IS
du monde. Ah ! c^est péroble de penser queb troabicd et quels bouleversements une cause si étrange et si lointaine a pu occasionner à un gvwaà empire eomniie le nôtre et à tout le reste de l'Europe. Vraiment, vraiment, c'est un esclavage dont nous devrions iéen nous affranchir. Ce n'est pas à moi ée dire cominent ; mm comme soldat, j'ai toujours vu que le mieux est de marcher droit au danger : on a temporisé avec les barricades de iSâO ; cette condinte conciliatrice tt amené la république cfémocratiqi;^ de I8/18. Si tous temporisez avec la républiqifô démocratique de 18&8r Dieu seul sait le terme inconnu de îa nouvelle pro^ gression. Héla^! la pauvre nacelle de la société n'a^t<^ elle pas déjà été assez désorientée par la révoli:^on l En en contemplant la marobe sanglante^ j' aï pensé par moments qu'on^ n'aurait qa'à la laisser faire, pour dé-* goûter le genre humain de ce qiîi'il non»ne la liberté} mais cela coûterait trop cher, et ii est temps , et bten^ temps, de trancher la question :
Qttousque tandem, Calilina?
Nous avons pour nous l'immense avantage ée l'unité de volonté ; Dieu est pour nous : il n'aurait qu'à rester impartial , que nous nous chargerions de prouver à nos adversaires combien leur idole, la révolution, est vide de consistance et de force réelle; mais il faudrait aller droit au daager.
En marchant vers l'Italie, nous passâmes par le Tyrol, cette Vendée de TAutriche: partout nous fûmes fêtés et reçus à bras ouverts. Je vis dans les villages plusieurs de ces vieux montagnards qui avaient si vaillamment combattu, sous Hof er, contre la France et la Bavière ; ils nous racontèrent leurs combats. En les écoutant, j'admirais œs vieillards qui, malgré leurs cheveux blancs, avaient conservé le cœur chaud et généreux de la jeunesse.
J'espère ne pas ennuyer le lecteur en lui mettant ici sous les yeux un extrait de la vie d'un de ces fils des Alpes, histoire vraie d'un chasseur tyrolien :
« Je descends, me dit-il, d'une famille guerrière de la vallée d' Inn en Tyrol , et suis né le 23 juin 1786,&ous le signe de rarcher,àMûhlbach,dans lecantondeMiitersilI. Mes parents, quoique dénature assez grossière, étaient des chnHiens exemplaires et se donnèrent toutes les peines du monde pour me bien élever et surtout pour me rendre homme honnête et religieux ; mais tous leurs efforts, leurs bons conseils et même les coups qu'ils me donnèrent pour me comger furent inutiles. Faire des farces était mon seiil plaisir, et je n'étais heureux que quand je pouvais me battre ; cette dernière passion surtout était irrésistible pour moi et l'intensité en augmentait de jour en jour. — Mon père était fâché dé me voir prendre un tel pli; mais comme, grâce à ma force et J^ mon adresse, j'étais presque toujours vainqueur,
je m'apercevais bien qu'en secret il était fier de son fils. Dans sa jeunesse, lui aussi avait eu le même caractère que moi : aussi s'imaginait-il sans doute que mes défauts étaient des défauts de famille, et que le fruit ne tombe pas loin de l'arbre.
» Cependant, pour n^ pas manquer à ses devoirs de père chrétien, il me donnait de rudes coups ; mais s'apercevant enfin que ce système d'éducation ne faisait que m' endurcir, il prit le parti de m' abandonner à la puissance de Dieu, bien persuadé qu'il était que je n'agissais pas par désobéissance : jamais je ne me suis batlu par haine.
» Il y avait alors dans la ville un riche bourgeois qui avait trois filles. — Jeune et fort comme je l'étais, je plus à l'une d'elles, dont j'étais moi-même amoureux. Elle n'était pas fort belle, peut-être même la moins belle des trois sœurs; mais elle était si bonne, si douce et si* gentille, que je n'en ai jamais vu de pareille ; je pense encore à elle tous les jours de ma vie.
