‹ FragolettaChapitre 26 sur 152 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

h^avoir qu'un peu do pain noir, du fenouil et de Teau pour se restaurer.

— II y a bien de la liqueur cachée sous ces feuilles au fond de la roche , mais mon père devient méchant quand il en boit.

Le moine fit un terrible signe à son indiscret compagnon, n n'était plus temps , les étrangers avaient suivi la direction du doigt de Tenfant , et ils découvrirent et apportèrent bientôt devant le feu une énorme cruche remplie d'eau-de-vie. Ils se la passèrent alternativement en reprochant à l'ermite de leur avoir caché cette ressource. Philippe en essaya un peu à son tour ; le solitaire ne put refuser de la porter une fois à sa bouche, et quand il eut bu de nouveau, une sorle d'intimité bruyante s'établit entre lui et les hôtes dont il avait commencé par se défier.

Les deux voyageurs étaient des sbires •, ils regagnaient péniblement Arezzo après une expédition manquée. Ils se mirent néanmoins à parler de leurs exploits et des avantages autrefois remportés sur les bandes de ces montagnes.

— Gomme nous les avons arrangés , ces poltrons , disait Tun , ils n'osaient tenir devant nous -, j'en ai souvent pour ma part fait fuir dix au bout de ce pistolet.

Le moine écoutait patiemment ces forfanteries; mais quand le plus âgé vint à raconter la soumission et la mort d'un ancien chef, nommé Barba-Girolamo, d'une manière honteuse pour sa mémoire :

— Cela n'est pas vrai! cria le moine avec l'accent du défi.

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Les sbires^ à la lueur du brasier, virent grandir cette figure, dont la barbe, grisonnant avant l'âge, leur avait caché toute la vigueur. Ses yeux étincelaient , et les étrangers tremblèrent quand il ajouta :

— Celui que vous avez tué, c'est moi! Et je me battrais encore seul contre dix de vos compagnons.

Puis, par un retour de pensées subit, se jetant à genoux et frappant le pavé de son front :

— Pardonnez, mes frères, je me confesse d'un indigne orgueil et j'oublie que je suis mort au monde. J'ai été amnistié par le grand-duc, absous par le pape lui-même quand j'ai été à Rome monter la scala santa sur mes genoux déchirés. Devrais-je me rappeler ce que je fus autremept que pour implorer la clémence de Dieu ! Vous le voyez , celte boisson que je repoussais m'a rendu un moment ma fureur. Excusez-moi , pardonnez-moi et priez le Rédempteur pour moi.

La neige tomba toute la nuit* La tourmente ébranlait l'ermitage malgré les pierres énormes qui chargeaient sa toiture. Les sbires ne purent reposer, et pendant que le vieillard dormait , ils formèrent à voix basse le projet de le saisir et de le mener à Arezzo*

— Qui sait s'il est gracié, comme il le dit?

— Cet homme est toujours redoutable.

— On nous saura gré de notre zèle et de cette découverte.

Philippe n'avait pu fermer l'œil non plus ; l'eau* de-vie allumait son jeune sang. Il entendit le complot du fond de son lit de feuilles , et au moment où les deux traîtres passaient déjà une corde autour des

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bras dé ton ami, il en étendit un raide mort d^un coup de carabine. Girolamo se réveilla pour saisir l'autre par les jambes , battit deux fois de la tête de son ennemi le mur de son foyer, et au lever du jour, Tanachorèle et Tenfant quittèrent la contrée après avoir jeté dans le plus prochain torrent quelque chose dont on ne retrouva jamais les traces.

Les voilà forcés , l'un de reprendre , l'autre de commencer un périlleux métier. Us gagnent les Maremmes de Pise , puis le littoral romain , et après ravoir exploré pendant plusieurs années, ils s'établirent avec quelques autres aventuriers sur la haute cime de ces monts qui divisent le patrimoine de saint Pierre des campagnes de Ponlé-Corvo. C'est là que Mastrillo fut accueilli un soir dans une ferme par une jeune fille qui l'avait trouvé sanglant sur la lisière d'un bois. Il dit qu'il avait été attaqué par des malfaiteurs pi passa pour un pèlerin, et] bientôt Léona en fut aimée et lui donna son cœur. Cet amour, le premier, le seul que Mastrillo eût senti, le changea. Il désira renoncer 'à son genre de vie, il s'éloigna de ses compagnons. Mais que faire, que dire pour expliquer son existence aux yeux des fermiers parens de Léona? Comment lui cacher longtemps à elle-même un tel secret?

Un bataillon de soldats arrive à la ferme pour surprendre le lendemain la troupe de Girolamo. Mastrillo s'échappe la nuit par une fenêtre, va avertir ses compagnons et se battre avec eux. Après l'engagement, il rentre à la ferme sans croire que Ton se soit aperçu de son absence; mais Léona l'a cherché par*

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tout en vain, el il revient blessé, et il ne peut expliquer ni comment il s'est fait ce mnl ni pourquoi une ceinture que Léona lui a donnée a été déchirée autour de son corps ^ enfin il se cache parce que les soldats reviennent.

— PerDio sagratOj dit Tun d'eux à la jeune fille, j'ai manque pour bien peu de prendre un de ces bandits. Mon camarade lui a tiré presque à bout portant un coup de mousquet qui Ta fait chanceler-, Je me suis jeté sur lui , mais il m'a terrassé avec la force d'un géant, et il ne m'en est resté que cela, un bout de ceinture. Tenez , la jeune fille , gardez-la , elle peut servir à faire découvrir le misérable un jour ou l'autre.

Léona reconnaît la sienne , el les soldats partis, quand Mastrillo vient prés d'elle lui demander la cause de ses pleurs, de sa pâleur, de ses regards immobiles, elle ne fait qu'un geste en étendant la main vers cette ceinture restée à terre , elle ne dit qu'un mot en regardant celui qu'elle a tant aimé : Brigand !

— £h bien ! oui, dit Mastrillo, d'abord épouyanté; oui, je suis celui que tu as nommé, celui que, dans sa prière, le laboureur confond le soir avec le démon. Ce que tu frémiras d'entendre , je l'ai fait , Léona. Ces yeux, où tu lisais : a Je t'aime! » ont été l'effroi du voyageur ^ ma voix , que tu trouvais douce , a excité la rage de mes compagnons-, cette main, que tu prèssais, a tué. Que veux-tu I j'ai été nourri par eux, j'ai pratiqué ce que faisaient les miens, suivi la route oïli mon père m'a guidé *, mais quand je t'ai connuei j'ai

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