OLYMPIODORE
vertu et de sainteté. Déja Platon s'était élevé contre de pareils mythes (1); mais répandus par les poëtes et les artistes, et consacrés par l'Etat, ils formaient la religion populaire; il ne restait donc qu'a les corriger par l'interprétation. Apparemment ils avaient eu jadis dans la pensée de leurs auteurs un sens élevé, défiguré depuis et perdu au milieu des fables, et dont une trace quelconque subsiste dans les noms eux-mêmes. Il fallait remonter jusqu'à ce sens et le restituer ; ou, si cela était impossible à cause du laps des siècles, de l’incertitude et de la variété des traditions, tout en prétendant qu'on le restituait, il fallait, les yeux toujours fixés sur le vrai but, à savoir l’amélioration des hommes, et des hommes du temps où l’on vit, s'arranger, même aux dépens de la lettre et de l’exactitude archéologique, pour trouver ou donner à ces mythes un sens honnête, capable de produire sur les esprits une impression morale. Platon avait commencé ; les Alexandrins ont suivi. Quel vrai philosophe oserait les blâmer ? Il ne s’agit pas d'inventer des mythes, mais de donner à des mythes existants.une interprétation raisonnable et surtout morale. Olympiodore prétend donc que les quatre règnes orphiques représentent dans leur succession les divers degrés de moralité, que nous n’avons pas à expliquer ici et dont le développement se trouve à toutes les pages des philosophes d'Alexandrie : « Le règne « d'Uranus est l’exemplaire, le symbole des vertus (1) Voyez l’Euthyphron et la République.
SUR LE PHÉDON. 488 contemplatives ; θεωῤητικαί: parce que Üranus signifie celui qui regarde en ‘haut, Οὐρανὸς». παρὰ τὸ
τὰ ἄνω δρᾷν. Le ‘règne de Cronus est le symbole des .
vertus purificatrices, καθαρτικαί. qui ‘ramènerit l’âme sur elle-même et la cultivent intérieurement, parce que Κρόνος est un dérivé de Κορωνός,
c'est-à-dire, qui revient sur lui-même, ce qui est
le propre de la réflexion. On dit que Cronus dévore ses propres enfants, en tant qu'il revient sur lui-même. Le règne de Jupiter est le symbole des vertus politiques; car Jupiter est appélé créateur, Anpovpyés, en tant qu’agissant sur les êtres inférieurs, ce qui est le propre de la vertu politique. Le règne de Bacchus est le symbole des vertus morales; car les vertus morales sont diverses; et semblent souvent en contradiction les unes avec les autres, et la vie morale est une vie de guerre; l’idée du bien est comme mise en pièces ἐν 7% γενέσει 5 de même Bacchus est mis en pièces par les Titans. Les Titans représentent les choses variablesde ce monde. Bacchus est ditsuccomberaux embüchesde Junon, parce que cette déesse préside au mouvement qui engendre la division. Bacchus est la monade des Titans; il préside à la génération, à la vie et à la mort, et de là ἃ la tragédie et à la comédie, l’unèqui représente la vie et le côté plaisant des choses, l’autre qui peint le malheur et la mort: Jupiter qui foudroie les Titans est l’esprit qui se
« sépare de la génération et revient sur lui-méme ; « la foudre indique ce retour, car le feu tend à s’éle-
486 OLYMPIODORE ,
« ver. » Assurément il y aurait un ridicule extrême à donner cette mterprétation pour l'expression de l’ancien paganisme; mais c'est un exemple de la manière dont les Alexandrins s’y prenaient pour tirer quelque moralité des mythes populaires, et je conviens bien volontiers que cet exemple est un des moins heureux ; mais il ne faut pas oublier que nous sommes ici au vi° siècle.
2° Leçon. Depuis : ὃ μέντοι νῦν δὴ ἔλεγες» jusqu’au feuillet 457 verso : ἀλλ᾽ ὑμῖν δὰ.... Bekk. page 16; traduction française, page 199 : « Mais il est temps que je vous rende compte... »
Cette leçon n’est qu'un développement diffas de l'argumentation de Socrate. Rien de remarquable.
3° Leçon. Depuis : ἀλλ᾽ ünir… jusqu’au fenillet 459 : Ti J'ai δὴ... Bekk. page 49; traduction française, page 201 : « Et quant à l’acquisition de « la science... »
Encore une longueet assez peu intéressante paraphrase du texte. Sur une expression de Platon, Olympiodore donne une explication qu'il distingue de celle d’Harpocration, ce qui semble supposer qu'Harpocration avait fait aussi un commentaire du Phédon.
