soit celui dont il est ici question, Eunape dit qu'Anatolius succéda à la réputation de Porphyre (3); mais il ne nous apprend ni d'où il était, ni si ce fut à Rome qu’il recueillit l'héritage de Porphyre; il ne dit pas non plus si c’est à Rome ou à Chalcis ou à Alexandrie qu'Iamblique fit sa connaissance et ensuite celle de Porphyre, ni dans quelle ville il demeura habituellement ; il est probable que ce fut

(1) "διά. — (2) Ibid., p.11. — (3) Ibid. Τῷ κατὰ Πορφύριον

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à Alexandrie. Eunape, comparant le disciple au maître, ne trouve Iamblique inférieur ἃ Porphyre que pour le style. « Ses écrits, dit-il, ne sont pas « remplis de grâce et d'agrément, comme ceux de « Porphyre; ils n’en ont pas la lucidité ni la pu- « reté, sans être pourtant ni obscurs ni incor- « rects ; mais, comme Platon le dit de Xénoerate, « lamblique n'avait pas sacrifié aux Grâces ; aussi, « loin d'attirer et d’attacher le lecteur, il le fa- « tigue et le repousse (1). » Et, quoi qu’en dise Wyttenbach (2), ce jugement d’Eunape est resté celui des connaisseurs et des juges impartiaux. Ilamblique rassembla autour de lui une foule de disciples, qui de tous côtés venaient pour l’entendre et se former dans ses entretiens. Parmi eux se distinguaient Sopater de Syrie, Édésius, Eustathe de Cappadose, le Grec Théodore, Euphrasius et beaucoup d’autres en si grand nombre, qu’il est vraiment étonnant qu'un seul homme ait pu leur suffire à tous (3). Plus tard, dans la vie d’Édésius, nous ferons connaissance avec Édésius, Eustathe et Sopater. Quant à Euphrasius, nous n'en avons pas plus entendu parler que Wyttenbach (4). Théodore est probablement ce Théodore d’Asinée, que Proclus cite si fréquemment et qu'il regardé comme le véritable successeur d’Tamblique. La seule diff. culté qui arrête Wyttenbach est un passage de Damascius, où Théodore d' Asinée est donné comme (1) Jbid. , p. 12. —— (2) Tu, p. 50. — (3) bid., p. 12. ἽΩστε ϑαυμαστὸν ἣν ὅτι πᾶσιν ἐπήρκει. — (4) T.n,p. 51.

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un élève de Porphyre, ce qui, chronologiquement, ne permettrait guères que Proclus eût pu l'entendre, tandis que nous lisons dans le commentaire sur le Timée, τοιαῦτα γὰρ ἥκουσα καὶ τοῦ Θεοδώρου φιλοσοφοῦντος (4). Si la difficulté chronologique paraissait insurmontable, il n’y aurait d'autre ressource que d'interpréter différemment l’#rous+ de la phrase de Proclus, et de lui faire signifier que Proclus a entendu dire cela de Théodore et non pas à Théodore, en sous-entendant περί au lieu de ἐκ, comme il y en a tant d'exemples (2). Si Proclus avait suivi les lecons d’un maître aussi célèbre que Théodore, il est probable que Marinus nous l'aurait appris, lui qui indique avec tant de soin tous ceux que Proclus ἃ entendus (3) : il est douteux aussi que Proclus, qui rend hommage en toute occasion à son maître Syrien, n'eût jamais exprimé une seule fois sa reconnaissance pour Théodore qu’il cite et loue fréquemment, si jamais il avait assisté à ses leçons. Enfin, dans le traité sur la providence, la fatalité et lu liberté (4); adressé à un de ses amis nommé 7'héodore, il fait allusion au philosophe du même nom qui est venu après lamblique, et certes il n’eût pas manqué de compléter l’allusion, et de rappeler, à l'occasion de son ami Théodore, Théodore son maître, si celui-ci

(2) Voyez Lamb. Bos, éd. Schæœf., p. 734. — (3) Mariaus, Wie de Proclus, éd. de M. Boissonade. — (4) Voyez mon édition des OEuvres inédites de Proclus, t. τ.

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l'avait été. De cette manière du moins on expli querait la phrase de Damascius (4), qui s’était occupé avec tant de soin de l’histoire de la philosophie, et dont il ne faut pas répudier l'autorité aussi légèrement que le fait ici Wyttenbach.

Le reste de cette vie d’Iamblique est rempli de détails qu'Eunape déclare tenir de Chrysanthe, lequel les tenait d’Édésius, disciple immédiat et ami d’Iamblique. On sent que l’on approche du temps où les récits d'Éunape vont appartenir à la biographie ‘plus qu’à l’histoire, et où l’école platonicienne, privée de ses chefs les plus illustres, s'enfonce de plus en plus dans les superstitions de cette époque. Ainsi Eunape rapporte assez longuement ce qu’il appelle des exemples de la faculté divinatoire d’Iamblique et de son pouvoir de faire des prodiges. Dans ce siècle, tout le monde faisait des prodiges ou en voulait faire ; et les Alexandrins, moitié superstition, moitié calcul, n'étaient pas restés en arrière de leurs émules. Ici lamblique, se promenant avec ses disciples, leur annonce qu’il va passer un convoi, et à l’instant un convoi se présente ; et Eunape a la bonne foi d’avouer que ce fut peut-être un effet de la bonté de son odorat plutôt que de sa vertu divinatoire (2). Mais une autre fois, au bain, devant: deux fontaines nommées l’une Éros et l’autre 4ntéros; il évoque en riant les génies de ces deux fontaines, et les deux génies sortent des eaux et en-

(1) Pit. Isidor, Phot., cod. 242. — (2) Zbid., p. 14.

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tourent Famblique de leurs petits bras. Ge trait, dit Eunape, fit taire l’incrédulité de ses discrples, qui dès lors se montrérent dociles et confiants (4). « On raconte, dit encore l’historien, beaucoup d’au- « tres choses bien plus étonnantes que je n'ai pas « voulu rapporter, pour ne pas mêler à une histoire « véridique des récits qui pourraient sembler fabu- « leux. L'exemple même que je viens de citer, Je « me serais fait scrupule de le rapporter, dans la « crainte que ce ne fût un conte, si je n'avais l'au- « torité d’hommes sensés qui eux-mêmes avaient « vu la chose. Quoi qu’il en soit, personne avant « moi n’a fait mention de ce trait, et Édésins « m'a dit qu'il ne l’avait pas mis dans ses ouvrages « et qu aucun autre écrivain n'avait osé le faire (2).» Pour nous, qui avons quelque connaissance de l'époque d’Eunape, loin de nous étonner de sa crédulité, nous sommes au contraire surpris de sa réserve, et nous ne pouvons guère l'expliquer qu’en nous rappelant que Théodose n’aimait pas que les païens fissent aussi des miracles.

Vient ensuite un récit de querelles assez mesquines entre Ilamblique et un nommé Alipius, qui, par jalousie, adresse des questions embarrassantes ἃ notre philosophe, qui se venge de son rival en rendant justice à ses talents et même en faisant son éloge après sa mort (3). Ni M. Boissonade ni Wyttenbach ne fournissent aucune lumière sur cet Ali-

(1) Zbid,, p. 15-16.