» J'étais un jour à côté d'elle quand je m'aperçus, au bon moment où je voulais lui donner un baiser, que le curé, d'une fenêtre opposée, avait les yeux sur nous. 11 me cria courroucé : « Vaurien, laisse aller cette fille. » Et moi j'eus si peur que je me cachai à la hâte sous le lit, puis plus tard je me glissai chez moi. 11 me fallut le lendemain entendre un long sermon, et promettre de ne plus donner de baiser ; quant au curé, il me pro-
mit aussi de ne rien dire à mon père. Il tint parole, mais moi, hélas ! je ne le pus : avec la meilleure volonté, aussitôt que je voyais ma belle, j'oubliais monsieur le curé,ma promesse, mon père et même l'ennemi.
» Le printemps suivant, la patrie était en danger; mon père m'enrôla dans une compagnie de chasseurs volontaires qui partaient pour la terre de l'Adige.
l^Dans le mois de décembre 1800, nous nous avançâmes jusqu'à Unken, où j'eus l'occasion de me distinguer dans les combats des 19, 21 et 24. — Le 19, nous surprîmes un piquet ennemi dans les montagnes. Je tirai avec ma carabine un officier supérieur et deux soldats, et fis prisonniers sept Français, que je conduisis à mon capitaine.
» Dans ce temps,les Tyroliens et les Français patrouillaient sur la grande route, jusqu'à l'auberge de S.... Un jour, l'aubergiste nous ayant priés de consommer une grande provision de bière et de fromage qui lui restait et qu'il ne voulait pas laisser aux Français, nous allâmes chez lui, et après avoir posté une sentinelle, nous nous mîmes à table de fort bonne humeur. Soudain nous entendîmes le cri : « Les Français viennent ! les Français viennent ! » — Chaque chasseur saisit sa carabine et courut sur la montagne : trois chasseurs français poursuivaient un de nos hussards qu'ils étaient sur le point d'atteindre. Je mis ma carabine en joue ; le premier chasseur fit la culbute, les deux autres s'ar-
fêtèrent tout court, puis se sauvèrent au galop. — Le hussard que j'avais sauvé, par reconnaissance offrit de me procurer une médaille, ce dont je le remerciai quoique je n'en connusse pas encore la valeur ; cependant j'avais eu bien peur, car quand, le danger passé, je retournai à l'auberge, je m'aperçus que j'avais en-» core dans la bouche un gros morceau de fromage que j'avais tout à fait oublié d'avaler,
» Le 22 mai, je reçus pour ma conduite pendant ces journées la médaille de bravoure. — Il ne m'était pas difficile d'être courageux ; d'abord je me battais pour l'empereur; puis la vie m'était devenue, sans mon amante, un poids insupportable.
»Au printemps, je retournai chezmoiet j'y trouvai uneleltrede mabelle,que je lusau moins mille fois,mais h laquelle, grâce à mon écriture détestable, je ne pusjamais me résoudre à répondre. — J'allai donc chez le maître d'école, et lui confiai mon amour, en le priant de vouloir bien se charger de ma réponse ; il lut la lettre lentement, secoua la tête, puis me dit de revenir dimanche. Je n'osai le contredire, quoique je fusse fort en colère contre lui. Je n'en avais, hélas I que trop raison, car, au lieu de répondre, il donna la lettre à mon père.