4° Leçon. Depuis : Ti δαὶ δὴ περὶ αὐτὴν.... jusqu'a
Τί δὲ dy τὰ τοιάδε. ὦ Ξιμμία.... feuillet 461; Bekk. page 20 ; traduction française, page 203 : « Pour- « suivons, Simmias..…., »
Ce passage de Platon montre l'inéoctitudé des
sens, et rapporte la connaissance à la pensée. Sur
SUR LE PHÉDON. 487 quoi le philosophe. alexandrin se fait à lui-même trois questions : 4°. Pourquoi Platon paraît-il dire que la vue et l’ouïe n’ont aucune connaissance véritable ; 2°. pourquoi Platon appelle-t-il ailleurs la sensibilité une essence malheureuse : ἀτυχῆ οὐσίαν. Mais il insiste peu sur ces deux questions, et s'étend davantage sur la troisième, qui présente un pen plus d'intérêt; car c’est une discussion de l'opinion péripatéticienne sur la certitude des sens :
. « 8°. Pourquoi les péripatéticiens disent-ils que «la sensibilité est le principe de la science, si elle « est toujours trompeuse; et pourquoi Platon lui: « même dit-il, dans le 7imée, que nous avons ac- « quis l’idée générale de la philosophie par la vue « et l’ouïe ? En premier lieu, Platon dit que la sen- « sibilité est toujours trompeuse, parce qu'à pro « prement parler elle.ne connaît pas... Si nous at- «. tribuons à l’esprit la connaissance véritablé, c’est « qu'il est lui-même l’intelligible à-la-fais et le su- « jet de l'intelligence. Or, l'identité du sujet qui « connaît et de l’objet qui est connu donne néces- « sairement la vérité de la connaissance, tandis que « leur diversité-est la source constante de l'erreur. « En second lieu, nous ne pensonis pas avec les pé- « ripatéticiens que la sensibilité est le principe de « la science; car jamais Pinférieur n’est principe où « cause du supérieur. Que s’il faut suivre les expli- « cations vulgaires et dire qué la sensibilité est le « principe de la science, nous accorderons qu’elle « en est le principe, non pas comme cause efficiente,
488 OLYMPIODORE, « mais comme simple occasion. La sensibilité est « semblable à un messager ou à un héraut ; son rôle « est d’exciter l'esprit à produire la science. C’est « dans ce sens qu'il est dit dans le Timée que nous « acquérons par la vue et l’ouïe l’idée générale de « la philosophie, parce qu’à l’occasion des sensa- « tions perçues par ces deux sens, nous nous εἰς: « vons jusqu à la réminiscence..… »
5° core Ti δὲ δὴ... . jusqu'à : Mupies μὲν γὰρ ἡμῖν ἀσχολίας παρέχει τὸ σῶμα. feuillet 462 verso ; Bekk. page 21 ; traduction française, page 104 : « En ef- «'fet, le corps nous entoure de mille gènes... »
Cette lecon continue le développement de la différence de la sensibilité et de la raison, des sensations et des idées proprement dites. « La raison « diffère de la sensibilité, en ce que celle-ci con- « naît sans. savoir ce qu’elle connaît, parce qu’elle « ne revient pas sur elle-même; rétour dont le « corps est incapable, ainsi que tout ce qui ἃ son « existence dans le corps; au contraire, la raison « connaît les objets sensibles et se connaît elle- « même, car elle sait qu’elle connaît... Le sembla- « ble n’est connu que par le semblable. »᾽
Le morceau suivant peut donner unie idée de l'optimisme alexandrin : « Il y a deux triades d'idées; « d’un côté le bon, le juste, le beau ; de l’autre, la « grandeur, la santé et la force. Ces deux séries « d’idées nie diffèrent pas, comme on l’a dit, en ce « que l’une appartient à l’âme et l’autre au corps; « car toutes deux appartiennent à tous les êtres; le
« bon, puisque le créateur est bon, et que l’être « ban n'étant pas susceptible d’envie, ne peut faire « que des choses bonnes comme lui, et parce que « le bien exclut la substance du mal; le juste, parce « que chaque chose est distincte des autres dans « l'univers , et remplit la fonction qui lai est pro- « pre, et que maintenir à chaque chose sa fonc- « tion, est le caractère de la justice ; le beau enfin, «, parce que toutes les choses sont uniesentre elles, « et que l'union est la beauté même. D’autre part, «. la grandeur appartient à toutes choses, car même « dans les choses spirituelles, s’il n’y a pas de quan- « tité continue, il y a quantité en ce sens qu'il ya « plaralité, et par conséquent il y ἃ de la pran- « deur. Toute chose, en tant que composée d’élé- « ments combinés dans une proportion durable, a « en soi la santé. Il en est de même de la force. »
᾿ Comme Simmias donne son assentiment à ce que Socrate dit des idées, Olympiodore prétend que cela vient de ce qu'il avait été en commerce avec les pythagoriciens, lesquels admettaient la doctrine des idées. Et il est certain que la doctrine pythagoricienne des nombres préparait : a la doctrine platonicienne des idées; mais il ne faut pas confondre ici ces deux doctrines, quoi qu’en dise Olympiodore, ainsi que toute l’école d’Alexandrie, qui, pour donner plus d’autorité à son système, le faisait remonter de Plotin à Platon, de
celni-ci à Pythagore, et même de Pythagore à Orphée.
490 OLYMPIODORE,
À propos des pythagoriciens et de la maxime presque pythagoricienne qui se trouve dans le passage de Platon : « qu’un chemin détourné peut « seul conduire Ja raison dans ses recherches, » Olympiodore cite deux vers pythagoriciens, qui ne pouvaient pas échapper à Wryttenbach, et que le critique hollandais donne aimsi, d’après le manuscrit de Leyde : Τὰ μὲ πατέουσιν ἅμαξαι» τὰ στείζειν" καὶ: Ἑτέρων δ᾽ ἴχνια μὲ πκαϑθομᾶ. Ruhmken, d’après ce même manuscrit de Leyde, donne aussi καὶ; mais cette particule, qui rompt le vers pentamètre et fait deux fragments d’un seul, ne se trouve dans aucun des manuscrits de Paris. Tous aussi confirment la leçon, x«douä, que, sur da foi de Ruhnken et de Walkenaer, Wyttenbach a fini par maintenir (4).
6° Leçon. Mupias μὲν γὰρ ἡμῖν ἀσχολίας παρέχει τὸ σῶμα.... Jusqu'à Οὐκοῦν ἔφη ὃ Σωκχράτηε.... feuillet 164; Bekk. pag. 23; traduction française, pag. 206 : « S'il en est ainsi, mon cher Simmias, « tout homme qui... »
« L’imagination et l'ambition sont inhérentes ἃ « l’âme. Ce sont les premiers vêtements dont elle « s’enveloppe, et les derniers qu’elle dépose : ἃ « γὰρ πρῶτα ἐνδύεται» ταῦτα καὶ ὕστερον ἀποτίθετα!ι.-... « L’imagination empêche la pensée ; l'enthousiasme « ou le mouvement de la raison vers les choses « divines s'arrête, si notre imagination vient à être
(1) Voyez Wyttenbäch , ir Phædonem, ed. Leips. , p. 160.
« émue; car l’enthousiasme et l'imagination sont « opposés l’un à l’autre. C’est pourquoi Épictète « nous recommande de nous dire à nous-mêmes : « Imagination , tu n'es qu'imagination; ce que tu « me montres n'existe pas (1). C'est pour ne « s'être pas affranchie de l'imagination que l’école « stoïque a fait Dieu corporel, car l'imagination « donne un corps à ce qui n’en a point. L'âme « ne s’affranchit de l'imagination qu'en s’élevant « aux idées.