(2) Zbid., p. 16. — (3) Jhid., 17, p. 18, 19.

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, pius, et nous n’avons jamais lu ce nom autre part. À ce que dit Etnape, il était d'Alexandrie et y mourut très-âgé. lamblique y mourut aussi après Jui, selon Eunape ; ce qui confirmerait l'opinion que ce fut à Alexandrie qu'Iamblique passa sa vie. Il avait eu beaucoup d'élèves et laissa une nombreuse école (1); c’est au milieu de ses élèves qu'est tombé Eunape dans sa jeunesse (2). Els se répan-dirent de tous côtés dans l'empire romain, et lun des plus célèbres, Édésius, sé retira à Pergame en Mysie, et y établitune école où fut élevé Chtysanthe, le premier maître d'Eunapé. C'est depuis ee moment surtout que l’histoire d'Eunape gagne en authenticité tout ce qu’elle pérd en grandeur, et devient d’autant plus curieuse qu’elle dégénère en mémoires domestiques, et ne contiént plus que des détails minutieux , il est vrai, mais que l’on cher« cheraït en vain ailleurs, et qüi, réunis, ne laissent pas de jeter d’assez grandes lumières sur l’état du platonisme à cette époque, et mdirectement sür toute l’histoire du temps.

Les seuls écrivains de l'antiquité qui fassent mention d’Édésius, sont, avee Eunape, Libanius et Simphicius (3). Η faut qu'il ait été entrainé vers la philosophie par uné vocation particulière; car il était d’une grande famille de Cappadoce, et, pour

(1) Zhid., p. 19. Πολλάς plus τε καὶ πηγὰς Φιλοσοφιας. (2) Ibid, Ταύτης ὁ ταῦτα γράφων τῆς φορῶς εὐτύχησεν. (3) Etban. Orat. τι, p. 17-18, éd. Bong. ; Simpl., Commen-

taire sur les Catégories, p. 1.

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se livrer à ses goûts, 1l eut à vaincre une vive résistance de la part de sa famille. Il la surmonta à force de patience (1), et fit un voyage en Syrie auprés d’'Iamblique, sous lequel il étudia (2) avec . un succès égal à son zèle. Eunape assure qu’il ne resta pas fort au-dessous de son maitre, à l’enthousiasme religieux près, que peut-être même il posséda sans oser le montrer, à cause des circonstances (3). En effet, c'était alors le temps où Constantin, parvenu à l'empire, renversait les temples les plus célèbres de l’ancienne religion, et où les philosophes les plus distingués étaient forcés de se condamner au silence (4) et de s’envelopper de mystère ; ce qui empêcha Eunape d'acquérir la connaissance du fond de leurs doctrines (5) avant l’âge de vingt ans. Aussi, après la mort d’Iamblique, toute son école fut dispersée, et ses élèves se retirérent où ils purent. Un d'eux, Sopater (6) d’Apamée, d’un caractère plus énergique et comptant plus sur lui-même, au lieu de se cacher, se présenta

(1) Jbid,, p. 19. — (2) Zbid., p. 20. — (3) Jbid. To μὲν ἐπέκρυπτεν ἴσως Αἰδέσιος αὐτὸς διὼ τοὺς χρόνους. — (4) fbid. Πρὸς μυστηριώ δὴ τρὰ σιωπὴν καὶ ἑεροφαντικὴν ἐχερουθίαν. — (5) Tbid. C’est ainsi qu’il faut entendre τῶν ἀληθβεστέρων, avec . Fabricius ( Biblioth. græc., τ. vu, p. 536, éd. Harl.), et nos deux critiques contre Jonsius , qui voit ici une initiation tardive aux mystères du paganisme (Jons. , de Scriptor. hist. phélos., lib. 1m, c. 17.).

(6) Jbid., p. 21; Voyez Zosime, 11, p. 40; Suidas, pv.

/ , La « . .

Eararpos ᾿Απαρέος; Sozomène, Hist, eccles., liv. xv; 3, Ly-

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à la cour de l’empereur, qui le traita si bien que les nouveaux courtisans en prirent de l’ombrage et jurèrent sa perte. Constantin , pour peupler la nouvelle ville impériale, avait tiré de toutes les parties de l’empire une foule immense qu’il était obligé de nourrir en faisant venir des vivres de

l'Égypte, de la Syrie et de la Phénicie (4). Il aimait,

dit Eunape, les applaudissements de gens ivres qui pouvaient à peine se soutenir, et trouvait du plaisir ἃ entendre répéter son nom par des bouches à peine capables de le prononcer (2). À la moindre

disette, la foule mécontente n’applaudissait plus.

Les ennemis de Sopater, parmi lesquels était Ablabius (3), saisirent l’occasion d’une disette pour l’accuser auprès de l’Empereur : ils lui dirent que c'était Sopater qui avait retenu les vents et empéché les vaisseaux d'arriver, et le crédule Constantin le fit mettre à mort. Il est inutile d'ajouter combien les détails de cette narration sont invraisem-

dus, De Mensibus, éd. Schow, p. 57 ; Julien, Epist. 19 ad. Liban. , p. 410. Le Sopater d’Apamée, auquel écrivit Libanius , est différent de celui-ci ; voyez la note de Wyttenbach, t.u, p. 71-79.

(1) Zbid., p. 22; Zosime, 11, 32; Valois sur Socrate, Hist. eccles., τι. 13; ἘΠῊΝ sur Julien, Orat. 1,p. 78; Ritter sur le Code de Théodose, t. v, p. 71-73.

(2) Ibid., p.29, 93. Τοὺς ἐν rois ϑεώτροις κρότους ΡΥ τῶν κραιπάλης ἀνθρώπων ἐμέ χον σφαλλομεένων ἀνθρώπων ἀγαπησας ἐγκώμια καὶ ρμενηβὴν ὀνόμεώτες τῶν μόλις ὑπὸ συνηθείας φθεγγοροένων τούνομα. |

(3) Jhid., p. 23-96 ; Zosime, 11, 40.

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blables, et avec quelle défiance il faut accueillir tous les récits d'Eunape qui se rapportent directement où indirectement au christianisme. Mais ces récits, quelque altérés qu'ils puissent être par la passion, n'en sorit pas moins intéressants pour celui qui veut tout connaître, et entendre aussi le parti vaincu. D’ailleurs ils remplacent pour nous lhistoire politique d’Eunape, l’auteur se citant luimême perpétuellement. Nous aurons dénc soitr de recueillir les passages les plus importants de ce genre qui se rencontreront àu milieu des biographies d'Eunape.

Après la mort de Sopater, Édésius était le seul disciple célèbre qui restât de l’école d’'Iamblique. Il se fixa à Pergammé (1), et céda ses fonctions de professeur en Cappadoce à un nommé Eustathe, dont Eunape nous raconte fort au long l’histoire(2), soi crédit auprès de l’empereur, son heureuse ambassade en Perse (3), l'intérêt que tout le parti païen et philosophique prenait à ses succès, et son mariage avec une femme extraordinaire nommée Sosipatra , sur laquelle Eunape nous fait les récits les plus fabuleux et les plus ridicules: Par exemple, elle prédit à son mari qu’elle en aurait trois enfans qui seraient tous malheureux, et ses prédictions

(1) Zbid., p. 28. Εν τῷ παλωιῷ Ilepyauo.