» Mon père vint à moi, la lettre à la main, me gronda; puis, furieux, déchirant la lettre qui m'était si précieuse, il prit un bâton et se mit à me battre ou plutôt à m'a&-
«ommar, « Je l'ai envoyé à la défense de ia foi et de la patrie, s'écriait-il, et tu me fais de telles infamies 1 Mais je saurai bien te corriger, vaurien que tu es. « . . — J*idmerais mieux que tu mourusses que de te voir continuer cette liaison criminelle. D'ailleurs le maître d'école a déjà répondu à la lettre de ta belle, et je te défends de lui écrire un mot. »
» Je me tus; pouvais-je faire autrement? Une réponse m'aurait valu une volée de coups; mais dans hkmi cœur je n'^ états pas moins convaincu que je n'avais pas tort. — La médaille que Fempereur m'avait donnée, mes bons œriificate, me disaient que j'avais fait mon devoir, et mon amour ne me paraissait pas criminel, car j'avais des intentions honnêtes et voulais prendre pour femme celle que j'aimais tant. — C'est pourquoi, malgréla défense de mon père j'écrivisà ma bien-aimée, lui racontai mes peines, et lui jurai de ne jamais appartenir à une autre qu'à elle. — Le cœur rempli de joie, je courus à la poste et y déposai ma lettre ; mais le maître de poste, qui était un camarade de mon père, me mit en prison dans une chambre obscure et ne me donna que du pain et de l'eau. Quoique j'aimasse fort à manger bien et beaucoup , il me fallut néanmoins souffrir lafaim, ce qui m'a toujours été une occupation fort désagréable ; cependant je souffris patiemment toutes mes peines et me ccmsolai en posant à ma bien aimée.
» Le troisième jour, mon père me tira de prison et me conduisit chez mon confesseur, qui me prêcha un long sermon, et me signifia, s'il entendait encore parler de cette affaire, qu'il m'enfermerait pendant la nuit dans la chambre des morts ; car si je ne voulais pas obéir à mon père, il ne serait nullement dommage que les esprits me missent en morceaux.
» Il fallut donc me résigner à mon triste sort. La peur des revenants m'empêcha d'écrire encore; mais je n'en répétai pas moins en secret mes soupirs et mes serments d'étemelle fidélité.
» Bientôt après cependant, mon père reçut une lettre d'une des sœurs de ma belle, lui disant que cette pauvre 'fille était morte poitrinaire. Cette nouvelle fut pour moi un coup de foudre ; je tombai malade, j'eus à prendre médecine plusieurs semaines , et je ne pus aller à l'exercice avec ma compagnie. — Ce fut le tocsin de la nuit du 31 octobre qui m'éveilla ; je fis un effort puissant sur moi-même, puis, carabine sur l'épaule, je partis pour le sol du Strub, où nos chasseurs étaient prêts au combat.
» Le 2 novembre, à la pointe du jour, l'ennemi ayant commencé l'attaque, nous répondîmes vivement avec nos carabines au feu du canon et de la mitraille. J'étais très-favorablement posté, et quoique j'eusse une blessure au côté et une autre dans la poitrine, je tuai ce jour-là six Bavarois, entre lesquels était un capitaine.
Vers la fin de l'affaire, je ne pouvais plus me tenir debout, mais je continuais à tirer assis sur un rocher. — Un porte-étendard m'approche, ma balle l'atteint au cœur. Je voulais me traîner jusqu'à lui pour m' emparer de son drapeau; mais un de mes camarades, un chasseur de Saint-Jean, courut au mort, lui enleva l'étendart et me le donna comme signe de victoire. Mes , blessures, je dois l'avouer, n'étaient pas très-profondes, et ne servaient qu'à augmenter ma haine mortelle des Français et des Bavarois; d'ailleurs je cherchais la mort afin d'être réuni au ciel avec mon amante ; mais la mort me fuyait malgré moi.
» Vers cinq heures, le combat finit à notre avantage, et comme mes blessures commençaient à me brûler, j'allai me présenter au major Wo^lkenstein, et lui remis Tétendart bavarois. — Il loua ma bravoure et, après avoir pris information, me donna un certificat pour le drapeau et pour les six Bavarois que j'avais tués ce jour-là.