« La Calypso d'Homère est un symbole de l’ima- « gination, qui obscurcit (καλύψω καλύπτειν) la ταὶ- « son, comme un nuage voile le soleil. »
Ici Olympiodore cite un demi-vers que nous n'avons pas vu ailleurs : « Imagination qui couvre « les objets d’un voile » : ris ἔφη" φαντασίη τανυ-- HER Soroe
1° Lecon. Οὐκοῦν ἔφη ὁ Σωκχρώτης.... jusqu’à Âpa οὖν. Son à ὦ Σιμμία.... feuillet 165 verso; Bekk. pag. 25 ; traduction française, pag. 209 : « Ainsi donc, Simmias, ce qu’on appelle la force... »
« Selon Platon et Aristote, dit Olympiodore, « l'espérance tient à l'intelligence. Voila pourquoi « les êtres raisonnables seuls sont susceptibles d’es- « pérance; car l’espérance a pour objet ce qui « n’est pas , tandis que l’animal sans raison n’a le « sentiment que de ce qui l’affecte actuellement. »
D'un passage de cette leçon, on pourrait in-
(1) Eyxsspid, τ.
192 ‘ OLYMPIODORE,
duire qu'Harpocration, Proclus et Ammoñius, le maître d’Olympiodore, avaient chacun composé un commentaire du Phédon. Pour Harpocration , c’est la deuxième fois qu’il est cité par Olympiodore, et ici la citation semble bien indiquer un commentaire spécial. Platon, en montrañt que toutes les passions viennent du corps, avait dit que celui qui aime son corps aime aussi l'argent et: le pouvoir. Harpocration, d’après Olympiodore , s'était demandé pourquoi Platon ne rapporte pas: aussi à l’amour du corps celui du plaisir, Harpocration, dit-il, élève cette question, mais il ne la: résout pas. Proclus en donne cette,raison, que déjà plus haut Platon ἃ insisté sur le danger du plaisir ; mais cette raison ne satisfait pont Olympiodore, et 1] vante la solution d’Ammonius, son maître, qui n’est pas elle-même exempte de subtilité. |
Dans une partie de cette lecon où il est question des causes qui font manquer quelquefois la destinée d’un homme, on trouve cette phrase dont Olympiodore ne nomme point l’auteur : « Plus d’un « Platon laboure la terre. » Πολλοὶ γὰρ Πλάτωνεξ τὴν γὴν σκάώπτουσιν» ὡς ἐφ τις.
Je trouve aussi dans cette lecon un demi-vers qui m'est inconnu, et dont il faut grossir le catalogue des Δόγια : « L’oracle a dit : que l'espérance « enflammée te nourrisse. » |
Éxric δὲ τρεφέτω σε πυρίοχος....
« L’oracle appelle enflammée l'espérance di-
« vine, parce que les anciens assimilaient la divi- « nité au feu. » | .Α l’occasion. de la maxime orphique citée par:
Platon : « Beaucoup prennent le thyrse, mais peu « sont inspirés ».: Πολλοὶ μὲν- ναρθηκοφόροι, παῦροι δὲ τε βάκχοι: Sur ce mot Baxyor, Olympiodore ne manque pas de reprendre le mythe de Bacchus, et de reproduire sa prémière interprétation que nous avons déja donnée, et qu’il complète ainsi : « Bac- « chus déchiré par les Titans, c’est l’âme humaine « divisée par les passions, et les morceaux du « corps de Bacchus réunis par Apollon, sont le « symbole du passage de la vie tourmentée des « passions à la vie une et simple de l'intelligence.
« Le mythe de Proserpine a le même sens. La « jeune fille est conduite aux enfers, mais ensuite « elle en est ramenée, et elle habite aux mêmes « lieux qu'auparavant, auprès de Cérès. »
8° Lecon. ἦρα οὖν, ἔφη.» ὦ Σίμμια... jusqu’à Εἰπόντος δὴ τοῦ Σωχράτους ταῦτα... feuillet 167 à verso ; Bekk. pag. 28 ; traduction française, pag. 212 : « Quand « Socrate eut ainsi parlé... » |
Dans cet admirable passage, Platon montre la vanité de cette fausse prudence qui ne renonce à un plaisir que dans la crainte d’être privée d’un autre, et n’a jamais pour but que le plaisir. ἢ fait voir que la vertu qui résulte des-transactions des passions entre elles n’est qu’une vertu mensongère, la vérité de la vertu consistant précisément dans la lutte contre toutes les passions. Il paraît que les
494 OLYMPIODORE,
interprètes alexandrins avaient recherché quelles sont les vertus mensongères qui résultent de ces transactions. Quelques interprètes avaient pensé que Platon veut parler des vertus naturelles ; mais c'est une erreur , dit Olympiodore ; car ces vertus ne sont point mensongères ; elles sont véritablement ce qu'elles paraissent être. Selon lui, c’est Proclus qui a le mieux développé le sens de ce passage, et Olympiodore rapporte tout ce développement, lequel est assez étendu et indique un commentaire régulier. Proclus donnait comme vertus mensongères celles qui ne résultent ni du tempérament et de l'instinct, ni de la raison, mais d’une nécessité extérieure ; comme, par exemple, lorsqu'on ἃ du courage par peur, etc.
Sur un autre point de ce même endroit, les interprètes avaient soulevé une question trop indifférente pour qu’il soit besoin de la mentionner ici, et sur laquelle Olympiodore nous rapporte encore l'opinion de Proclus. Cette opinion ne le satisfait pas et il préfére celle de Damascius. On ne peut . donc guère douter d’après cela que Proclus et Damascius n’eussent composé sur le Phédon des commentaires qu'Olympiodore avait sous les yeux et qui ont péri.
Voici encore de cette même leçon un fragment qui n’est pas sans intérêt : Platon, dans le Phédon, fait dire à Socrate qu’il ἃ travaillé toute sa vie à parvenir à la vraie philosophie et que bientôt, à ce qu'il croit, 1l va savoir s’il a réussi. Ces mots,
SUR LE PHÉDON. 495 a ce qu’il croit, ὡς ἐμοὶ δοκεῖ» avaient fait penser à certains commentateurs, probablement avec d’autres motifs, que l’immortalité de l’âme n'avait été pour Platon, comme pour Socrate, qu’une espérance sans certitude. C’est du moins ce que dit positivement Olympiodore, et il nous apprend en méme temps qu Ammonius avait composé un livre tout exprès sur ce passage pour défendre Platon : ὁ δέ γὲ φιλόσοφος ἀμμωνίος μονόξιζλον ἔγραψεν εἰς τὸ χωρίον ἀπολογούμενος “ὑπὲρ αὐτοῦ. C’est un renseignement qui ne se trouve point ailleurs que dans ce commentaire.