(2) Zbid., p. 28-38. |

(3) Ammien Marcellin dit au contraire que cette ambassade n’eut aucun résultat, Amm. Marc., xvn, 14.

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s’accomplirent à la lettre (4). Aprés la mort d'Eustathe, elle se retira à Pergame auprès d’Édésius, et nous passerons sous silence les détails étranges de sa vie domestique, pour nous occuper un mornent du seul de ses enfants qui se soit distingué, savoir Antonin (2). Il se fit une grande réputation de vertu parmi lessiens, et y passa pour un saint parce qu'il prédit des événements qui se réalisèrent après sa mort, la destruction du temple de Sérapis (3) et une persécution violente et générale qui ne laisserait subsister aucun temple, répandyait partout la désolation, et changerait « le plus beau pays de la terre « ent un séjour de ténébres (4). ÿ Ces prédictions furené trouvées véritables ; et à peine avait-il quitté la vie, que, sous le règne de Théodose, Théophile, évêque d'Alexandrie, Évétius ou Évagrins, gou-

(2) Ibid., p. 41. C’est le seul endroit de l’antiquité où il soit mention de cet Antonin ; car W yttenbach a très-bien montré, contre Carpzow, que l’Antonin cité par Zosime est un disciple d’Ammonius Saccas, dont parle Proclus dans son commentaire sur le Timée, liv. 11, p. 187. Wyttenbach penche à croire que ce peut être l’Antonin d’Alexandrie, cité par Suidas, t. 1, p. 235, d’après Damascius.

(3) Wyttenbach remarque que la destruction des ue égyptiens avait déjà été prédite dans les livres d’Hermès. Voyez la traduction latine attribuée à Apulée, Discours d'Hermés à Asclepius , p. 90; et ὃ. Augustin, Cité de Dieu, vus, 26.

(4) Zbid., p. 44. Καί τι μυϑώ δὲς καὶ ἀειδὲς σκότος τυραννήσει τὰ

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verneur civil, et Romanus, gouverneur militaire(1), détruisirent le culte païen à Alexandrie, et renversèrent le Sérapéum. Nous rapporterons ici, en l’abrégeant un peu, le récit d'Eunape, dont le ton, moitié amer et moitié ironique, trahit sous l’affectation du langage un ressentiment profond, et nous montre l'impression bizarre que faisaient sur l'âme des lettrés païens les grandes scènes populaires de la révolution chrétienne. « Des hommes, dit Eu- « nape, qui n'avaient jamais entendu parler de la « guerre, s’attaquèrent bravement à des pierres, « les assiégèrent en règle, démolirent le Sérapéum « et s’emparèrent des offrandes que la vénérationr « des siècles y avait accumulées. Vainqueurs sans « combats et sans ennemis, après avoir courageu- « sement livré bataille aux statues et aux offrandes, « les avoir vaincues et dépouillées, ils firent la con- « vention militaire que tout ce qui aurait été volé « serait de bonne prise. Mais enfin, quelle que fût « leur bonne volonté, comme ils ne pouvaient em- « porter le sol, ces grands guerriers, ces héroïques « conquérants, tout glorieux de leurs exploits, se « retirérent et se firent remplacer dans l’occupa-

(1) Ibid., p. 44. Θεοδοσίου μὲν τότε βασιλεύοντος, Θεοφίλου δὲ (Zosime, v, 28; Théodoret, Hist. eccl., v, 42; Socrate, V: 16; Suidas, Σέραπις; Sozom. ΥἹΙ, 15) προστατοῦντος τῶν ἐναγῶν (les chrétiens), Everéou δὲ (Εὐάγριος Sozomène, ΥἹΙ; 15; Cod. Theodos., L, x1) τὴν πολιτικὴν ἀρχὴν épxovros, Pa μανοῦ δὲ (Cod. Theodos., ibid.) τοὺς κατ’ Αἴγυπτον στρατιώτας πεπιστευμεένου.... :

RUNAPE. 221

« tion du sol sacré par les moines, c’est-à-dire par « des êtres ayant de l’homme l'apparence, vivant « comme les plus vils animaux, et se livrant en pu- .«blic aux actions les plus dégoûtantes, qu'il est « impossible de rappeler. C'était pour eux un acte « de piété de profaner de toute manière ce lieu ré- « véré : car, à cette époque, quiconque portait une « robe noire avait un pouvoir despotique. Nous en «avons parlé dans notre histoire générale. Ces « moines campèrent donc sur la place du Séra- « péum ; et alors, au lieu des dieux de la pensée, on « vit des esclaves et des criminels obtenir un culte : « à la place des têtes de nos divinités, on mon- « trait les têtes sales de misérables repris de justice; « on mettait un genou devant eux et on les ado- « rait. On appelait martyrs, diacres'et chefs de la « prière, des esclaves infidèles déchirés par le fouet «et tout sillonnés des marques de leurs crimes. « Tels étaient les nouveaux dieux de la terre (4). » Quelque outrées que soient les couleurs de ce ta-

(1) Zbid., p. 44, 45. Wyitenbach , p. 147 , recherche où était situé ce temple de Sérapis, à Alexandrie ou à Canope. II pense qu’il était situé entre Canope et Alexandrie, et qu’il était commun à ces deux villes, hypothèse très-peu probable. Tous les auteurs cités dans la note précédente, auxquels 1] faut ajouter Damascius dans Suidas , υ, "Oawuzes, placent à Alexandrie et non à Canope la scène que retrace ici Eunape; Rufin, 1, 26-29, la place à Canope. Il faut voir Jablonski, Pantheon egypt., u , 5, et v, 4, — Sur l'influence illégale et arbitraire des moines, voyez Godefroy sur le Code de Théodose , t. vi, part. 1, p. 107.

222 EUNAPE.

bleau, il nous donne une idée de l’histoire politique d’Eunape, et nous montre combien 1] importerait de la retrouver.

Eunape, revenant à Antonin, nous le peint, sous la menace de la persécution » inflexiblement attaché au culte de ses pères, cachant sa vie dans une solitude près de Ganope, exact observateur des rites dont il prédisait lui-même la chute, et faisant sa consolation et son bonheur de la contemplation des monuments qui ne doivent pas lui survivre (4). Antonin, Eustathe et Sopater occupent dans la biographie d’Édésius plus de place qu'Édésius luimême ; et, sans dire où et comment mourut ce dernier, Eunape passe à la biographie de Maxime.

Rappelons au lecteur que jusqu'ici Eunape parle d’après les traditions qu'il a recueillies, mais que dès lors 1] ἃ été le témoin oculaire de presque tout ce qu'il raconte, et qu'il a connu les personnages dont il écrit l’histoire, Ainsi il dit lui-même, au commencement de la vie de Maxime, qu’il a rencontré dans sa première jeunesse Maxime déjà vieux, etil en fait un portrait détaillé; mais il ne dit point de quel pays 1] était. Il avait pour frère Claudien (2), qui vint à Alexandrie et y enseigna, et Nymphidianus, qui professa avec éclat à Smyrrie. On peut conclure de ce passage que

(1) Jbid., p. 42.

