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Le nombre (le ces étoiles, doubles ou triples, notées, dépassait 2,800 en 1837. Plusieurs de leurs révolutions sont connues; il en est de très-courtes , comme quarante-trois ans, pour celle de la Couronne ; il en est qui comportent des milliers d’années, comme celles . de la Baleine, des Gémeaux et des Poissons.
De ces observations aux distances, le résumé a été fait. « Quand on compare le so- « leil aux astres qui composent la couche « lenticulaire d’étoiles dont nous faisons parte tie, c’est-à-dire à d’autres soleils qui billet lent eux -mêmes de leur propre lumière, et on reconnaît la possibilité de parvenir à « déterminer, pour quelques-uns du moins, « certaines limites extrêmes entre lesquelles
« leurs distances, leurs masses, leurs gran-
« (leurs et leurs vitesses de translation doi— « vent se trouver comprises. Prenons pour « unité de mesure le rayon de l’orbite d’U- « ranus \ la distance de la première étoile « du Centaure , au centre de notre système « planétaire, contiendra 11,900 de ces uni- « tés ; celle de la soixante et unième étoile «du Cygne en contient près de 31,300, « et celle de la première étoile de la Lyre, «41,600. » Si l’on écrivait ces nombres, on ne les lirait pas.
Toutes ces étranges choses sont familières maintenant aux astronomes; mais M. de Humboldt les revêt, pour le public, de cette noble fantasmagorie qui peut les rendre po-
1 737,000,000 de lieues.
pulaires. Son âme s’exalte au récit de ces calmes phénomènes que leur grandeur seule rend si curieux. Notre faible nature, émoussée aux petits contacts humains , s’éblouit effrayée à la contemplation de tant d’énormes mécanismes. Lui, plein de verve et d’éclat, nous prédit, en majestueux style, ce qui doit advenir du spectacle futur de la voûte étoilée. « Un jour viendra, par suite de ces mou- « vements observés, où les brillantes con- « stellations du Centaure et de la Croix du « Sud seront visibles sous nos latitudes bote réales, tandis qu’Orion et Sirius ne paraî- « tront plus sur l’horizon. Les étoiles de « Céphée et du Cygne serviront successive- « ment à reconnaître dans le ciel la position « du pôle nord ; et dans douze mille ans l’é-
« toile polaire sera Véga de la Lyre, la plus « magnifique de toutes les étoiles auxquelles « ce rôle puisse écheoir. Ces aperçus rente dent sensible la grandeur de ces mouve- « ments, dont les vastes périodes forment a comme une horloge éternelle de l’univers. « Supposons un instant qu’un rêve de l’ima- « gination se réalise; que notre vue, dé- « passant leslimites de la vision télescopique, « acquierre une puissance surnaturelle; que « nos sensations de durée se contractent de « manière à comprendre les plus grands inet tervalles de temps, de même que nos yeux « perçoivent les plus petites parties de l’éten- « due; aussitôt disparaît l’immobilité appa- « rente qui règne dans les cieux. Les étoiles « sans nombre sont emportées comme des
«tourbillons de poussière; les nébuleuses « errantes se dissolvent ou se condensent , « la voie lactée se divise par places comme « une immense ceinture qui se déchirerait « en lambeaux; partout le mouvement règne « dans les espaces célestes , de même qu’il « règne sur la terre, en chaque point de ce «riche tapis de végétaux, dont les rejetons, « les feuilles et les fleurs présentent le spec- « tacle d’un perpétuel développement. »
Que dire et que penser lorsque vient le dénombrement des corps célestes que nos faibles moyens et d’observation et de bon sens nous ont permis de faire du fond de notre abîme ? Un seul amas d’étoiles, situé entre deux des principales de la constellation du Cygne, en contient au moins 330,000.
On porte, par estime, à 18 millions le nombre des étoiles que le télescope permet de distinguer dans la Voie-Lactée, et l’on n’en voit pas, à l’œil nu, plus de 8,000 sur toute la surface du ciel. «Au reste, ditM.de Hum- « boldt, les deux extrêmes de l’étendue, les « corps célestes et les animalcules microsco- « piques, concourent l’un et l’autre à pro- « duire cette impression d’étonnement que « les grands nombres excitent en nous, « sentiment stérile, quand on les présente « isolés, sans rapport avec le plan général « de la nature. Un pouce cubique de tripoli « de Bilin contient 40 mille millions de cara- « paces siliceuses de Galionelles. »
Une singulière remarque , c’est que les étoiles brillantes sont plus nombreuses dans
la région delà Voie-Lactée quedanslesautres parties du ciel. Mais ce qui est plus singulier encore, c’est qu’il existe une autre voie lactée, composée, toute entière, de nébuleuses, et non plus d’étoiles, laquelle, d’après John Herschell, formerait un anneau analogue à celui de Saturne, une sorte de ceinture isolée, à l’intérieur duquel notre amas stellaire existe. Cet anneau qui nous entoure, nous et des myriades de mondes, paraît traverser la Chevelure-de-Bérénice, la Grande-Ourse, la Ceinlure-d’ Andromède etlePoisson boréal . Herschell poussant à bout les immenses idées qu’inspire ce spectacle de l’infini, suppose que des espaces existent, que le temps a dévastés, par suite des attractions que la matière cosmique a dû subir dans le cours des
temps. Cette idée a pour preuve possible l’ouverture, large de quatre degrés , que présente la constellation du Scorpion , et da ns laquelle les plus forts télescopes ne laissent apercevoir aucune étoile.
