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X. De herbis terrae et crescentibus

« Incipit tertia philosophia magistri Willermi de Con- « chis et primo de constitutione mundi.

« Mundum istum ad similitudinem ovi esse constitu- « tum philosophi confirmant. Ut igitur in medio ovi est « medulla, ex ovi ejus parte est albinum, et tela, juxta « quam testa, extra quam nihil est de ovo, sic in medio « mundi est terra, circa quam ignis, extra quem nihil est. (( Nota quod, tempore Marlii, pori superficiei terrœ, fri- « gore hyemis prius clausi, calore solis aperiuntur. Sol (( vero ad radiées herbarum et arborum penetrans, bumo- « rem quem coordinatum in byeme reperit attrabere ni- <( titur. Herba vero et arbor suam monitionem senliens, a

a terra attrahit hiiraorem, qiiom in sui similitudinem , « adjuvante calore, transmutât, sicque reviviscit. Inde est (( quidem quod mensis Aprilis dicitur, quia terram prœ- « dicto modo aperit. Est autem proprium luijus tempo- (( ris quod sit inconstans; nam modo pluviosum ex yici- (( nitate liyemis, modo siccum ex vicinitale œstatis; (( eadem ratione modo calidum modo frigidum. Inde (( est quod in Martio sœpe infirmantur homines. Cum ({ corpora bumana aperta sunt calore, frigus subito (( ortum ad interiora pénétrât, et infirmitatem juxta (( materiam prœparatam générât. Sed si quis in boc tem- (( pore sibi provideret, tardius in illo quam in alio in- « firmaretur. Discipuhis : Quœro, cum boc tempus sit ({ temperatum, unde est quod, si aliquis intrat byemem (( cum aliqua infirmitate^ non tam sœpe moritur in byeme (( sicut in vere. Philosophus : Respondeo : inOrmitates « ex bumoribus generantur frequentissime, quœ ex fri- (( giditate byemis constringuntur, ne possint defluere; ex (( calore autem veris dissolvuntur ; quibus per membra (( concurrcnlihus, succumbit bomo et moritur. Nota : <( dicit Constantinus quod infirmitas qua? nascitur ex hu- « more contrario tempori est pessima. Verbi gratia : si (( quis incipit in byeme tertianam pati, significat magnam ({ abundantiam esse cbolerœ, quœ in tempore frigido et « bumido potest accendi.Si tamen idem in œstate eamdem « tertianam incurreret, graviorem illam sentiret, et difG- « cilior ad curandum esset. Similiter de aliis judica. « Nota : in autumno est utile uti calidis et bumidis, quia « est tempus inœquale ex vicinitate byemis et œstatis, ex « quo ex fructibus etsuccis eorumdem tune abundantium « periclitantur homines. »

NOUVEAU MANUSCRIT d'ABÉLAUD

Sur les esprits.

On lit dans V Histoire littéraire de la France, à l'article des ouvrages inédits d'Abélard, t. xii, p. ^ 30 : a Un a manuscrit de la Bibliothèque du mont Saint-Michel rena ferme les deux ouvrages suivants : \^ Tractaiiis Abaila larcli de intellectibus. 2** Ejusdem Abaillardi Vhy^ « sica Aristotelis.

« Dans un autre manuscrit de la Bibliothèque on trouve : « Pétri Abaillardi sermo de generatione et corruptione, a Item de intellectibus et spéculai ionibus. Mais ce der- « nier écrit est le même que le premier du précédent a manuscrit. »

Remarquez que, le monastère de Saint-Michel appartenant à l'ordre des Bénédictins, on avait tout lieu de croire que les Bénédictins auteurs de VHistoire littéraire devaient être parfaitement bien informés sur les manuscrits que renfermait cette célèbre abbaye. Et pourtant il paraissait bien étrange qu'Abélard eût écrit sur la Physique d'Aristole et sur le traité de la génération et de la corruption^ qui tous les deux passent sur de bonnes raisons pour avoir été inconnus en France avant les premières années du treizième siècle. D'ailleurs Abélard luimême dans sa Dialectique^ que nous avons publiée, déclarait qu'il ne connaissait d'autre ouvrage d'Aristote que l es premières parties de YOrganon, On conçoit donc la vive curiosité que nous avions de juger par nous-mcnie

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(lu véritable contenu des manuscrits du raont Saint- Michel.

La Bibliothèque publique d'Avranches qui a recueilli les restes de celle du mont Saint-Michel, possède encore sous le n° 2963 , un manuscrit contenant d'après le catalogue de M. de Saint-Victor, publié par M. Raoul * : Aristotelîs physica cumnoiis, Tractatus AbailarcU de intellectibus. Ethica Aristotelîs. Liber Galieni de elementis Hippocratis libri viii. Aristotelis de gêneratione et corruptione, ancien n** 91, ] vol. in-4°.