(2) Zbid., p. 47. Les critiques ne sont pas d’accord sur ce Claudien, Voyez Wyitenbach, 166, 167, Reinesius , cité par M. Boissonade, le donne pour le beau-père du poëte Clau-

EUNAPE. 223

Maxime n'était pas d'Alexandrie, puisque son frère Claudien n’en était pas ; et de ce que Nymphidianus enseigna à Smyrne, il ne s'ensuit pas qu'il fût de œætte ville ni lui ni son frère Maxime, comme l’a voulu Valois. Socrate et Ammisen Marcellin disent que Maxime était d’Éphèse (4). 11 fut le maître, l'ami et le conseiller de Julien, et joua un grand rôle politique. Aussi tous les écrivains en parlentils, Suidas, Socrate, Sozomène, Libanius, Julien lui-même et Zosime (2). On lui attribue le poëme περὶ καταρχῶν, publié par Fabricius (3), et Simplicius en cite un commentaire sur les catégories d’Aristote (4). Sa vie dans Eunape est si importante, si étroitement liée à celle de Julien et à l’histoire de cette grande époque, que nous ne nous ferons pas scrupule d’en donner ici un assez long extrait, pour suppléer à la perte de l’histoire générale d'Eunape, d’où Eunape lui-même déclare qu’il a üré la plus grande partie de cette biographie de Maxime:

dien. Une inscription grecque de Selden nous offreun Claudien, prytane à Smyrne avec une grande-prêtresse Nauphydia. Boissonade, p. 287.

(1) Socrate, Hist, eccl., ται, 1; Amm. Marc., xxx, 1, p. 556; Valois, ibid. |

(9) Suidas , υ. Μάξιμος: Spzomène, ee Sograte, v, 2; Libanius, Epist. 606 ; Julien, Epist. 15, 16, 39, 39; Date, iv, 2 et 15.

(3) Bbl. græc., t. vin, p. 415 ; et l’édition d’'Ed. Gerhard. Lipsiæ, 1820.

(4) Simpl. in Categ, Arist., p. 1.

224 EUNAPE,

Resté seul de la famille de Constantin, Julien fut, dés son enfance, entouré d’eunuques et de surveillans dont la principale mission était de le retenir dans la foi chrétienne (4). Éloigné des affaires, Julien s’appliqua avec ardeur à l’étude, et Constance, selon Eunape (2), favorisa son goût par politique, aimant mieux le voir enfoncé dans des livres que pensant au trône qui lui appartenait. C’est la ce qui explique les facilités qui lui furent laissées de s’instruire : Julien en profita. Non content des livres, il visita tous les hommes distingués du siècle : ilne pouvait manquer de venir à Pergame, où enseignait le plus célèbre des philosophes d’alors, Édésius, entouré d'une école florissante dans laquelle brillaient Maxime, Chrysanthe de Sardes, Priscus de Thesprotie ou de Molossie, et Eusebe de Mindes, ville de Carie. Eunape nous a conservé les détails du séjour de Julien à Pergame. Il nous montre ce jeune homme dévoré de la soif de la science, sollicitant Édésius de lui donner des soins particuliers, indépendamment de ses leçons publiques qu’il suivait assidûment, et le vieux Édésius, épuisé par l’âge , regrettant de ne pouvoir servir un zèle aussi extraordinaire dans l'héritier présomptif du trône du monde. Il s'excuse de ne pouvoir plus être utile à celui qu'il appelle le fils aimable de la sagesse (3). Il ne le loue pas d’avoir oublié qu’il est né prince,

(1) Eunape, t. 1, p. 47.

(2) Jbid., p. 47, 48.

(3) Zbid., p. 48, 49. Τέκνον σοφίας ἐπήρατον,

EUNAPE. 225 il l’exhorte à être plus qu’un homme (1). Α son défaut, il lui recommande ses élèves ; mais Maxime étant à Éphèse et Priscus en Grèce, Julien ne put s'attacher qu’à Eusèbe et à Chrysanthe. Chrysanthe n’avait qu une âme avec Maxime (2), et était surtout remarquable par son enthousiasme religieux et ses recherches mystiques et théurgiques. Eusèbe (3), au contraire, était un penseur plus sévère, et paraît s'être distingué dans l’école d’Édésius comme dialecticien. Il se moquait des prétendus miracles de ses collègues, et fit tous ses efforts pour détourner Julien de la route du mysticisme et de la théurgie (4). Mais Julien, au lieu de l’écouter, s’attacha à Chrysanthe: il alla même avec lui à Éphèse, où était Maxime (5), et ce fut là qu'il se forma et devint ce qu'il resta toute sa vie. Ayant entendu dire qu’il existait en Grèce un vieux prétre d'Éleusis, il alla le visiter; et à cette occasion Eunape rapporte que c’est ce prêtre qui l’initia, lui Eunape, aux saints mystères , l’éleva au rang des Eumolpides (6), et lui prédit qu’a sa mort il devien-

(1) Zbid., p. 49. Κἀν τύχης τῶν μυστηρίων, αἰσχυνθήση πάντως ὅτι ἐγένου καὶ ἐκλήθης ἄνθρωπος.

(2) Ibid., p. 4θ. ομοψύχως Μαξίμν.

(3) Wyttenbach , p. 171, pense que e’est l’Eusèbe dont Stobée nous a conservé des fragments en ionien , et que ce ne peut être celui dont parle Ammien Marcellin, xrv, 7.

(4) Jbid., p. 49, 50, 51.

(5) Ibid., p. 51.

(6) Zbid., p. 52. ἐτέλει γὰρ τὸν γράφοντα καὶ sis Εὐμολπίδας ἥγε.

220 EUNAPE.

drait grand-prêtre à son tour, malgré la loi de l'institution qui défendait que tout homme initié à d’autres mystères et étranger montât jamais sur le trône de l’hiérophante. Eunape nous apprend encore que le culte d’Éleusis était celui de Mithra, puisqu’il emploie, pour désigner le prêtre athénien, tantôt le nom d’hiérophante des déesses, τῷ ταῖν θεαῖν ispoparrn, tantôt celui de père de l’initiation de Mythra, πατὴρ τῆς Μιθριατικῆς τελετῆς (A). Enfin il indique ici ce qu’il avait raconté avec étendue dans son histoire générale , savoir, que ce furent les moines de la nouvelle religion , les hommes habillés de noir, dit-il, qui livrèrent à Alaric le passage des Thermopyles, et renversèrent, à l’aide de l'étranger, l'institution et les mystères d’Éleusis (2). Julien se lia mtimement avec ce vieux prêtre athénien; et au retour de son expédition dans les

Malgré l’opinion de M. Boissonade (p. 298), qui a entraîné Wyttenbach, p. 181, 182, 183, nous faisons dépendre τὸν γράφοντα de ἦγε comme de ἐτέλει, avec tous les autres critiques. D'abord il n’en est pas de ἄγειν comme de ἀναφέρειν, et M. Boissonade convient qu’il ne connaît pas d’autre exemple de ἄγειν dans le sens de remonter jusqu’à, descendre de, Ensuite c’est abuser aussi de la mauvaise réputation des constructions d'Eunape, que de lui prêter une construction aussi bizarre que serait celle de la phrase en question, dans l’hypothèse de M. Boissonade. Sur les Eamolpides, voyez Hésychius. |

(1) Zbid., p. 52. Voyez l’excellente note de M. Boissonade, p. 300, 301 ; et celle de Wyttenbach, p. 183, 184.

