Edit, Bas., in-fol., <570, p
10 PHILOSOPHIE SCnOLASTIQUE.
une glose où, après un assez court préambule sur le but, la forme et rutilité de l'ouvrage de Boëce, Tauteur s'attache a son texte, le suit pas à pas, et explique plus ou moins longuement chaque phrase, et souvent môme chaque mot. Cette glose est incomplète, et comprend seulement le premier livre et le commencement du second livre du traité de Boëce , lequel est divisé en quatre livres : il manque donc près des trois quarts de cette glose. Mais cet écrit est-il d'Abélard, et quelle en est la valeur? Je répondrai a la dernière question qu'un pareil écrit ne pouvait servir qu'à des écoliers, auxquels il facilitait rintelligence littérale du texte de Boëce. Rien d'alambiqué ni de subtil, mais en revanche rien d'intéressant. La diction en est assez claire et assez correcte, mais de la plus grande sécheresse. Quant a savoir si cette glose est d'Abélard, le titre, qui est ancien et du treizième siècle, comme le reste du manuscrit, le dit positivement ; et dans le corps de Touvrage, s'il n'y a rien qui conûrme cette inscription, il n'y a rien non plus qui la démente. Pour les preuves internes, outre qu'il faut être fort réservé sur ce genre de preuves, ici le défaut absolu d'ouvrages analogues d'Abélard, nous ôtant toute comparaison, rend toute induction très-difficile. Le peu de valeur de cette glose, prise en elle-même, n'est point une raison pour en révoquer en doute Tauthenticité. Le genre de la glose admis, il fallait bien s'y conformer, et, précisément pour être un bon glossateur, se borner a expliquer littéralement le texte pour des commençants qu'on suppose n'avoir aucune connaissance ni du sujet ni de l'ouvrage. C'est d'ailleurs un éloge que Jean de Salisbury, dans le MetalogicuSj fait de la manière d'Abélard, que dans son ensei-
gnement il s'attachait avant tout a être compris, qu'il se mettait a la portée de ses auditeurs, et que, malgré l'usage contraire de la plupart des professeurs de son temps, il évitait dans ses leçons une profondeur déplacée, et s'en tenait aux explications les plus simples, a des explications presque verbales K Si telle était la manière d'Abélard dans le commentaire et la glose, au rapport de J. de Salisbury, qui l'avait entendu lui-même, cette glose, quelque simple qu'elle soit, peut très-bien appartenir à Abélard ; et nous avons cru devoir en publier le prologue ^, qui en est la partie la moins aride. Mais assurément ce n'est pas ce manuscrit qui nous donnera les lumières que nous cherchons sur la dialectique d'Abélard : tout au plus y apprendrons-nous ce que pouvaient être ses leçons à ses plus faibles écoliers. Nous serons plus heureux avec les deux autres manuscrits.
Voici ce que disent de ces deux manuscrits les auteurs de l'Histoire littéraire de la France :
« 11 y a quatre ouvrages d'Abélard conservés dans la <( bibliothèque de Saint-Victor, dont le premier est in- (( titulé : Pétri Peripatetici libri quatîior Categoria- (( rum, sive super Prœdicamenta Aristotelis, Le second : « Pétri Peripatetici Analijticorum liber primus et
A. Joh. Salisb., Metalogicus , lib. m, cap. i. a Quomodo Porpliyrium legi oporteat et alios auctores. — Equidem ex animi mei sententia sic omnem librum legi oportet ut quam facillime potest eorum qua) scribuntiir babeatur cognitio. Non enim occasio quœrenda est ingerendae difficiillatis, sed ubique facilitas generanda. Quem morem secutuin recolo Peripateticum Palatinum... malens iustrucre etpromovere suos in puerilibus quam in gravitate philosophorum esse obscurior; faciebat enim sludiosissime quod in omnibus prœcipit fieri Augustiuus, id est rerum intellectui serviebat. »