CHAPITRE IV
presque toutes les personnes qui se' trouvaient dans Ic^^ Musée s'avancèrent survie balcon afin de jouir de plus, près de cet imposant spectacle. l
Camille surtout avait mis beaucoup|d'empressemen'g{ à sortir. Son esprit semblait, depuis peu d'instans^ tombé dans quelque préoccupation pénible, et on eût dit qu'elle cherchait à s'arracher violemment à une pensée qui l'obsédait. Éléonpre ramena ou crut rameDcr Taltention de sa Jeune amie sur les compatrio^ tes de d'Hauteville et sur leurs manœuvres , d'une précision si rapide et si nouvelle. L'artiste se. ferma malignement les oreilles quand la musique des régimens français se fit entendre; mais elle admira de bonne foi ces vainqueurs couverts de grossiers ha*bits honorablement déchirés. Depuis la guêtre de toile blanche jusqu'aux larges chapeaux percés de balles et dont la corne s'avançait martialementsur des fronts basanés ; depuis les nattes poudrées jusqu'à l'épaulette de laine rouge flottant derrière l'épaule des fantassins comme pour indiquer le mouvement des marches, tout lui parut gai, redoutable et goguenard dans cette colonie armée.
^ Ces républicains-là feraient le tour de l'Europe s'ils avaient à leur tête quelque ambitieux, dit Éléonore au jeune capitaine.
-^ Ils en seraient bien capables, répondit d'Hauteville ] mais ils auraient alors tué la liberté pour la gloire : malheur à eux !
Cependant on battait au cercle : un double rang d'officiers se formait au pied même du balcon où ce discours était tenu, et deux chefs à cheval vinrent en
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lOocuper le centre. Le plumet , rècbarpe trieoIm*e et 'le sabre recourbé les firent aisément reconnaître pour des généraux.
I -—Le premier, dit d'Hautevilie^ dont vous ne pou- ^vez d'ici entendre la voix émue , va faire ses adieux à l'armée. Un gouvernement injuste Tarrache au théâtre de ses succès, et il remet ici le commandement è son successeur. Je ne répondrais pas que, dans la chaleur de sa harangue, il ne traitât fort mal notre Directoire exécutif^ mais je suis bien sûr qu'aucun sentiment d'amertume ou d'envie ne l'animera contre son jeune rival. Tenez, les voilà qui s'embrassent. Le plus grand, à l'œil noir, au regard fier, qui s'éloigne maintenant au galop , suivi de quelques officiers d'état-major, est le valeureux Championnet. Ceblond, au visage pâle , et qui va faire maintenant défiler les troupes, c'est le général Macdonald. Ce n'est pas la dernière fois que vous en entendrez parler.
Quand le soir fut venu, Camille s'obstina à retourner à Sorrente, bien que Lillo n'attendît pas nos voyageurs ce jour-là , bien qu'il leur eût permis de jouir plus longtemps de la société d'Éléonore et que tous les compagnons ordinaires de leurs plaisirs du soir eussent réuni leurs efi'orts pour lui faire abandonner un projet qui allait la priver du concert.
—Voyez, disait Cérillo, la nuit tombe, aucun vent ne s'élève pour faciliter la navigation du golfe, et vous n'arriverez peut-être que demain sur l'autre rive. Tandis qu'en attendant le jour, quelque brise nous viendra d'Afrique ou nous vous offrirons les moyens de faire à cheval votre trajet par Castellamare.