(2) Ibid. p. 52, 53.

EUNAPE. 227

Gaules, où Eunape assure (4) avec beaucoup d’autres historiens que Constance l'avait envoyé pour s’en défaire, et où il sut, à force de génie et de prudence, échapper à tous les piéges dressés contre sa vie et cacher son dévouement à l’ancienne religion ; lorsque enfin il prit le parti d’éclater et de détruire ce qu'Eunape appelle la tyrannie de Constance (2), il fit venir de Grèce ce même prêtre et lui fit part de ses desseins. Ils ne mirent dans leur secret que deux hommes, dit Eunape, Oribaze de Pergame et Évhémère l’Africain (3). Parvenu à empire, Julien renvoya en Grèce ce grand-prêtre avec un pouvoir illimité et les forces nécessaires à la défense des temples et du culte. Il est fâcheux que, par un scrupule religieux (4), Eunape ne nous ait point dit le nonr de ce prêtre. Quant à tous ces détails, ils ne sont nulle part ailleurs dans les historiens; et il en est peu quisoient plus importants dans l’histoire du Bas-Empire, puisqu'ils éclairent la grande lutte du paganisme et du christianisme. Malheureusement nous n'avons aucun moyen de contrôler le récit d'Eunape ; il y règne une teinte romanesque qui

(1) Zbid., p. 53; Ammien Marcellin, xvr, 11; Socrate, Hist. eccl., in1,p. 137; Sozomène, v, 3, p. 484; Zonar., Ann., XI, 10 ; Zosime, rx, 13 Liban. Orat. Parental, 17 (Fabrice. Bibl. Gr.,t. var, 1e édit.) ; Julien, Epist. ad Athen., p. 277.

(2) Jbid., p. 53, 54. — (3) Ibid., p. 54.

(4) Sur la loi de ne pas révéler le nom de l’hiérophante, voyez Valois, Emend, , liv. 111, 15; et Villoison, Mémoires de l'Académie des inscript., t. xzvrt, p. 338.

228 EUNAPE.

sans doute n’est pas invraisemblable et peut tenir aux choses elles-mêmes, à l'imagination de Julien et à sa destinée extraordinaire ; mais nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler l’épisode romanesque de la vie de Porphyre, raconté par Eunape et démenti par Porphyre lui-même.

Quand Julien fut arrivé à l'empire, on concoit avec quel empressement il appela auprès de lui ses amis de Pergame et d’Éphèse. Maxime et Chrysanthe délibérèrent ensemble sur ce qu’ils avaient ἃ faire. Eunape nous a conservé leur entretien. Mon cher Maxime, lui dit Chrysanthe, non-seulement il faut rester ici, mais il faut méme nous cacher. Chrysanthe, répondit Maxime, il me semble que tu oublies un peu les principes dans lesquels nous avons été nourris, et qui commandent au sage de ne point se décourager et trembler à la première apparence {car ils avaient fait en commun un sacrifice et consulté les dieux ) ; 1 faut écarter les apparences contraires et forcer le dieu de répondre favorablement (1). Chrysanthe resta inflexiblement attaché à ses projets de solitude. Maxime lui fit écrire par Julien; et celui-ci, sachant quelle était sur Chrysante l’influence de sa femme Mélite, cousine d'Eunape, lui écrivit de sa propre main une lettre où 1] la priait de déterminer son mari à venir le joindre. Enfin désespérant de vaincre sa résistance, 1l le nomma avec sa femme (2) souverain

(1) Hid., p. 55.

(2) Zbid., p. ὅθ, 57. Sur les souverains pontifes, avant le

BUNAPE, 229 pontife de la Lydie, leur laissant le pouvoir de choisir les autres ministres du culte. Maxime et Priscus se rendirent auprès de Julien. Maxime y jouit d’une faveur illimitée : il était de tous les conseils de l'Empereur et le voyait à toute heure du jour et de la nuit. Mais il paraît que son pouvoir l’enorgueillit, qu'il prit des habitudes d’élégance et de mollesse, et devint superbe et difficile. Au contraire, Priscus se conduisit avec une modération parfaite, résista à toutes les séductions, et conserva à la cour les mœurs et la simplicité d’un philosophe. Priscus et Maxime accompagnèrent Julien dans son expédition contre les Perses (1) ; et il faut que tout ce cortége philosophique ait été en général bien hautain et bien ridicule, puisque Eunäpe lui-même est forcé de l’avouer. Après le désastre de l’expédition de Perse et la mort de Julien, qu'Éunape dit avoir racontées longuement dans son histoire générale (2), Jovien continua de bien traiter les favoris de son prédécesseur. Mais quand Valentinien et Valens parvinrent à l'empire, la scène changea ; Maxime et Priscus furent jetés en prison. Priscus absous retourna en Grèce ; mais pour. Maxime , il avait soulevé trop de haines par

christianisme et sous Julien, voyez Godefroy, Code de Théodose, t. 1v, p. 483.

(1) Zbid., p. 57. Ammien Marcellin dit qu’ils assistèrent à sa mort et recueillirent ses dernières paroles sur l’immortalité dé l’âme, xxv, 3. |

(2) Hbid., p. 58.

230 EUNAPE.

sa conduite orgueilleuse pendant le règne de Julien, pour ne pas les retrouver ardentes et acharnées à sa perte quand le malheur fut venu. Il le supporta mieux qu'il n'avait supporté la prospérité : on le condamna à des amendes, on le vexa, on le tour menta de toutes les manières. Eunape exagère sans doute, comme l’a remarqué Wyttenbach (1), en disant que le supplice des Perses, ἡ σχάφευσιν» était peu de chose en comparaison des supplices qu’on lui infligea ; mais enfin il faut que la torture ait été poussée bien loin, puisque Maxime demanda à sa femme un breuvage qui le délivrât de sès ennemis et de la vie. En effet, elle acheta du poison et l’apporta dans la prison de son mari ; mais quand celuici le lui demanda, elle le prit elle-même. Eunape ” loue beaucoup le préfet d'Asie, Cléarque (2), qui fit cesser la persécution qu’éprouvait Maxime, et lui fit rendre peu à peu une partie de ses biens. Maxime révint à Constantinople, et prouva l’mnocence de ses études théurgiques {3), ce qui augmenta la considération générale qu’on avait pour lui, mais rani-

(1) Tux, p. 205, 906.

(2) Sur Gléarque, voyez Ammies Marcellin, xxvir, Q, et Wyttenbach, 210.