» Dans un autre combat, quelques semaines plus tard, mes chasseurs et moi nous avions poursuivi une bande d'ennemis jusqu'au torrent de la Saale. — Là quelques-uns d'eux se précipitèrent dans les eaux mugissantes, mais tous les autres mirent bas les armes et demandèrent quartier. Je frissonnai d'émotion, et les larmes me vinrent aux yeux en voyant ces soldats qui s'étaient si bien battus, et qui nous étaient bien supé-
-teneurs en nombre, mettre bas les armes. Emu et bons de moi, je criai aux miens : « Arrétons^nou9« mes brar ves! arrêtons-nous ! Soyons chrétiens et ne massacrons pas un ennemi désarnié. Et en effet, mes chasseurs, quoique enflammés jusqu'à la rage, baissèrent le bcmt de leurs carabines en s' écriant : « Oui, nous serons chrétien s et nous ne les tuerons pas. » Au lieu de les coik sacrer à la mort, ils les firent prisonniers et les sau-^^ vèrènt. »
On sait que, malgré les efforts héroïques de ses har bitants, le Tyrol tomba sous la domination bavaroise. Notre héros voulut rentrer chez lui; mais il fut arrêté et mis en prison d*où il s'échappa. Sa tête fut mise à prix ; il se cacha dans les montagnes. Enfin le pays se pacifia peu à peu ; notre brave chasseur rentra chez lui, où, quoique les employés et les gardiens le tolérassent, il n'était jamais sûr de sa vie.
«Cependant, dit-il, le Tout-Puissant me protégeait, et comme tout a sa fin dans ce monde, aussi se termina enfin ma persécution.
9 Peu de temps après, le général Bertrand vint visiter la partie illyrienne du Tyrol. Comme il était grajid ami de la danse, les employés français donnèrent ordre jSi chaque commune d'envoyer, h, un jour futé, à Lienr,le8 deux meilleurs danseurs et danseuses. — Je fus mal«heureusement un de ceux choisis. J'aurais bien voulu m' excuser; car quoique j^eusse dansé comme un «éphyr
devant l'empereur François, je ne me sentais nullement d'humeur à faire des sauts devant les Français. — Mes parents avaient aussi peur que l'on ne voulut m' attraper, car ma tête était encore à prix; mais le maire lui-même les rassura. Il n'y avait plus d'excuses. — Le lendemain, nous fîmes devant le maire notre première épreuve. En dansant, de fort mauvaise humeur que j'étais, je frappai du genou ma danseuse à la figure, ce qui mit le comble à mon irritation. Je résolus le lendemain de faire semblant d'être malade quand l'heure de la danse serait arrivée. — Le jour suivant, nous allâmes h Lienz, où la fête devait avoir lieu. Je n'étais pas de meilleure humeur que le jour précédent, et je boudai tout le long du chemin ; mais le maire nous ayant menés à une auberge, nous fit donner du vin excellent. "T- Soudain ma mélancolie s'enfuit, et une hilarité telle que je n'ai jamais éprouvée ni depuis ni avant s'empara de moi. — Alors on nous conduisit au jardin du gouverneur, où l'on faisait des préparatifs de réception et où des domestiques en livrée mettaient le couvert sur des tables rangées à l'ombre. — Je n'étais plus maître de ma gaîté, qui s'échappait malgré moi en sauts par-dessus les bancs, les chaises, et même par-r dessus une fille qui portait un seau d'eau sur la tête. Tous les nerfs vibraient en moi ; je ne pouvais pas rester un moment tranquille; il me semblait pressentir que quelque heureux événement allait se passer pour moi.
» Quand la nuit tomba, rangés en chasseurs, chacun ayant sa danseuse à côté de lui au lieu de sa carabine, nous allâmes à la place où le festin devait avoir lieu. — Le bosquet ressemblait à une mer de lumière ; plusieurs milliers de lampions chassaient les ténèbres, et l'ombre gigantesque des arbres rehaussait encore l'eifet de cette scène enchanteresse. —Les allées, ordinairement si solitaires, brillaient comme des guirlandes de feu, et dans le fond d'une vaste allée se voyait, entourée de flammes et d'éclairs, l'aigle de l'empire français.
» Enfin on me dit qu'il était temps de commencer la danse. J'entraînai ma danseuse, qui était dans tout le canton aussi célèbre pour sa beauté que sa légèreté, et jamais de ma vie je n'ai' dansé aussi allègrement que ce jour-là : à peine si j'effleurais le sol ; je dansais sur les mains, et faisais en un mot des sauts et des entrechats dont je ne me serais jamais^cru capable.
