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218 PHILOSOPHIE sciiolastique.
rcntendons tous les deux, de pures notions abstraites et comparatives. Donc , encore une fois , les universaux , précisément parce qu'ils ne sont que des notions, des conceptions abstraites, ne sont que des mots ; et si le norainalisme part du conceptualisme, le conceptualisrae doit aboutir au nominalisme.
Nous ne savons trop ce qu'Abélard aurait pu répliquer à cette réponse de son premier maître, et nous ne connaissons qu'un seul moyen de le faire, c'est de se placer dans la doctrine de son second maître, Guillaume de Champeaux. Si le réalisme est faux, le nominalisme est vrai; mais si le réalisme est vrai, le nominalisme est faux. Or, le conceptualisme est le principe du nominalisme ; c'est le nominalisme lui-même, sauf la conclusion, qui pourtant est nécessaire et qui , dans sa nécessité à la fois et dans son extravagance, trahit le vice du conceptualisme.
11 y a un rapport si intime entre le conceptualisme et le nominalisme que, selon les temps et les circonstances, et le plus ou moins de force et de hardiesse des esprits, le nominalisme, sans se détruire, se réfugie et se métamorphose dans le conceptualisme, ou le conceptualisme se développe en nominalisme. Ainsi, après l'orage qui, au concile de Soissons, éclata sur Roscelin, le nominalisme, proscrit et couvert d'anathèmes, se réduisit au conceptualisme, perdant ainsi de sa rigueur, mais sauvant ses principes , où sont déposées toutes ses conséquences. Et quand le conceptualisme, après avoir laissé passer Torage et le règne de l'orthodoxie et du réalisme, eut fait ainsi quelque temps son chemin dans l'ombre, dès qu'il trouve au quatorzième siècle de meilleures circonstances; il reprend sa forme et son nom de nominalisme. Avancez dans
l'histoire ; entrez clans la philosophie moderne : le nominalisme y passe tour à tour par les mêmes métamorphoses. Il se montre dans Hobbes a visage découvert ; mais Hobbes décrie le nominalisme au commencement du dix-septième siècle, comme Roscelin à la fin du onzième. Aussi, entre les mains du sage et inconséquent auteur de TEssai sur Tentendement humain, le nominalisme s'efface un peu sans cesser d'être, et redevient une sorte de conceptualisme ^ L'esprit plus libre du dix-huitième siècle lui restitue son caractère et son nom : Condillac Térige en une doctrine régulière et complète, avec tous ses principes et toutes ses conséquences, sans aucune limite, mais aussi sans aucun contre-poids^. On ne peut pas s'arrêter au conceptualisme; il faut ou remonter jusqu'au réalisme ou descendre jusqu'au nominalisme. Il y a cinquante ans , le judicieux Reid rencontre sur son chemin cette vieille querelle des universaux, et tout en rejetant le nominalisme, il témoigne une certaine sympathie pour le conceptualisme'. L'école écossaise fait un pas. Dugald Stewart^ développe la doctrine de son maître, et il ne s'arrête plus au point fixé par Reid : il s'avance jusqu'au nominalisme. Quelquefois aussi, quand le conceptualisme se rencontre dans une doctrine qui incline a l'idéalisme, alors ne pouvant suivre la pente qui d'ordinaire l'entraîne au nominalisme, et ne pouvant pas non plus s'arrêter a ce point indécis et mobile qui est le conceptualisme, à proprement parler, il remonte invinci-
\, C'est Reid qui a mis Locke dans le parti du conceptualisme; voyez ^re série, tom. iv, leç. xxi, p. 2S8. a Locke devrait être placé parmi les conceptitalistes. » La vérité est que Locke est à la fois conceptualiste et nominaliste; voyez 2e série, leç. xx, p. 213.