‹ Fragments philosophiquesChapitre 18 sur 92 · II · texte numérisé non relu

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concile une des principales accusations intentées contre Abclard fut de trop imiter Platon et de défigurer l'idée du Saint-Esprit en le considérant comme Tâme du monde. En effet, cette analogie est tout au long développée par Abélard dans l'Introduction et dans la Théologie. Introd.^ lib. I, pag. -10^5. « Bene autem Spiritum Sanctum ani- « mam mundi quasi vitam universitatis posuit.... Quod ({ dicit vero Deum excogitasse tertium animœ genus, quod « animam mundi dicimus, taie est ac si tertiam a Deo et « vGô) personam adstruat esse Spiritum Sanctum in illa (( spirituali divina substantia. » Theol. christ. •, lib. I, pag. -1^86 : « Nunc autem illa Platonis verba de anima « mundi diligenter discutiamus, ut in eis Spiritum Sanc- « tum integerrime designatum esse agnoscamus. » Sur quoi saint Bernard s'était écrié : « Dum multum sudat « quomodo Platonem faciat christianum, se probat ethni- « cum » [Epist. ad pap. Innoc). Ici, au contraire, Abélard combat cette même doctrine qu'il a professée dans l'Introduction et la Théologie. Ce morceau est trop important pour ne pas être rapporté tout entier (fol. -193 verso ^) : « Sunt autem nonnulli catholicorum qur, alle- « goriœ nimis adhœrentes, Sanctoe Trinitatis fidemin hac « considéra tione conantur ascribere, cum videlicet ex « summo Deo quem Tagaton appellant, ISoi naturam (( intellexerunt quasi filium ex pâtre genitum ; ex Noi « vero animam mundi esse quasi ex fîlio Spiritum Sanc- (( tum procedere. Qui quidem spiritus cum totus ubique (( diffusus omnia contineat, quorumdam tamen Odelium « cordibus per inhabitantem gratiam sua largitur charis- « mata quœ vivificare dicitur suscitando in cis virtutes ,

^. Omv. iW^C?., p. 475.

« in quibusdam vero dona ipsius vacare vidcntiir quœ <( sua digna habitatione non invenit, cum tamen et ipsis « prœsentia ejus non desit, sed virlutum exercitium. Sed « liœc quidem fldes Platonica ex eo erronea esse convin- <( citur quod illam quam mundi animam vocat, non co- (( œternam Deo sed a Deo , more creaturarum , originem <( habere concedit. Spiritus enina Sanctus ita in perfec- « tione divinœ Trinitatis consistit, ut tam patri quam « filio consubstantialis et coœqualis et coaeternus esse a « nullo fidelium dubitetur ; unde nuUo modo tenori ca- « tholicœ fidei adscribendum est quod de anima mundi <( Platoni visum est constare. » Cet avis s'adresse à quelqu'un des philosophes platoniciens du douzième siècle, et vraisemblablement a Bernard de Chartres* ; maïs il peut aussi fort bien s'appliquer à Abélard. C'est un désaveu indirect très-positif, et Saint Bernard lui-même aurait dû s'en tenir pour satisfait. Il semblerait donc impossible de ne pas admettre que ce morceau , de la plus rigoureuse orthodoxie, a dû suivre et non pas précéder le concile de Sens. En ce cas , il faudrait supposer que l'ouvrage que nous examinons a été composé après -1^40, dans les dernières années de la vie d'Abélard, lorsque après sa dernière condamnation il était retiré a Cluny, auprès de Pierre le Vénérable. Dans cet asile, il écrivait et travaillait encore, comme nous l'apprend la lettre de Pierre le Vénérable à Héloïse 2. « Nec momentum aliquod prœ- <( terea sinebat quin simper aut oraret aut legeret aut <( scriberet aut dictaret.... antiqua sua revocans studia, « libris semper incumbebat. » A l'appui de cette hypo-

4. Voyez rHistoire'littéraire de la France, t. xii, p. 271. 2. Abœl. opp. epist. 23, p. 341.

thèse, on pourrait dire encore qu'excepté quelques échappées d'amertume et de fierté douloureuse , il règne en général dans cet écrit un ton assez calme sur les hommes et sur les choses. Dans VHistoria calamitalum écrite à Saint-Gildas entre ses deux condamnations, Abélard s'exprime sur son maître Guillaume de Champeaux avec irritation et dédain. Ici il le critique quelquefois, plus souvent il le défend, toujours il le traite avec une considération marquée. A l'égard de Roscelin, la violence de la lettre a l'évêque de Paris qui se trouve dans la collection de d'Amboise ^ contraste singulièrement avec le langage exempt de passion du manuscrit de Saint-Victor. La doctrine de Roscelin y est censurée sévèrement , mais sans aucun fiel. Il semble même que toutes ces querelles dialectiques sont déjà bien loin d'Abélard , car il en parle comme de souvenirs d'un autre âge..,, memini.... dicere solebam,,.. Ces formules reviennent sans cesse. A "ce propos, il faut remarquer que le fragment de Saint- Germain est d'un ton bien différent. C'est une polémique serrée, vigoureuse, incisive, on y sent une âme encore tout engagée dans les luttes de l'école. Il serait doiïc possible que ce fragment appartînt a une époque de la vie d'Abélard plus voisine de sa jeunesse, tandis que le tranquille , l'orthodoxe , le mélancolique ouvrage que nous a conservé notre manuscrit, semble avoir été composé dans la dernière partie de la vie d'Abélard , après sa seconde condamnation , dans la paisible et laborieuse solitude où cet ardent génie est allé s'éteindre.