» Nous eûmes tous deux le bonheur déplaire; tous les yeux étaient fixés sur nous ; le gouverneur lui-même demanda qui j'étais. On lui raconta mes aventures, et il me donna à l'instant amnistie complète. — Ce fut Dieu qui voulut que j'obtinsse ma liberté en dansant, car Dieu me conduisait visiblement. — C'est lui qui, malgré ma haine de tout ce qui est Français, m'avait donné une hilarité et une légèreté qui me firent si bien danser; c'est lui à qui je dois ma liberté. — Ma danseuse et 'moi fûmes invités à nous mettre à table, où
mes propos amusèrent beaucoup la compagnie; car mon amnistie me mettait de fort bonne humeur, et ce soir-là j'avais de l'esprit comme quatre.
«Entre autres, le gouverneur me demanda si je ne voulais pas accepter un emploi de la France. Je ne savais que répondre, et pour me tirer d'embarras j'entraînai de nouveau ma danseuse dans le tourbillon ; car j'aurais plutôt fait Dieu sait quoi que de prendre un service français , ce que je ne voulais pas d'ailleurs dire au gouverneur, qui venait de me donner l'amnistie. — Plusiem's personnes de la compagnie voulaient de toute force me persuader d'accepter l'offre du gouverneur ; mais je pensai dans moi-même : J'aime mieux mendier mon pain en Autriche qu'accepter un emploi français. — Tout le monde me croyait hors de mes sens, car j'étais alors fort pauvre. Moi-même je voyais bien que le meilleur parti pour moi était de tourner le manteau au vent ; mais je ne pouvais me résoudre à abandonner le monarque bien-aimé pour lequel j'avais si souvent risqué ma fortune, mon sang et ma vie, et devenir le soutien de son ennemi invétéré.
» Je les laissai donc tous me regarder à grands yeux, et gaîment je continuai ma danse.
» Le festin dura jusqu'à minuit, et le lendemain le Tyrolien amnistié travaillait non comme employé français, mais comme tourneur dans un pauvre atelier.
» Malgré tous nos efforts, nous étions encore Bava-
rois , ce qui nous fâchait tant , que presque tous nos jeunes gens ne voulaient pas se marier, afin de ne pas donner des sujets au roi de Bavière. »
Ici finit ce mémoire : le vieux héros qui Ta écrit grimpe encore aujourd'hui les plus hautes montagnes.
11 y a quelque temps que le maître de poste de Saint-Jean donna une fête à quarante-six de ces chasseurs invalides. malheur inattendu ! le héros dont je viens de traduire l'histoire tira, et, contre son habitude, manqua chaque coup. Il en fut si honteux, qu'il alla chez lui, et, pour couvrir sa honte, il se coucha à midi et resta deux jours au lit.
Pour rendre complet le malheur de ce jour, son fils avait eu aussi le malheur de manquer tous les coups.
Pendant plusieurs jours le vétéran se promena tristement sans parler à personne ; il a depuis changé de carabine, et il espère avec la nouvelle effacer la honte que la dernière lui a causée.
Mais retournons à notre journal.
Quand nous quittions ces montagnards, ils nous disaient :
Golt fûhr euch, même Herren^ wir nûnschen euch den Sieg. (Que Dieu vous conduise. Messieurs! Nous vous souhaitons la victoire.)
En continuant notre route vers le midi, nous passâmes le Brenner; puis, petit à petit, les montagnes s'éloignèrent à droite et à gauche. Le pays devint
riant, le ciel chaod^ et bientôt nous arrivâmes silf la terre d'IlaUe,
Whb atï hs sinfiil doiUgs, t tittrst ssif That Italy^s a pleasant place U> mé»
On BQius y att^Mlait aree impatience — • de la part
de nos camarades, cela va sans dire; — car les Italiens se seraient fort bien passés de nous, et il faut leur rendre la justice de dire qu'ils ne manquaient nulle occasion de nous montrer leur antipathie. Cette conduite peu amicale noifô obligea de prendre, de notre côté, des mesures répressives, et maints chapeaux calabrais furent enfoneés sur maintes tétesr exaltées^
Grâce à l'exaftation, qfttî était alori^ une épidémie véritable, au lieu tf'étre logés dans un palais superbe, mais peut-être peu confortable, nous eûmes le classique avantage de bîvooaqEier sur ta piazza Bra, sous les portiques du magnifique amphithéâtre romain que Dickens, dans un tâJDleau d'Italie, compare (avec ce qu'il appelle et homely cofnp&rmn) à l'intérieur d'un immense chapeau de paîFte — immense en vérité, ma foi.
