‹ FragolettaChapitre 3 sur 152 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rétablit pour ainsi dire dans les airs. U» Français, coursait ainsi de terrasse en terrasse, poursuivaient, frappaient, renversaient leurs nombreux mais fai* bies ennemis. Quand la journée se fut écoulée dans ces stériles combats , il fallut implorer la clémence du général Duhesme, car il était justement irrité d'une si longue et si iqutile résistance.

Duhesme envoya quelques-uns de ses soldats pour protéger la maison où naquit le Tasse. Il fit mettre bas les armes è tous les citoyens et leur expliqua la ma* gnanimiiédes iroupes^de la républiquedans une courte et énergique proclamation : a L'ombre du grand » poôle vous protège, leur dit- il, et ce n'est qu'en » faveur de l'illustre mort que je fais grâce aux » vivans. »

Les plus riches habitans vinrent offrir une contribution. Le général la repoussa et ne demanda pour ses troupes fatiguées qu'une franche et sûre hospitalité.

D'Hautevtlle allait entrer dans son logement, espèce de palais situé près de l'église principale, quand il entendit un de ses camarades se plaindre avec amertume ie ce que l'asile qu'on lui assignait était à l'autre extrémité de la ville. C'était , disait une pauvre mendiante , une maison isolée , située par delà un ravin et de l'autre côté d'une assez haute oolline. L'officier qui murmurait était blessé. D'Hauteville , indifférente tout dans le monde, excepté au plaisirjd'obliger, lui présenta sans mot dire son billet de logement, prit l'autre et «'éloigna avant d'être remercié. Il s'éloigna dans la direction de l'ermitage de Sainte-

s FRAGOLËTTA.

Constance, qpi attire toujours les yeux des étrangers parce qu'il domine toute celte petite pointe de terre. L'île de Gaprée semble n'en être disjointe que depuis peu de jours.

La nuit était close quand le capitaine frappa à la porte de son nouveau logis. Deux domestiques ouvrirent et le guidèrent, lui et son.cl^asseur, nommé Bernard, à travers des allées d'orangers, sauvages encore tout chargés de leurs fruits mûrs. Il arriva à un pavillon assez vaste, bâti au milieu de cette espèce de parc. Dans une salle basse un vieillard d'une figure assez soucieuse , mais qui pourtant le reçut mieux qu'il ne s'attendaii à l'être, s'empressa de renvoyer ses gens pour lui dire :

— Soyez le bienvenu , seigneur Français. Je suis étranger ici comme vous-même ,' et je bénis saint Janvier de ce qu'il a permis votre arrivée jusqu'à nous. Vous voyez en nous , car je ne suis point seul dans celte maison, des réfugiés siciliens. La présence de Ferdinand à Palerme nous a jetés sur le cpnlinent comme votre présence ici a jelé le roi en ^ile.

— Je comprends mal ce que vous voulez bien me confier , dit d'Hauleville en l'interrompai^t avec politesse, mais avec préoccupation.

Le vieillard^ se préparant à une plus entière confidence, fit apporter en attendant le souper un flacon de lacryma-christi , invita son hôte à se débarrasser de son épée , de son manteau , et pria qu'on avertit sa fille de descendra.

— C'est un enfant , ajouta-t-il, elle aura eu peur pendant le combat j elle m'a quitté pour monter, je

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pense , aa sommet du belvédère, qui domine cette campagne , et si elle vous a vu entrer ici , peut-être hésitera-i-eUe à pénétrer jusqu'à ce salon.

Un rire dédaigneux et à moitié étouffé se fit entendre derrière le seigneur Lillo. Il se retourna et reconnut, demi-cachée par un rideau, Camille, que d'Hauteville considérait déjà depuis quelques momens avec un grand intérêt de curiosité. Les deux Français avaient rencontré cette jeune fille dans le jardin : elle semblait être venue au-devant d'eux dès qu'ils avaient frappé à la porte. Elle s'était tenue cependant à dix pas de distance, les avait suivis comme une ombre et enfin était entrée par une autre porte dans le salon où d'Hauteville se trouvait maintenant. L'uniforme et le langage du Français semblaient l'occuper plus que l'officier lui-même. Dés que d'Hauteville eut posé ses armes sur un sofa , Camille s'approcha curieusem^t pour les considérer, et elle tenait encore Tépée à gland d'or de son hôte quand le seigneur Lillo avait parlé de ses appréhensions. Elle s'échappa à l'instant même et courut s'occuper de sa toilette.

