‹ Fragments philosophiquesChapitre 59 sur 92 · Préface du tome iv. du Thesaur. nov. anecd · texte numérisé non relu

Préface du tome iv. du Thesaur. nov. anecd

2. Ihid. « Est pênes nos ejusdem Abœlardi liber in quo, gcnio suo in- (( dulgens, omnia chrisiianœ religionis mysteria in utramque partem verre sat, negans quod asseruerat et asserens quod negaverat ; quod opus ali- « quando publici juris facere cogitaverat noster Dacherius, verum série « examinatum œterhis tenebris potius quam luce dignum de virorum erua ditorum consilio existimavit »

5. Bruclier, tom. m, p. 763 ; Tiedemann, t. iv, p. 286, et Tennemann, t. VIII, p. ^90.

' 4. Bist, lillér. de la France, t. xn, p. 451.

avoir jamais été dans rancien fonds du Roi, ni dans ceux de Saint-Victor, de Sorbonne et de Notre-Dame. Toutes nos espérances se reportaient donc sur Marmoutiers et sur Saint-Michel ; et elles n'ont pas été trompées.

De la dévastation de la biliothèque du mont Saint- Michel pendant la révolution , nous savions qu'il était échappé un bon nombre de manuscrits qui avaient été transportés au chef-lieu du département , à Avranches. Un écrit récent * donne une sorte de catalogue de ces manuscrits , fait par M. de Saint-Yictor. On y trouve l'indication suivante : Conimeniarius in psalierium ac in Sic et non, sans nom d'auteur. Il n'était pas bien difficile de soupçonner sous ce titre le Sic et non d'Abélard ; et ayant obtenu la communication de ce manuscrit par l'entremise de M. le ministre de Tinstruction publique, en l'ouvrant nous y lûmes d'abord en caractères rouges, parfaitement formés : Incipit prologus Pétri Abœlardi in Sic et non. Et la preuve incontestable que ce manuscrit est bien celui de Saint-Michel, c'est que sur le dernier feuillet est écrit d'une main ancienne : Iste liber est monasterii Montis sancti Michaelis in periculo maris.

Sur le dos de la couverture est le titre suivant : In psalterium ac in Sic et non, avec le n° 238^ , qui est probablement celui de la bibliothèque d' Avranches, tandis qu'à l'intérieur, sur la marge du premier feuillet, est marqué, d'une écriture beaucoup plus ancienne, le n» 237, qui doit avoir été celui de la bibliothèque de Saint-Michel.

\. Histoire pittoresque du Monl-Saint-Michelj par Max. Raoul. Paris, 1835, in-80.

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Le manuscrit est in-/^'', en parchemin, réglé, écrit avec soin, mais avec beaucoup d'abréviations; il appartient certainement au treizième siècle.

Il contient deux ouvrages : le commentaire de Bruno de Segni sur le psautier, qui a été publié *, et le Sic et non sans autre titre que celui-ci : Incipit prologus Pétri Abœlardi in Sic et non ; ce dernier ouvrage occupe 176 feuillets, qui forment le tiers du manuscrit.

Cependant notre parfaite conOance dans l'exaclitude de Dom Clément nous laissait convaincu que le Sic et non devait se trouver aussi parmi les manuscrits de l'abbaye de Marmouticrs, et par conséquent h la bibliothèque publique de la ville de Tours où ces manuscrits sont déposés aujourd'hui. Aussi, au premier examen, et sur les indications que nous avions transmises, le. S^(?^^7^o;^ fut-il trouvé sous le n° 99, dans un in-folio intitulé : Glossœ in sacram scripturam ; et nous parvînmes à obtenir de la ville de Tours que ce manuscrit nous fut envoyé, afin de le collationner avec celui d'Avranches, et de tirer de l'un et de l'autre un texte plus sûr.

Nul doute que ce manuscrit ne soit celui de Tabbaye de Marmoutiers ; car on lit sur le premier feuillet : Glossœ in scripturam sacram major is monasierii congr. S, Mauri, C'est un in-folio en parchemin, d'une écriture qui appartient, comme celle du manuscrit d'Avranches, au treizième siècle.

Ce manuscrit est une colleclion d'un grand nombre de pièces de toutes sortes. Un savant bénédictin, peut-être Dachery, Martène ou Durand, en a fait un examen ap-

]. Voyez Fabriciiis, Bibl. med. laL, art. Bruno.

profondi cl a dclcnniné le sujet et le titre de cliaciinc de ces pièces, dans un index placé en tête du volume.

Le Sic et non occupe dans le manuscrit de Tours vingt-sept feuillets, à deux colonnes.

Quand on compare ce manuscrit à celui d'Avranches , on le trouve plus complet sous certains rapports et moins complet sous quelques autres. L'ouvrage comprend d'abord une préface, appelée prologue, prologus^ exactement de la même étendue dans les deux manuscrits. Puis vient Touvrage lui-même, composé d'un certain nombre de chapitres, sous la forme de questions. Chacune de ces questions a son titre soigneusement marqué en encre rouge dans le manuscrit d'Avranches, tandis que les titres manquent assez souvent dans celui de Tours. Souvent aussi plusieurs questions sont réunies en une seule dans ce dernier manuscrit; celui d'Avranches divise davantage. Quelquefois l'ordre des chapitres ou questions n'est pas le même dans tous les deux , et il y a une foule de morceaux qui dans celui-ci se rapportent à telle question et dans celui-là à telle autre; et dans chaque question, l'ordre des paragraphes n'est pas le même non plus. EnGn les dernières questions manquent entièrement dans le manuscrit de Tours. Mais , en revanche, il contient de fort longs extraits de Bède le Vénérable , qui peuvent très-bien avoir été faits par Abélard dans le même but que le reste de l'ouvrage; à la suite de ces extraits viennent encore d'autres extraits du livre des Betractationes de saint Augustin, que \oprologus promettait formellement dans Tun et Tautre manuscrit, et que celui d'Avranches ne donne point.