La ville de Roméo et de Juliette est à peu près la seule ville qui semble avoir plu au goût assez difficile de l'auteur de Pickwick : « Plemant Ver o nu, » dit-il^ avec tes beaux palais, ta rivière rapide, ton vieux pont pittoresque, tes cyprès ondoyants, et la charmante vue de tes riants alentours : Pleasant Verona.
Des pamphlets et des chansons sanguinaires, à faire ruisseler des larmes d'attendrissement de l'œil philanthropique d'un révolutionnaire, circulaient alors dans la ville. Voici un échantillon d'une de ces hymnes, qui récèle une force et une énergie admirables :
Giardino d'italia I di quanto più bello, Sarai fra le straggi, del vespre novello ; Dal sangue inaffiato. Dei nostrî assassin! , SaranDO tuoi fiori, più belli a veder.
Oh! corne inebranti, saranno tuoi vini Dal cranio libati, deU'empio stranreh
S'incalza di fronte, nei fianchi , aile spalle, Un nembo gli awolga, di pietra e di palle :
E quando le canne dei noslri fucili Saran fatte roventi, dal lungo tuonar, Nel fetido sangue, versato dai vili, Corriamo, corriamo queirarma tuffar.
E là dove il cuore, più batte nel petto, Vibriamd la punta del nostro stilletto :
E quando che infranta, ci casca dal pugno, La lama già stanca dal lungo ferir, De^ nostri ttranm suir orrido grigno, ' Col pomct deirelta, torniamo a colpir (4).
(4) Jardin d'Italie! combien t'embellira le massacre des vêpres nouvelles! Tes fleurs ne seront que plus odorantes du sang qu'elles auront imbibé; oh! que tes vins seront enivrants, bus hors du crâne de l'étranger abhorré!
Qu'on le presse de tous côtés , et qu'une nuée de pierres et de
Pour comble d'horreur, l'auteur a osé mêler le nom du Christ et de son vicaire dans cette atroce composition !
Sui moschetti ,
Di Gristo il vicario la mano levo (4).
Oh! je suis convaincu que le pape, cet héritier légitime des clefs de saint Pierre, aurait fr^mi d'horreur en lisant son nom parmi ces lignes atroces.
Je suis bien sûr que tous les Italiens n'étaient pas de sanglants révolutionnaires, et que l'Italie a de nobles et généreux fils ; mais dans ce temps de fièvre, il faut l'avouer, la grande majorité était malade.
Je ne puis omettre ici de parler avec estime et admiration du paysan italien. Simple, sobre et intelligent, il est en valeur morale infiniment supérieur aux signori, classe (je ne suis inspiré ni par la rancune, ni
balles le poursuive, et quand , à force de tirer, nos fusils seront rouges de chaleur, courons, courons les refroidir en les plongeant dans le sang fétide de ces infâmes !
Et là où le cœur leur bat le plus fort, vibrons la pointe de notre stylet, et puis, quand la lame fatiguée nous tombera brisée de la main , frappons avec le pommeau du poignet le museau horrible de nos tyrans !
('I) Sur nos mousquets, le vicabe du Christ a élevé la main.
par le préjugé) qui n'a pas même les qualités chevaleresques qui distinguent la noblesse des autres pays, pour racheter ses défauts; d'eux aussi Ton pei|t dire que, se lassant du bien, ils cherchèrent le mieux, qu'ils trouvèrent le mal, et qu'ils doivent s'en contenter de crainte du pire ; ils pourront aussi penser à ce que dit un de leurs compatriotes :
E ben vero cbe apquisUndosi poi la seconda volta, i paesi ribellati, si perdpnp con più diffîcoUa : perché il signore presa occasione délia ribellione , è raeno rispettivo , ad assicurarsi , con punire i delinquenti, chiarire i sospetti, provedersi nelle pc>rti più debole.