9° Leçon. Εἰπόντος δὴ τοῦ Σωχράτους ταῦτα... jus qu'à Παλαιὸς μὲν οὖν ἐστί τις λόγος... feuillet 169 ; Bekk. p. 30 ; traduction française, p. 218 : « C’est
« une opinion bien ancienne... »
Cette lecon est consacrée au développement de l'argument de Platon appelé des contraires, ἀπὸ τῶν ἐναντίων: Qui ἃ excité dans l'antiquité une si vive et si longue controverse. Malheureusement toute cette controverse est perdue, et c’est ici à-peu-près le seul passage de l'antiquité qui en ait conservé quelque débris.
Olympiodore ne pouvait se dispenser de citer sur un point aussi important l'opinion de Proclus. Il le fait donc, mais avec Proclus il mentionne Syrien, et il les confond en quelque sorte : Καὶ τοῦτο δείκνυσιν ὁ Πρόκλος ἤτοι ὁ Συριανός" συντάττει γὰρ αὐτὰ
τοῖς οἰκείοις ὑπομνήμασι. Or, Marinus dit dans la vie
496 OLYMP{IODORE , de Proclus (1), que la plupart des ouvrages que
Proclus composa dans sa jeunesse ne sont guère que les lecons de Syrien ; voilà peut-être pourquoi Olympiodore les confond et dit : Proclus ou Syrien ; et voilà pourquoi encore, tout en les confondant, il restitue à Syrien l'originalité qui lui appartient; car, de peur qu'on ne se trompe sur l’auteur de τοὺς οἰκείοις ὑπομνήμασι» Olympiodore ajoute : λέγω δὴ τὰ Συριανοῦ» et il déclare qu'il lui paraît inutile d'écrire sur ce sujet après un homme tel que Syrien: μὴ γράφων εἰς αὐτὰ ὡς τοῦ διδασκάλου γρώψαντος» etil le cite textuellement : δείκνυσιν οὖν τοῦτο οὕτως.
. 4. Objection. « Tous les contraires ne naissent pas les uns des autres ; le sommeil naît bien de la veille, mais la veille ne naît pas toujours du sommeil. L'enfant naît éveillé sans avoir dormi. Est-il donc absurde que, quoique la mort naisse de la vie, quoique le vivant se change en mort, la réciproque n'ait pas lieu ? »
2° Objection, qui n’est qu’un développement de
(1) Édit. de M. Boissonade, ch, xur : Τὰ λεγόβεενα συνοπτικῶς κὶ μετ᾽ ἐπικρίσιως ἀπογραφόμενος,, τοσοῦτον ἐν οὐ πολλῷ L8019 ἐπιδίδον, ὥστε ὄγδοον x) εἰκοστὸν ἔτος ἄγων ἄλλα τε πολλὼ συνίγραψε καὶ τὰ εἰς Τίμαιον γλαφυρὼ ὄντως καὶ ἐπιστημῆς γέμοντα ὑπομνήματα. Le même Marinus dit que Proclus avait lu avec Plutarque le Phédon, et que Plutarque l’avait engagé à rédiger les remarques qu’ils faisaient ensemble . en lui disant qu’on appellerait ce commentaire le commentaire de Proclus sur le Phédon : tetes καὶ Πρόκλου ὑπορινήρεατα Φερόμενα εἰς τὸν Φαίδωνκ. Ibid., ch. χιι.
la première : « Le vieux naît du jeune, mais le jeune ne naît pas du vieux. »
3° Objection. « Le jeune se change en vieux, mais le vieux ne se change pas en jeune. »
À ces trpis objections, Proclus ou Syrien, Πρόκλος ἤτοι Συριανὸς» foht des réponses assez peu intelligibles et passablement sophistiques. Nous ne citerons que la réponse à la troisième objection, où l’auteur suppose et développe un cas où le vieux se change en jeune. « Soit un individu de sept ans et « un autre qui vient de naître; le premier a d’abord « de plus que l’autre son âge tout entier, sept dé- « passant zéro de sept. Au bout d’un an, le pre- « mier ἃ huit ans, et le second un an. La différence « qui étdit de tout à rien n’est plus que du plus au « moins, de l’entier au huitième ; et le progrès des « années diminue ce rapport ἃ} ἘΠΕ’ » de sorte que « le vieux se change en jeune; car le premier indi- « vidu devient plus jeune par rapport au second, et « cela est ainsi dans la réalité; le progrès des ans « tend à effacer la différence des âges. »
Vient ensuite une discussion sur la métempsycose dans le même genre que la première.
Olympiodore propose de dire gererrouärwois,'incorporation, incarnation, plutôt que μετεμψύχωσις» métempsycose, car selon lui la vraie doctrine est qu’une seule âme revêt différents corps, tandis que le mot métempsycose semble indiquer que plusieurs âmes viennent animer le même corps. |
« Un philosophe fait cette objection contre la mé-
498 OLYMPIODORE ,
« tempsycose : il faut examiner si jamais l’âme, « comme un tissu qui ἃ servi à faire plusieurs vé- « tements, après avoir revêlu plusieurs corps, ne « finit pas par périr elle-même. Par exemple, pre- « nez l’âme irraisonnable, l’âme végétative : quand « elle survivrait à sa séparation d'avec le corps « qu’elle anime, on ne peut pas dire qu'elle ne pé- « rira jamais, après avoir passé par plusieurs for- « mes. Or, si nous ne pouvons pas dire que l’âme « irraisonnable passe sans cesse en d’autres corps; « bien qu’elle survive à sa séparation, on ne peut « pas dire non plus que l’âme raisonnable se trans- « mette sans cesse; et il faut que Platon accorde la « métempsycose de l’âme irraisonnable, ou qu’il nie « celle de l’âme raisonnable elle-même. » Olympiodore ne nomme point l’auteur de cette objection. Plusieurs indices nous portent à penser que ce philosophe est Straton appelé le Physicien, ὃ φυσικός, un des plus grands successeurs d’Aristote, Dans le second commentaire que contiennent nos manuscrits, cette même objection revient et est positivement attribuée à Straton; c’est à Straton, que l’avait empruntée Boethe, contre Le avait écrit Porphyre (1). |
Platon avait fait dire à | Socrate : « Si loue
(1) Eusèbe, Præp. Evangel, XV, 11; Simplicius, de Animä, III. Voyez aussi, sur cette question , Albinus, XXV. Sur Straton, νου. le Manuel de Tennemann, trad. franc. 2e édit.,t. 1, p. 199, et notre Cours de philosophie de 1898,
tom. 1, pag. 286.
