CHAPITRE II
Abend ward^ft ànd worSe Morgen, Nimmer, nimmer, siand ich slill; Atter iminer btieb^â Vëtborgen Was ich suche, was ich vill.
ScBiu.BR : le Pèlerin.
Du Wird'g krentiilstlg Wérdèn, Wenn die Zeit eiomal kimmt, Dass ein fiauer dem andern Beiin Ohrwaschél nlmmt.
( ChaMon dans le dialKte dé la haitU Autriche. )
Quelque temps après, avec le régiment, je partis de Vienne , et nous allâmes, en remontant le Danube, dans un des pays les plus beaux de la terre : la haute Autriche et le Salzbourg.
Ce serait aussi ennuyeux pour vous^ lecteurs ^ de lire que pour moi d'écrire l'histoire des années de paix profonde que nous passâmes alors, mais qui d'ailleurô ne devaient pas durer longtemps : aussi ne ferai-je le récit de cette génération entière de passions qui , selon la Rochefoucauld, s'engendrent et se succèdent dans le cœur de l'homme : l'amour, le jeu, le vin, les chevaux , etc. , etc. Ce livre ne racontera que des faits : je ne veux ouvrir mon cœur à personne.
Tout en fumant la pipe du repos , nous commen-
cions déjà à voir du côté de l'Italie certains nuages noirs sur l'horizon se montrer menaçants : le vent de la révolte s'élevait. Nous reçûmes l'ordre de nous tenir prêts à partir. Nous étions tout attente, lorsque , enfin, l'ordre définitif de nous mettre en route arriva. Grande fut notre joie : après cinquante ans de paix , le jour du soldat était venu!
Ah ! il faut avoir' servi pendant de longues années de paix ; il faut avoir subi tous les désagréments de l'état militaire , sans avoir pu jouir de tout ce que ce métier a de noble et de grand, pour se former une idée de l'exaltation d'un tel moment : on se sent grandir avec les circonstances , on oublie tout à coup ses intérêts mesquins , ses petites rivalités , et frappant avec cordialité sur l'épaule de celui avec lequel on était brouillé hier, on lui dit : Ami ! ami ! notre temps est venu. Le maréchal de Saxe a dit avec raison que l'on traite le soldat comme on traite son manteau : on s'en sert quand il fait mauvais temps , et on le jette dans un coin dès que le ciel redevient clair.
C'était alors le temps où la révolution éclata à Paris. Sans trop regretter la chute d'un roi assis sur un trône qui n'était pas le sien , et qui, donnant à son parti le nom de juste-milieu^ escamotait les deux autres partis de la légitimité et du libéralisme , nous fûmes effrayés de l'immense influence qu'une centaine de têtes enflammées et d'ouvriers turbulents eurent sur le destin