Or nous bivouaquions tous dans les rues et sur Içs places publiques (1) ; mais plus tard, quand le maréchal Radetzky revint de Milan (qu'il avait évacué au monient où Charles-Albert, plaçant son épée dans la balance, la fit pencher momentanément du côté de la révolte) , nous quittâmes la ville des Scaligeri pour nous poster sur les riv.es du Mincio,
Ici, pour la première fois, j'entendis de Goito « rimbombare il cannone italiano. » C'était le premier choc de l'armée piémontaise avec nos avant-postes. Après une résistance digne de Léonidas, le nombre •
(1) Sur la piazza Erbe, il y a une colonne où le général Buonaparte fit pendre le podestat de la ville : la corde y flotte encore aujourd'hui.
l'emporta sur la valeur, car Goito n'était occupé que par quelques centaines de chasseurs héroïques du 10' bataillon , devenu depuis si célèbre dans notre armée.
Pendant quelque temps nous occupâmes la ligne du Mincio ; mais ne la trouvant pas défendable (ce dont Charles- Albert s'est aussi aperçu plus tard à ses dépens) , nous nous retirâmes dans notre carré formidable des quatre forteresses de Vérone, de Mantoue, de Peschiera et de Legnago, C'est de cette . redoutable position que le maréchal duc de Raguse dit avec une clairvoyance vraiment prophétique, dans son livre intitulé : Esprit des institutions militaires flSiSJ qu'un jour elle jouera un rôle important entre les mains d'un général qui saura s'en servir.
Heureusement pour l'Autriche , ce général s'est trouvé. Ce fut — qui l'ignore? — le maréchal Radetzky, notre chef bien-aimé et notre père à tous.
Dans les crises et dans les difTicultés, pour un grand empire comme le nôtre, le temps, c'est tout; et Charles- Albert, en nous accordant notre temps, non-seulement ne mesurait pas son armée avec la nôtre, mais mettait dans la balance ses ressources contre les nôtres. Estil étonnant que l'Autriche pesât plus que la Sardaigne?
Renfermés donc dans nos quatre forteresses, nous attendîmes le développement des moyens dont je viens de parler et l'arrivée de nos secours.
C'était d'ailleurs un triste temps, quoiqu'un t^nps d'épreuve glorieusement subi; car tandis que nos frontières étaient attaquées par l'ennemi extérieur, tandis que l'anarchie nous rongeait au cœur, et que l'âne donnait de loin son coup de pied au vieux lion mourant, le génie glorieux de l'Autriche se réfugia dans notre camp, où seulement encore il y avait de la vertu:
Denn Tugend war nur nocb allein im Heer.
Dans ce temps de douloureuse mémoire, nous reçûmes les premiers échantillons de la presse affranchie ou plutôt déchaînée de Vienne, Pour devenir docteur, et pour avoir le droit de guérir du torticolis ou du mal de tête , il faut passer Dieu sait combien ' d'examens, et avoir donné cent preuves d'habileté ; pour le traitement ou la guérison de la société malade, on fait bien moins d'embarras. Un jeune homme ambitieux, pauvre, exalté, manquant d'expérience et qui ne peut que profiter au changement, vous écrira, d'une mansarde au quatrième étage, des articles incendiaires et foudroyants qui, grâce à quelques mots sonores, mettront dix mille cerveaux en délire et seront dévorés par la multitude, sur le même principe que l'opium l'est par les Orientaux.
Uiiomme est de glace aux vérités ; n est de feu pour le mensonge.
.: G*est à des jeunes têli^ de travers • qae^f*ous confiohs aveuglément le bien-être et Taveinir diÈrla*îtocîété, et nous nous étonnons, par Dieu, de Tétat chaotique des esprits.