« nous entendait, fût-ce un faiseur de comédies, je « ne pense pas qu Ἢ pût me reprocher que je ba- « dine et que je m'occupe de choses qui në me re- « gardent pas. » Tout le monde pense naturelle ment à ÂAristophane et à la comédie des Nuées ;
mais Olympiodore nous apprend que Platon ἃ ici
particulièrement en vue’ le comique Eupolis, dont il nous rapporte deux vers sur Socrate : « Ti δῦτα ἐκεῖνον τὸν ἀδολεσ χὴν x) πτωχὸν» ὅ τ᾿ ἄλλα μὲν πεφρόντικεν» ὁπόθην καταφϑγειν ἔ χ91» τοῦτον καταμέληκε. » J’abandonne à de plus habiles le soin de combattre ou d'appuyer la restäurätion qe Wyttenbach propose de ces vers, et j'aime mieux citer ici deux vers du même genre, ou d'Eupolis, ou d'Amipsias(4), ou d’un autre, qui se trouvent dans le commentaire de Proclus sur le Parménide (2}: Αὐτὸν μὸν τὸν Σωαράτην στωχὸν ddoner x 8 καλούντων τῶν κωμῳδυποιῶν... Μισῶ δὲ καὶ Σωκράτην τὸν “πτωχὸν ἀϑολεσχὴν' ñ pédinor ἃ τῶν ἀδολεσ χῶν εἷς γέ τις.
40° Lecon. Πιαλαιὸς μὲν οὖν.. jusqu’ à Καὶ μῆν» ἔφη ὁ Κέξης ὑπολαξών, feuillet 171 à verso; Bekk. p. 35: Daduction française, p. 219 : « Ouz sans doute, dit Cébès en l'interrompant. ce Cette leçon est la tontinuation de la précédent: Proclus et Syrien y sont encore cités ensemble ; ét comme ne faisant qu un seul et même commenta-
teur : Πρόκλος ἥτοι δ'Συριανγός. Syrien y est une autre
fois cité tout seul. Et on voit qu'Ilamblique avait également commenté le Phédon, d’ après t un pas-
(1) Diog. de L., II, 28. | ἢ (2 Edit, de Paris 9 TOM. 1Y, pag. ñn0. "4 \
500 OLYMPIODORE ,
sage de cette leçon où Olympiodore lui reproche d’avoirsoutenu que chacun des arguments employés par Platon prouve directement l’immortalité de l’âme, tandis que, selon la remarque fort judicieuse d'Olympiodore, il y a certains arguments qui ont besoin d’être liés les uns aux autres et réunis pour avoir de la force. Cette méprise d’Iamblique, dit Olympiodore, vient de la nature passionnée et enthousiaste de son esprit, « οἷος ἐκείνου θυμός. » Dans un autre endroit de cette lecon, lamblique est encore placé parmi ceux qui, exagérant et dénaturant la. pensée de Platon, s'étaient imaginé que Platon regarde toute âme comme immortelle , l’âme des hétes et l’âme des végétaux tout aussi bien que l'âme raisonnable; et Olympiodore nous apprend qu'Ammonius avait rétabli le véritable sens de Platon.
« Il y ἃ sur l’âme trois opinions fausses :
« 4°. Que l’âme meurt avec le corps, ainsi que le pensent ceux qui la regardent comme une harmonie; c'était le sentiment de Hs et de quelques pythagoriciens.
« 2°. Que l'âme est comme un corps subtil, et que, semblable à la fumée, elle se dissipe et s’anéantit aprés sa sortie du corps ; c'était la croyance d'Homère (4) : Ψυχὴ δ᾽ ἐκ ῥεθέων πταμένη ἀϊδόεδε βεζήκει.. Et ailleurs : ὄχετο τετριγνῖα LATE χθανὸς» ἡὔῦτε καπνός (2); c'est le sentiment de Cébès qe Socrate combat. | :
(1) Iliade, xvr, v. 856.
(2) Zbid. xxux, les vers 100 et 101 resserrés en un seul.
« 3°. Que l’âme sans culture s’évanouürt en sortant du corps, mais que l’âme cultivée et affermie par la vertu (στομωϑεῖσαν) dure jusqu’à la conflagration de l’univers, ἐπιμένειν τὴν ἐκπύρωσιν τοῦ may σὸς κόσμου ; c'était l’opinion d'Héraclite (4). ». Tout ce passage du Phédon est rempli d’allusions aux doctrines orphiques. Olympiodore cite les deux vers suivants, que, selon lui, Platon devait avoir en vue : | Οἱ δ᾽ αὐτοὶ παπέρες x, υἱέες ἐν μεγάροισιν Ἢ δ᾽ ἄλοχοι σεμναῖ κεδγαί xs θύγατρες (3).
Et à cette occasion Olympiodore cite également deux vers d’Empédocle que tous nos manuscrits donnent très-altérés, comme l’indique à la marge le manuscrit 456 :
Hdn γάρ For’ ἐγὼ γενόμην κοῦρός τε κόρη TS Oapvôc τ᾽ οἰωνός rs x εἶν ὠλὶ γήχυτος ἐξ ἁλός ἄμφυρος ἰχθύς. + Le second vers est manifestement vicieux, et nul de nos manuscrits n'offre la moindre variante. Je ne sais cé que peut signifier dupupos qui n’est pas dans les lexiques. Le manuscrit de Leyde que
Voyez Halbkart et les auteurs cités par Tennemann, Manuel, tom. 1, p. 77, et une thèse récente d’un élève de l’école nor- ‘ male, M. Hamel, de Psychologid homericä; Parisüs, 1832. -
(1) Sur cette doctrine de la conflagration finale de l’univers et de la durée de l’âme vertueuse, comme appartenant à Héraclite ou aux stoïciens, voyez Schleiermacher, Museum der Alterth., Wissensch., tom. 1, 3° cah. pag. 457 à 471.
