‹ FragolettaChapitre 103 sur 152 · CHAPITRE XIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY

Bernadotte ayait perdu le portefeuille de la guerre. Macdonald, de retour & Paris, prolongeait le congé dont le major jouissait déjà, et celui-ci, & la faveur de vagues préliminaires de paix qui semblaient devoir s'échanger prochainement avec TAutriche, résolut de partir pour Vienne. Il fit beaucoup d'inutiles instances afin de décider Adriani à l'accompagner dana ce voyage.

— Non, disait celui-ci : les intérêts qui m*oDt amené réclament encore ma présence. Des invitations & accepter par devoir, des jours à passer à la campagne pour une partie du temps de votre absence

mais je vous donnerai des lettres.... comme si vous en aviez besoin.

D'Hauteville, & qui le jeune aventurier ne cachait plus son adresse, alla chercher le lendemain ces lettres un peu plus tôt qu'il n'avait été convenu entre eux, et il fut étonné de rencontrer chez Adriani la femme de chambre de sa mère. Julienne parut déconcertée.

— Cette bonne fille a bien voulu me rendre service en se chargeant de quelques emplettes pour ma sœur,

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— CTeat donc moi qui serai le messager? dit d'H«oiettlle.

<-^Les paqoeU sont déjà partis; voilà les lettres promises.

n ne fat pas possible de déterminer Adriani à en écrire une de plus sous les yeux de d'Hauteyille, pour un certain Conrad que le jeune homme lui recommandait de prendre comme un domestique de place intelligent et adroit, et que le Français devait trouver à certaine auberge. II persista à dire que son nom suffirait pour assurer le dévouement du serviteur.

Adriani avait serré promptement quelques papiers épars sur la tablette d'un secrétaire, mais non si promptement que d'Hauteville n'eût reconnu sans le vouloir plusieurs lettres portant le timbre de Naples et ne crût distinguer sur une feuille entièrement ouverte une écriture confusément connue. Était-ce celle de Lillo? N'était-ce point celle de Savérelli ?

Tout cela pouvait-être naturel, à cause des rapports entre le frère et la sœur ; la délicatesse interdisait toute question. D'HauteviUe eût bien désiré obtenir d'autres rensdgnemens sur une foule d'objets. Mais interroger alors supposait dans son voyage une certitude de succès dont sa modestie et son amour même étaient loin de le flatter. Il prit donc congé sans avoir hasardé ces explications , mais non sans avoir eu avea sa mère et Eugénie un important entrelien.

Cet entretien décida M»« d'Hauteville , toujours malade, à renvoyer Julienne et à ne point recevoir AdrÎMMi durant Fabsenee du Diajor, Eugéoie se féêi^

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goa et ne fit à ce frère , toujours animé de bonté et de soUiciludepour elle, qu'une seule question : «Reyiendras-lu bientôt?» D'HauteviUe partit sans avoir osé répondre.

L'hôtel qu'occupaient Eugénie et sa mère possédait un de ces luxes de si bon goût, devenus rares de nos jours : c'était un jardin planté d'arbres et couvert çà et là de pelouses verdoyantes où fleurissaient, distribués par bouquets , des rosiers de toutes les contrées. C'est un lieu de caractère tout spécial, un étroit Éden particulier qu'un jardin au milieu de Paris. Ce coin, réservée la végétation entre les bftlimens destinés à nos industries ou à nos théâtres, a sa température à lui comme ses habitans. Ordinairement le lierre déguise assez bien les bornes de l'enclos*, quelques capillaires dentelés couvrent le chaperon des murs du nord et l'éclairé à corolles jaunes s'attache au pied. Yers l'exposition du midi, quelques abeilles perdues bourdonnent dans un rayon* de soleil. Des familles héréditaires de moineaux régnent du haut de ces pots de fleurs hospitaliers destinés de tout temps à recevoir leurs couvées, et on les voit par milliers venir effrontément s'abreuver dans des bassins entourés de gazon. L'allée la plus déserte est presque toujours habitée par un merle craintif; une fontaine répond par son murmure aux clameurs de la cité, au bruit affaibli des carrosses; et quelquefois enfin, en avril, comme pour remplacer ces corbeaux qui rôdaient l'hiver près des colonnades, tourbillonnaient sur les hautes cheminées des grands hôtels, autour des flèches neigeuses de nos églises, il vient un couple blanc de eo-

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