‹ FragolettaChapitre 12 sur 152 · CHAPITRE Ul · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ul

mille détourna la tête avec un mouvement de confu* Noo et de ressentiment contre lui.

— Il est inutile d^ajouter sans doute que je fus son ëpotti. sans cesser jamais d'être pour elle un second père. J'ai cru quelquefois même que de si patriarcales protections pourraient faire illusion à ses souvenirs. Yous ne comprenez guère rencbatnement de tels événemens, de telles nécessités romanesques? Camille elle-même ne saurait vous les expliquer, car, dans sa confiance en mon dévouement pour la mémoire des siens , dans la pressante anxiété de Tabandon qui menaçait Forpheline, à peine se souvient-elle peut-être d'avoir donné, il y a dix-huit mois, son consentement à me rendre maître de son sort.

— Toutes ces paroles épuisent vos forces, dit timidement Camille, et je sens que vous souffrez davantage.

— - Eh bien, aidez-moi un peu à me placer sur ce côté ; il me semble en effet que l'artère bat ainsi avec trop de violence, mais me voilà mieux, je pourrai maintenant continuer :

a Nous fûmes forcés à prendre ce parti parce que son père, connu en Sicile pour sa généreuse haine contre le gouvernement de Napies, était frappé d'une condamnation du vice-roi. Il est mort dans Texil, et ses biens allaient être confisqués quand je me présentai pour les défendre. J'avais su jusque-là cacher assez discrètement mes sentimens politiques pour que nos tyrans ne soupçonnassent point que j'appartenais aux mêmes opinions que mon ami. On tenait à ménager en moi une espèce de crédit populaire sur

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Qne de nos plus remuanles cités, et on laissa dans les mains de celle que je demandais & épouser des bteifs qu'on eût rayis à la fille du banni. Prendre ce nom d'époux était une vaine cérémonie qui m^assurait le moyen de conserver à Camille sa fortune et de lui laisser la mienne. Je n'hésitai pas : je calculai que ma vieillesse ne pouvait être un long obstacle à son avenir et qu'il ne me restait que le temps d'exeroer la prévoyance et les droits paternels «, je les remplis aujourd'hui, ces devoirs et ces droits, en vous la confiant. Quand je pense, mes jeunes amis, que ce sont vos soins qui prolongent seuls cette existence qui est un obstade à votre bonheur, je jouis de votre affèotion avec plus de reconnaissance, et ce terme que tant d'autres, dit-on, voient approcher avec amertume, moi, je l'attends et le désire même avec douceur. Ne pleurez pas , et maintenant que vous savez tout, venez me donner vos mains et m'engager vos promesses. »

D'Hauteville recueillit péniblement ses esprits, puis s'approchant avec solennité :

— J'aurais accepté, dit-il, le présent que me destinait votre estime; mais l'infôme qui peut-être n'en voulait qu'à moi n'aura pas tranché des jours que je défendrais maintenant mille fois mieux que les miens. Dieu ne permettra pas que vous succombiez : conservez-vous pour nous aimer, je deviens dès ce moment le frère de Camille , et pourvu qu'il me soit permis de ne point renoncer à la voir, ne suis-je pas heureux de compter, au lieu d'une, deux affections à mériter?

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Ce nom de frère avait Tait une vive imiHPMlbn sur Camille ; elle regardait le capitaine avec reconnaissance, et son front, tout à Theure ri sombre, osa ensait9 se tourner vers Lilio, Elle voulut se rapprocher du lit sanglant, mais elle resta malgré elle comme enchaînée à sa place.

— Eh bien! poursuivit le blessé en essayant de sourire, tu veux donc m'6ter le droit de donner ce que j'ai de plus cher au monde, Camille? Tu ma traites comme si j'avais été un mattre qui eût abusé de son pouvoir; pour une fois que je réclame Tobéis* sance, vas-tu me résister? Pauvre enfant, tu t'eflà-* rouches à l'idée d'être ainsi léguée par le testament d'un vieillard. Tu penses qu'il ne m'appartient pas de disposer de toi au delà de cette vie. Ordinair^nent l'espérance, en effet, ne s'assied pas sur un tombeau ^ mais songe que c'est aussi par la puissance de DOS dernières volontés que nous transmettons à ceux qui nous sont chers nos plus précieux trésors. Si j'en avais trouvé un, me serait-il défendu de le confier au possesseub qui en serait le plus fier et le plus heureux?

— Mon Dieu! je ne suis rien de tout cela, dit Camille, je ne suis qu'une pauvre fille que vous désespérez, parce qu'elle vous révère.

— Mais tu aimes d'Hauteville?

— Sans doute, j'ai pour lui une sincère estime : il est brave, il est beau ; mais je ne serais pas votre bien, que j'ignore si je pourrais consentir....

-— Et que ferais-tu dans le monde? préféreras-tu entrer dans un cloître.^

— Jamais!

— Eh bien?

— Eh bien! le docteur a prescrit, mon père,

la tranquillité, la paix, le silence autour de votre lit; laissez-moi aller chercher quelque boisson qui rafraîchisse vos sens et calme votre mal.

— Tu reruses de répondre?

— Je reviendrai veiller près de vous; vous dormirez : on vous laissera dormir, ajuula-t-elle en je* lant un oblique regard sur d'Hauteville^ nous prierons tous pour vous, nous ferons une neuvaine à la sainte Vierge, et dans quelques Jours vous aurez recouvré assez de force pour que nous retournions ensemble à Naples, assister à ce concert où Gimarosa doit chanter.

«— Elle cherche à prendre ou à donner le change, dit Lille en la voyant partir, mais moi. Je sens qu'il est resté un peu de fer dans la plaie, ou bien les poignards de nos ennemis sont empoisonnés.

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