On voit que cette description diffère déjà beaucoup de celle de V Histoire littéraire ^ et qu'il n'y est plus question d'un traité d'Abélard sur la Physique d'Aristote, ou sur le traité de la génération et de la corruption,

A force d'instances, nous avons obtenu de la ville d'A^ vranches que le manuscrit 2963 nous lût communiqué, et nous allons en donner une description exacte et complète, afin qu'une fois pour toutes on sache à quoi s'en tenir sur un manuscrit dont le titre, k s'en rapporter a ï Histoire littéraire, était si propre a exciter des espérances en opposition avec les faits jusqu'ici connus.

Le manuscrit 2963 est un petit in-/i% en papier vélin, composé d'ouvrages différents, écrits de différentes mains, en général d'une écriture élégante, et qui appartient évidemment a la première moitié du trezième siècle. Voici l'ordre de ces différents ouvrages.

-i" Le traité De generatione et corruptione, avec des remarques a la marge.

2° Un traité intitulé : P, Abœlardi tractatus de intellectibus,

\. Histoire pittoresque du mont Saint-Michel, par Max. Raoul. Paris, ^833.

35i APPENDICE.

3° Quelques pages de Y Éthique d'Aristote.

4" Quelques pages sous ce litre : Differentia inter animant et spirilum.

5° Aristotelis Ethicœ Nicomachicœ liber secundus, — Aristotelis Ethicœ Nicomachicœ liber tertius, etc.

6** Liber Galieni de Hippocratis elementis^ avec des gloses marginales,

T Libri octo physicorum.

S^ Quelques pages détachées qui semblent appartenir aux petits traités de physique d'Aristote.

9" Le premier livre de la Métaphysique. Omnes hominés scire desiderant natura ; signum autem est y etc.; avec quelques gloses marginales.

Au dernier feuillet, on lit : Iste liber est Abbaciœ montis Sancti'Michaelis in periculo maris, ordinis sancti Benedicii,

La première conclusion à tirer de cette description fidèle est que, conformément au catalogue de M. de Saint- Victor, le manuscrit en question ne renferme aucun ouvrage d'Abélard, ni sur la Physique d'Aristote, ni sur le traité de generatione et corruptione, et qu'ainsi il ne donne aucun démenti à l'opinion commune. Le seul ouvrage d'Abélard que renferme ce manuscrit est un traité de intellectibus. Quel est ce traité qu'aucun historien ne fait connaître, que le catalogue d'aucune autre bibliothèque en Europe n'indique, et qui ne paraît se trouver aujourd'hui que dans le manuscrit de Saint-Michel?

Commençons par une description minutieuse de la partie de ce manuscrit où ce traité est renfermé.

Ce traité a pour titre général : P. Abœlardi tractatus de intellectibus ; il se compose de huit feuillets, à une

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seule colonne, d'une écriture très-fine et pleine d'abréviations, mais d'une netteté parfaite. A la tin du huilièrae feuillet v**, le manuscrit s'arrête et l'ouvrage est inachevé.

Reste à savoir si c'est un seul et même ouvrage. Le titre semble bien l'indiquer, et en avançant, on reconnaît les divers chapitres d'un même écrit, avec des titres distincts jusqu'au feuillet 3 v^, où se présentent des chapitres qui ne sont plus marqués d'aucun titre. Jusqu'au feuillet 3 v*", nul doute qu'il n'y ait un seul et même ouvrage, un traité de intellectibus , Mais les autres feuillets contiennent-ils la suite de ce même ouvrage, moins les titres ordinaires, ou une simple collection non achevée de passages qui ont plus ou moins de rapport avec le sujet? Pour le reconnaître, nous allons examiner d'abord la partie du manuscrit qui forme évidemment un seul et même ouvrage.

C'est un petit traité de psychologie, qui a son mérite pour le douzième siècle. Si notre manuscrit n'attribuait pas ce traité à Abélard, rien dans le texte ne ferait soupçonner l'auteur de la Dialectique et de la Théologie chrétienne; d'autre part, dans aucun de ses écrits Abélard ne fait allusion a ce traité ; mais rien non plus n'autorise a contester la légitimité de la rubrique de notre manuscrit. L'ouvrage est bien divisé ; le style est clair, pas trop diffus, et quelquefois il offre ce caractère de force un peu rude et ce mélange de subtilité et de vigueur qui distingue Abélard. Voici les titres des divers chapitres de ce traité.

