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II

194 PHILOSOPHIE SCnOLASTIQUE.

(( caractère fondamental. Lorsque l'on dit : Socrate est (' un homme, on n'aftirme de lui que ce qui est constitué (( par tous les individus réunis de riiuraanité; car le nom] « d'homme n'a pour signification principale que celte « collection tout entière ; il ne désigne pas d'une manière' (( actuelle un seul individu pris à part ou une collection (( partielle d'un certain nombre de ces individus. Il ne ({ fautpas, du reste, dans la définition de Tespcce, prendre « à la rigueur cette expression : s'affirmer actuellement ; (( autrement, si personne ne parlait, il n'y aurait plus « d'espèce, car rien alors ne serait expressément signifié : « il faut entendre par là être en état d'être affirmé d'une « chose, c' est-a-dire, d'être la signification principale du « prédicat; ce qui ne peut s'appliquer a une collection de (( cinq individus. En effet, on ne pourrait imaginer deux 0 noms dont l'un signifiât l'une des deux collections, et (( Tautre la seconde ; car on ne pourrait concevoir aucune (( diversité de matière, ni de forme, ni même d'effets; et « les deux mots ne produiraient qu'une seule et même <( conception , comme glaive et épée. On peut nous dire

categoreumata quod signifîcantia, idem erit prœdicari quod significarl principaliter, quam solam significationem recepit Aristoleles *, juxta illud : « album nil significat, nisi qualitatem. w Cum enim album subjectum albedinis nominando signifîcet, illam solam significationem notavit Aristoteles, in qua intellectus constituitur per vocem, Revertamur ergo et videamus an illud constitutum tantum quinque essentiis, prœdicetur in quid de pluribus, ut diclum est. Cum enim dicitur -. Socrates est homo non prœdicatur nisi quod ex singulis humanitatis essentiis constituitur. Neque enim principaliter aliud significatur per boc nomcn homo quod est homo, quam tota multitude, nec aliqua una essentia nec aliquid constitutum ex pluribus essentiis illius multitudinis, juxta illud Boethii quod dictum est « bumanitas , etc. , » utique actualiter significatur. Nec ita

^Aristot. Categ., P. ^59,

« aussi : Cette collection de cinq individus est en état d'être « aftirmée de plusieurs choses; demain peut-être elle le « sera sous le nom d'homme : car il peut arriver que l'hu- « manité, qui est formée aujourd'hui de dix individus, le (( soit demain de cinq seulement. Il n'en est rien. Cette « collection de cinq individus, si elle fait partie de l'en- « semble d'une humanité constituée par un nombre d'in- « dividus plus considérable, n'est pas en état de former « une conception unique , quoiqu'elle doive en former « une des que l'humanité sera réduite au nombre de cinq « individus. Comme un mot, avant d'avoir reçu son ap- « plication, a la puissance de signifier, mais n'est pas pour (( cela en état de le faire ; et comme une plume a la puis- « sance d'écrire avant d'être taillée, et n'est cependant (( pas encore en état de le faire, de même la collection de (( cinq individus, tant qu^elle fait partie d'une humanité

accipiendum est in diffinitione speciei prœdicari actualiter; alioquin omnibus tacentibus nuUa species esset; nam nil significaretur ; sed aptum ad prœdicandum , id est ad principaliter significandum per vocem prœdicatum, quod convenit coUecto ex qiiinque essentiis. Possent enim duo nomina poni quorum alterum daret intellectum de uno collecto, et alterum de altero ; hoc falsum est , per nuUum enim nomen talis haberetur intellectus de illo conjuncto discernens ab alio conjuncto. Non enim conciperet vel diversam materiam vel diversam formam vel res diversorum effectuum, quod quale sit post dicetur, sed sicut cnsis et gladius eumdcm générant intellectum, ita illa duo nomina facerent. Item opponi potest : illud constitutum ex quinque essentiis aptum est prœdicari de pluribus; quarc cras forsan praedicabitur per hoc nomen homo. Contingere enim potest ut humanitas quœ hodic ex decem essentiis constat, ex quinque tantum essentiis cras constituatur ; falsum est. Illud constitutum ex quinque essentiis , dum sit in constitutione humanitatis constitutœ ex amplioribus, non est aptum ut de ea habeatur intellectus, quamvis paulo post habebitur, cum ad numerum quinque essentiarum humanitas redigetur. Sicut enim vox aliqua ante impositionem potest quidem signiflcare , sed tamen non est apta ad significandum, licet post impositionem significet,

196 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.

« conslituoc par un plus grand nombre, a la puissance, « il est vrai , d'être signifiée par le mot humanité, mais « nVst pas encore en état de l'être. Que si Ton prend être « affirmé d'une chose pour être en cette chose, ce que « nous admettons, car nous ne voulons pas al)olir un bon « usage, il faut s'exprimer ainsi : Toute nature qui est « matériellement en plusieurs individus est une espèce. » « Si Ton vous oppose * que la collection de cinq indi- « vidus est une espèce, puisqu'elle est matériellement en « plusieurs individus, répondez seulement : cela ne fait (( rien à l'affaire, parce que ce n'est pas une nature; or « il ne s'agit ici que de natures. Vous me demanderez ce « que j'entends par nature; écoutez .-j'appelle nature toute « chose essentiellement différente de tout ce qui n'est pas (( cette chose ou ne se rapporte pas à cette chose, qu'elle « soit du reste un seul individu ou plusieurs; ainsi, So- (( crate est une chose essentiellement différente de tout ce (( qui n'est pas Socrate. De même l'espèce homme est une (( chose essentiellement différente de toutes les choses qui « ne sont pas cette espèce ou quelque individu de cette

et sicut penna potcns est ut per eam scribatur ante incisionem , nec tamen apta est, sic illud constitutum ex quinque essentiis, dum manet pars humanitatis ex pluribus constitutœ, potens quidem est significari per vocem, sed non est aptum, dum sit pars humanitatis ex pluribus constitutae. Quod si pracdicari quidem pix) inhaercre accipiatur, quod et nos concedimus , neque enim bonum usum abolerc volumus , sic dicendum est : omnis natura quœ pluribus inliaeret individuis matcrialitcr, species est. » \. Fol. 46 recto. Ouvr. inéd., p. 533. « Quod si quis opponat : ergo constitutum ex quinque essentiis species est;ipsum enim pluribus inboeret malerialiter; respondc modo : nil ad rem, quia non est natura ; hic autem tantumagitur de naturis. Si autem quœras quid appcllem naturam,exaudi : naturam dico quidquid dissimilis crealionis est ab omnibus quac non sunt vel illud vel de illo, sive una esscntia sit sivc plures, ut Socratcs dissimilis crcationis ab omnibus quœ non sunt Socratcs. Similiter et homo spe-

« espèce; ce qui ifest pas vrai d'une collection quelcon- « que, d'un nombre quelconque d'individus de l'imnia- « nité. Mais celte collection partielle n'est pas une chose (( essentiellement différente des autres individus compris « dans Tespcce.

