‹ Fragments philosophiques (volume 5)Chapitre 30 sur 35 · OLYMPIODÔRE · texte numérisé non relu

OLYMPIODÔRE

est la providence de ce monde. Ainsi, le philo- « ht qui prend Dieu pour modèle, car la philo- « sophie est la plus haute ressemblance avec Dieu, « ne doit pas se borner à la réflexion; rien ne l’em- « pêche d’agir, ni d'exercer une sorte d’action pro- « videntielle sur les choses inférieures, sans perdre « sa pureté. Après la séparation de l’âme et du corps « opérée par la mort, il n’est pas difficile de vivre « dans la pureté; mais c’est une belle chose de se « conserver incorruptible pendant que l’on est as- « sujetti au corps. 2°. De même que Dieu est pré- « sent en toutes choses, de même l’âme doit être « présente dans le corps et ne point s’en séparer ; « 3°. un lien volontaire doit être délié volontaire- « ment; un lien involontaire doit l’être involon- « tairement. La vie physique est involontaire ; c’est «-un lien qui doit être dénoué sans l’intervention « de la volonté, c’est-à-dire par’ la mort naturelle, « tandis que Îa vie des sens, que nous avons em- « brassée librement, doit avoir une fin volontaire, « la purification de nous-mêmes. »

Telle est la partie rationnelle de cette Ru avant de rendre compte de sa partie mythologique, il est nécessaire de dire quelques mots du caractère de la mythologie alexandrine, qui ne nous paraît pas avoir encore été mis dans son véritable jour.

Il y a deux sortes d'erreurs, deux points de vue également faux, relativement à la mythologie des Alexandrins. Des savants de l’ordre le plus élevé,

SUR LE PHÉDON. 481 frappés de l’évidente profondeur des interprétations alexandrines en général, n’ont pas hésité à demander à cette école des lumières sur les anciennes religions grecques et asiatiques; et, selon nous, en suivant des interprétations du 1v°, du v° et du vi‘ siècle, ils ont souvent prêté aux cultes antiques et à l’art qui a servi d’interprète à ces cultes, des intentions étrangères, inconciliables avec les faits et même avec l’état de la civilisation à ces époques reculées. D’autres savants , trop judicieux pour ne pas apercevoir l'erreur des premiers, mais égarés par la justesse même de leur critique, et se jetant d'une extrémité à l’autre, de ce que les Alexandrins ont souvent imposé à l'antiquité des idées dont elle était incapable, ont conclu que ces idées n’avaient aucune valeur, et que toute cette mythologie mystique ne méritait ni l'intérêt ni l'étude des hommes raisonnables. Mais il ne s’agit pas seulement d’archéologie dans cette affaire. Les Alexandrins n'étaient pas de purs antiquaires qui, appliquant leur esprit à l’étude des faits religieux comme à celle . de tous les autres faits, en cherchaïent l'explication la plus légitime selon les règles de la critique; c’étaient des philosophes, des hommes d’État qui avaient pris parti dans la grande querelle du temps, et qui, ne voulant point accepter la religion nouvelle, ne pouvant plus sérieusement soutenir l’ancienne telle qu’elle était, s'étaient trouvés conduits à la transformer à l’aide d’une interprétation souvent ingénieuse, quelquefois profonde, toujours

arbitraire. Sans doute on peut trouver dans les ph: losophes d'Alexandrie quelques lumières raresa douteuses sur les anciennes religions de la Grec; mais ce n’est pas là ce qu'il y faut chercher. L'important ici n'est pas le passé, c’est le présent. line s’agit pas de savoir si, en effet, les Alexandrins ont retrouvé le sens véritable de telle ou telle fable x créditée en certaine petite ville de la Grèce; il fa se donner un autre spectacle, le spectacle de l'élite ” des penseurs d’une époque, entreprenant de do ner aux peuples la religion la plus moraleet la pl raisonnable possible, en maintenant l’anciehnert ligion, mais en l'élevant à la dignité de la philosr phie. Cette entreprise n’a été faite qu’une suk fois, ou du moins l’histoire ne nous la préserit qu'une seule fois sur une grande échelle, co mencée, poursuivie avec de hautes lumières, ἰδ plus nobles intentions, de grands caractères et & beaux génies. Voilà ce qui fait, surtout de nos jour, de la mythologie alexandrine un admirable sift d’étude et de méditation. Cette mythologie nouvel a moins duré que l’ancienne, et elle n’est jamas descendue dans les derniers rangs de la socitt: mais elle ἃ eu toutefois une existence réelle; elk:i régné plusieurs siècles; et même, vaineue dans k monde politique, elle présente encore au 1v° siècle dans les écrits de quelques philosophes, et ΜᾺ exemple dans Proclus, un système complet et δΕΙ͂ lié. Peu à peu elle participe de la décadenct à l’école et de la destinée du paganisme, et on n®

trouve plus dans Olympiodore que des lambeaux, où il n’est pourtant pas sans utilité de rechercher les vestiges de la pensée de l’école entière, Tel est le genre d’intérét que nous attachons ἃ la mythologie alexandrine et aux fragments qui s’en rencontrent dans ce commentaire sur le Phédon.

Platon, dans le passage en question , en appelle ἃ l’autorité des mystères. Olympiodore nous apprend que ces mystères étaient ceux d’Orphée; les mystères étaient déja un progrès, comme nous l'avons fait voir ailleurs, mais ils n'étaient guëre cependant que la religion populaire régularisée (1). Selon Orphée , il y avait eu quatre règnes successifs, d’abord celui d'Uranus, puis celui de Cronus, -qui mutila son père, ensuite celui de Jupiter, qui précipita Cronus dans le Tartare; enfin celui de Bacchus, qui, succombant aux embûches de Junon, fut mis en pièces par les Titans, dans des guerres violentes où Jupiter irrité lança sur les Titans la foudre divine dont les vapeurs en s’exhalant composèrent la matière d’où naquirent les hommes. Voila ce que dit-Orphée, d’après Olympiodore. Supposez qu’on s'arrête à la lettre de ces dogmes mêmes ainsi coordonnés, on n’a qu’une suite d’absurdités et d'exemples abominables de pères et de fils s'entre-détrônant les uns les autres ; exemples qui faisaient de la religion une école d’immoralité, quand elle doit être une école de

(1) Cours de 1829, pag. 243.

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