Mais une grave difficulté s'oppose à cette conclusion. Si le traité que renferme le manuscrit de Saint-Victor est

U Abœl. opp. cpist. 23, p. 35^?.

en effet poslcricur à la seconde condamnation d'Abélard, il s'ensuit qu'il n'a pu être cité dans la Theologia christiana, et que par conséquent il n'est pas la célèbre dialectique a laquelle la Theologia christiana fait allusion. Ou si l'on persiste a reconnaître la dialectique dans le manuscrit de Saint-Victor, il faut alors renoncer à soutenir que notre traité ait été composé dans les dernières années de la vie d'Abélard. Quelle que soit donc la véiitable date de la composition de cet écrit , nous allons le considérer et l'étudier en lui-même, et le réunissant au fragment de Saint-Germain sur les genres et les espèces, ainsi qu'aux diverses gloses du même manuscrit, rechercher ce que ces anciens monuments, publiés pour la première fois et rassemblés dans ce volume, peuvent nous fournir de lumières nouvelles sur Abélard, sur sa philosophie et sur celle de son siècle.

Des ouvrages d'Abélard jusqu'alors inconnus, qu'indiquent nos manuscrits.

I. Une des premières questions que la curiosité adresse à tout ouvrage d'un auteur célèbre, qui voit le jour pour la première fois, est celle ci : Ce monument, jusqu'alors inconnu, ne nous en révélerail-il pas d'aulres encore du même auteur? Puisque Abélard avait fait tant d'ouvrages de philosophie , la découverte de l'un d'eux pourrait conduire a celle de quelques autres; ainsi c'est V Introductio ad Tlieologiam et la Theologia christiana qui nous ont appris qu'Abélard avait composé un traité de dialectique, traité que nous croyons avoir retrouvé dans celui que nous publions. Celui-ci, à son tour, ne pourrait-il nous meltro sur la trace de (luehjue autre écrit, aujourd'hui perdu ou

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peut-être encore enseveli dans la poussière d'une bibliothèque , comme le nôtre l'était il y a si peu de temps? A cet égard, le manuscrit de Saint-Victor nous fournit plus d'un document précieux. D'abord , comme nous l'avons déjà dit, il nous apprend, par plus d'un passage, que la Dialectique commençait par un livre qui , dans l'économie générale de ce grand traité, occupait la place de l'Introduction de Porphyre dans VOrganum , et vraisemblablement roulait sur les mêmes matières. Ce livre, appelé le livre des Parties, liber Partiuyn, manque dans notre manuscrit, et probablement il est à jamais perdu pour nous ; car le manuscrit de Saint-Victor paraît unique en Europe. C'est dans ce liber Partium que devaient se trouver les questions les plus curieuses et les plus importantes de la dialectique, et^ à en juger par le reste de l'ouvrage dont il formait le commencement , il devait être aussi étendu et aussi développé que la glose sur Plnfroduction de Porphyre est brève et aride. A défaut du livre lui-même, du moins en avons-nous quelques fragments dans les allusions nombreuses qu'Abélard fait à son propre ouvrage. Ces allusions recueillies feraient suffisamment connaître ce premier livre delà Dialectique ^ \^ mais ce n'est pas là le seul document que contienne le manuscrit de Saint-Victor. Il nous révèle encore l'existence d'un autre ouvrage d'Abélard que rien jusqu'ici ne pouvait nous faire soupçonner. Il paraît qu'outre ses gloses sur Porphyre, sur Aristote et sur Boëce, et notre grand traité de dialectique , Abélard avait aussi composé un autre traité de dialectique beaucoup plus élémentaire que le

^. Elles sont dans les Ouv. inéd., aux pages 204, 203, 227, 557, 400, AÀ7, etc.

nôtre, à l'usage des commençants. Voici, en effet, ce que nous trouvons, foL ^37 reclo ^ : « Quœ autem in- « vicem contrariœ propositiones vel contradictoriœ, quœ (( ctiam subaiternâG vel subcontrarioe dicanlur aut quas u ad in vicem inferentias vel differentias qualesque con- « versiones habeant , in his introductionibus diligenter « patefecimus quas ad tenerorom dialecticorum erudi- « tionem conscripsimus. » Et ailleurs, fol. -147 recto "^ : (( Quam eliam diffinitionem (syllogismi) Boethius in se- « cundo Categoricorum suorum commémorât ac diligence ter singulas expediendo differentias pertractat , sicut in « illa altercatione de loco et argumentatione monstravi- (( mus quam ad simplicem dialecticorum institutionem « conscripsimus.» Ailleurs encore, fol. \ 51 verso ^ : « Non « est autem prœtermittenda ad cognilionem loci diffe- « rentiœ doctrina introductionum nostrarum quas ad « primam tenerorum institutionem conscripsimus , in (( quibus..., )) Il semble bien que cette introduction élémentaire a la dialectique portait le nom d'Introduction , Introductiones ; car ce nom, que nous avons déjà rencontré deux fois, revient constamment. (Fol. \ 67 verso) ^. 0 Non est autem prœtereundum illas determinationes « cassas et inutiles esse quœ a quibusdam minus eruditis « maximis propositionibus apponuntur superflue, quasi « integris vestimentis panniculi quidam assuantur; quas « quidem in his introductionibus quas ad parvulorum « institutionem conscripsimus nos posuissememinimus. »

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