« On demande * encore si celle propriété de s'afllrmer « de plusieurs choses, selon leur caractère fondamen- « tal, s'applique à toute espèce. Si nous répondons af(ir- « mativement, on objecte que cela s'applique pourtant « au phénix, qui n'est pas le résultat de la collection de « plusieurs individus, mois bien un seul et unique indi- « vidu, et qui ne peut être en plusieurs choses, ni être « une signiCcation principale comme matière de plusieurs « sujets, puisque étant une seule essence indivisible, il ne « peut se trouver dans le même temps en plusieurs in- « dividus. Nous répondons avec Bocce (a) : « il y a bcau- « coup de choses qui sont en essence sans être en acte : » a ainsi, quoique le phénix ne s'affirme pas actuellement « de plusieurs individus, cependant il est en état d'en « être affirmé; ce que je n'entends pas, à moins que Ton

cics est dissimilis crcationis ab omnibus rcbus quœ non sunt illa specics vel aliqua essentia iUiiis speciel ; quod non convcnit cuilibet coUecto ex aliquot essentiis bumanitatis. Nam illud non est dissirailis creationis a reliquiis essentiis quœ in illa specie sunt. »

1. Ihid. « Amplius quaeritur utrum omni speciei convcniat prœdicari in quid, etc. Quod si concedatur, dicuntquod convenit phœnici quœ ex pluribus essentiis collecta non est, sed una tar.tum est essentia, sed ista ncc pluribus est apta inbœrere nec principaliter significari, pluribus existentibus subjectis quorum sit matcria, quia, cum una indivisibilis essentia sit, pluribus eodem tempore esse non potest. Rcspondemus : Boctbius banc facit oppositioncm, et solvit quia illa diffinitio non convenit omni

(a)Boetb. in PrcTdicam., p. 71.

« ne dise : cette matière qui est le sujet de la forme de ce « phénix peut la perdre, et, en prenant une autre forme, (( constituer un autre individu ; et de la sorte, la même « matière, qui n'est autre chose que l'espèce, peut, mais « dans différents temps et non pas dans le même temps, « être en plusieurs individus. Voici donc comment il faut « prendre la déûnition en question : l'espèce est cette na- « ture qui peut être afûrmée de plusieurs individus, etc., « soit dans le même temps, soit en des temps différents. « On dira peut-être : puisque la matière du phénix est « une seule et unique essence, ce phénix pourrait être (( considéré avec raison comme sa matière à lui-même ; « ce qui ne peut se dire des individus humains et de l'es- « pèce, c'est-à-dire de l'homme; Socrate n'est pas ces a différents individus qui sont l'espèce. Mais je le nie; « autrement nous tomberions dans cette contradiction « que le singulier serait l'universel, par le raisonnement « que voici : ce phénix est sa matière même ; or, cette « matière est un universel, donc ce phénix est un uni- « versel. Au contraire, nous disons d'une manière gêné-

speciei, sed a majori parte data est. Sed aliter solvit. Multa dicuntur secundum naturam quœ non sunt secundum actum, ita phœnix , quamvis actualiter non prœdicetur quidem de pluribus, apta est tamen praîdicari, quod qualiter verum sit non video, nisi dicatur : illa materia quaî sustinet formam hujus phœnicis, potest illam amitlerc et, alia accepta forma , aliud individuum constituere ; et sic eadem materia quœ species est, diversis temporibus et non eodera pluribus potest inhœrere. Ita ergo intelligenda est diffinitio : species est illa natura quœ de pluribus apta est prœdicari, etc., sive eodem tempore sive diverso. Forsitan dicctur : cum una tantum essentia sit phœnicis materia, poterit vere dici bœc phœnix sua materia, quod non poterit dici inter individua hominis et speciem, hominem scilicet ; neque Socrates est illœ multœ cssentiœ quœ sunt species. Hoc negamus; alioquin haberemus inconveniens, quod singulare est

(( raie que toute matière est opposée à ce dont elle est la (( matière, de sorte que Tune n'est pas l'autre. »

« On dira encore * : cette essence d'homme qui est en (( moi est quelque chose ou rien ; si elle est quelque chose, « elle est substance ou accident ; si elle est substance, elle « est substance première ou seconde; substance pre- « mière, elle est individu; substance seconde, elle est « genre ou espèce. Nous répondons que cette sorte d'es- (( sence n'a pas reçu de nom ni d'une manière directe, ni « par métaphore. Car les autreurs n'ont donné de noms « qu'aux natures véritables ; or, nous avons montré que (( cette essence n'est pas une nature. On ne peut donc « dire proprement que ce soit quelque chose ni que ce « soit une substance. Si cela semble absurde, nous accor- « derons que ce soit quelque chose, une substance, mais « nous n'accordons pas que, si elle est une substance, elle « est une substance première ou une substance seconde ; « car cette division n'a été faite que pour les natures vé- « ritables. Et si en effet nous nous y soumettions ici, nous (( tomberions dans cette difflculté de faire de l'essence « dont nous parlons, ou bien un individu, ou bien un

univcrsale, hoc modo ; hœc phœnix est phœnix sua matcria ; sed iUa est universale; crgo hœc phœnix est universalis. Generaliter autcm dicimus omnem materiam oppositam esse siio materiato, ita scilicet ut hoc non sit illud. »

A. Fol. 4G recto, c. ^, c. 2. Ouvr. înéd , p. bôî. « Amplius opponctur ; iUa essentia hominis quœ in me est, aliquid est aut nihil ; si aliquid est, aut substantia aut accidens; si siihstantia, aut prima aut secunda; si prima, individuum est; si secunda, aut gcnus aut spccies. Besponderaus tali essentiœ nullum nomen esse datuni, ncc per impositionem nec per translationem. Neque enim auctores dederunt nomina uisi naturis ; hanc autem ostensum est non esse naturam. Itaque nec aliquid nec substantia potest appeUari proprie. Quod si absurdum videatur, concedimus aliquid

200 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.

