CHAPITRE IV
Il s'était fait dans l'esprit de d'Hauteville une ré« îolution d'idées et de projets qui devaient avoir préoccupé Camille en même temps. On a vu qu'à celte question : « M'aime-t-elle ? » d'Haute ville n'avait osé se faire une réponse, de peur de désenchanter cette sécurité où tant d'innocence le laissait. Il aimait mieux prendre ses vœux pour de l'espoir et s'enivrer des propres aveux qu'il se faisait de sa faiblesse. Mais ce qui lui paraissait inexplicable, c'était la simplicité des rapports établis et maintenus entre eux malgré la complication des sentlmens et des devoirs de Camille.
((Comment, se disait-il, elle est enchaînée & un autre, et bien que son Jeune âge et l'ignorance pro-^ fonde de tout danger lui permettent de jouer avec la passion qu'elle inspire^ comment se fait-il que je ne l'aie jamais surprise un moment embarrassée ? Est-ce que pour elle l'avenir et le présent n'ont pas un point qui se rapproche ? Elle aura puisé peut-être cette assurance dans la certitude du mystère qui couvrait pour moi sa destinée; mais aujourd'hui qu'un événement funeste déchire ces voiles, elle doit être émue de nos amitiés passées , craintive devant ses souvenirs. Elle va être interdite en ma présence, n I. 5
Lui-même, en pensant au moment de la revoir, était livré à une vive inquiétude, et tout ce qu'il supposait naturellement dans Tâme de Camille agitait la sienne quand il fut prêt à Taborder.
C'était le matin : elle était dans une salle basse, occupée avec beaucoup d'ardeur aux préparatifs que le médecin avait recommandés pour lever l'appareil, ei d'Hautevilie, avancé derrière elle, hésitait encore dans le choix des paroles qu'il allait employer pour l'interroger, quand elle se retourna.
•— C'est vous, mon frère? dit-elle. Je vous l'avais bien fait espérer, que notre ami serait mieux ce ma^ Un* Oh! je l'ai empêché de parler jusqu'à l'aurore; il a reposé, et vous pouvez entrer maintenant. Mais vous ne savez pas, ajouta-t-elle rapidement en changeant d'expression dans le regard et d'inflexion dans la voix, on a découvert et arrêté l'assassin !
.^Savérelli? dit d'Hautevilie.
— Qu'allez-vous penser, grand Dieu! votre antipathie pour ce moine vous égare. Taisez^^vous l si Ton vous entendait, vous seriez lapidé par le peuple.
-" Et quel est donc ce misérable?
— Un montagnard des environs de Fondi, un homme que l'appât seul de l'or avait conduit à ce crime. Vous serez appelé tantôt chez le juge. Salvator dit avoir déjà reconnu l'assassin dans sa prison-
D'Hautevilie leva la tête en signe d'incrédulité et entra dans la chambre de Liilo. L'aisance et le ton affectueux d» Camille l'avaient rendu plus pensif et {dus agité que jamais.
Fendant qu'on se figurera quel entretien dut «'eo-