(2) Sic Hermann, Orphica, pag. 909.
502 OLYMPIODORE,
donne Wyttenbach porte ἔξαλλα (sic) au lieu de ἐξ ἁλός. Ce mot est donc celui qui est le plus suspect d’être corrompu. Il n’est pas impossible que ἔξαλλα ou ἐξ ἁλὸς ἄμφυρος soit une addition de quelque copiste, quelque glose, comme par exemple, ἐξ ἄλλου" ἄμφυροε où bien ἔμπυρος où éurross, glose qui sera passée dans les manuscrits postérieurs. Il resterait alors un excellent vers : Θαμνός τ᾽ οἰωνός re καὶ εἶν ἀλὶ γήχυτος ἰχθύς. Et je tiens cette lecon pour bien supérieure à celle des autres auteurs qui ont cité ces vers d’Empédocle. Saint-Clément (Strom.) ἔλλοπος; saint Cyrille contre Julien, φαίδιμος; Ménage (D. L. var, 77), ἔμπυρος; Athénée dans les plus anciens manuscrits ἐξ ἁλὸς ἔμσνοος que préfère Casaubon. Schweighauser (Athæn. vx, à la fin), rétablit ἔμπυρος. Ce manuscrit d’Olympiodore était connu de Casaubon; mais ce grand critique, trompé par le vice manifeste du vers entier, s’est trop peu arrêté à la leçon εἰν ἐλὶ νήχυτος» qui est la plus naturelle et la plus antique. Sturz, dans son ouvrage sur Empédocle, s’en est tenu à la leçon éAAOTOS.
Nous ne quitterons pas cet endroit de notre commentaire sans remarquer que c’est là que Bouillaud ἃ pour la première fois découvert le passage célèbre relatif au grand astronome Ptolémée. Ce passage se trouve au milieu d’une explication assez peu raisonnable du mythe d'Endymion. « Le som- « meil d'Endymion, dit Olympiodore, et ses amours « avec Diane sont le symbole d’un sage, qui dans
SUR LE PHÉDON. 503 « la solitude s’occupait d'astronomie, €æ qui le « faisait passer pour cher à la lune » : ἐλέγετο δὲ οὗτος dei καϑεύδειν» διάτι ἀστρογομῶν ia) ἐρημίας διέ-τρι(ε" διὸ χαὶ φίλος τῇ Σελήνη. « On dit ἰδργαότηο chose « de Ptolémée. Il demeura quarante ans dans les « ailes du Ganobe, occupé d’astronomie, et il y « avait fait tracer sur des colonnes les théorèmes - « d'astronomie dont il était l’auteur. » 5 4% χαὶ repi Πτολεμαίου φασίν" οὗτος γὰρ ὅτι μ ἔτη ἐν τοῖς λογομόνοιε͵ πτεροῖς τοῦ Καγφζον ὥκει ἀστρανομίᾳ σχολάξων. διὸ καὶ ἀνεγφώψατο τὰς στήλας ὀκεὶ τῶκ εὑρημέρων αὐτῷ ἀστρονομικῶν δογμάτων. Cette anecdote curieuse ne se trouve que dans ce commentaire, et c’est de là qu'elle a été tirée pour devenir l’objet d’une discussion intéressante (4).
41° Leçon. Καὶ μὴν. ἔφη ὃ KéGns Üroaa£or….., jusqu'à φαμέν πού τι εἶναι ἴσον.... feuillet 173 à verso: Bekk. pag. 37; traduction française, pag. 222 : « Ne dirons-nous pas qu'il y a de l'égalité... » Cette leçon roule sur l'argument de la réminiscencœæ, comme l'indique le manuscrit 1822, lequel .met en encre rouge à la tête de cette leçon le titre suivant : ὃ ἐκ τῶν éraurioewr λόγος (2). Par l’argument des contraires, Platon avait voulu prouver
(1) Journal des Savants, avril 1818, article de M. Letronne sur la traduction de Ptolémée, de M. Halma. Le sujet de la discussion est de savoir s’il faut entendre réellement ici par τοῦ Κανώδου le Serapæum de Canope ou celui d'Alexandrie, ce qui déterminerait le parallèle sous lequel observait Ptolémée.
(2) Les manuscrits 1823 et 1824 donnent ἀνωλύσνων.
504 OLYMPIODORE,
que l’âme survit au corps; par l'argument de la réminiscence, il prétend établir qu'elle lui préexiste, et φῆρ par conséquent elle peut lui survivre. »
Ici encore, Olympiodore réfute Iamblique qui avait supposé que ce second argument, comme le premier, prouve directement à lui tout seul l’immortalité de l’âme. D’autres commentateurs, plus sages qu'Iamblique , avaient pensé qu’il fallait les deux arguments réunis et pris ensemble pour établir cette conclusion. Ammonius, qu’Olympiodore appelle ὃ φιλόσοφος.» soutient que ce n’était point Là l'esprit du texte, et que les deux arguments, soit séparément , soit pris ensemble , ne prouvent pas que l’âme est immortelle | mais seulement qu’elle peut préexister et survivre quelque temps au corps. Selon lui, ces deux arguments sont si peu décisifs par eux-mêmes, que Platon les fortifie par de nouveaux arguments, et ce n'est guère que le cinquième, savoir celui qui est fondé sur l’essence même de l’âme, qui en démontre directement l’immortalité. |
Olympiodore distingue de nouveau, d’après Platon, deux sortes de mémoire, μνήμη οἱ ἀνάμνησις: l’une qui n'est que la sensation continuée et qui nous est commune avec les animaux , tandis que l’autre implique l'intelligence, et n’appartient qu’à l’être raisonnable. « Μνήμη μὲν x} ἐν τοῖς ἀλόγοις ζώοις» ἡ δὲ « ἀνάμνησις μέχρι τῶν λογικῶν ψυχῶν. La réminis- « cence est un rappel volontaire de la connaissance...
