‹ Fragments sur les campagnes d'Italie et de HongrieChapitre 25 sur 38 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

A change came oèr ibe sfirit of my dre&m.

LoBD Btrom.

19 juillet. — Après une longue, longue marche, nous entrâmes à Pesth par le nouveau pont suspendu. — Hourra I La forteresse de Bude nous témoignait par ses débris la brave défense du général Henzi, mort en nouveau Léonidas.

20, 21, 22. — Nous passâmes les journées à Pesth et les nuits au camp. Ce fut avec un plaisir inconnu à un homme de paix que je pus m'habiller, me baigner, prendre des glaces, etc., etc. Les soupers au Casino, dans les grandes salles éclairées et garnies de miroirs, me paraissaient comme un rêve délicieux.

La nuit du 21 , malgré la défense, je fis la folie de passer la nuit à Pesth, au lieu de retourner coucher sur la plaine de Rakos.

A minuit, je m'éveillai en sursaut : infanterie, cavalerie et artillerie défilaient dans les rues, au son d'une marche qui faisait vibrer toutes les fenêtres

par ses belliqueux accords, — « Mon régiment, pensai-je avec effroi, sera sans doute parti, et moi j'aurai manqué au départ! » Quoiqu'il soit contre mes principes de me repentir de ce que j'ai fait, — j'aime mieux expier en silence la conséquence de mes fautes, — je maudis mille fois mon imprudence d'être resté en ville.

Heureusement je m'étais trompé, et quand je retournai au camp, je reconnus tout de suite que rien d'extraordinaire n'était arrivé depuis mon absence ; nos chevau-légers pansaient tranquillement leurs coursiers, ou faisaient leur soupe du matin; rien qu'un escadron,commeàrordinaire,étaitrestésous les armes.

23. — A midi nous nous dirigeâmes vers Szegedin, pour rejoindre, si faire était possible, l'armée du Sud, commandée par le ban de Croatie.

Pendant toute la journée, nous poussâmes devant nous un corps ennemi de &0,000 hommes, sous le Polonais Wizocki.

Nous passâmes la nuit à Sorok-Sar. En hongrois, Ys se prononce comme che en français ; ainsi l'on dit Chorok-Char. Le son de Vs française s'exprime en hongrois par sZj comme Szeged ; cz se prononce comme ts : Debreczin. Voici conmient, en hongrois ; on compte jusqu'à dix :

Egy, — hèttô, — harom, — négy, — ot, — hat, — • het, — nyolcz, — hillenez, — tiz. Ce dernier mot

est à peu près prononcé comme le môme nombre en français.

Les mots/u (ewe) et ot hon (at home), ont à peu près le même son et la même signification qu'en anglais. Tisju et ot hon, sont, je crois, les seules pa* rôles hongroises qui ressemblent quelque peu au français ou à l'anglais.

26. Ocza, -^ Pendant la marche, notre escadron couvrit l'aile gauche de l'armée.

25. Orkeny. — Le curé qui avait prêché la levée en masse contre nous fut arrêté.

26 — Nous partîmes de bonne heure pour Ketskemet : les Hongrois l'abandonnèrent à notre arrivée, et, sans infanterie, nous prîmes possession de la ville.

Imaginez-vous une agglomération de cinquante mille habitants au beau milieu d'un désert de sable, et vous aurez une idée de Kefcskemet.

27. — Nous bivouaquâmes sur le petit Sahara qui entoure la ville. Une espèce de simoun soufflait ; presque toute la journée le soleil était obscurci parla poussière et par le sable, surtout dans le voisinage du camp.

28. — Bivouac à Puszta-Baka. Nous fûmes d'avantpostes : j'étais posté avec un piquet sur la grande route. Pendant la nuit, quelques déserteurs polonais vinrent à nous : ils portaient , en témoignage de leur changement d*opinion, leurs casquettes carrées à l'envers ;

ils nous racontèrent que Kossuth était à Szegedin, que les Hongrois étaient occupés à fortifier.