L’imagination se perd à scruter de tels secrets. Où est Newton? où est surtout Descartes? Quel assez riche cerveau éclaircira ces nouveaux mystères que les progrès de l’optique ont posés comme problèmes à nos chercheurs actuels? En attendant la grande synthèse de ces observations si variées, elles marchent avec une rapidité merveilleuse.
Les ingénieuses recherches de M. Arago sur la lumière du soleil ont déjà fait avancer nos connaissances dans cette carrière, jusque-là inabordable, de la constitution physique des
étoiles. Le grand fait de la polarisation de la lumière, immortelle découverte de Malus, est un de ces jalons que l’humanité plante, de loin en loin, dans ce champ sans limites des curiosités qui nous dévorent. On s’est activement emparé de ce grand indice. Il n’y a pas de crainte à concevoir sur les travaux analytiques de ce temps-ci; tout ce qu’ils peuvent produire sera obtenu, car c’est la fièvre, c’est la rage de notre époque. Attendons avec patience le vaste résumé de ce qu’ils décriront, et puisse le dix- neuvième siècle ne pas finir sans que ce soit trouvé !
Pour terminer avec ce spectacle des cieux, qui, dans le livre de M. de Humboldt. donne de véritables vertiges, je citerai les réflexions suivantes : «Les dernières nébu-
« leuses visibles dans le télescope de quart rante pieds de Herscliell, doivent, d’après « sa pensée, n’avoir été visibles pour nous «qu’au bout de deux millions d’années (à « raison de soixante-seize mille lieues par «seconde, comme vitesse de la lumière!). « Ainsi, bien des phénomènes ont apparu « depuis longtemps sans être perçus par nos « yeux ; bien des changements, que nous ne « voyons pas encore, se sont depuis long- « temps effectués... »
ïl se peut donc que, dans la voûte du ciel, des étoiles disparues nous apparaissent encore. Il se peut que nos derniers neveux, dans des millions de siècles, soient dupes encore de celte illusion, et travaillent à mesurer les distances, les densités, les masses,
de corps célestes qui n’existent plus. Il se peut qu’ils en étudient et en reconnaissent les détails physiques, lorsque le néant est, en réalité, au bout de leur lunette. Et il se peut aussi que de magnifiques astres, visibles peut-être à l’œil nu dans quelques semaines, resplendissent depuis la création dans l’azur céleste, tout prêts k nous dévoiler leurs secrets. Pourquoi la lumière est-elle si lente ! soixante-seize mille lieues par seconde, pour nous qui n’en pouvons compter qu’un peu plus de 86 mille par jour, qu’est-ce, je vous prie? Les idées anciennes se renversent et l’étonnement change d’objet. Les extrêmes vitesses, à ces méditations, deviennent des lenteurs apathiques, et l’esprit de l’homme, insatiable en ses appétits curieux, se prend
à maudire la courte durée de la vie, après l’avoir comparée à ces fabuleux chiffres qui, pour le temps et pour l’espace, viennent se réduire à d’imperceptibles fractions.
« Abandonnons maintenant les hautes régions que nous venons de parcourir, pour redescendre sur notre étroit domaine , après la nature céleste , abordons la nature terrestre. Un lien mystérieux les unit toutes deux; et c’était le sens caché dans le mythe des vieux Titans, que l’ordre, dans le inonde, dépend de l’union du ciel avec la terre. Si, par son origine, la terre appartientau soleil, ou du moins à son atmosphère jadis subdi-
visée en anneaux , actuellement encore la terre est en rapport avec l’astre central de notre système et avec tous les soleils qui brillent au firmament, par les émissions de chaleur et de lumière. »
Telle est la splendide et naturelle transition de M. de Humboldt pour nous faire arriver, des profondeurs de l’espace, à ce coin perdu que nous habitons. C’est le microscope, et non plus le télescope, dont il semble que nous ayons besoin. Rien de cela; tout va grandir, dans des proportions pareilles, à nos yeux rapprochés de phénomènes nouveaux. L’amplitude de l’Océan, l’immensité des steppes, la colossale architecture des montagnes, le désordre infernal
des volcans , les incalculables vieillesses des