SUR LE PRÉDON. 505
« une palingénésie de la connaissance... elle nous « appartient davantage » : οἰκεία ἡμῖν μάλιστὰ À « ἀνάμνησις... οἷα. παλιγγενεσία τῆς γνώσεώς ἔστιν ἣ « ἀνάμνησις" δευτέρα γὰρ γνῶσις... ἀνάμνησίς ἔστιν ἀνα-- « γέωδις μνήμης. » Olympiodore finit par remarquer que Socrate a déja développé cette doctrine de la réminiscence dans le Ménon, où en effet elle est démonirée dialectiquement, tandis que ce morceau du Phédon n’en donne 1} résumé trèsgénéral. |
42 Leçon. tauev mov τι εἶναι ἴσον... jusqu'a la lacune manifeste qui se trouve dans tous les manuscrits. Ce fragment ne contient que la fin du feuillet 173 à verso, et le recto du feuillet 174:
On y trouve le commencement de la démonstration de } immortalité de l’âme par l'argument des: idées. .
Il s'agissait d’abord de prouver l'existence réelle des idées: Olympiodore commence à donner quelques preuves interrompues par la lacune visible indiquée dans tous nos manuscrits.
« Si notre âme prononce que telle chose est plus « belle et telle autre moins belle, il est évident «qu'elle juge par rapport ἃ quelque modèle, à ( quelque idée. » Kai τὸ μὲν λέγει (ὃ ψυχὴ) μᾶλλον καλὸν; τὸ δὲ ἧττον, δῆλόν τινα ὅρον χὶ ἘΠ: τι εἶδος παρα-δάλλουσα, κρίνει ταῦτα" οὐ γὰρ ἠδύνατο ὧν μὴ ei χε λόγους ταῦτα διακρίνειν. « L'école péripatéticienne répond « que c’est là précisément la vertu de notre faculté « de juger ; mais. notre âme ne juge pas naturelle-
506 OLYMPIOPORE , « ment sans principes ; elle n’agit pas comme l'ara « gnée qui tire sa toile d’elle-même. » Où πιστέον τὸ Περιπάτῳ λέγοντι ὅτι κριτιχξ τιγι δυνάμει ταῦτα diem pers où γὰρ φυσικῶς ἐνεργεῖ ἡμετέρα ψυχὴ καϑάπεὶ ἀράχνης τὸ ἀράχνιον. » S'il est vrai que dans ses Ji- « gements l’âme ajoute d'elle-même un terme, ἢ « faut qu’elle possède en elle des idées ; sans οἱ! « elle ne passerait point d’une connaissance part « culière ἃ une vérité générale ; elle n’ajouterait « pas au jugement le terme qui lui manque.» Eieyτίθησι χαὶ ueTaGaives, δῆλον ὥρα ὅτι ἔχει ἐν ἑαυτῇ ei τιφὼ» ἐπεὶ οὐδὲ τὴν ἀρχὴν ueréCaivé καὶ τὸ λεῖπον TpUtτίϑειν μὴ ἔχουσα εἴδη. « En présence d'images 86Π- « sibles imparfaites, l'âme conçoit des images parἃ faites. Nous allons de la connaissance sensible, « par exemple de tel ou tel objet égal, à œ qu « est égal en soi et absolument. Il faut bien qu nous ajountions de nous-mêmes à l'objet égal ἃ « qui lui manque, parce que ce qui est égal à « nos yeux ne l’est pas exactement. » «ἀπὸ 1 αἰσθητικῆς γνώσεως» οἷον ἀπὸ. τοῦ τῆϑε ἴσου ἐρχόμεδε ἐπὶ τὸ ὡπλῷε ἴσον... καὶ προστίϑεμεν δὲ τό λεῖπον» di οὐχ ἀκριζὲς τὸ rude ἴσον. »
ἴοἱ vient la lacune assez considérable que "0 avons signalée, et le commentaire recommentt ä! passage suivant de Platon : Οὐκοῦν τοιόνδε τι» nd” ὃ ὦ Σώκρατες» dei ἡμᾶς ve pe Ta ἑαυτούς» feuillet 1, Bekk. p. 46; traduction française, p. 233. « Cequ nous devons d’abord nous demander à nous-nmes, reprit Socrate...» Cette leçon s'étend ji
qu'au feuillet 479 verso, où nous avons prouvé que, sans aucun signe apparent, il y a réellement solution de continuité, et qu’un nouveau commentaire, d’une forme tout-a-fait différente, sucoède à celui que nous examinons.
Dans cette dernière leçon, le dernier passage de Platon qui est cité et commenté est : ὅρα δὲ καὶ τῇδε... Bekk. p. 50 ; traduction française, p. 237 : « Prenons encore un autre chemin. » Cette lecon est un développement long et enxharrassé de l’argument de la similitude : ὁ ἐκ τῆς ὁμοιότητος λόγος. En voici un extrait succinct : «Il faut d’abord distinguer « l'essence, οὐσία» du phénomène, γένεσις. Or, l’es- « sence ce sont les idées, et les phénomènes, tous « les objets sensibles. À chacun de ces deux ordres « distincts sont attachés six attributs : à l’essence, « la divinité, l’immortalité, l’intelligibilité, l’indis- « solubilité, la permanence et l'identité ; aux phé- « nomènes, les attributs contraires.
" « L’essence, sans être Dieu, en dépend et est ἀμ « vine : la vraie immortalité est dans lessence ; « celle-ci n'étant en elle-même susceptible ni de « passé, ni de présént, ni d'avenir. L’intelligibilité « de l'essence, τὸ ronrer, ne veut pas dire que l'es- « sertce peut être conçue, νοούμενον. mais qu'elle a « en soi la propriété de concevoir ; en un mot « qu'elle est l'intelligence elle-même. L’essence est « mdissoluble, n'étant point composée de parties. « Les astres mêmes, étant composés, sont dissolu- « bles et périssables, considérés en eux-mêmes ; car
508 OLYMPIODORE,
« ils ne se maintiennent pas par eux-mêmes ; mi «ils sont revêtus d’une immortalité emprunté, « selon le principe si bien établi par Aristote, qu « tout corps fini n’a qu’une puissance finie. Étant « simple, l'essence est uniforme. Par cette même « raison , elle est permanente et identique à elle- « même : dei x ὡσαύτως χαὶ κατὰ τὰ αὐτὰ ἔχε
« ἑαυτῷ ; car le retour sur soi est le propredelir
« telligence”: νοῦ γὰρ οἰκεία ἡ πρὸς ἑαυτὸν éTiorpi « Les choses sensibles ne sont jamais les mêmes: «elles sont toujours différentes, non-seulement ls « unes des autres, mais d’elles-mêmes ; toujou « mobiles et entraînées par le cours du temps: « δὲ αἰσθυτὰ οὐδέποτέ ἐστι αὐτά" où μόνον γὰρ ἀλλήλ! « διαφέρει» ἀλλὼ χαὶ ἑαυτῶν ἐν ῥευστῷ χρόνῳ καὶ ἐν κι « ὄντα. Cette instabilité perpétuelle est opposée ik ᾿« permanence et à l'identité de l'intelligence, qu « revient toujours sur elle-même. C’est là le vra « caractère de l'identité, et le vrai sens de ces mots, « identique a elle-même, appliqués à l’essence.