Probablement, par un instinct qui faisait sentir à chacun que cet homme était l'âme de la révolte, nos soldats ne nommaient jamais Kossuth que comme l'ensemble de Tarmée hongroise; ainsi, ils disaient : Kossuth se bat bien aujourd'hui; Kossuth se retire. Chaque cheval que nous attrapions et chaque canon que nous pre*nions étaient invariablement son cheval et son canon.

29. . — Bivouac à Pétéry. Depuis notre départ de Pesth, il faisait une chaleur vraiment tropicale, et nous marchions nuit et jour dans des nuées de sable. Presque pas d'eau à boire, et nulle part de la bonne ; heureusement que le vin n'était pas si rare que l'eau, nous en avions dans nos gourdes presque toujours quelques gouttes, chaudes, il est vrai, mais au moins suffisantes pour humecter les lèvres.

Quand on pense à la célérité avec laquelle nous nous étions avancés, et que le Danube nous était bouché par la forteresse de Comorn, que défendait Klapka, l'exactitude avec laquelle nous étions fournis en tout doit vraiment étonner : la viande, l'avoine et le vin ne ^ manquaient jamais, le pain bien rarement.

30. — Nous passâmes la journée à P. . . — Nous y apprîmes que le Ban, près deTittle, avait battu les Hongrois et leur avait pris treize canons.

Le soir^ nous vîmes au loin» dans le flanc gauche*

la lueur d*un grand incendie : c'était celui de la ville de Csongrad, dont les habitants avaient tiré sur nos troupes.

Ayant, dans la soirée, fait du punch, auprès du feu de bivouac, par exception j'en bus avec tant de dévotion, que quand je me retirai dans ma tente, la tête commença à me tourner, et je sentis distinctement le mouvement rotatoire de la terre. Ne pouvant m' endormir, je me levai, et pendant une bonne demiheure je me promenai à grands pas au grand air; alors, après avoir donné un dernier coup d'œil d'admiration au système de Copernic , je me glissai sous ma tente, où le dieu Morphée eut enfin pitié de moi.

31. — Le soir, je reçus l'ordre de partir comme renfort à la division du major W...,à Kis-Telek. Ce village était désert et abandonné de ses habitants ; il n'y avait plus que des chiens affamés.

Notre régiment devant arriver à minuit, je fis une longue ligne de feux pour en marquer le front d' encampement; puis,

1" août. — A une heure du matin nous nous couchâmes sur le sable , et nous dormîmes jusqu'à trois heures malgré la pluie et le vent.

Quand nous nous levâmes, toute la plage était mouillée, excepté les quelques pieds de terre où chaque soldat fatigué s'était affaissé sur le soL

Nos chevaux n'ayant pas été dessellés, au premier son de la trompette nous montâmes sur nos selles tout imprégnées d'eau, et partîmes vers Szegedin pour reconnaître la position ennemie. A quelques lieues de la ville, nous fîmes halte au pied d'une petite colline qui était surmontée d'une croix pour montrer que là étaient enterrés les morts tombés à une bataille contre les Turcs qui eut lieu en 1668. Je fus posté sur la butte afin d'y observer le pays : au-dessous de moi était une vaste plaine qui s'étendait jusqu'aux murs de Szegedin, que l'on voyait au loin. Grâce à ma lunette, je distinguais clairement dans les champs de maïs et de blé chaque patrouille autrichienne ou hongroise ; je suivais avec le plus grand intérêt leurs ruses et voyais leurs rencontres.

2. — Notre brigade nous ayant rejoints de bonne heure, notre détachement repartit en avant. Sans un seul fantassin nous occupâmes la ville, où nous entrâmes au grand trot par plusieurs côtés à la fois.