V Le titre général : P. Abœlardi tractatus de intellectibus, et un morceau d'un tiers de feuillet.

Fol. ^ \'\ 18 lignes ; 2" Differentia sensus ab intellectu.

Fol. I r°, 7 lignes ; 3° Rationis ah rationalitate.

Fol. \ 1°, 5 lignes ; 4° Quod idem sit animus quod ratio.

Fol. 1 T° et V®, 66 lignes ; 5** Differentia imaginationis ad intellectum.

Fol. 2 r°, 9 lignes; 6" Differentia existimationis ad intellectum.

Fol. 2 r°, 4 lignes; T Scientiœ ad existiniationem sive intellect.

Fol. 2 r**, 5 lignes; 8« Z)^ differentia intellectuum.

FoU 2 r'' et v°, 38 lignes ; 9^ Qui intellectus simplices qui composai.

Fol. 2 v"", 14 lignes ; ^0" //i quo differunt intellectus disjunctorum a disjungente.

Fol. 2 v% 47 lignes; 11^ Qui uni qui multipliées intellectus.

Fol. 3 r% ^2^* Qui sani intellectus vel cassi.

Jusque-là il est évident que nous avons un seul et même ouvrage; mais il ne faut pas se liâter de conclure que cet ouvrage cesse , parce que les chapitres qui suivent n'ont pas de titre comme les précédents. En effet, les deux chapitres qui suivent immédiatement le douzième : qui sani inlellectus vel cassi, et qui comprennent la fin du feuillet 3 r% le verso de ce mime feuillet, le feuillet 4 jusqu'à la fin de la page, continuent Texamcn de ce qui fait un entendement sain et un entendement malade; il s'agit toujours de l'entendement et de ses différentes opérations.

Vers la fin du feuillet 4 r°, sans division apparente de

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cliajnlrcs, se trouve cette phrase : nunc autem aliaiii proposai nostri persequamiir partem y utriim videlicet omnis intellectus sanus sit dicendus qui iia ut sese res habet eam intelHgit. On voit que c'est toujours la continuation du douzième chapitre. Celui qui vient ensuite et s'étend de la fin du feuillet 4 r° jusqu'au milieu du verso^ contient une réfutation des objections qui avaient été faites à la doctrine renfermée dans les chapitres précédents : nunc itaque suprapositas solvamus quœstionés, atque impugnationes ipsas quœ veritatem. perturbare vldentur impugnemus.

Môme feuillet ; nouveau chapitre qui continue le même sujet : nunc ad alterius quœstionis terminationem transeamus ; et il est hors de doute que les chapitres qui suivent, f" 5 r** et v°j se rapportent encore, sinon au sujet du chapitre \2^ : qui sani intellectus vel cassi; du moins à celui de tout le traité de intellectibus : solet fréquenter quœri de significatione atque intellectu universalium vocum quas res videlicet significare habeanty aut quœ res in eis intelligantur; ut^ cum audio hoc nomen homo, quod pluribus commune est rébus ad quas œqualiter se habet, quam rem in ipso intelligam quœvitur. On voit paraître ici la question des universaux, les mêmes idées et presque les mômes expressions que dans les traités que nous avons publiés et qui appartiennent incontestablement à Abélard. Nous retrouvons môme ici un mot qui a été la matière d'une intéressante controverse \ le mot indifferenter avec son explication légitime, P 5 r** : sive cum discretione certœ personœ ut Socratis vel alicujus alterius, sive in diffère jster

\ Voyez plus haut , p. 129 et 134.

absque ulla scilicet personœ certitudine. Cette discussion se prolonge a travers tout le feuillet 5 r% jusqu'au milieu dn verso, où le chapitre se termine ainsi : hœc de spéculât ionibus hoc est intellectibus dicta nunc sufficiant. Nous sommes donc bien sûrs d'avoir en entier le traité de intellectibus attribué positivement à Abélard dans notre manuscrit, et qui lui convient parfaitement pour le fond et pour la forme ; et ce petit traité, complet et achevé, est un ouvrage de plus a ajouter a la liste de ceux d'Abélard. Il ne serait pas sans intérêt de le publier intégralement, et nous n'aurions pas manqué de l'insérer dans notre collection (ouvr, inéd d^Ab.) si nous eussions possédé en temps utile le manuscrit de Saint-Michel.

