‹ FragolettaChapitre 106 sur 152 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

•ans doote couchée : je suis entrée ici à onze heures, madame était seule*, J'ai cru de mon devoir de rester.

Cette réponse fut suivie d'un froid silence. Puis, ne pouvant maîtriser un peu d'inquiétude :

— Allez jusque chez ma fille, bien doucement, dit la mère \ et si elle ne dort pas, vous lui demanderez la clé du meuble que voilà.

Au pas précipité de la femme qui revenait, madame d'Hauteville comprit que son retour n'apprendrait rien. Elle était déjà levée. Couverte d'une pelisse et suivie de la femme de chambre portant un flambeau, elle s'élança vers le jardin en appelant Eugénie. Le premier accent de cette voix fut élevé; le second marqua la crainte ; le troisième Tangoisse, et celte angoisse la rendit bientôt muette.

La pluie avait tombé -, mille ruisseaux entraînaient le sable des allées, et M"'^' d'Hauleville ne voyait rien, & force de regarder de toutes parts à la fois. Ce ne fut qu'au second tour de l'enclos qu'elle découvrit un objet immobile au pied d'un banc. Une autre qu'une mère eût cru voir une de ces statues blanches qui reposent sur un cénotaphe et aux pieds desquelles le capricieux ciseau de l'artiste a qu^quefois sculpté en marbre noir l'éternel emblème des tristesses fidèles. Là, il était couché, arrondi sur lui-même et reposait sur les plis ondoyans de la robe.

Prendre Eugénie dans ses bras, trouver la force de la porter sur son lit, écarter la femme de chambre et lui dire : «Cet enfant est sujet à quelques évanouissemens, je m'en charge, » toutes ces actions furent pour

lao FRÀ6OI4BTTA.

M""' d'Hauteville le soio de quelques mÎDUtes. Poit, quand elle eut posé la main sur ce cœur à peine vi» Yant, qu'elle eut fermé de triples portes et considéré de nouveau sa fille, elle tomba sur son siège. Elle ayait l'œil sec, la respiration courte; elle accoeillait déjà la pensée de mourir.

--^Si pourtant je me trompais!

Elle délia les nœuds du corset, elle déshabilla la pauvre Eugénie avec lenteur; et tout à coup, oubliant sa prudence, sa tendresse peut«^tre, elle se recula de quelques pas, pour lui adresser des ques^ tions sans pitié.

•^ Ma mère est morte, dit Eugénie.

•*" Plût à Dieu, qui t'entend!

•—Et je rai tuée, ajouta-t^elle d'une voix presque inintelligible. L'enfer est pour moi!

On frappait à coups redoublés aux portes de l'hôtel. Tout le corps d'Eugénie trembla , et elle se leva sur son lit, échevelée. La profonde indignation de sa mère avait changé d'objet, car elle supposa que c'était le séducteur, elle aurait dit le meurtrier, qui venait redemander sa victime. Mais au bout d'un moment le bruit cessa.

-^Ma mère, dit le major, qui parlait à travers la vitre d'une croisée du rez-de-chaussée ouvrant sur le Jurdin : c'est moi! on m'a dit que vous n'éties pas couchée. J'ai besoin de vous voir.

Eugénie n'entendit pas ou ne reconnut point d'abord cette voix, terrible en un pareil moment; et M»' d'BauteviUe en fut tellement saisie d'effroi qu'elle ne trouva aucune parole & répondre.

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«^On m'apprend qu'Eugénie est douffirante*, quV i*elle) ma mère?

MAme silence.

Enfin sur une insistance nouvelle, M*** d'HauteYilld répondit comme une personne qui s'éyeillait, marqua rétonnement, le plaisir de sayoir son fils de retour, et rengagea à prendre quelque repos.

•—Je n'en ai plus le pouvoir, dit d'HauteyiUé. Vous refusez donc de m'en tendre aussi ?

— Je te suis chei toi, dit sa mère. Monte à ton appartement.

Et à l'instant même où d'Hauteville recueillait ces parcdes, il entendit, comme par une résolution con-tradictoire, crier les doubles rideaux sur leurs tringles^ le» volets intérieurs s'ouvrir, et la porte elle-même lui livrer passage dans l'appartement de sa mère.

C'était Eugénie qui venait de faire cette action. Elle avait distingué enfin la voix de son frère, et comme atteinte de cette déraison , de cette sorte de somnambulisme que donnent la fièvre et le désespoir^ elle n'avait ressaisi entre tous ses souvenirs que sa tendre amitié pour lui. Enveloppée tout entière d'un châle tombé sous sa main, elle alla ouvrir et regagna son lit de douleur.

— Qu'est-ce donc? dit d'Hauteville, étonné. Vous êtes à demi vêtues. Votre air, vos hésitations^ votre veille à toutes deux à cette heure si avancée de la nuit^ rien de tout cela n'est naturel.

— Cette fille est malade, dit la mère.

Et elle le dit avec on accent de voix si inaceoutumé que tout le eoittr du ma]or tressaillit.

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Il approcha de sa sœur. Eugénie le reconnut encore ; mais celte fois avec des souvenirs et des sentimens si nouveaux qu'elle poussa un cri de terreur et cacha sa t6le sous les couvertures.

— Est-ce un mal qui se guérisse, est-ce un chagrin qui vous occupe? Votre fortune est-elle menacée, détruite ? Oh ! ne gardez pas plus longtemps le silence. On est sitôt consolé de tout ce qui ne touche ni à Taffection ni à Thonneur !

— Perdu , murmura Eugénie !

— Que veux-tu dire ? ^ —Mon fils, dit M""* d'Hauteville , en se plaçant

entre Eugénie et son frère, gardez-vous de soupçonner ma fille, songez que ce serait m'accuser moi-même.

A ce terrible mot d'honneur prononcé par un soldat, un chef de famille, un protecteur naturel^ M""" d'Hauteville avait frémi à son tour. Cette tendresse qu'elle croyait morte pour rinfortunée, elle la retrouva tout entière dans son cœur. Elle lui fit monter le sang dans la poitrine et la suffoqua un moment.

— Depuis mon départ, poursuivit le major en jetant un regard soucieux et observateur sur les deux femmes, vous n'avez pas vu Adriani ?

Eugénie voulut répondre *, sa mère posa vivement la main sur sa bouche.

— Adriani n'a demandé à nous voir qu'une seule fois : je n'ai pu recevoir cette visite ; J'ai toujours été malade. Je l'étais encore il y a peu d'instans !

En ce moment, Favori, couché sur un fauteuil d'étoffe soyeuse, descendit vers d'Hauteville et vint lai

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