« genre ou une espèce; car les secondes substances sont « les espèces et leurs genres, comme dit Aristote (a). Et (( que Ton ne s'étonne pas de nous voir avancer que « toute substance n'est pas nécessairement première ou (( seconde; d'autres font de même, lorsqu'ils disent (( qu'liomme blanc est une substance et n'est pourtant ni {( une substance première ni une substance seconde. »

Après avoir ainsi parcouru les objections de ses adversaires et opposé à ces objections les réponses que nous venons de rapporter, Abélard passe a l'autre partie de la discussion, Texamen des autorités. Comme il y a un peu de tout dans Boëce, les adversaires d'Al)élard avaient essayé de tourner contre lui plusieurs passages de Boëce, qu'il s'attacbe a expliquer ici dans un sens favorable à sa doctrine. Nous traduirons encore ce morceau, parce qu'il est court et que cette partie de la discussion avait, au XII® siècle, une importance égale ou supérieure même a la première.

0 Boëce ^ dit dans son second commentaire sur Por- « phyre [b) : « Quelque nombreuses que soient les es- « pèceSy il y a en toutes un seul et unique genre : non

vel substantiam esse. Sed hoc non concedimus : si est substantia vel prima vel secunda, haec divislo non est facta nisi de naturis. Quani si concederemus, duceremur in arctum, scilicet ut vel individuum cssct vel genus vel species. Secundœ enim substanliœ siint species et eariira gênera, ut ait Aristoteles. Nec cui niirum vidcatur nos concedere non esse omnem substantiam vel primam vel secundam ; hoc idem alii faciunt; concedunt enim hominem album esse substantiam, nec tamen primam vel secundam. »

^. Fol. 46 recto, c. 2 ; 46 verso, c. i , c. 2. Olivr. iliéd., p. 'o35-537.

(rt) Categ., p. 451.

{b) Boeth. in Porph., p. 6*4.

(( pas que chaque espèce en prenne une partie, mais de « telle sorte que chacune le contient tout entier dans le <( même temps. » Ici il semble r.icr formellement ce que « nous disons. Car dans notre opinion une partie des « individus qui constituent le genre animal, prend la a forme de la rationalité pour constituer l'homme; une « autre partie prend celle de Tirrationalité pour consti- « tuer l'âne, et jamais la quantité totale n'est dans quel- « qu'une des espèces. Or, Boëce dit tout au contraire que (( ce n'est jamais la partie, mais le tout qui est en cha- (( cune. Voici notre solulion : Boëce s'exprime ainsi dans « le traité où il prouve que les genres et les espèces ne 0 sont pas ; ce qui ne pouvait se prouver que par un (( sophisme. Nous soutenons donc que ce qu'il dit est (I faux ; et il n'y a rien d'impossible à ce qu'en faisant un « sophisme il glisse une proposition fausse ; car on ne « peut prouver l'absurde que par le faux. On peut dire (( encore : lorsque Boëce nie que les espèces prennent des « parties du genre, il ne parle pas des individus qui com- « posent la collection, mais des parties de la définition. (( Par exemple, Tanimal, qui est un genre, est composé « d'un corps qui en est la matière et delà sensibilité qui

«■ Boethius in secundo commentario super Porphyrium dicit : « quantœcumquc cnim sint species, in omnil)us genus unum est; non quod de eo singnlœ species quasi partes aliquas carpant, sed quod singula; uno tempore totum genus liabent. » Hic plane videtur negare quod dicimus ; hoc cnim habet nostra sententia quod pars essentiarum animalis quœ illud genus faciunt, informatur rationaiitate ad faciendum hominem ; pars vero irrationalitate ad faciendum asinuni, et nunquam illa tota quantitas in aliqua specierum est. Boethius autem e contra dicit numquam parteni, sed totum esse in singulis. Hoc solvimus. Boethius dicit hoc in eo tractatu ubi probat gênera et species non esse ; quod si non sophismate piobari non poterat. Dicimus ergo iHud esse falsum quod dicit ; nec est

« en est la forme. Lors donc qu'il passe dans les espèces, « une des espèces ne prend pas la matière sans la forme, « et l'autre la forme sans la matière; mais dans chacune « des espèces est la forme et la matière du genre. De « même dans le traité de la différence, a propos de ce « passage : « La différence (a) est ce par quoi l'espèce « surpasse le genre. » Boëce dit (b) : « En effet, il n'en « est pas du genre comme d'un corps, où une partie est « blanche et une autre noire; car le genre, considéré en « lui-même, n'a point de parties, si on ne le rapporte (( aux espèces. Ainsi tout ce qu'il possède , il le possède a en toute sa grandeur, c'est-îi-dire en toute sa quan- « tité. » Cela semble contre nous; car, selon nous, l'ani- « mal, qui est le genre, prend en une partie de lui-même « la rationalité et en une autre l'irrationalité, et il est « impossible que la partie affectée de la rationalité prenne

inconveniens si , dum sophisma facit, falsum interserit. Inconveniens cnim nisi per falsum probari non potest. Potest et aliter dici : cum negat Boethius species partes generis carpere, non de essentiis illam multitudiiiem conjungentibus agebat, sed de partibus diffinitivis. Verbi gratia, animal genus ex corpore constat materia , ex sensibilitate forma. Cum ergo per partes suae quantitatis transit in species, non arripit una de speciebus materiam et non formam, et alla materiam et jion formam , sed in singulis speciebus materia et forma generis est. Item in tractalu differentiœ super hune locum : « Differentia est quœ abundat species a génère m sic ait Boethius : « neque enim sicut in corpore solet esse alia pars alba, alia nigra, ita fieri in génère potest. Genus enim per se consideratum partes non habet, nisi ad species referatur. Quicquid igitur habet , non partibus sed tota sui magnitudine •» quantitate « retinebit. » Et hoc esse contra nos videtur. Hoc enim habet nostra sententia, quod animal illud genus in parte sui suscipit ralionalitatem et in parte irrationalitatem. Nec aliquo modo pars illa quae rationalitate tangitur,

(a) Porphyr. I5ag., p. 594.

