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CHAPITRE XI

Un mal qui répand la lerreur, Mal que le cie^ en sa farear, Inventa pour punir les crimes de la terre:

La peste!

La Fontaine.

3 juillet. — Camp près de Comorn, sur la puszta Csém . J'eus dans cette journée des symptômes, heureusement assez légers, de choléra. Plusieurs autres d'entre nous furent également atteints par ce fléau , et moururent.

4. — Faible et sans appétit, mon abattement physique a passé, malgré moi, au moral. J'avais, en héros, résolu de ne pas perdre courage ; mais souvent, à peine m'étais-je dit : Je ne me plaindrai pas, que mon visage changeait, et je me sentais vaincre par la douleur et la lassitude.

Le soir, chargé de l'inspection, faible et, malade comme je l'étais, je conduisis à cheval l'escadron à l'abreuvoir. Malgré le bruit, le mouvement et la poussière, je tombais dans une rêverie noire et profonde , une tristesse vague et involontaire s'emparait de mes sens, lorsque soudain une musique douce et

lointaine frappa mon oreille ; j'en recueillis les accords avec un plaisir indicible, — un plaisir qui, sans charmer ma tristesse, s'y mêlait voluptueusement et me causait une sensation inexprimable.

ha^ Dernière Rose d'été était l'air qui frappait mon oreille ; et air et paroles me rappellent, chaque fois que je les entends, de bien doux souvenirs ! Retenant donc mon cheval au pas le plus lent, tout bas et plutôt avec la voix de l'âme que celle du corps, j'accompagnai l'harmonie et chantai les paroles :

*'*Ti8 tMast rose ot mmmef,

Left blooming alone ;

*' Ail lier lovely companions

Arefaded and gone;

No flower of ber kindred

No rose bud is nigh

*' To reflect back ber b^ushes

Or give sigh for sigh.

*' Ht not leaté thee, thon lone otiel

Topioeon tbe^m,

Since the lovely are sleeping ,

"Go, sleep thou witb tbcm

Thus kindly I scatter

Thy leaires or tbe bed ,

" Wbere tby mates of tbe garden

Lie sceDtless and dead.

Sosoon may I follow

'* Wben friendships deùv}^

And from love's shiniig drcle

" The gems drop away !

** When trveharts are withered,

*' And fond ones are flown ,

Oh ! who wonld inhabit

'* This bleak would alone? "

Je n'aurais voulu citer que le premier couplet ; ma main, involontairement, a écrit les deux autres. On m'excusera de citer ces vers, puisqu'ils sont de la plume inspirée de Moor :

'' when through life unbless'd we rove.

Losing ail that made life dear Should some notes , we used te love In days of boyhood meet our ear Oh ! how welcome breathes the strain !

** Like the gale, that sighs along Beds of oriental flowers , Is the grateful breath of song.

That once was heard in happier hours , Filled with balm , the gale sighs on , Though the flowers hâve sunk in death ; So when pleasures; dream is gone , Its memory lives in Musics breath."

Ce n'est pas souvent que nous autres soldats sommes sentimentals ; mais quand nous le sommes , c'est à l'extrême.

5 et 6. — Juif errant dans notre camp, le choléra augmentait d'une manière terrible; les ravages en

étaient encore plus grands dans le camp russe que dans le nôtre.

1. — Dans ce seul jour, sept soldats de notre escadron , qui ne comptait déjà plus que quatre-vingts hommes, furent attaqués par le fléau. Les plus forts et les plus sains étaient renversés comme par un coup soudain et inattendu ; des crampes s'emparaient de leurs membres, et ils mouraient en hurlant comme des malheureux, avant qu'on ait même eu le temps de les envoyer aux hôpitaux.

Notre jeune colonel fit tout son possible pour soulager et pour encourager les malades. On loue beaucoup l'acte d'héroïsme de Bonaparte d'avoir touché un pestiféré; le comte M... fit, non pas une, mais vingt fois, cet acte de dévouement. Non-seulement il touchait les malades, mais, en vrai Charles Borromée, il les prenait par la main, levait leur tête mourante, et même les soutenait dans ses bras. Ce fut lui aussi qui, voyant que j'étais faible et fort indisposé, comme je l'ai déjà dit, eut la bonté de m' envoyer, avec des dépêches, au quartier général à J. , — me faisant promettre d'y rester quelques jours afin de m'y soigner. Cette bienveillante sollicitude me sauva la vie. Ce n'est pas ici que je parlerai de ma reconnaissance: j'ai COQ tracté une dette que je n'ai pas encore payée et que probablement je ne paierai jamais.

Auvili^age de Babolna, on avait changé les maisons

en hôpitaux, et jusqu'aux cours des même, tout était rempli de pestiférés : la mort était partout.

Je rencontrai un convoi de charrettes contenant des malades, dont la plupart étaient mourants ; plusieurs de leurs camarades, pâles, livides et déjà couverts de mouches, étaient morts en chemin.

Vraiment, vraiment, la bonne mère Nature a doué l'homme à un degré superlatif de la faculté de souffrir, et les joies de cette vie sont si rares et si courtes, que Ton est parfois tenté de croire qu'elles ne nous sont données que pour nous rendre la douleur d'autant plus intense et plus cuisante.

Je fis ici la connaissance d'un jeune officier irlandais, O'G..., et j'allai le soir jusqu'à Bony.

8. — Passé deux nuits à Bony , où le docteur B. , de notre régiment, me donna ses soins. Je recommençai à prendre le dessus.

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