‹ FragolettaChapitre 117 sur 152 · II · texte numérisé non relu

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parviendra-t-il ? que d'obstacles à vaincre, de dangors de toute espèce à courir ! La vengeance et un autre sentiment toujours vivant dans son cœur occupaient tour à tour ses idées , aussi changeantes que les nuages du ciel. Il lui fallait la main de Fragoletta à presser dans les siennes ou le cœur d'Adriani à déchirer. Suspendu, comme le tombeau du prophète à Médine entre le ciel et la terre, enlre l'espérance et la mort, voilà la vie de celui qui aime.

D'Hauteville, au lever du jour, défendu de l'air froid des montagnes sous les plis d'une épaisse fourrure, suivait au fond de sa calèche cette même route où Bernard le précédait, et devant lui était encore une voilure de poste, mais qui n'avait guère qu'une demi-licué d'avance. Il l'avait souvent perdue et souvent retrouvée depuis Chambéry, sans que la moindre curiosité lui eût fait faire une question sur les voyageurs qu'elle contenait. Cette voiture montait alors sous ses yeux une côte assez rude, et il vit se lever d'un fossé pour demander l'aumône un enfant et un vieillard.

L'enfant, dan» une langue connue de d'Hauteville, fit entendre un de ces chants de pêcheurs si familiers aux échos deCaslellamare, et il montrait en même temps dans une boîte de sapin suspendue à son cou l'animal engourdi de ces pauvres et froides montagnes. Il y avait entre les grâces de l'enfant, l'attitude inquiète et agitée du vieillard élendantau loin la vue, la marmotte immobile et les riches et douces inflexions de la barcarole sollicitant la charité en même temps, un contraste qui aurait frappé, étonné, touché le ma-

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jor, si, dès les premiers accens de cette voix italienne, il n*eût vu sortir de la portière du cabriolet une main blanche et légère qui jeta plusieurs pièces de monnaie sur la roule.

Étrange effet d'une seule idée, effrayant symptôme de l'adorable folie qui ranime et qui lue ! Tout vous ramène à l'idole par qui vous souffrez ; tous les objets de la terre n'ont qu'une existence , celle qui se rapporte à elle par leur dissemblance ou leur similitude. Le souvenir d'une odeur ou d'un son, la couleur d'un vêlement, la forme d'un pied furtif, l'ondulation d'une plume ou d'une boucle de cheveux à travers une roule innombrable de femmes rassemblées , une main enfin présentée au loin el rapidement, tout vous émeut, vous fait battre le cœur et pâlir.

D'Hauteville reçut de cet aspect une commotion singulière. Mais les mendians ne ramassaient point les pièces jelées^ et le major aperçut tout à coup une file de têt(îs qui dépassaient l'extrémité d'Une roche plongeant sur la roule.

— Est-ce fe moment, seigneur baron ? dit une voix calme et sinistre dans le grossier patois des Abruzzes.

Pour loulc réponse, il partit à la fois sept ou huit coups de fusil de derrière celle roche ; un des postillons de la première voiture tomba eh criant^ les deux équipages s'arrêtèieht.

— Eies-Yous d'accord avec eux? dit froidement d'IIauleville aux hommes qui le conduisaient.

— Vous allez voir, répliqua un viciix Savoyard (jui avait servi avec nos premiers i-'éqUisilionnaires côinmandés par Cuslines.

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]1 tira un couleau à deux lames, el après avoir mis prudemment son fouet dans sa botle :

— Faut-ii les attendre ou marcher en avant, mon officier ?

— Il Taut les attendre, dit d'Hauteville, et que voire camarade s'arme de cela ; passez-le lui.

Le major tira de la cave delà calèche entr'ouverle à ses pieds une assez longue barre de fer terminée par un carré pesant et qui servait de clef aux roues et aux ressorts de la voiture.

Les bandits abordant le marchepied de la calèche, le major dirigea si bien ses deux premiers coups de feu qu'ils firent deux victimes. Le reste de la bande vil s'élancer, l'épée à la main et couvert d'un uniforme, un adversaire qu'ils n'attendaient pas. Il y eut un mouvement d'hésitation , et la première voilure en profita pour s'éloigner au galop des chevaux. Un des chefs des assaillans rendait le dernier soupir *, et soit que les autres eussent réfléchi qu'il restait peu de butin à espérer avec un militaire, soit que la contenance des deux auxiliaires rangés derrière d'Hautevilie imposât suffisamment la crainte , ils s'éloignèrent en jurant, rechargèrent lentement leurs armes, tirèrent de trop loin et furent enfin laissés hors de portée dés que d'Hautevilie eut pris dans sa calèche le postillon blessé et abandonné sur la route par son camarade.

— Ils sont prudens! les voyageurs que tu conduisais , dit le major. Bois un peu de cette eau-de-vie, camarade, et surtout ouvre bien les yeux pour voir qu'il n'y a plus personne sur la route,

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