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CHAPITRE XV

Mj^^ d'Haateville , frappée à la fois dans ses doux enfans , sentait s'épuiser son courage. En entrant dans la chambre de sa fîile, qu'elle n'avait pu visiter depuis trois jours, elle fut consternée de Textrème changement de ses traits.

Elle s'arrêta à considérer cette tftte charmante , tournée mollement en profil vers la muraille. Quelques boucles de cheveux mêlés et confus s'échappaient du mouchoir créole qui les enveloppait et tombaient sur une épaule aussi blanche , mais aussi morte que l'albâtre ^ cette pâleur était l'unique plainte d'Eugénie, la seule qu'elle n'eût pu retenir, l'unique symptôme de la souffrance qu'elle aurait tant voulu cacher. Car elle ne pleurait pas ; la grandeur de ses yeux semblait exagérée par une maigreur presque subite, et au lieu de ces larmes de l'enfance, qui, il y avait peu de temps encore, ressemblaient sur ses joues en fleurs à quelques gouttes de rosée, des teintes violettes s'établissaient au-dessous des longs cils de ses yeux fermés.

— Eh bien ! Eugénie, ne me donneras-tu point la satisfaction de te voir guérie ? Tu sais que j'aurais besoin de tes secours.

Eugénie poussa un cri de surprise aussi plaintif que celui de la corde d'une harpe qui se brise , puis, faisant un effort pour répondre :

— Oh! maman, dit-elle, ne me parlez pas avec cette bonté si vous ne voulez pas me voir mourir!

— Prends ce cordial, et je croirai à ton affection.

— En suis-je là, dit la pauvre fille en souriant, qu'il faille prouver maintenant que je vous aime? Mais je

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consens & toot; je me résignerais è TÎTre si la honte ne tuait pas, pourvu que je yisse un moment nm Irère, <^ Sais-tu bien ce que tu demandes?

— Oui, la yie pourTun, le repos du cîmetîèrs pour Tautre.

-^ Ton frère donnerait ses jours pour toi aa liea de te les ôler. Apprends donc à distinguer la raisoa de la colère. Mais tout n'est pas irréparable, Yois-to, et si rëtranger, au lieu fuir

— Il est parti?.. Il me méprise, m'abandonne! Où est mon frère?

— Hélas! je Tignore, ditM"« d'HauteyilIe, trop accablée pour ménager des aveux qu'elle s'était promis de ne pas faire.

— £t moi je le sais, dit Eugénie, se soulevant ayee effort* Il est allé à la poursuite de Philippe ; il le rencontrera, il versera sonsang, le sien. Lui moum sans me regretter, et mon frère en me méprisant. Ob! arrêtez ! Eugénie ne mérite pas ce sacrifice ; ne voyesyous pas bien qu'elle expire avant vous I Qui voulezvous donc venger? Et ma mère, ajonta*t^te, qui a laissé partir Marins !

Quand Eugénie revint de son évanouissement, Bf""' d'Hauteville essaya de lui faire entrevoir que le départ du major pouvait avoir un autre motif. Qu'à la vérité il loi en avait fait un mystère; tt était parti depuis deux semaines et au milieu d'une nuit aprëi l'avoir embrassée \ mais il avait expliqué, dans une lettre laissée sur sa table, que cette absence était causée par une mission qui lui aurait été subîtemsat

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confiée. Les événemens politique» et militaires qui Yenaieut de s'accomplir en France, les premières et rapides opérationjEidu consulat pouvaient rendre cette mission moins extraordinaire; mais M'^'' d'Hauteyille pensait avec découragement que rien dans cette exécution de sérail ne convenait aux sentimens de son fils, etEugénie, si elle écoutait encore, ne pouvait adopter non plus ces illusions. Peu à peu M**"*^ d'Hauteville cessa de parler, tant il y avait d'amertume pour elle à s'efforcer de persuader ce qu'elle ne croyait pas.

Tout ce qu'elle savait positivement, c^est que le major n'avait pas quitté Paris qu'après une confé-* rence avec un ministre, et encore ignorait-elle si c'était le, ministre de la guerre ou celui des relations extérieures. Bernard n'était pas du voyage.

Mais Bernard, intrépide soldat, serviteur aussi in*discret que dévoué , avait résolu à tout prix de te^ joindre son maître. Encouragé par les remerctmens anticipés, les exhortations et les libéralités de M"»* d'Hauteville, il était parti à franc étrier vingtquatre heures après le major, et dès qu'il eut dépassé les deux ou trois premières postes qui séparent Paris de Fontainebleau^ il s'étonna de n'avoir pas encore recueilli d'indice qui lui prouvât qu'il était sur la bonne voie.

— Comment, disait-il au mattre de poste de Nemours , vous n'avez pas conduit depuis hier une calèche brune^ façon de Bruxelles, et un voyageur avec la tournure militaire, un beau grand Jeune homme» mon commandant enfin ?

— You9 faites là de singulières questions pour un homme qui vient de Paris y répondit le maître de poste. Expliquez-nous donc plutôt comment nous n'avons pas encore vu le courrier de la maUe et pourquoi la diligence de Lyon a manqué hier.

— Ma foi) c'est par quelque caprice de Fouché de Nantes.

— N'est-ce pas, capitaine, dit une Jeune femme en s'approchant avec l'évidente intention de flatter Bernard -, n'est-ce pas que le petit général les a culbutés à Saint-Gloud et que nous allons avoir un gouvernement juste et pacifique ?

— Comme celui que vous faites subir à votre mari, dit Bernard.

— Allons ne plaisantez pas : il y a des consuls, et Bonaparte aura toutes les voix -, c'est Berthier qui sera ministre de la guerre, c'est Tabbé Sieyes qui fait la constitution, et nous aurons le commerce avec l'Anglais.

Bernard admira des renseignemens si positifs, et il faisait en celle circonstance Texpérience d'une singularité constatée mille fois : c'est que des événemens douteux et confus au lieu même ou ils s'accomplissent sont clairement prédits et pour ainsi dire constatés d'avance à des dislances trés-éloignées.

^i^ Diable ! la petite mère, vous en savez long!

— Il a logé ici à son retour d'Egypte, dit le mari, et ma femme en est devenue folle parce qu'il lui a demandé : « Quel âge avez-vous? Combien d'enfans? Quelle distance d'ici à Essonne? »

•— Oh ! les galanteries, dit Bernard, tournent tou**

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