CHAPITRE IV
anéanti ces frêles merveilles , tandis qu'elles Turent, pour ainsi dire, abritées par les laves d'Herculanum et les cendres de Pompéi ?
((Si, par quelques accidens du désastre, une ou deux de ces statues nous ont été rendues un peu mu*tilées, noua voyons du moins que leurs fragmens sont restés fidèles , tandis que tout ce qui a passé par la main des hommes, de génération en génération et sans interruption d'héritage, a été dénaturé. Ainsi, tout est confondu dans nos prétendues restaurations. Le pied du vainqueur sert à étayer le corps du vaincu. Une tête de Brutus repose sur un torse de César , et Tairain que Lysippe avait fondu en héros appelle peutêtre là-bas, du haut de ce clocher, des moines à matines.
» Tenez, voici un bas-relief remarquable : il a été découvert en retournant par hasard ce porphyre qui servait de seuil à un four banal \ il vient de Résina, charmant village précisément bâti sur Herculanum et à cent vingt pieds au-dessus du premier sol. »
Les trois amis admirèrent un groupe qui manque aux descriptions de Winkelmann : c'était une Gentauresse allaitant ses petits pendant que le père leur montre un jeune lionceau qu'il vient de saisir.
Ce furent surtout les peintures^ reparaissant après dix-sept siècles , et leurs brillantes couleurs , et leur miraculeuse conservation , qui attirèrent les regards ded'Hauteville.
— J'aime, disait-il, ces fantastiques Danseuses dont les pieds ne sont jamais posés sur un terrain. Elles se détachent presque toutes sur un fond noir, comme
pour exprimer les formes rêveuses qui passent devant nos yeux durant le sommeil.
— Et celte femme caressant une Chimère, dit Camille ; c'est donc là une idée de tous les temps ? Ce monstre aux ailes de colombe et aux nageoires de poisson est un bien bizarre objet d'affection ^ mais que de grâces dans Taltitude et particulièrement dans les bras de celte femme !
— Et que d'amour dans son regard I ajouta Eléonore. On sent que rien de réel n'obtiendra jamais un tel culte de sa part.
Ils s'arrêtèrent un peu plus loin devant une fres* que dont le sujet était une cigale conduisant un char tratné par un perroquet.
I — On a voulu voir ici , dit Éléonore , un sujet injurieux pour la philosophie et une allusion à la politique. Le conducteur du char serait ce tyran romain caractérisé à la fois par son goût du chant, ses prétentions à être cocher habile ; et le pauvre perroquet représenterait un rhéteur qui accepta trop facilement le joug : en un mot, croyez-vous que ce soient là Néron et Sénéque ?
— Celle allégorie est plus ingénieuse qu'elle n'est vraisemblable, dit d'Hauleviile. Mais que fait là cet homme seul , vivant au milieu de tanl de dépouilles, et pourquoi ces charbons qu'il examine et dont il dépose de si petits fragmens sur une trame de soie ?
— Ces charbons, répondit l'artiste, sont chargés de pensées humaines : ce sont des manuscrits brûlés qu'on déroule, et peut-être sortira-t-il du travail de ce pauvre moine , obscur et affamé capucin , un livre