‹ Fragments philosophiquesChapitre 58 sur 92 · III. APPLICATION DE LA PHILOSOPHIE d'ABÉLARD A LA THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

III. APPLICATION DE LA PHILOSOPHIE d'ABÉLARD A LA THÉOLOGIE

Nous avons reconnu le rapport du réalisme et de l'orthodoxie chrétienne dans saint Anselme et dans Guillaume deChampeaux. Roscelin nous a montré la tendance hétérodoxe du nominalisme; nous retrouvons cette même tendance dans Abélard et dans toute son école. Abélard est en théologie ce qu'il est en philosophie : ni tout à fait orthodoxe, ni tout a fait hérétique, mais beaucoup plus près de l'hérésie que de l'orthodoxie, et cela par une conséquence nécessaire de Tesprit du nominalisme.

Méthode lliéologiquc d'Abélard. Du Sic et non , d'après les manuscrits de Saint-Michel et de Marmoutiers.

Roscelin, au lieu de se borner à Texposition Qdèle du dogme chrétien, avait tenté de l'expliquer, et en l'expliquant dans le sens du nominalisrae, il l'avait détruit. Ahélard entra d'un pas ferme dans la route frayée par Roscelin, et ce qui n'avait été jusqu'alors qu'une tentative incertaine, il Térigea en un principe général, il en fit une métliode. Partout dans ses ouvrages imprimés, il proclame l'introduction de la pliilosopliie dans le domaine de la foi ^ Mais on ne démontre que ce qui est ou paraît douteux, et pour convertir les dogmes en démonstrations, il faut d'abord en faire des problèmes; et il faut poser ces problèmes avec le pour et le contre, avec des solutions contraires tirées d'autorités presque égales, avant d'établir soi-même la véritable solution. C'est ce qu'Abélard a tenté dans un ouvrage original et bardi qui représente et résume sa méthode théologique. Cet ouvrage est le fameux Sic et non ; le oui et le non, que nous avons retrouvé et que nous publions ici pour la première fois. 11 convient donc à tous égards de faire connaître en détail ce curieux monument.

Guillaume de Saint-Thierry en dénonçant a saint Bernard la théologie d'Abélard, déférée plus tard et condamnée au concile de Sens, en 1140, lui parle du Sic et non, comme d'un ouvrage suspect qui circulait mystérieusement parmi les élèves et les partisans d'Abélard ^.

\. Abfel. opp, invectiva in quemdam ignariim dialeciices^i^^g. 2oS; le début de Vlntroductio in tlieologiam christianam, pag. 974, et le second et le troisième livre de la Theologia christiana dans le Thésaurus anecd. noviss. de rez, tom. v.

2. s, Bernard, opp., tom. i , p. 30K a Sunt auteni , ut aiidio, adhuc alia

222 PHILOSOPHIE SCnOLASTIQUE.

C'est la la seule mention qu'on rencontre du Sic et non dans tout le moyen âge. Cependant l'ouvrage oublié n'avait point péri. Martène et Durand * nous apprennent qu'il existait encore de leur temps à Saint-Germain, et que leur confrère Dacliery avait songé a le mettre au jour; mais qu après l'avoir examiné sérieusement, il n'avait osé le publier de peur de scandale ^. Ce que les historiens de la philosophie ont dit du Sic et non n'a pas d'autre fondement que ce peu de lignes des deux savants bénédictins^. L'auteur de l'article Abélard , dans l'Histoire littéraire de la France, D. Clément, en parle seulement sur les notes laissées par ses prédécesseurs , car il déclare qu'il n'a pu retrouver à Saint-Germain le manuscrit qu'avaient eu entre les mains Dachery , Martène et Durand ; il suppose que ce manuscrit n'apppartenait pas à Saint-Germain, et que c'était l'un des deux exemplaires qui se voyait de son temps, a ce qu'il assure, a la bibliothèque de Marmoutiers et a celle du mont Saint-Michel ^. En effet, le Sic et 7ion n'est point aujourd'hui dans le fonds de Saint-Germain conservé a la Bibliothèque royale de Paris. Il n'est pas non plus et il ne passe point pour

« ejus opuscula, quorum nomina sunt : Sic et non, Scito te ipsum, et alla « quîBdam de quibus timeo ne, sicut monstruosi sunt nominis, sic etiam a sint monstruosi dogmatis ; sed , sicut dicunt, oderunt lucem, nec etiam « quœsita inveniuntur. »

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