(b) Boeth. in Porph., p. 87.

(( l'Irrationalité ; car c'est par la que nous échappons à « ral)surdité d'admettre des opposés en une même chose ; « absurdité que ne peuvent éviter ceux qui tiennent pour (( la doctrine que nous combattons. Yoici notre solution : « Boëce dit cela dans un passage où il prouve que les dif- (( férences ne sont rien , ou bien que deux opposés se (( rencontrent en une même chose ; ce qui est faux et ne (( peut être prouvé que par un sophisme. 11 a donc glissé (( dans son argumentation cette proposition fausse, et il (( n'est pas pour cela dans l'erreur; car il voyait bien la ({ fausseté de sa proposition, mais il ne l'en a pas moins (( avancée pour mener à fin son sophisme. Vous pourriez « dire encore qu'il n'appelle pas quantité celle qui est (i formée des individus qui composent le genre, mais celle « qui est constituée par les parties de la définition ; et « sous ce rapport on pourrait dire : chaque individu de « ce genre a la quantité du genre. Quant a cette proposi- (( tion, que le genre et Tespcce ne sont pas composés « de parties intégrantes, nous la déclarons absolument (( fausse ; à moins que Ton ne veuille admettre que les (( auteurs n'ont appelé parties intégrantes que celles qui « sont de nature différente : et dans ce cas ils n'auraient (( pu appeler parties les individus dont se composent les

irrationalitatc efficilur , vcl e converse. Hoc enira per quod vltanius duo opposita non esse in eodem, quod scilicet inconveniens effugere non possunt qui grandis asini sentcntiam tenent. Solvimus hoc : hoc dicit Bocthius in eo loco in quo probat aut differentias nil esse aut duo opposila esse in eodcm, quod utique falsum est, nec si non sophismate prohari potest. In hac ergo probatione falsum hoc interserit , et tanien non fallitur. Sciebat enim falsum esse, iuterseruit tamen, ut ad fincm suum sophisma perduceret. Vcl dicas cum quantitatem appellare non iilam quaî essentiis genus illud conjungentibus conficitur, sed illam

204 PHILOSOPHIE scholastique.

(( genres ou les espèces; car ces individus sont de nature « tout à fait semblable. Boëce dit encore dans le même (( commentaire (a) : « De même que la même ligne est « convexe et concave, de même c'est une même chose (( qui est le sujet de Tuniversalité et de la particularité. » « Boëce semble vouloir dire que le singulier est univcr- « sel. Mais au fond nous ne sommes pas en contradiction « avec lui; il sufût de se rendre compte de ses paroles. (( 11 n'a pas pris particulier pour singulier, comme on se « l'imagine, mais pour espèce; car il a dit : Les genres M et les espèces, c'est-à-dire l'universalité et la particu- « larité, ont même sujet. 11 a donc entendu par univcr- (( salité le genre, et par particularité l'espèce de genre. « Yoici donc quel est le sens de ce passage : de même « qu'une seule et même ligne est le sujet de la concavité « et de la convexité, considérées comme ses accidents, de « même Socrate est le sujet du genre et de fespèce, de

quœ ex diffinitivis parUbus. Ut secundum hoc dici possit : unaquœque essentia illius generis quantitatem generis habet. Quod autem dicitur gcnus et species ex partibus integralibus non constare, plane falsum esse dicimus, nisi hoc concedamus quia auctores partes intégrales non appcllaverunt, nisi essent dissimilis crcationis ; unde essentias genus vel species conficienles recte partes appellare non potucrunt ; ipsœ enim sunt similis prorsus creatiouis. Item in eodem commenlario dicit Boethius : « quemadmodum eadem linea curva et cava est, ita et universalitati et particularitati idem subjectum est. » Hoc videlur Boethius voluisse, singulare esse universale, Sed nulla est oppositio; tantum vide quod dixcrit. Non enim accepit particulare pro singulari, ut œstimant, sed pro spccie ; dixit enim : « generibus et speciebus , id est universalitati et particularitati, idem subjectum est; » per universalitatem genus et parlicularitatem speciem generis. Sic ergo intelligendum est : quemadmodum cavitati et curvitati eadem linea subjecta est , ut accidentibus , sic idem Socrates generi et speciei, scUicet homini et animali, subjectum est ut prœdicalis,

[a) Boeth.jp. 56.

u riiommo et de l'animal, considérés comme ses prédi- « dicats. Ou bien autrement : la matière de ce phénix et « rindividu sont même chose, c'est-à-dire ne diffèrent « pas substantiellement. Mais la matière est le sujet de (( l'universalité, et l'individu de la singularité ; et cepenu dant le singulier n'est pas l'universel; quoique l'un (( soit identique avec l'autre, ainsi qu'il a été dit plus haut. (( Voilà les autorités qui semblent le plus contraires a « notre opinion. Mais il serait fastidieux d'énumérer « toutes celles qui l'appuient. Citons- en seulement quel- (( ques-unes. Porphyre dit(a) : L'espèce estce qui exprime (( la collection de plusieurs choses en une même nature, « et le genre encore davantage. » Boëce dit dans son se- (( cond commentaire sur Porphyre (b) : « Lorsque Ton « pense aux genres et aux espèces, on en recueille la res- « semblance dans les individus où ils se trouvent, et ainsi (( d'hommes dissemblables entre eux se forme la ressem- (( blance de l'humanité. Cette ressemblance, envisagée et (( achevée par l'esprit, devient l'espèce. De la ressem- (( blance de ces espèces, qui ne peut se trouver que dans « les espèces elles-mêmes ou dans leurs individus, résulte

Vel aliter : matcria hujus phœnicis et ipsum individuum idem sunt , id est non substantialiter différant. Materia vero subjecta est universalitati, individuum singularitati suLjectum est. Kec tamen singulare estuniversale, quamvis hoc sit idem cum iUo, sicut supra dictum est.