(3) Si tel est le vrai sens de la phrase d’Emmape (T. 1, p.62; Boisson. , 324; Wyttenb., 221), il paraîtrait que Maxime aurait été accusé de magie. Voyez, contre la magie, les Décrets des empereurs, d’abord de Constance, années 357 et 358, puis de Lucius et Valentinien, Code de Théodose, liv. εχ, tit. xvr.

EUNAPE. 231

ma l'envie. Faussement impliqué dans un complot, arrêté avec ses prétendus associés, et conduit à Antioche, où était l'Empereur, il réfuta devant le tribunal l'accusation portée contre lui ; et il aurait été absous, sans la lâche férocité de Festus, qui s’empréssa de le faire périr (4). Telle fut la fin d’un homme dont les fortunes diverses représentent merveilleusement les vicissitudes de ces temps orageux. Après Maxime, Eunape passe à la biographie de Priscus (2), dont il avait déjà eu occasion de parler dans la vie de Maxime. Priscus était réservé et, tout au contraire de Maxime, fort peu empressé à se mettre en avant. Il se distinguait par une mémoire rare et une connaissance approfondie des anciennes opinions. Il poussait l’aversion des disputes au point de renfermer le plus souvent ses propres opinions en lui-même et de les garder comme un avare garde son trésor (3) ; il appelait des prodigues ceux qui manifestent à tout propos leurs sentiments ; enfin il formait un véritable contraste avec tons ses condisciples de l’école d’Édésius, et avec Édésins lui-même, qui était d’une affabilité parfaite, et, ses lecons achevées, s’entretenait

(1) 2 διά., 62, 63. Sur Festus, Amm. Mare., sx1x, 1,2, 3; Losime, 1v, 15; Godefroy, sur le Code de Théodose, t. vi, part. 2, p. 154.

(2) Les auteurs qui ont parlé de Priscus sont Julien, Epist, 3 ad Liban.; Libanius, Epist. 866, et selon Wyitenbach, Epist. 996 et 1019: Amm. Marc., xxv, 3. |

(3) Zbid., 65.

232 EUNAPE.

volontiers avec tout le monde à Pergame, même avec les plus ignorants, auprès desquels il trouvait encore le moyen de s’instruire. Priscus regardait cette facilité de mœurs comme une sorte de trahison envers la dignité philosophique (4). Son extrême réserve eut du moins l'avantage de le soustraire aux persécutions après la mort de Julien. Il vécut solitaire dans les temples de la Grèce (2), et y parvint à une vieillesse trés-avancée ; car il ne mourut qu'à quatre-vingts ans passés, tandis qu'à cette époque beaucoup d'hommes distingués se tuèrent de désespoir (3) ou furent égorgés par les barbares (4); par exemple, un nommé Protérius de Céphallénie et le peintre Hilarius de Bithynie, qui ; au témoignage d'Eunape, rappelait quelque cos de la manière d'Euphanor.

- Toi finit à peu près la série des ai y OU du moins elle est interrompue jusqu’à la biographie de Chrysanthe. L’intervalle est rep pe des rhéteurs et des médecins.

. Les rhéteurs dont Eunape raconte la vie sont ceux qu’il trouva à Athènes, et sous lesquels il étudia pendant les cinq années de séjour qu’il fit dans cette ville. Le père de cette école de rhéteurs est Julien de Gappadoce, qui fleurit, et, dit Eunape, régna (5) à Athènes vers le temps d’Édésius. Ses

(1) Ibid. p. 68. — (2) Ibid., p.67. — (3) Ibid., p. 67.

(4) Jbid., 67. L’incursion des Goths en Grèce est de 396.

(5) 1διά,, 68. ἐτυράννει τῶν ᾿Αθηνῶν. Sur Julien, ie la note de Wyttenbach, 250, 251.

EUNAPE. 233

disciples les plus célèbres furent Proærésius, Héphestion, Épiphanius de Syrie, Diophante l’Arabe, eb Tuscianus (4). La biographie de Julien renferme moins de détails sur lui-même que sur Proærésius, qui hérita de sa renommée.

Proærésius est le maître chéri d'Eunape ; aussi il lui consacre un très-long chapitre, et rappelle les moindres circonstances de sa carrière de profes- 8611", ses démélés avec ses collègues, les obstacles qu’il eut à surmonter , enfin ses succès et la haute faveur dont il jouit à la fin de sa vie (2). Mais il n’y a rien dans tout cela de fort instructif : on peut tout au plus s’y donner le spectacle de l’état déplorable où était tombée Athènes, privée de tout intérêt sérieux, réduite à assister à des jeux de bel esprit, à applaudir des exordes et des péroraisons, et des traits d’éloquence, tels que ceux qu'Eunape nous rapporte avec un enthousiasme ridicule. Quand on voit à découvert la misère d'une pareille civilisation, on est moins tenté d’accuser les invasions des barbares, et l’on ne sait en vérité ce que serai devenu le monde sans le christianisme. La philosophie seule sollicite encore et soutient l'attention de l’ami de l’humanité, parce que, dans ses aberrations mêmes, il y a encore un peu de grandeur et de vie; mais partout où elle n’est pas, le paganisme ne présente que le spec-

(1) Zbid., 68. I était de Lydie. Liban., Epist. 348, 351. ᾿ (2) Ιδιά., 73-93. Sur Proærésius, voyez la note de W yttenbach, 366, 367.

234 EUNAPE.

tacle d’une dégradation complète et les signes d’une dissolution inévitable. Nous parcourrons donc rapidement toutes ces biographies de rhéteurs ;. y signalant seulement les points qui ne seront pas tout-àa-fait dépourvus d'intérêt. Dans la vie de Proærésius , il faut lire attentivement un passage sur le mode d'élection des professeurs de rhétorique à Athènes, et la répartition des élèves entre les différents professeurs, selon leur pays. Déjà Godefroy a tiré un assez grand parti de cet endroit dans son commentaire sur le code de T'héodose (1). Il ne faut pas négliger non plus quelques lignes où il est question d’un jurisconsulte nommé Anatolius, né à Béryte, ville qu'Eunape (2) appelle la mère de la jurisprudence. Il paraît que cet Anatolius (3) jouit d’un grand crédit à la cour de l’'Empereur, et fut nommé préfet du prétoire. Dans une tournée qu’il fit en Grèce, Anatolius vint à

(1) Zbid., p. 79. Godefroy, sur le Code de Théodose, liv. xx, titre 11, p. 37-47. Cresoll , in Theatr. rhetor., 1v, 1, p. 376; Olearius ad Philost., p. 566; voyez aussi Lefèvre (Nouvelle Athènes, p. 4.) cité dans la note de M. Boissonade, Ρ. 361. Sur l’admissiqn aa titre d'étudiant, voyez W yttenbach, 280.

(2) Jbid., p. 85; Bach., Hist. jur., zu, c. 11, 45; Villoison, Acad, des inscript.,t. xivui; Wolf. sur la lettre 274 de Libanius, et Spanbeim sur Julien, p. 120 ; Godef., Cod. T'héod., t. vi, p. 113.

