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CHAPITRE XV

Aïs die Brâcke war gescblagen, Dass man konnt' mit Ross and Wagcn Frei passiren Aen Donau-Fioss. Bei Scmlin scblog er sein Lager Uni die Turlien za verjagen, Ihnen zum Spott and zcm Yerdrass.

Am sechs nnd zwanzigsten Aagusl so eben

Kani bci Donner, Wind ond Regen,

Ein Spion und zeigtibm an :

Da5s die Tûrken futtragiren,

So vicl man nur kann vcrspâren

An die dreimai bundert Uusend Mann.

Als er diesf s bat vernommen, Liess er gleich zosammen kommen Seine General' und Feld'marschall.

Er that i\e jnit instrairen, Wic sie soileu die Trupipen fûbrcn Und deu Felnd recbt groifen an.

(Vieille chanson du prirue Eugine de Savoie.)

3 août. — A peine avions-nous dormi deux heures, que le bruit du canon nous éveilla. Les Hongrois, profitant du crépuscule, s'amusaient de l'autre bord à tirera mitraille sur nos patrouilles et à lancer des grenades sur la place où nous campions; de notre côté,

nous ne tardâmes pas à leur répondre, et le combat s'engagea.

Nos artilleurs tiraient dans les maisons du faubourg qui est de l'autre côté du fleuve ; et quand les Honveds sortaient des murs croulants, nos chasseurs et lesSéréjans à manteaux rouges, cachés derrière des palissades ou couchés à plat ventre sur le rivage, les prenaient en mire. Bientôt l'artillerie russe se mit de la partie ; nos raquettes sifflaient, les bombes et les grenades volaient et éclataient avec fracas de tous les côtés, tandis que les courts intervalles étaient remplis par le pétillement continuel des armes à feu.

Pendant toute cette journée, la cavalerie n'ayant rien à faire, nous passâmes notre temps libre dans un café où le maître , malgré sa frayeur mortelle (deux ou trois boulets hongrois traversèrent sa maison d'outre en outre), fut obligé de nous faire des glaces, du café, etc., etc. Nous ne pouvions d'ailleurs parvenir sans danger à ces rares délicatesses ; car pour arriver au café, il nous fallait passer une partie de la grande place que le canon ennemi balayait complètement. Plusieurs officiers y furent blessés, car les Hongrois tiraient sans pitié sur chaque groupe qui passait.

Le général Haynau avait son quartier général dans la même maison où Kossuth avait demeuré et d'où il avait harangué la multitude trois jours auparavant.

Il y a sur laTheissun vieux château qui forme un des quatre côtés du carré de la grande place; les remparts en étaient occupés par les nôtres, et sur la tour la plus haute flottait depuis la veille, défiant fièrement ceux de l'autre côté du fleuve, la bannière noire et jaune de l'Autriche.

Or, nos raquetteurs lançaient leurs projectiles d'un des bastions. Espérant y trouver un point d'observation favorable, nous y allâmes cinq ou six officiers ensemble. Les boulets nous sifflaient par-dessus la tête, et nous étions presque assourdis par le bruit infernal de deux batteries qui tiraient à droite et à gauche du château.

Nous passions justement dans une petite cour qui, contre sa destination primitive, avait été changée en jardin potager, quand une bombe tomba au beau milieu de nous tous ; la cour n'avait tout au plus que quinze pieds carrés. Pressés contre le mur, nous ne pouvions détacher nos regards du maudit projectile, qui , la mèche en l'air, tournoyait avec fureur dans le sol et se creusait un trou que tous nous eussions voulu voir beaucoup plus profond. Pendant quelque temps, nous restâmes sur la pointe des pieds et dans une anxiété difficile à décrire, les yeux fixés sur la bombe, qui tournait toujours, en s' apaisant cependant petit à petit. Pour notre bonheur à tous, elle n'éclata point » et sans perte ni de la vie, ni des mem-

bres , nous montâmes sur le bastion. Ici, quoique encore exposés à la répétition de pareilles visites, nous rîmes comme des fous de la position où nous nous étions trouvés et de la figure étonnée que plusieurs d'entre nous avaient faite.

Plus tard nous allâmes faire une visite à l'artillerie russe, qui tirait à merveille et avec le plus grand sangfroid. En la voyant, je fus fier d'avoir, moi aussi, du sang russe dans les veines et d'être le petit-fils de celui pour qui la grande Catherine fit des vers qui ont eu de la célébrité.

Mais retournons à notre batterie. Un Hongrois, qui

probablement se sentait la vocation de mourir en héros, s'étant montré sur un retranchement avec un drapeau tricolore à la main, servit de point de mire à un canonnier russe : le coup partit ; le Hongrois et le drapeau roulèrent tous deux dans le fossé.

Le faubourg de Szegedin ayant pris feu, les Honveds ne purent s'y maintenir ; nous lançâmes alors des bateaux remplis de chasseurs, qui bientôt parvinrent à l'autre bord, et, encouragés par la conduite héroïque du capitaine de lanciers, prince Taxis, qui, à leur tête, monta à l'escalade, prirent une redoute ennemie qui résistait encore et chassèrent complètement les Honveds de l'endroit.

Dans cette journée, comme toujours, les Hongrois

tirèrent, vu les circonstances, avec une précision qui nous étonna, et qui est une preuve de plus de leur aptitude militaire.

A l'entrée de la nuit, une patrouille de cuirassiers fit le faux rapport que l'ennemi, ayant fait deux ponts, passait la rivière en masse. Cette nouvelle, grâce à son improbabilité, ne nous causa pas peu de confusion. Pendant une bonne partie de la nuit, nous marchâmes à droite et à gauche. A minuit enfin, la vérité s' étant éclaircie, nous rentrâmes à Szegedin, musique en tête. Sur l'autre bord, les Hongrois, — qui pensaient à tout autre chose qu'à repasser le fleuve, comme nous l'apprîmes plus tard, — ne savaient [nullement que croire de la musique nocturne, du tambour et du remue-ménage que nous faisions dans la ville.

Nous nous rangeâmes sur la grande place, notre aile gauche appuyée contre la maison du général en chef; puis, ayant mis pied à terre, nous nous étendîmes sur le pavé.

A deux heures du matin, un de nos capitaines, aide de camp de l'empereur,* ayant eu à passer tout le long du front de notre régiment, «ous raconta le lendemain que nous semblions tous avoir été ensevelis et pétrifiés par la baguette d'un magicien. Les chevaux, fatigués, penchaient lourdement la tête sur leurs cavaliers, qui, enveloppés dans leurs manteaux blancs, étaient étendus à terre devant eux et les tenaient par

la bride d'une main assoupie. Tous dormaient, depuis le colonel jusqu'au dernier soldat, et la lumière lugubre de l'incendie mourant de Szegedin éclairait ce singulier tableau.

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