Si maintenant on examine ces deux manuscrits sous le

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rapport de la pureté du texte, celui de Tours nous paraît en général préférable. Il présente rarement de ces fautes grossières qui trahissent un copiste sans intelligence. Nous avons donc pris pour base de notre travail le manuscrit d'Avranches, a cause de son ordonnance, de ses divisions bien marquées, de ses titres commodes , et nous l'avons fréquemment rectifié dans le détail sur le manuscrit de Tours.

Mais il est temps d'arriver a Touvrage lui-même. Expliquons-en d'abord le sujet et le titre.

Le dialecticien Abélard, en entrant dans la théologie, y transporta d'abord ses habitudes philosophiques. 11 conçut l'idée très-simple en elle-même, mais très-féconde, d'établir sur tous les points de quelque importance le pour et le contre, a l'aide de passages des saintes Écritures et des saints Pères qui semblent se combattre et dire le oui et non, le Sic et non.

Au premier coup d'œil, c'est donc ici une pure compilation d'autorités contraires ; mais, en réalité, c'est une construction de problèmes et d'antinomies théologiques puissamment établies , qui condamnent l'esprit a un doute salutaire, le prémunissent contre le danger de toute solution étroite et précipitée, et le préparent a des solutions meilleures. Mais ces solutions ne sont pas même indiquées , et elles ne devaient pas l'être; car Abélard eût fait alors un traité de théologie, et non pas ce qu'il voulait faire, une préparation critique à la théologie. Et il ne faut point s'effrayer ici, avec Dachery, Durand et Marlène, de l'apparence du scepticisme ; car ce scepticisme n'est que provisoire : Abélard se réservait de lever ensuite les contradictions qu'il avait d'abord amassées, et de re-

ABÉLARD. HV

conduire à la foi et a rortliodoxie chrétienne à travers le doute et par la puissance môme de la dialectique.

Les questions du Sic et non embrassent îa théologie tout entière, et forment en quelque sorte la table des matières des traités dogmatiques de théologie et de morale composés par Abélard. Chaque question ou chapitre suppose une assez grande lecture , et le choix des autorités une érudition bien entendue. Les auteurs le plus fréquemment employés sont , avec les saintes Écritures, les pères et les docteurs de TÉglise latine, surtout saint Augustin, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Hilaire, saint Isidore, saint Grégoire, Bède le Vénérable. Les pères de l'Eglise grecque sont bien plus rarement invoqués , et on se sert toujours* des traductions latines. Boëce revient souvent et comme théologien et comme philosophe. Des autorités profanes sont mêlées aux autorités sacrées. Aristote est cité plusieurs fois, et dans la traduction latine de Boëce. A côté de Boëce et d'Aristote, sujets habituels des études d'Abélard, on rencontre quelquefois Sénèque et Cicéron. Un seul poëte est cité, et ce poète est Ovide, et Ovide dans V Art cV aimer.

Quant aux questions elles-mêmes , elles sont posées avec une grande indépendance. Par exemple, les questions suivantes contiennent et renouvellent les vieilles controverses de l'arianisme et du sabellianisme : Q. (>. Quod sit Deus tripartitus ? et contra. 7. Quod in trinitate non su7it dicendi plures œterni ? et contra, 9. Quod non sit substantia ? et contra, \\ . Quod divinœ personœ ad invicem differunt? et contra, 12. Quod in trinitate alter sit unus ciim altéra ? et contra, ^3. Quod Deus sit causa filii? et contra. ]L Quod sit

228 MliLOSopiiiii: scholastique.

Jliius sine principio ? et contra. -15. Quod Deus non genuit se, 17. Quod soins pater dicatur ingenitus ? et contra. 18. Quod œterna generatio filii narrari vcl sciri vel intelligi possit? et contra. Voici des questions qui ne sont pas sans rapport au nestorianisme : 62. Quod Deus personam hominis non susceperit, sed naturam ? et contra. (53. Quodfdius Dei mutatus sit suscipiendo carnem ? et contra. En voici d'autres qui remuaient les cendres du pélagianisnie : Q. 27. Quodprœdestinatio Bel in bono tantum sit accipienda ? et contra. 35. Quod niliil fiât Deo nolente ? et contra. 54. Quod horno liberurn arbiirium peccando amiserit ? et contra. Je veux encore signaler la question 23. Quod philosophi quoque trinitatem seu verbum Dei crediderint? et non ; question qui peut nous faire comprendre cette autre accusation portée contre Abélard , qu'il était trop favorable a la philosophie païenne et surtout a Platon \ Du reste, il est impossible de donner une idée plus précise du travail d'Abélard : ce serait citer des citations ; nous renvoyons à l'ouvrage lui-même ^. Nous avons publié intégralement toutes les questions qui présentent encore aujourd'hui quelque intérêt, et nous avons eu soin de donner le titre de toutes les autres et de marquer leur place, afin qu'on eût une idée exacte de l'ensemble de cette singulière composition.

Mais la partie la plus curieuse du Sic et non , celle qui lui donne son vrai caractère, c'est l'introduction, le prologus oii Abélard indique lui-même le but qu'il s'est proposé, et découvre de loin en loin l'indépendance de

1. Epislol. ad papam Innoccntium. S. Bcrn. opp. t. i, p. CbO.

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