‹ Fragments sur les campagnes d'Italie et de HongrieChapitre 31 sur 38 · DÉTAILS · texte numérisé non relu

DÉTAILS

Noin brigade, i^rès avair été mitraillée sai» pitié

L ilA mab et autre part, put se jeter daMmbai: nous prîmes six

Ayant été détaché pour cause de service au commencement de Taffaire, ce ne fut qu*après une longue recherche que je parvins à retrouver mon régiment, qui, ce jour, était partout et nulle part. Avec un de mes camarades, je parcourus longtemps en vain le champ de bataille dans toutes les directions.

Inévitablement partout où le plus grand nombre de dégâts avait été fait, partout où dans les sillons Ton voyait le plus grand nombre de fusils éparpillés, que les Honveds avaient jetés en fuyant, partout où le plus de hussards et de cadavres de chevaux couvraient les champs; là, — j'en étais fier, — avait passé notre brave brigade S***; et souvent, le cadavre défiguré d*un de nos chevau-légers et celui d'un hulan gisants à côté l'un de l'autre, au milieu des décombres, témoignaient suffisamment de la noble rivalité de nos deux régiments et du prix que la victoire avait coûté.

Enfin, j'arrivai à une de nos divisions au bon moment au moment où, déjà au galop, on chargeait l'ennemi. En m' approchant j'aperçus un individu solitaire, coiffé d'un chapeau à trois cornes, qui était resté en arrière : c'était un représentant de la faculté, un de nos chirurgiens-majors, qui, le corps penché en avant sur sa rossinante, frappant des coudes en l'air comme s'ileûtvoulu s'envoler et les yeuxlui sortantdes orbites, s'écriait à tue-tête, quoique personne absolument ne pût entendre sa voix : « En avant! en avant! Ça

Juvy^tÂj^"^

ira! ça ira! Pas de quartier aux coquins!... » Il se croyait sans doute à la tête d'un régiment, ou plutôt, tel que ces joueiu*s de quilles qui se tordent à droite et à gauche et se balancent si comiquement, tantôt sxur une jambe, tantôt sur Vautre, pour essayer de donner une direction plus droite à la boule qui est déjà loin d'eux , ainsi notre docteur semblait avoir lancé la division, comme une boule, dans les jambes de l'ennemi, et faisait en arrière mille contorsions ridicules pour la faire parvenir à son but.

Quand j'arrivai à lui, tout glorieux et le chapeau à la main, il me montra l'ennemi, qui, en effet, venait de faire volte-face et fuyait dans le lointain.

«Imaginez-vous, s'écria-t-il tout essoufflé, queN.N. , le petit cadet de quatorze ans qui vient d'arriver du dépôt, a chargé avec le reste de la troupe. Quand la trompette sonna , je voulus à toute force le retenir ; — pas moyen ! — Le petit vaurien eut l'effronterie de me menacer, moi chirurgien-major, de me séparer le poignet du bras si je ne le laissais pas aller à l'instant; et il est parti ventre à terre, en criant : « Docteur, docteur , mon sabre sera rouge quand je reviendrai! »

En effet, quand je rejoignis la division, je vis le susdit jeune cadet galoper tout fier vers le docteur et loi montrer en riant sa lame encore fumante. « G*est *vw» c^âfitboD, B'écriale disciple d*Hippocrate, tant

i U fin elle se brise ; remer-

ciez Dieu qu'un hussard n'ait pas eu la fantaisie de vous couper en deux. »

Le jeune cadet s'était en effet non - seulement distingué, mais il avait eu le bonheur d'attirer sur lui l'attention du colonel de hulans, qui le prit comme officier dans son régiment. — Fortuna favet fortibus, dit la syntaxe.

L'affaire était encore indécise quand le preux prince de Liechtenstein, arrivant dans notre flanc gauche, fit prendre à l'ennemi, bon gré, mal gré, la résolution de se donner pour vaincu et de nous laisser délivrer Temeswar , où , le soir , nous entrâmes au milieu d'une ivresse folle, et assourdis par les zivios et les acclamations des soldats-frontière.

La garnison de la forteresse n'était pas décimée, elle était réduite à la moitié. Le brave général Rukawina, aussitôt qu'il avait vu nos signaux dans les montagnes et entendu gronder au loin le canon, avait fait une sortie qui ne fut pas sans résultat.... dans le dos des Hongrois.

Personne, ni dans la ville , ni dans la forteresse , n'avait eu, le jour auparavant, la moindre idée que dans les vingt-quatre heures les assiégés seraient secourus.

Celui qui n'a pas vu Temeswar ne sait pas de quoi a Tair une ville saccagée de fond eiî comble. Parmi mille maisons, pas une n'était restée sans être endom-

magée ; les clochers des églises étaient tombés, et les rues étaient remplies de décombres, de bombes éclatées et de boulets de canon.

Gr&ce à Dieu; j*ai vu dans ma vie plus d'une ville bombardée, mais Tétat d'aucune d'elles n'était, à beaucoup près, comparable à celui de Temeswar. Les habitants de la ville disent que ceux qui ont subi ce siège ont tous vieilli de dix ans.

Ayant eu des premiers l'occasion d'entrer dans la forteresse, je me fis donner, dans un hôtel, une côtelette de cheval qui me coûta un florin.

Je passai la nuit chez un capitaine croate qui, m'ayant vu étendu par terre sur la grande place, m'enmiena amicalement chez lui et mit sa causeuse à ma disposition.

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