(( Et bœ quidem sunt auctoritates quœ maxime huie sentcntiœ videntur contrariœ. Ulas autem omnes enumcrarc quœ ipsi lirmameutum conferunt, gravarcmur. Dicanuis modo aliquas de multis quœ banc confirmant. Videamus : Porpbyrius dicit : « collectivum in unam naturam species est et magis id quod geuus. » CoUectionem vero in alia sententia non reperies. Bocthius in secundo commentario super Porphyrium : a Cum ge»

(a) Porph. /5flgf.,p. 582.

{b) Boelli. in Porph., p. îJ6.

H. iS

« a son tour le genre. Il ne faut voir dans Tespèce autre « chose qu'une conception qui résulte, en vertu d'une (( ressemblance substantielle, d'une multitude d'individus (( dissemblables. » De même dans le commentaire sur les « Catégories (a) : « Les genres et les espèces ne résultent « pas de la considération d'un seul individu ; l'intelligence « les tire de la collection de tous. » Cela est évidemment « contre la doctrine de la non-différence. Nous lisons a encore dans le même ouvrage : « Celui (b) qui le pre- « mier dit homme n'avait pas en pensée l'homme géné- « rai, qui se forme de tous les individus, mais tel ou tel « individu particulier auquel il voulait donner ce nom (( d'homme. » Ainsi dans le second commentaire sur le (( traité de l'Interprétation (c) : « Le nom d'homme ne « promène pas notre pensée sur chaque homme en par- (( ticulier, mais sur tous ceux en général qui participent <( à la déûnition de l'humanité. » Et dans le même com- (( mentaire (d) : « L'humanité, recueillie dans les natures « différentes des différents hommes, est résumée en quel-

nera et species cogitantur, tune ex singulis In quibus sunt, eorum similltudo colligitur, ut ex singulis hominibus inter se dissimilibus humani' tatis similitudo. Quœ similitude cogitata animo veraciterque perfecta fit species. Quarum specierum diversarum rursus similitude considerata, quœ nisi in speciebus aut earum individuis esse non potesl, efficit genus. Nihilque aliud species esse putanda est, nisi cogitatio collecta ex individuorum dissimilium numéro, similitudine substantiali. Genus vero collecta cogitatio ex specierum similitudine. » Item in commentario super categorias : « gênera et species non ex uno singulo intellecta sunt, sed ex omnibus singulis mentis ratione concepta. » Hoc plane est contra senten-

{a) Boeth. in Prœdicam.,p. 129.

(6) Ibid,

(c) Boeth. in Prsedicam,, pag» 559.

(ci) Ibid., pag. 540.

a que sorte en une même conception, en une même na- (( ture. )) On pourrait a peine compter toutes les autori- « tés que l'on trouverait à Tappui de notre opinion en « feuilletant attentivement les traités de logique. »

Il semble que la discussion pourrait être considérée comme épuisée, mais Abélard a réservé pour la fin l'objection la plus épineuse, qui transforme en quelque sorte la question des universaux» et lui donne une face nouvelle. La doctrine d'Abélard repose sur ce principe qu'il n'existe que des individus et dans l'individu rien que d'individuel. Dans l'individu Socrate il n'y a pas autre chose que la forme qui le fait être Socrate, la socratité ; et le sujet de cette forme, n'est pas l'humanité en soi, mais ce quelque chose de la nature humaine qui est la nature de Socrate. La matière dans l'individu Socrate est donc tout aussi individuelle que sa forme. Or, cette conséquence soulève l'objection suivante : mais est-il possible que dans ce composé qu'on appelle l'individu il n'y ait rien que d'individuel, et ne reste-t-il pas à chercher d'où viennent et cette forme et cette matière tout individuelles auxquelles Tanalyse s'est arrêtée? Il y a dans tout composé des éléments antérieurs à ce composé; par exemple le feu, la

tiam de indifferentia. Item in eodem : a qui primus hominem dixit , non illum qui ex singulis conficitur in mente liabuit, sed hune individuum atque singularem oui nomen hominis imponeret. » Aliquem voluit conQci ex singulis. Item in secundo commentario super Péri ermenias : « Cum taie aliquid animo speculamur, non in unam quamque pcrsonam mentis cogitatione deducimur per hoc nomen quid est homo , sed in omnes quicumque humanitatis difflnitione participant. » Item in commentario eodem : «Humanitas ex singulorum hominum collecta naturis in unam quodam modo reducitur intelligentiam atque naturam. » Vix numéro comprehendi poterunt firmamenta sententise hujus quae diligens logicorum scriptorum inquisitor inveniet. »

208 PHILOSOPHIE scholastioue.

terre, l'eau, Tair, ou bien le sec, riiumide, etc. Ces élcraenls eux-rucmes supposent un sujet, un sujet corporel ou incorporel. Et si, au terme de l'analyse, on est forcé de supposer quelque chose de simple au delà de quoi il n'y a plus rien a clierclier, ce quelque chose de simple, cette substance, celle essence pure est alors le fondement de tout le reste, le substratum de tous les accidents ultérieurs et de toutes les formes, le sujet véritable dans lequel s'opérera plus tard la merveille de rindividualité; or, ce sujet dans cet état n'est-ce pas l'universel ? Ainsi la doctrine des élémenls appliquée a la question des universaux, conduit Abélard a la question de l'origine et de la formation des individus.