(3) Tbid., 85. Voyez, sur Anatolius, Godefroy, Cod. T'heod., t. vi, part. 2, p. 338; Valois, sur Amm. Marc., p. 243; . Wernsdorff, sur Himérius, p. 296.

EUNAPE. 235

Athènes assister aux exercices littéraires, et il protégea puissamment Proærésius. Celui-ci, étendant de jour en jour sa réputation, fut appelé dans les Gaules par Constance César, puis envoyé à Rome, où on lui éleva une statue d’airain de grandeur naturelle , avec cette inscription qui dit tout sur l'esprit de ces temps : Rome, reine du monde, au roi de l'éloquence (1). À la fin l'Empereur le laissa retourner à Athènes, en lui conférant de hautes dignités; mais Rome ne pouvant se passer de rhéteurs, redemanda Proærésius ou du moins un de ses disciples, et Proærésius lui envoya Eusèbe d'Alexandrie (2), homme qui était fait pour vivre à Rome, si l’on en croit Eunape, exercé dans l’art de flatter les grands et façonné à la corruption d’une capitale ; du reste sans aucun talent oratoire, comme on pouvait l’attendre d’un Égyptien; car l'Égypte, dit Eunape (3), est si folle de poésie, que le sérieux Hermès s’en est retiré. Il est aussi question dans cette vie de Proærésius d’un rhéteur nommé Musonius (4), qui fut

(1) Zbid., p. 90; Libanius, Epist. 278 ad Maxim.

(2) Jbid., 91. Là finit le commentaire de Wyttenbach. M. Boissonade ne dit rien sur cet Eusèbe. Fabricius, διδί. græc., ἃ. var, p. 410, soupçonne que c’est le sophiste dont parle Photius, Cod. 134.

(3) Zbid., 92. M. Boissonade remarque très-bien qu’à ce compte l'Égypte était fort changée. Voyez Heyne, Opuscul., t. 1, p. 92.

(4) Ibid., 92. Sur ce Musonius, ΠΗ Wernédorff sur Ηἰπιέrius, p. 479; Jons., ἤει. Phil, 3,7

236 EUNAPE.

exclu de sa chaire sous Julien, parce qu’il avait la réputation d’être chrétien. Proærésius mourut à Athènes, où il avait acquis une grande réputation, quoiqu'il n'y fût pas ne son pays était l’Armémie (41).

Après la biographie de Proærésius vient celle d’'Épiphanius le Syrien , un des rivaux de Proærésius (2); puis celle de Diophante l’Arabe, qui fit l'éloge funèbre de Proærésius (3) ; celle de Sopolis, qui essaya d’imiter le caractère du style des anciens (4); celle d'Himérius de Bithynie (5), qui passa quelque temps auprès de Julien, et, à la mort de l'Empereur, vint à Athènes recueillir l'héritage de Proærésius ; « écrivain d’un style facile et har- « monieux et qui s'élève quelquefois ἃ la hauteur « d’Aristide (6). » Eunape accorde à peine une ou deux phrases à Parnasius (7), qui fut aussi professeur, et ne manqua pas tout-à-fait de mérite. La biographie de Libanius est un peu plus longue ; mais Eunape ayant raconté la meilleure partie de sa vie dans son histoire générale, à l’occasion du règne de Julien, n’a mis ici que des détails d’un faible intérêt. Cependant on ne peut nier qu’il ne caractérise Libanius avec exactitude. Son vrai talent, selon Eunape, était l’ironie (8) ; il avait

(1) Zbid., p. 78. — (2) Tbid., 93. — (3) Ibid., 93; voyez la note de M. Boisson., p. 388, 389.

(4) Jbid., 94; Liban. Epist., 881. — (5) Ibid., 95, voyez Wernsdorff.

(6) Joue 95. — (7) Jbid., 95. - (8) Ibid., 98.

EUNAPE. 231

aussi la plus grande aptitude aux affaires (1). On lui proposa les plus hautes dignités, qu’il refusa (2). IL'était d’Antioche en Célésyrie ; il avait été élevé à Athènes sous Diophante ; il visita Constantinople, mais il vécut et mourut à Antioche (3). Restent deux autres biographies de rhéteurs, celle d’Acacius, né à Césarée en Palestine (4), contemporain de Libanius et auquel celui-ci dédia son traité περὶ εὐφυΐας, et celle de Nymphidianus de Smyrne (5), frère du philosophe Maxime, et lui-même philosophe distingué, qui participa à la fortune de son frère sous Julien et remplit un emploi de secrétaire ἃ la cour impériale. |

Voila les rhéteurs dont Eunape a écrit l’histoire; les médecins sont Zénon, Magnus , Oribaze et 1οnicus. Le premier est le maître de tous les autres : il était de Chypre (6), et contemporain de Julien : et de Proærésius. Il parait que Magnus était meilleur professeur que praticien : on établit pour lui une école de médecine à Alexandrie (7). Ionicus de Sardes (8) ne fut pas seulement un médecin du plus grand mérite, mais 1] cultiva avec soin l’art oratoire, la logique et la poésie. Il y eut aussi en Gaule à cette époque un médecin célèbre nommé Théon (9); mais celui qui éclipsa tous les autres

(1) Zbid., 99. — (2) Ibid., 100.

(3) Lbid., κακεῖ τὸν πάντα ἐβίω χρόνον. ---- (4) Ibid., 100, 101. (5) Ibid., 101, 102. — (6) Jbid., 102. |

(7) Ibid., 102, 103 ; voyez la note de M. Boisson., 411, 412. (8) Zbid., 106, 107. — (9) Jbid., 107.

238 EUNAPE.

est Oribaze, né à Pergame (1) et élevé à Athènes, auditeur de Zénon et condisciple de Magnus (2). ἢ ne resta pas étranger aux mouvements politiques de son temps. Sous le manteau de médecin , il fut le confident de Julien, et ne contribua pas peu à l’élever à l'empire (3) ; mais après Julien, il expa sa faveur passée par la confiscation de ses biens, la proscription et l’exil chez les barbares (4). Ce fat là précisément qu'Oribaze montra toute la force de son caractère et les ressources de son talent. Des guérisons miraculeuses le rendirent si célebre che ces barbares, et le mirent en telle faveur auprès de leurs chefs, que les empereurs romains se lassèrent de persécuter un tel homme, et lui permirent de retourner dans sa patrie, où il fut rétabli en possession de tous ses biens (5). Il vécut heureux ; il vit encore, dit Eunape, au moment où j'écris, et je souhaite qu'il vive longtemps (6). Après cette digression sur les rhéteurs et les médecins de son

(1) Jbid., 103 ; selon Suidas , il était de Sardes.

(2) Ibid. , 104,

(3) Ibid., 104. C’est ainsi qu’il faut entendre la phrase suivante, malgré l’hésitation de M. Boissonade, qui ne voudrait pas qu’un médecin et un homme de lettres se fût si fort mélé de politique : ᾿Ιουλιανὸς μεὲν αὐτὸν sis τὸν Καίσαρα προϊων συνήρπασαν ἐπὶ τῇ τέχνη, ὁ δὲ τοσοῦτον πλεονεκτεῖ ταῖς ἄλλαις ἐρεταῖς ὥστε καὶ βασιλέα τὸν Ἰουλιανὸν ἐπέδειξε. Voyez la lettre de Julien aux Athéniens, p. 277, εἷς ἰατρός,..., et la lettre d’Oribaze à Julien, dans Photius, Cod. 217.