La ville est située sur la Theiss, dont la rive opposée, alors occupée par les Hongrois, était bordée de canons. Malgré la proximité de l'ennemi et la difficulté pour la cavalerie de maintenir et de défendre une ville en cas d'attaque, nous l'occupâmes toute la journée sans infanterie.

Ayant été envoyé en patrouille le long de la Theiss,

je remarquai de l'autre côté du fleuve une redoute nouvellement élevée. N'y voyant personne , je m'en approchai aussi près que possible; mais, arrivé à quatre-vingts pas environ, j'y aperçus quatre canons pointés vers nous, — «Oh! oh! pensai-je, nous voilà dans un joli guet-apensl » J'aurais voulu, je l'avoue, m'éloigner aussi tranquillement que je m'étais approché. — Il était trop t^,rd : — un bras tenant une mèche allumée se leva en l'air, et deux fois, la maudite redoute nous cracha la mitraille. Plusieurs de mes chevaux fuient blessés , quelques-uns tombèrent et engraissent encore aujourd'hui le sol de la Hongrie; ma pauvre gourde, que j'avais si souvent baisée avec transport, fut brisée en mille morceaux : il ne m'en resta que le cordon. Heureusement pour ma conscience, aucun de mes soldats ne fut même blessé : je me serais fait de vifs reproches de ne m' être pas avancé tout seul vers la redoute suspecte, au lieu, comme un imprudent, de m'en être approché en front, et d'avoir ainsi donné un si beau point de mire aux artilleurs ennemis.

Ce fut l'empereur qui paya ma faute : mon étourderie lui coûta plusieurs chevaux.

Je crois pouvoir parler du bonheur d'être ainsi échappé moi et les miens à deux coups de mitraille tirés à bout portant. Un proverbe russe dit que quand on a du malheur, si l'on tombe sur le derrière^ on se

casse le nez. C'est vrai, c'est fort vrai; mais moi je dis que, quand on a du bonheur, si l'on tombait jusqu'au cou dans un marais, l'on pourrait, comme le célèbre Munchausen, s'en tirer par les cheveux, et cela même si on avait une perruque.

Le soir je fus de garde.

Pour chasser le sommeil, M. D... et moi nous passâmes la nuit à nous promener de long en large, en chantant de vieux vers; j'improvisai ensuite les strophes suivantes, adressées à mon Manteau et à Nakir^ mon coursier (1) :

De tous mes compagnons tu fus le plus fidèle; Alors que pour nous deux à grands pas le temps fuit, Je dois me rappeler que dans la froide nuit Pour moi tu recevais et la pluie et la grêle.

Que de fois sous tes plis, qui m*ont tant abrité, Tu dus sentir mon cœur violemment agité !

Alors que les combats nous laissaient une trêve, A Berthe je pensais, Berthe était mon seul rêve.

Etlorsque les clairons m'appelaient dans le rang, Que de fois, vieux manteau, tu vis couler mon sang! Sur tes plis déchirés lorsque j'en vois la tache, Un brillant souvenir toujours à toi m'attache...

(I) N«kir est dads Id VLotàûf le mm, de TAnge de la mort«

Pais- je oublier jamais qu'au momrat du départ lia Benbe fa pressé de sa main caressante.

Alors que de ses yeux nne larme brûtante Voilait, sans le cacher, son triste et doux regard.

A toi, mon yieux Nakir, à toi, coursier fidèle. Un souYeuir aussi ! non pour payer ton zèle.

Car au milieu des camps, des périls, des combats, Après Dieu, noble ami, c'est toi qui me sauvas.

Mais partageant toujours les destins de ton maître, A?ec lui, cher Nakir, tu périras peut-être.

Et sur le champ d'honneur, — c'est le (lus beau destin ! — Un jour on trouvera ton cadavre et le mien...

A minuit, je fus relevé ; mon camarade et moi nous nous jetâmes alors sur le pavé, où nous ne tardâmes pas à nous endormir.

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