« C'est là ^, dit-il, une dure question dont aucun de (( nos maîtres (a), à mon sens, n'a donné une solution (( raisonnable. Voici cependant ce qui me semble le plus « vrai. Los physiciens, faisant de la nature l'objet de leurs « recherches, s'occupèrent primitivement des objets visi- « blés qui tombaient sous leurs sens. Mais il leur élait (( impossible de connaître la nature de ces composés sans « connaître les propriétés des parties. Ils s'attachèrent « donc a subdiviser les parties composantes, j.usqu'à ce

•1. Fol. 4G verso, c. 2; 47 recto, c. ^,2. Oui'. i)iôd., p. 5o8-b4l. «Dura est haec provincia, nec ab ullo magistroruni nostrorum antehac, ut inteUexi, dissoluta rationabiliter. Tamen quod mihi verius videtur hoc est. Physici, rerum naturas iiivestigantes, visibiles rcs qiias subj celas sensibiis babebant, primitus inquisierunt. Eorum vero naturam ntpote integraliter compositorum cognoscere non poterant plane , nisi ipsorum componcntium proprictatem cognovissent. Insliterunt ergo ipsas partes componcntes subdividendo, usque dum ad illam partcm minutissimam intellectu veni-

(a) Ici Abélard reconnaît qu'il a eu plusieurs maîtres,

ABKLARD. 209

« qu'ils fussent parvenus a la partie la plus petite qu'il fût « possiiile de concevoir, et qui ne fut plus divisible eu (( parties intégrantes. Le terme de la division des parties (( intégrantes une fois atteint, ils se mirent à chercher si « un pareil petit être était composé de forme et de ma- « ticre, ou s'il était absolument simple. Le raisonnement ({ trouva que c'était un corps chaud ou froid, ou de toute « autre forme; car c'est là, je pense, ce que Platon a « nommé les éléments. Laissant donc la forme, il se de- (( manda si la matière du moins était simple. 11 trouva « que c'était un corps, et que par conséquent elle était (( constituée par la corporéité et par la substance. Pour (( la substance, il la trouva encore constituée par une « forme, la faculté de recevoir les contraires, et par une « matière , l'essence pure. En considérant cette matière (( de tous les côtés, on la trouva absolument simple, et ({ non plus constituée par une forme et une matière « Cette essence pure, avec tous les autres sujets essentiels « des formes sensibles, on Tappela universel, c'est-a-dire « sans forme, non qu elle ne soit pas le sujet des formes,

rcnt, qiiae in partes intégrales dividi non poterat. Intcgraliiim vero partium déficiente divisione, investigare cœperunt an talis essentiola ex materia constarct et forma, an oninino simplex esset. Invenit itaqnc ratio illa corpus esse calidumvel frigidum vel alterius formœ. Hujiis modi enim puto a Platonc appellata esse pura elemcnta. Relicta itaque forma, consideravit matcriam, an et illa simplex esset. Invenit eam corpus, et i(a constare ex corporeitate et substantia. Relicta itaque forma consideravit matcriam , sed et ipsam invenit constare ex susceptibilitate contrarioruni forma, materia autem mera esscnlia. Qiiam item matcriam undique spéculantes simpliciter omnino invcncrunt, nec omnino ex aliqna materia vel forma constantcm. ïlanc itaque mcram essentiam cum aliis quaî essentialiter rcrum sensilium formas sustinebant, universale appcllavit, id est informe, non scilicet quod formas non sustinct , sed quod ex fornus

« maïs parce qu'elle n'est pas constituée par des formes. « Vous (lirez peut-être : Tâme est donc constituée par un « universel ; si en effet elle est constituée par une sub- « stance, constituée elle-même par Tessence pure que Ton <( appelle universel, il faut bien qu'elle soit constituée « par un universel.

(( Si vous voulez savoir comment se fait la constitution a des choses corporelles, faites attention... Prenons pour (( exemple Socrate, aOn que ce que le raisonnement nous « fera découvrir en lui, nous n'hésitions pas a l'appliquer « a d'autres. Il y a dans Socrate une pure essence que « l'on appelle universelle... Il faut de plus la faculté de « recevoir les contraires , qui donne la forme, et il en « résulte alors une essence réelle. Mais la faculté de re- « cevoir les contraires, qui advient à toute l'essence, « advient aussi à chacune de ses parties. Ensuite ce ré- (( sultat de l'essence pure qui est en Socrate et de la fa- « culte de recevoir les contraires, prenant la forme de la « corporéité, il s'en fait une certaine essence de corps.

non constaret. Sed dices : consiabat itaque anima ex universali. Si enim materialiter constat ex substantia, quœ materialiter constaret ex meraessentia , quae universale appellatur, ex universali constare necefese est. Quicquid enim materialiter constat, ex materialo et ex ejus materia, ut animal, quia materialiter constat ex corpore et ex substantia. At contra, qui sic opponit, non intellexit quod dixeram. Neque enim universale appellata est tota illa coUectio essentiarum omnium quae , susceptibilitate contrariorum informata, partim distribuitur in corpus, partim in spiritum, sed illud tantum de illa multitudine quod susceptibilitate contrariorum informante essentialiter sustinet corporeitatera ; in quo cssentia non communicat spiritus.

« Nec adhuc cessât oppositio. Dicetur enim : impossibile est parti illius multitudinis impositum esse nomen et nonalii parti quaî ei indiffcrens est, sicut supra in speciem dictum estj sed contra yerum quidem est nuUum

« Mais dès Tinstant où le tout est affecté de la corporéité, « toutes les différentes parties de ce tout sont affectées « de corporéités particulières, et forment des êtres cor- « porels. L'animation advient à ce tout de la même ma- (( nière, et donne une essence de corps animé. Mais Tani- (( mation n'advient pas pour cela à toutes les parties de « ce tout, mais bien son contraire, Tinanimation ; car, « tandis que le tout est animé, ses parties sont animées. « De même advient au tout la sensibilité, qui donne une « essence d'animal, et aux parties d'autres formes qui « donnent des essencee d'espèces, dont les noms ne me

