CHAPITRE rV
II« descendirent le premier jour dan« lé« grottes souterraines creusées par ces martyrs qui dérobaient là .aux bourreaux de Dioelétien la sainte innocence de leur vie. Les ouvertures étroites pratiquées sur leur tête ne parurent pas même à d'Haulevîlle avoir été destinées à laisser tomber assez de jour, au gré de répoux, pour éclairer les traits de sa compagne. Ils comprirent que ces communications timides avec le ciel servaient seulement à avertir les chrétiens que les ténèbres étaient sur la terre. Ensuite ils parcoururent le lieu célèbre par la mort de Pline.
— Un pâtre, dit Eléonore, cherchait un jour une source, il creusa et découvrit Herculanum.
Enfin le soir les ramenait au théâtre , et là, dans cette demi-obscurité des loges, si propre à faire briller la scène, si favorable à Tenchantement de la musique, plongés dans Tivressè que leur préparaient les voix de David et de la fiilington , il sembla à d'Hauteville qu'une tendre émotion avait mouillé les yeux de Camille et que cette âme pourrait s'ouvrir un Jour aux séntimens passionnés qui remplissaient la sienne/
Le lendemain une lumière vive et dorée, un soleil napolitain ouvrit leurs yeux, et ils résolurent d'en proflter pour voir ces chefs-d'œuvre des arts du dessin qu'accompagnent si mal en France nos horizons grisâtres. Ce soleil disposait aux libres épanchemens et au rire nos trois amis. En gravissant la pente de Capo di Monté, ils étaient plus animés et plus joyeux, car il y a dans l'approche du péril on ne sait quel charme et quelle enivrante sécurité. On dirait
56 FBAGOLETTâ.
que pour nous préparer aux larmes la nalure épuise d'abord toutes nos facultés étrangères.
Toutefois, en entrant au palais des Studii^ cette vive gatté fit place à un sentiment presque religieux.
— Remarquez, disait d'HautevilIe, comme à notre insu Faspect des vastes salles et des grands édifices nous force toujours à parler bas. C'est là une des puissances de Tarchitecture. Quand l'homme reconnaît une enceinte dont les proportions lui donnent quelque idée de grandeur et relèvent à ses yeux sa propre destinée, il est comme saisi de respect. Toutes les religions se sont emparées de ce sentiment pour l'édification de leurs temples.
— A la bonne heure, dit Eléonorej; mais n'abusez pas de ce que vous avez à moitié raison. Il semblerait, en effet, que dans une chétive demeure l'esprit dût être plus humble que sous de vastes lambris et des plafonds immenses. On se redresse peut-être devant une colonne , on passe sous de hauts chambranles de marbre un peu plus fier que sous de petites portes par où n'entre jamais le soleil ^ mais les vastes salles de conseil des rois ont vu bien /les lâchetés se commettre, et que de nobles résolutions sont prises dans les murs étroits d'un boudoir !
— Alors même que nous y sommes à genoux, dit d'Hauteville.
— Paix ! Vous voilà au milieu des richesses des vieux siècles et devant ces mille objets d'art que renversèrent les volcans pour les conserver. Les conquérans, ordinairement stupides, ou la propre incurie de ces peuples, n'auraientrils pas en effet déjà