Il s'agit maintenant de reconnaître si les trois feuillets qui suivent sont aussi d'Abélard, et de quel sujet ils traitent. Un examen attentif y découvre un certain nombre de chapitres sans liaison apparente , mais qui tous se rapportent plus ou moins directement a la question traitée ou plutôt mise en avant dans les derniers chapitres du de intellectibus, à savoir le sens des universaux ; et nous n'hésitons point à affirmer que ces nouvea'ux chapitres isolés ont aussi leur importance : on y trouve une foule de choses précieuses pour la question des universaux, des discussions qui ont leur valeur historique et qui dans la forme trahissent souvent la main d'Abélard , telle que la montrent les traités déjà publiés.

Le premier chapitre, f° 5 v«, est consacré b cette question : si la division de tout ce qui est en substance et accident est complète et suffisante : quœritiir an hœc di^ Visio eorum quœ sunt , aliud est sdbstaintia , aliud EST ACCiDENS, sit sufficlens, Accorde-t-on que celte di-

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vision est complète, dans ce cas, dit Tauteur, il faudra mettre les universaux parmi les substances ou les accidents ; sur quoi une discussion qui rappelle celles de notre philosophe. Le ton est altier , et la polémique incisive. En parlant des opinions contraires k celle qu'il expose, il s'exprime ainsi : quod quant irrationabiliter ayant apertum est.

Le fragment qui suit, fol. 6 r**, a plus d'importance encore que le précédent et se rapporte au même sujet. Les formes sont-elles des essences? De fonnîs diversi diversa sentiunt, c'est précisément le début du traité de generibus et speciebus que renferme le manuscrit de Saint-Germain, de notre édition, page 3^3. Voici, suivant l'auteur, les diverses solutions de cette question. Il y en a trois : ou bien on soutient que toutes les formes sont des essences; ou bien que nulle forme n'est une essence ; ou bien encore que certaines formes sont des essences et d'autres non. Ces trois solutions sont tour k tour examinées avec soin. L'auteur prend parti pour la troisième , qu'il attribue expressément k Abélard et k son école : alii quasdam formas essentias esse, quasdam minime perhibent y sicut Abœlardus et sui qui artem dialeclicam non obfuscando sed diligentissime perscrutando dilucidant. Ce fragment ne semble donc pas écrit de la main même d' Abélard ; cependant on y rencontre plus d'une trace de la manière d'Abélard : d'abord , comme nous l'avons dit, le ton superbe avec lequel l'auteur combat les deux écoles opposées k la sienne ; ensuite et surtout cette opinion intermédiaire entre le réalisme absolu et l'absolu nominalisme, qui, dans l'histoire, caractérise Abélard. Selon notre auteur toutes les formes

OU univcrsanx ne sont pas dos essences , mais seulement quelques-unes. Mais quelles sont celles qu'il regarde comme des essences? Il ne s'exprime ici que négativement et avec une assez grande incertitude. Ce sont, dit-il, ces qualités qui se trouvent dans le sujet sans que le sujet sufOse pour les constituer ; ou bien une disposition de parties entre elles qui n'est pas inhérente et nécessaire au sujet lui-même ; ou bien encore ces propriétés qui n'existent dans un sujet que conditionnellement et relativement à quelque autre qualité non nécessaire sans laquelle elles n'existeraient point.

Vient ensuite un fragment sans aucun intérêt sur les propositions modales, qui s'étend depuis le feuillet 6 r^ vers la fin, jusqu'au milieu du recto du feuillet 7. Ce même feuillet recto et verso contient plusieurs morceaux également sans intérêt et qui contiennent encore diverses maximes de logique.

Le feuillet 8 r° et v° est rempli par de nouveaux chapitres sur des sujets analogues et qui ne présentent ni aucune idée digne d'être mentionnée ni aucune citation intéressante. A la fin du feuillet 8 v** le manuscrit s'interrompt au milieu d'une phrase inachevée : aut autem facio consequentiam^ non aliquid

En résumé, ce manuscrit de Saint-Michel , qui d'après V Histoire littéraire renfermait des commentaires d'Abélard sur la Physique d'Aristote et le de generatione et corruptione, et qui par conséquent aurait renversé toutes les idées reçues sur les connaissances péripatéticiennes du douzième siècle, ne contient rien de pareil, et il ne fournit d'autre ouvrage d'Abélard qu'un petit traité, moitié psychologique, moitié logique De intellec-

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tibm, lin lecuerl de remarques sur renlendenient, et annexés à ces remarques, sans en faire partie, des fragments de fort peu d'intérêt, parmi lesquels il y en a deux plus importants que les autres, et où il est fait mention de Fopinion intermédiaire d'Abélard et de son école bur la nature des universaux. Ainsi ces nouvelles données, loin de ctianger quelque chose aux conclusions que nous avions tirées des grands traités dialectiques d'Abé'lard que nous avons publiés, les confirment et ne peuvent que s'y ajouter utilement.

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