‹ Fragments sur les campagnes d'Italie et de HongrieChapitre 30 sur 38 · Le matin, avant de repartir, chevau-légers et · texte numérisé non relu

Le matin, avant de repartir, chevau-légers et

cuirassiers, nous fîmes certaine collecte, et étant ainsi

parvenus à rassembler un bon nombre de tablettes ,

nous fîmes un chocolat monstre ; après l'avoir savouré

en y trempant du pain de munition , nous partîmes et

rejoignîmes vers le soir le régiment à Besenyô, où les manteaux rouges s'apprêtaient déjà pour le quartier général.

Ce jour-là encore, il plut toute la journée.

Nous apprîmes d'un courrier que le général comte Schlick avait, à l'aile gauche, ainsi que nous au centre et Ramberg à droite, battu l'ennemi et pris quelques canons.

Je passai la nuit avec M. D. • . , chez un colon allemand , à Albrechtsflur.

Mon soldat d'ordonnance, brave garçon qui m'avait toujours été fidèle comme l'acier, et qui, dans les plus grands dangers, était toujours auprès de moi, partit d'ici pour l'hôpital, où il est mort, à mon grand regret. Quoique j'eusse bien remarqué qu'il avait la fièvre depuis quelque temps, jamais je n'étais parvenu à le faire consentir à rester en arrière.

Enfm les fatigues et la pluie des deux derniers jours lui donnèrent le coup de grâce. Le voyant pâle et exténué, j'insistai pour qu'il partît afin de se soigner quelques jours (c'est-à-dire pour qu'il allât à l'hôpital). Le pauvre garçon secoua tristement la tête : « Oui , oui, me dit-il , je sens que je n'en puis plus maintenant. »

En efiiet, il ne pouvait plus même se tenir à cheval ; quant à monter en selle , depuis deux jours il ne pouvait plus le faire sans l'aide d'un camarade. Il partit donc, et pour ne plus revenin

Si la fidélité mérite un beau monument, il devrait en avoir un comme le temple de Salomon ou comme Saint-Pierre de Rome.

'' SoldiersleepI Thy warfare o'tr

" Sleep the sieep, that knows not breaking ;

'' Dream of baUled fie<ds no more :

" Days of danger, nights of waking. "

Dans un des villages où nous passâmes , un peloton ayant été envoyé pour rassembler et amener au camp les Honveds qui commençaient à déserter en masse, un combat s'engagea avec une forte patrouille de hussards qui avait le but contraire de forcer les maraudeurs hongrois de rejoindre leurs corps. La lutte était encore indécise, quand les déserteurs se déclarèrent pour nous à l'unanimité, et, faisant feu sur les hussards, nous aidèrent de leur mieux à les chasser de Fendroit; puis, le combat fini, ils vinrent se rendre aux nôtres. Cette histoire est, ma foi, un digne pendant au pillage de Novare par les Piémontais après la perte de la bataille.

8. — Nous nous battîmes ce jour-là avec un grand acharnement sur le môme terrain où, il y a plusieurs années, notre régiment avait eu son champ d'exercice.

BETAJLS.

Pendant une charge devant le village de Csata^l,

le cheval du lieutenant B... (en sautant par-dessus des bottes de blé étendues dans les champs) , ayant trébuché, se sauva au galop, plantant là son cavalier, dans le moment critique où un détachement de hussards se montrant dans notre flanc, nous fûmes obligés de faire volte-face un peu plus vite qu'à Tordinaire. Avant que notre pauvre jeune homme, étourdi de sa chute , pût se relever, la plupart des nôtres , au galop, l'avaient dépassé. Déjà, furieux, les hussards s'approchaient ventre à terre ; — c'en était fait de lui, quand, par bonheur, un brigadier qui se trouvait non loin de là vit sa situation effroyable (car personne au monde n'est plus à plaindre qu'un cavalier à pied au milieu du tourbillon d'une charge de cavalerie), et risquant sa propre vie, courut vers l'officier, le saisit par la main, et au grand galop l'entraîna jusqu'à ce qu'un simple soldat vînt leur offrir un cheval de butin qu'il tenait par la bride.

Tandis qu'épuisé, B... grimpait en selle, une quinzaine des nôtres, profitant d'un défilé, et galopant en avant, firent une décharge de carabines pour retenir un instant le choc des hussards.

Enfin, et non sans difficulté, B... était à cheval; à peine pouvait-il s'y tenir, tant il était hors d'haleine : cependant il fut sauvé.* Le brave brigadier de cuirassiers auquel il devait la vie reçut en récompense la médaille d'or de la bravoure.

' Pendant longtemps , quoique nous ne fussions que deux régiments dans la ligne de combat, avec une force si inférieure nous eûmes à faire tête à presque toufe la cavalerie du corps Wizocki. Enfin , l'ennemi se montrant plus opiniâtre qu'à l'ordinaire, tout notre corps d'armée se forma en ligne sur la plaine immense : tambour battant et au son des fanfares, nous nous portâmes en masse en avant, offrant franchement la bataille à l'ennemi. Il ne l'accepta pas, et après que son arrière-garde nous eut tiré quelques coups de canon, nous prîmes possession du village.

Ah ! c'était beau et enivrant de voir se développer à perte de vue, dans cette plaine immense qui n'a de bornes que l'horizon, ces cinquante mille guerriers de l'Autriche s' avançant au combat.

Plus d'une fois nous eûmes à détourner nos chevaux à droite ou à gauche pour ne pas marcher (nous étions en rangs serrés) sur le corps mort d'un des nôtres, ou d'un Honved, ou d'un hussard. Quand le soleil se coucha, les paysans enterrèrent'religieusement Içs cadavres dont les champs étaient couverts. Peu de temps après je passai par le même chemin : un monceau de terre, avec une grossière croix enfoncée dans le sol nouvellement retourné, marquait le tombeau du soldat.

Mais toute la scène était changée; l'on n'entendait

plus les cris des escadrons, le brait da canon était asBoopi, et

Ail nature was silent as a nim, Frofttrate in adoratiOD.

Un de nos prisonniers (nous en avions fait deux mille pendant les trois derniers jours) , un lancier polonais, nous raconta que Temeswar était déjà au pouvoir des Hongrois, et que le général insui^ Desefly ayant convoqué la veille près de lui tous les officiers du camp, leur avait dit : c Messieurs, vive la liberté hongroise (Eljen a Magyar SKabadsag)! Temeswar est à nous. » Le lendemain, en entrant dans cette forteresse qui avait tant souffert, nous pûmes nous convaincre que le vieux général Rukawina y avait tenu boa jusqu'au bout : le drapeau impérial y flottait encore sur les remparts et sur les clochers.

9. — Bataille de Temeswar. — Les Hongrois, encouragés par Tarrivée de Bem, de la Transylvanie, et croyant chaque jour que Temes\i'ar allait se rendre, accqitèrmt ce jour-^à la bataille qu'ils avaient refoflée la veille.

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