Web dcnen, die dem Ewigblinden
Des Licbtes; Himmeisfackel leibn;
Sie strabU ihm nicbt, sie kann nur zûnden
Und âscbert Stadt* und Lander ein.
Malheur à ceux qui prêtent le divin flambeau de lumière au peuple éternellendent aveugle I Ses rayons ne l'éclairent pas, et ne peuvent qu'incendier et réduire en cendres les villes et les contrées.
Un article en particulier, entre mille pareils, qui demandait insolemment : Que font lesarchiducsàrarmée? nous dégoûta de tout cœur. Uarmée a été, est et fi^ra toujours fière d'être commandée par les noblea^princes de la maison de Habsbourg ; le sang qui (U)tdé dans leur veines n'est pas moins vaillant qtfil n'est par et clément.
L'armée, grâce à Dieu, est essentiellement dévrâée : l'alliage de la trahison s'est séparé de noups; 11 ne reste plus dans nos rangs que l'or pur de la fidélité, un or épuré, ennobli et endurci par le feu ; gare au métal ignoble qui voudrait s'y mélanger I
Notre fidélité n'est pas seulement une affaire d'habitude et d'inclination : non; — avec cet esprit pratique qui nous caractérise, nous autres sol-
date» nous savons (quand nous voulons nous donner la peine d'y réfléchir) que la marche constante des sociétés est dans ce êens, que commençant toutes par un état anarchique ou démocratique (c'est ^à-dirè par une grande division de pouvoirs (1), elles ont ensuite passé à l'aristocratie, et de l'aristocratie à la monarchie. Nous sommes assez clairvoyants pour déduire de ce fait historique que tous ceux qui constituent les États sous la forme démocratique les destinent invariablement à subir tous les troubles qui doivent, selon l'ordre naturel, amener la monarchie. En Autriche, nous sommes, grâce à Dieu, à notre but, et nousne voyons nullement la nécessité d'aller en arrière pour recommencer de nouveau.
Nous autres Européens, oubliant que les hommes sont toujours et partout la même chose, nous noua moquons des Chinois ; nous nous les figurons comme de petits gros hommes chauves comiques qui crient : Ht! hi! en levant leurs doigts indicateurs par-dessus latête, et nous imaginons que Dieu n'a créé le Céleste Empire que pour nous donner de la porcelaine et du thé, ou que pour servir tout au plus de débouché au monopole philanthropique d'opium de la Compagnie des Indes ; quant à moi, cependant, je crois que ce
(4) Je cite Volney presque mot pour mot.
pays antique, avec son immense population, avec sa stabilité fabuleuse et presque surhumaine, et avec son ancienne dynastie qui remonte jusqu'aux dieux, pourrait nous donner (outre le thé et la porcelaine) une leçon à apprendre et un exemple à imiter, au moins en partie(l).
Un article déréglé de joul:naI m'a fait errer jusqu'à Pékin ; est-ce par pur hasard? Non, non ; je crois que ce fut par une affiliation d'idées plus simple que l'on ne serait tenté de le croire au premier abord; et plus j'y pense, plus je suis convaincu que la presse libre pourrait un beau jour nous y mener totis tant que nous sommes. Mais revenons à Vérone.
Notre jeune empereur, encore archiduc, y était alors et prit part à plus d'une expédition. En Hoïigrîe aussi, je l'ai vu, plus d'une fois, le jour du combat, au milieu de nos rangg. Près de Komorn, nous eûmes même l'honneur de charger l'ennemi sous ses yeux. Que Dieu le conserve longtemps, car assurément, dans notre Autriche plus que tout autre part,
.... Cesare e Roma Sono in due nomi, solo una cosa.
De lui aussi l'on peut dire, tout jeune qu'il est :
Qu'il est de ses sujets le vainqueur et le père.
(1) Depuis que j'ai écrit ces lignes, des troubles ont éclaté en Chine ; la stabilité dé cet empire n'en est cependant guère moins un fait remarquable. Selon le proverbe anglais : ÀcciderUs wUl happen in the bert règuUUed f amitiés.