dari illi nomen dans intellectum rem dissimilis creationis concipientem ab illa quae illi est indifferens ; hoc autem dictum est in tractatu speciei. Hlud vero nemo poterit cogère hujus vocabuli impositionem œque in animo habuisse essentias quœ informantur in spiritum , ut illas quœ informandae erant in corpus; neque enim ab insensibilibus ascendit ad intellectualia, sed ab sensibilibus tantum. Illi ergo materiee tantum, quam essentialiter offendit cogitatio means a sensibilibus ad intellectualia, physicus nomen imposuit, et non cuilibet quod erat indifferens cum illa, quod forsan vel non cogitavitvel non curavit. Neque enim officium ejus est simulare vel dissimulare, ut dialectici ; unde et Plato de bac ante tempus suum nullum egisse dicit. TJt igitur clare appareat qualiter incorporalium rerum constitutione suboriantur elementa , quamvis omnia ex generali et speciali constentmateria vel forma, sic attende. Unumquodque individuum corporis quantum est, tantum in se babet fructum; babiles formée enim supervenientes quantitates non auxerunt, sed aliam naturam fecerunt. Ponamus ergo Socratem nobis in exemplum , ut quod in eo ratio inveniet , in aliis quoque idem esse non dubilet. Est igitur in Socrate quaedam pars merœ essentiœ quae univcrsale appellatur, quœ integraliter ex essentia constat quae in se quoque partes babet; sed baec non est substantia, sed susceptibilitas contrariorum ; eam informant, et ex bis constituitur quaedam essentia substantiœ. Hoc autem sciendum quod, sicut illi toti advenit susceptibilitas contrariorum, ita singulis particulis illius essentiœ; sed et illud constitutum ex mera essentia quae in Socrate est, et susceptibilitate contrariorum et corporeitate efOcitur, et ex bis quaedam essentia corporis efficitur. Sed quam statim corporeitas illud totum afficit , tam statim suas corporeitates singulas illius totius particulas afficiunt, et faciunt corporeas

« viennent pas maintenant a l'esprit. De mejnc encore « advient au tout la faculté d'apprendre, qui constitue « Thomme, et aux différentes parties d'autres formes « qui (ionncnt d'autres essences animées. Enfin la socra- « tité donne sa forme a toute cette essence d'immanilé, « et il en résulte Socrate. Mais au même instant d'autres « atomes de cette essence de l'iiumanité sont affectés des « couleurs et des formes du feu, d'où résulte le feu; « d'autres des formes de Teau, d'où résulte l'eau ; d'au- « très des formes deTair, d'où résulte l'air; d'autres des (( formes de la terre, d'où résulte la terre; et de la sorte « toutes les différentes particules sont feu, eau, air ou « terre. Ainsi il n'est pas plus impossible que Socrate soit « formé de quatre éléments, qu'il ne l'est qu'il soit formé

essentias. Ita illa toti advenit animatio, et facit quamdam esscnliam animati corporîs. Sednon jam aliquibus partibiis illius totius advenit animatio, sed contrariiim illius , inanimatio; cum enim totiim animatum sit, singulœ particulœ illius inanimatœ sunt. Uem toti advenit scnsibilitas, et facit essentiam quamdam animalis, partibus vero ejus aliae formae quae faciunt aliquas essentias specierumin animatis,quarura nomina in promptu non habeo. Item toti advenit perceptibilitas disciplina?, et facit hominem; singulis vero particulis adveniunt formée quœdam, et faciunt alias essentias in animatis Tandem socratitas totam illam essentiam humanitatis informat, et Socratem facit. Tara statim vero alios atomos illius essentiae humanitatis afficiunt colores et formœignis et ignem faciunt, alias formae aeris et aéra faciunt, alias tcrrœ et terram faciunt, et sic singulœ particulaî vel ignis sunt vel aqua vel aer vel terra. Ita non plus est irapossibile Socratem constare ex quatuor elementis, quam constare ex manibus et pedil»us; sicut enim sunt partes componentes, ita et illa. Nota quia hic ortum elemcntorum resignavimus et ortum individuorum, ne absurdum videatur générales et spéciales essentias ex •lemcntis constare. Quod tamcn si diceretur, quam statim animatio afficit corpus, tam statim singulas essentias illius corporis informari formis elementorum, vel saltem. quam cito scnsibilitas afflcit animatum corpus, tam cito singulas partes illius effici elementa , non mnltum maie diceretur, cum dicit Aristoteles ignis, animal, et aqua, et alia hujusmodi, ex quibus ipsum animal constat, ante sunt quam animal omnino. Et nota quod dicit Plato ex hylc prius ficri ele-

ABÉLAUD. 213

« de pieds et de mains; car ces éléments sont aussi des (( parties composantes. Nous avons expliqué l'origine des « éléments et Torigine des individus... »

Nous doutons fort que ces explications satisfassent lo lecteur et éclaircissent à ses yeux le mystère de Tindividualisation. Du moins faut-il convenir que cette discussion est Tanlécédent de celle qu'instituèrent sur ce profond sujet les maîtres les plus célèbres du siècle suivant. La question de principio individuationis^ tant agitée au treizième siècle, n'est pas autre chose que le point de vue métaphysique et ontologique du problème général de Porphyre; point de vue qui remplit toute la seconde époque de la philosophie scholastique, de même que le côté logique de ce problème remplit la première. L'histoire a marché comme la raison. La raison, la méthode, veulent qu'on gravisse successivement les hauteurs de l'ontologie et de la métaphysique, par les degrés de la psychologie et de la logique. Aussi la première époque delà philosophie scholastique a-t-elle été toute dialectique; et c'est dans la seconde que sont arrivées toutes les grandes questions et les grandes solutions, sous la double inspiration de la physique et de la métaphysique d'Aristote, enfin connues, et de la théologie chrétienne, interrogée avec une indépendance suffisante et une admirable intelligence. Le problème de Porphyre s'est développé régulièrement a travers ces deux époques ; mais dans la première même, où il se

mcnta et ex elementis caetera. Nos autem e converso videmur fecisse. Alia via incedifc quod dicit Plato : generalis est régula simplicia priora esse compositis ; unde Plato prius consideravit compositionem sinipUcium ^ quibiis conjiinctisrescorporeas subjectas sensibus constantes dixit. Et hœc hactenus. )>

réduit en général au point de vue dialectique, on peut dire qu'il a eu aussi son progrès. Les écoles carlovingiennes rexhument pour ainsi dire. On commence par répéter en bégayant les solutions équivoques qu'en avait laissées Boëce. Roscelin le soumet a une critique indépendante ; mais il est évident qu'il ne Tenvisagea d'abord que sous le point de vue logique, puisqu'il arriva a une solution toute grammaticale. Guillaume de Champeaux le considéra sous un point de vue plus relevé. Sa première opinion est déjà métaphysique; la seconde est presque un retour a la psychologie et à la logique. Abélard embrassa les différents points de vue de ses devanciers et les agrandit encore. La polémique que nous venons de reproduire est sans contredit le mot le plus avancé et le plus compréhensif du douzième siècle et de la première époque de la philosophie scholastique. Toutes les manières d'envisager le problème fondamental sont dans Abélard ; mais Abélard est de son siècle, et la face du problème de Porphyre qu'il a le plus considérée est sa face logique ; et la solution qu'il en a donnée, élevée à sa formule la plus générale, a reçu un nom qui témoigne assez de son caractère essentiel, un nom psychologique et dialectique en quelque sorte, le conceptualisme.