(4) Thid., 104. — (5) Ibid., 105. — (6) Zbid., 105.

EUNAPE. 239

temps , Eunape s’avertit lui-même qu’il est temps de revenir aux philosophes.

Mais les philosophes, à cette époque, étaient plus rares que les rhéteurs, et, avant de reprendre une nouvelle vie à Athènes sous les auspices de Syrien et de Proclus, l’école néoplatonicienne semble épuisée et près de s’éteindre avec Épigonus ou Épigonius de Lacédémone (1), et Béronicianus de Sardes (2), qui ont à peine laissé quelques traces dans l’histoire. Le seul philosophe de cet âge est Chrysanthe, auquel Eunape consacre un chapitre de quelque étendue, dicté par la reconnaissance et des sentiments particuliers. Ghrysanthe était un parent d’Eunape, qui prit soin de sa première jeunesse, l’envoya étudier à Athènes, et le recut chez lui à son retour en Lydie. C’est lui qui engagea Eunape à écrire la vie de ses contemporains les plus illustres. Élève d'Édésius avec Priscus et Maxime, nous avons vu avec quelle sagesse il refusa de se méler aux orages politiques de son temps, et ne se laissa point éblouir par l'éclat des succès passagers de Julien. Eunape confirme ici tout ce qu’il nous en avait déja appris, par une foule de détails qui ne sont pas toujours aussi impoñtants pour le lecteur moderne qu’ils pouvaient le paraître à la

(4) Zbid., 120. Eunape :᾿ Εαέγονος. Amm. Marc. parle d’un Épigonius, é Lyciä philosophus, xiv, 7, et Valois veut que ce soit le philosophe d’Eunape. |

(2) Tbid., 120. Est-ce celui qui est cité dans la troisième lettre de Denys ?

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piété et à la reconnaissance d'Eunape. Nous n’extrairons de ce panégyrique assez long que les traits les plus saillans. Chrysanthe était d’une famille de sénateurs, petit-fils d'Innocentius (4), qui jouit d'une grande autorité auprès des empereurs, et écrivit plusieurs ouvrages en latin et en grec, où se montraient, au rapport d'Eunape, un jugement et une sagacité peu commune. Après avoir étudié sous Édésius toutes les doctrines antiques et parcouru le champ entier de la philosophie d'alors, il s’appliqua particulièrement « à cette partie de la philoso- « phie que cultivèrent Pythagore et son école, « Archytas, Apollonius de Thyane et ses adora- « teurs (2), » c'est-à-dire que Chrysanthe fut plus théologien que philosophe ; et-de la théologie à la théurgie, dans ce siècle , il n’y avait qu’un pas : aussi nous avons déjà vu que, pour savoir s’ils devaient se rendre à l’invitation de Julien, Chrysanthe et Maxime consultèrent les prodiges. L’ambitieux Maxime s’obstinait à repousser les apparences défavorables, et voulait faire sans cesse de nouvelles expériences et comme arracher d’heureux augures. Chrysanthe, plus docile ou plus clairvoyant, se sépara de Maxime et se refusa à toutes les sollicitations de Julien. Nommé grand-prêtre en Lydie, au lieu d’imiter le zèle outré de presque tous les autres dépositaires du pouvoir impérial et de se faire l’instrument d’une réaction momentanée, il se garda d’op-

(1) Ibid, 108. Amun. Marc. parle d’un Innocentius, x1x, τι. — (2) Ibid., p. 109.

ΕΌΝΑΡΕ. 244 primer les chrétiens (1), et son administration fat si modérée, qu’on s’apercut à peine en Lydie de là restauration de l’ancienne religion. Aussi quand la révolution chrétienne reprit son cours, elle ne changea et ne déplaça presque en Lydie ni les hommes ni les choses, et tout se passa doucement et sans troubles ; tandis que partout ailleurs la tempête religieuse et politique bouleversait toutes les existences (2). Chrysanthe était généralement admiré, et rappelait le Socrate de Platon que, dès sa jeunesse, il avait pris pour modèle (3). On ne pouvait être plus simple dans ses manières, d’un commerce plus facile et d’une affabilité plus parfaite, quoiqu'il fût très-attaché à ses opinions et au culte de ses pères. Il mourut dans une vieillesse avancée, étrangér aux événements publics, et uniquement occupé du soin de sa famille (4). Il supporta la pauvreté plus aisément que d’autres la fortune ; adorateur fidèle de l’ancien culte, il ne cessait de lire les anciens philosophes, et il écrivit dans sa vieillesse plus d'ouvrages que beaucoup de jeunes gens n’en ont lu (5). Malheureusement aucun de ses ouvrages n’est venu jusqu'a nous. Eunape ne donne le titre d'aucun d’eux, et il n’en est. fait mention dans aucun auteur de l'antiquité.

Telles sont 168 vies des sophistes d’Eunape ; on ne peut nier qu’elles ne renferment beaucoup de renseignements importants pour l’histoire générale

(1) Jbid., p. 111. |

(2) Zbid. — (3) Ibid., p. 113. — (4) Ibid, — (5) Ibid,

242 EUNAPE.

et l’histoire de la philosophie, et qu’elles n’aient l'avantage de nous familiariser avec les hommes d’une école et d’une époque trop ignorées. Ne nous récrions pas contre les superstitions d'Eunape ; car elles appartiennent à son siècle, et sont communes ἃ ses ennemis comme à ses amis. ἢ] ne faut pas oublier non plus que son fanatisme et sa partialité historique, tout en imposant de graves précautions à la critique moderne , lui fournissent en même temps de nouvelles et utiles données. La passion des ans sert de contrôle et de contre-poids à la passion des autres. 1]. est. curieux aujourd’hui d’entendre sur ce grand débat là. voix de l’un des derniers défenseurs de la cause perdue. On pardonne même à cette voix d'être amère et souvent injuste; parce qu'elle est celle d’un vamcu ; et la situation de cet homme du IV* siècle, de cet ami d’Oribaze et de Chrysanthe, obligé de cacher sa foi dans Pobscur asile d'une société secrète, se retirant d’un monde qu'il ne peut comprendre et qu’il abandonne aux révolutions et aux barbares, cette situation a quelque chose de touchant enéore, même 3 lu distance de quinze siècles, et répand an intérêt singulier sur ce petit livre; écrit par un prêtre et un sophiste païen d’un esprit ordinaire en l’honneur de quelques lettrés ses contemporains, restés Adèles comme lui à une ἐδ à ét à une philosophie expirantes.

“ΦὐΑΕκΩ» Ὁ» ὥτωνΘΟΣΤΙ, ἐν πον Ὁν ποτὰ» LALA LL EULE νιν LIVRE à VE VEUVE VAR ποὐὐπλν πῶ σαν

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