« Maintenant si l’on applique ces considérations « à l’homme, on trouve dans l’homme l’âme ete « corps. Or, de l’âme et du corps, c'est évidemment « l’âme qui se rapporte le plus à l'essence, identi- « qué à elle-même, permanénte, indissoluble, etc, « parce que l'âme est 4°. invisible, 2. douée dt « pensée, 3°. qu’elle gouverne le corps. En el! « l'invisibilité, la pensée et le commandement c0t « viennent plus à l’indissoluble que leurs co! « traires. L’âme, sous ce double rapport, se ΠΡ
« proche donc plus que le corps de l’indissoluble ; « elle est donc plus indissoluble que le corps, et « par conséquent plus durable. »
La dernière partie de cette leçon ajoute de nouvelles lumières à celles que nous avait déjà fournies ce commentaire sur les commentateurs du Phédon antérieurs à Olympiodore. Olympiodore nous apprend que l’argument que nous venons de résumer, tiré de l’essence de l’âme, et fondé sur l’analogie de l’âme avec l’indissoluble, était considéré par tous les interprètes comme le seul argument vraiment démonstratif. Ici Ilamblique est encore cité, et même, à ce qu'il semble, textuellement. Voici quel était le raisonnement d’Iamblique ; il s’appuyait sur ce principe de Plotin, que tout ce qui est détruit l’est d’une de ces deux manières, soit comme composé, soit comme accident et n’ayant d'existence que dans un sujet. Ainsi les corps périssent parce qu ils sont composés , et les qualités intellectuelles périssent aussi parce qu'elles n'existent que dans un sujet. Or, l’âme n'étant point composée et n’existant pas non plus dans un sujet, puisqu’elle gouverne le corps, lui donne la vie et a en elle-même son principe d'action, ne peut périr d'aucune maniere , ni comme composée, ni comme dépendante d’un sujet pour son existence : Ejye δεσπόζει τοῦ σώματος Φωοποιοῦσα αὐτὸ καὶ αὐτοκίνητος οὖσα: κατ᾽ οὐδένα ἄρα τρόπον φθαρήσεται οὐδὲ ὡς συν.-- SeTos οὐδὲ ὡς ἐν ὑποκειμένῳ. '
Olympiodore cite encore un morceau assez étendu
510 OLYMPIODORE ,
du commentaire de Proclus, où ce philosophe ex: minait de quelles idées Platon veut parler dans k Phédon, ou des idées considérées en Dieu lui-même τῶν ἁπλῶς τῶν ἐν τῷ δημιουργῷ» où bien des idées cor sidérées seulement dans l’âme humaine, » τερὶ τί ψυχικῶν. On peut défendre l’une et l’autre interpé tation ; et Proclus, après avoir balancé les différent motifs, conclut qu’il s’agit des idées considérés sous ce double point de vue : en Dieu à-la#ois ὁ dans l’âme humaine. Les idées en Dieu sont ἰδ exemplaires des idées dans l’âme, et celles-ci soi! les images des premières. L’exemplaire et l'imagt, l'original et la copie sont relatifs ; les relatifs nepet vent se concevoir séparément ; parler des uns c& parler des autres : Kai ἐπιχρίνει ὁ Πρόκλος ὅτι Ti ἀμφοῖν ἐστιν αὐτῷ ὃ λόγον" ἐπειδὴ γὰρ καὶ παραδείγμετι τὰ νοερὰ εἴδη τῶν ψυχικὸν καὶ εἰκόνες τῶν ἐκείναν» 7 τι δὲ τὸ παραδεῖγμα καὶ ἣ εἰκὼν, τὰ δὲ pos τι δίγε ἀλλήλων οὐ γινώσκεται» ἀγάγκη περὶ παραδειγμάτων du λεγόμενον καὶ περὶ εἰκόνων διαλέγεσϑαι.
Viennent ensuite diverses objeetions dont Olyr piodore ne nomme pas les auteurs, et qui ne 50 pas d’une grande importance, non plus que 61 ponses du philosophe alexandrin. A propos ds choses invisibles qui échappent aux sens, maisqt l'enthousiasme aperçoit, Olympiodore dit que l'a thousiasme remplace quelquefois la vue, ἐγβουσία γάρ ποτε ai dis, et il cite ce qu’on raconte d'Ap lonius; savoir, qu'étant à Rome, il voyait ce qui
SUR LE PHÉDON. 511 . Γ y \ ) ͵ ΄ eo passait en Egypte : OOTEP EP AT0OAAGWYIOU λέγεται OTI ἐν Ρώμῃ ὧν ἑώρα τὰ ἐν Αἰγύπτῳ ἐπιτελούμενα.
Nous finirons par rapporter deux vers cités par Olympiodore dans cette leçon ; l’un qui appartient à Orphée, et qui se trouve dans plusieurs autres commentaires alexandrins :
l’autre, que nous n'avons point vu ailleurs, et qui est probablement un de ces oracles chaldaïques que les Alexandrins ont semés dans leurs ouvrages :
Où γὰρ ἔην, οὐκ ἔσται ὁμοῦ πᾶν, dors δὲ μοῦγον.
Tel est le premier commentaire d’Olympiodore sur le Phédon, ou plutôt sur une partie du Phédon. Le second commentaire, qui dans nos manuscrits succède à celui-là, est plus étendu, comme nous l’avons déjà dit, et il a aussi plus d’importance. Îl confirme toutes les données historiques que nous devons au premier, et il ÿ joint un bon nombre de données nouvelles. Nous allons essayer de le faire connaître.
CLLLLLLE ν νον απ LR D CURE VE LL RD αν ν παν νην πο πα ARR VD LD ὧν
-OLYMPIODORE.