Maintenant quelle est la valeur de cette solution et de récole intermédiaire que prétendit élever Abélard entre le réalisme et le nominalisme * ? Cette école est en effet également éloignée des deux écoles qu'elle combattait? A-t-elle un caractère qui lui soit propre? et quel service a-t-elle rendu à la philosophie et à l'esprit humain? Ce sont là

^. ^'e série, t. iv,leç. xxi, p. 458, etc.

des questions auxquelles aboutit naturellement cotte longue exposition des faits.

II ne faut pas s'y tromper : Técole que fonda Abélard n*estpasune école éclectique; c'est même précisément tout le contraire. Le drapeau de Téclectisme est ce grand mot de Leibnitz : « Tous les systèmes sont vrais en grande « partie par ce qu'ils affirment; ils sont faux par ce qu'ils (( nient. » L'éclectisme, s'il est profond, doit donc être positif; il doit emprunter aux écoles rivales toutes leurs parties positives, et ne leur laisser que leurs parties négatives, leurs contradictions et leurs querelles. L'éclectisme, au douzième siècle, dans la querelle des universaux, eût consisté a discerner dans le réalisme et le nominalisme les vérités essentielles sur lesquelles ces deux systèmes reposaient, et à les réunir, a les organiser dans le sein d'un système plus vaste. Ce n'est point là ce que fit Abélard. Au lieu de mettre à profit les trésors de l'école réaliste, dépositaire de tant de vérités, toujours anciennes et toujours nouvelles, il se borna à la combattre, et il ne lui emprunta aucune maxime positive : il n'eut guère de réaliste que la négation du nominalisme. Il est vrai qu'il emprunta davantage à l'école nominaliste : il y avait été formé, et s'il était d'un parti, il était de celui-là. A l'égard du réalisme, il n'est qu'adversaire; a l'égard du nominalisme, il est adversaire sans doute, car il le combat dans ses conséquences excessives; mais il en garde l'esprit et le principe fondamental, à savoir que rien n'existe que l'individu, et dans l'individu rien que d'individuel. On pourrait donc avancer que l'école fondée par Abélard est une branche nouvelle, un développement du nominalisme; développement où les principes nomina-

216 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.

listes, dégagés des extravagances qui les décriaient, ont pu reparaître a la lumière, se soutenir contre les principes de récole opposée, et faire leur chemin à travers les siècles. Ce rapport du prétendu système intermédiaire d'Abélard avec le nominalisme est attesté par l'histoire ; car dans l'histoire le rôle le plus marqué d'Abélard, comme philosophe, est sa querelle avec Guillaume de Champeaux : or, l'adversaire public et constant de Guillaume de Champeaux était, qu'il le sût ou qu'il l'ignorât, un allié de lloscelin; et c'est peut-être parle sentiment confus de cette vérité qu'à une certaine distance, et quand le temps eut mis en oubli les intentions et fait paraître les choses sous leur véritable jour, plus d'un historien^ a rangé Abélard dans Técole nominaliste.

En effet, examinons le conceptualisme en lui-mcme, et nous reconnaîtrons aisément que ce n'est pas autre chose qu'un nominalisme plus sage et moins conséquent. D'abord, le nominalisme renferme nécessairement le conceptualisme. Abélard argumente ainsi contre son ancien maître ^ : Si les universaux ne sont que des mots, ils ne sont rien du tout, car les mots ne sont rien ; mais les universaux sont quelque chose, puisque ce sont des conceptions. Roscelin aurait très-bien pu répondre : Qui a jamais songé a nier cela? Assurément, quand la bouche prononce un mot, l'esprit y attache un sens, et ce sens qu*il y attache est une conception de l'esprit.

Je suis donc conceptualiste comme vous. Mais vous, pourquoi n'ctes-vous pas nominaliste comme moi? Dire que les universaux ne sont que des conceptions de Tes-

i. Entre autres, les auteurs de VHistoire littérairet t. xi, p. 359. 2. Voyez i)lus haut , p. ni.

ÀDÉLARD. il 7

prit, c^cst diic implicilemenl qu'ils ne sont que des mois; car, dans mon langage, les mots sont les opposés des choses, et, n'admettant pas que les universaux soient des choses, j'ai dû en faire des mots. Je n'ai rien voulu dire de plus ; rejetant le réalisme, j'ai conclu au nominalisme, en sous-entendant le conceptualisme.

Bien plus , ces conceptions de l'esprit, auxquelles vous avez réduit les universaux, sont, comme vous l'avez démontré, des abstractions, des généralisations, nées de comparaisons plus ou moins étendues. Or, la comparaison, l'abstraction, la généralisation, exigent et supposent un plus ou moins long emploi de la mémoire; et un emploi quelque peu long de la mémoire exige et suppose des signes, un langage, des mots ; car les mots ne servent pas seulement a s'entendre avec les autres, mais ils servent d'abord à s'entendre avec soi-même. Pour abstraire et généraliser au point d'arriver à cette conception que vous appelez une espLce, il faut des mots, et ces mots-la sont encore plus nécessaires pour s'élever a une abstraction et h une généralisation plus haute, celle du genre. Vous me dites que si les espèces et les genres sont des mots, comme les genres sont la matière des espèces, il s'ensuit qu'il y a des mots qui sont la matière d'aulres mots \ Au langage près, qui vous appartient, tout cela n'est pas si déraisonnable. Comme c'est avec des idées moins générales que dans la doctrine môme du conceptualisme on arrive à des idées plus générales, de même c'est avec des mots moins abstraits qu'on fait des mots plus abstraits encore. Il est incontestable que, sans l'artifice du langage, il n'y aurait pasd'universaux, en enlendantles universaux comme nous

\ . Plus haut , ibid.

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