Le vieillard , après avoir remarqué qu'on entendait encore au loin quelques coups ^ de fusil tirés par intervalles, reprit l'entretien.

— Comme je vous disais, capitaine, nous sommes de ces serfs de Ferdinand à qui Tintervenlion des vainqueurs n'a rien qui répugne* Vous connaissez ce gouvernement -, c'est celui d'une femme et d'un étranger, d'un Anglais et d'une Autrichienne. Si notre stupide suzeraki se contentait d'aller vendre lui-même

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le poisson de la baio à ses camarades les lazzaronii à la bonne beure ] mais il laisse faire à Caroline et à Acton tout le mal qu'un peuple ne pourrait endurer sans bassesse. Monter à cheval était, il y a peu de jours , un crime pour les jeunes gens ; lire , pour les hommes mûrs *, le mot patrie témérairement pro*nonce établissait un crime de lèse-majesté. Quelques* uns de mes amis et moi, nous échappions en Sicile & rinquisition de la fameuse Junte d'État ;ïnèi^ quand la cour est venue se réfugier à Palerme, nous n^avotis pas cru devoir y rester. Nous nous sommes dispersés tous, et j'ai préféré pour ma part venir au^evant de vos baïonnettes que d'attendre là*bas la justice et la protection royales. Dieu veuille que les idées répnbli-* caines que vos triomphes apportent jusquUci se fassent enfin comprendre aux nations !

— Je ne l'espère point , monsieur, dit d'Mauteville. Qu'attendre de générations élevées dans l'ignorance de leurs droits? Elles les ressaisissent comme si elles accomplissaient un vol. L'humanité , telle que les vieilles institutions l'avaient faite, doit être ignorante et cruelle. Ce ne sont pas des hommes que des sujets d'hier-, la liberté n'est encore pour eux que la vengeance , et si par hasard ils ne sont pas aussi magnat nimes que leurs tyrans étaient odieux, quelles repré«* sailles! Voyez ce qu'ont été chez nous les représentans de la colère de huit siècles contre les rois et les prêtres : des Robespierre et des Couthon , monsieur ! des monstres presque aussi détestables que Charles IX. La démocratie frappe aujourd'hui la féodalité avec les fers dont elle Ta chargée si longtemps.

CHAmftS f. Il

«*«* Vont ne ifttifiéz toui ftiire ridée JuUê , pcmrsui» vit le Sicilien, de cequ*llaitce beau pays il y a à peine ttn oioiê» La cour avait senti que tes ennemis natu» rels étaient les hommes de probité et de lumière q[Ut ceflsposent la classe mitoyenne. Les persécutions ou- Tertes ou clandestines atteignaient partout les magistrats, les négoeians et les artistes , tout ce qui avait un nom , une vertu , une fortune , une industrie. A la lête de cette junte, espèce d'inquisition politiipa donft les membres , appelés riêiteurs, violaient nos domiciles et punissaient nos opinions; on avait placé un Vanoi , uu Guidobaldi , un Castel-^Cicala ; vous en ave« peut-être entendu parler. La cour une fois en fîiite, nos patriotes firent ouvertement des voDux pour que votre présence vînt comprimer la rage de la populace, car cette populace de men« dians M l'alliée fanatique de la cour. On accuse la reine d'avoir fait, en partant , distribuer des stylets aux lazzaroni et d'avoir voué à leur perrtcution, recommandé à leur fureur tout ce qui dépassait la condition de notaire. A l'approche de Ghampionnet le désordre a été à son comble, une foule de citoyens ont été immolés par les agens royaux , et peut-être les Français se seraient difficilement eoiparés de Na* pies

—* Gomment, monsieur, interrompit d*HauteviUe^ frappé de la plus grande surprise , il est donc vrai l Cbattipîoiinet est à Naples ?

— Depuis deux jours, poursuivit Lillo, Vous pouviez ignorer ces événemens, parce que votre division arrive par Avettiix)^ et que Mtc^roux coupait encore

ce maOn vos commiinicatioDs A Cbitdlainare ; mais les nouvelles de mer, qui sMt arrÎYèes ici depuis quelques heures, confirment tout ce que je vais vous diie.

Les lazzaronî ont fait une sanglante résistance : deux fois ils ont pris yos canons, et il a fallu pour les reprendre se résoudre à une grande perte de soldats. Il a fallu , pour pénétrer dans la rue de Tolède, que Championnet marchât sur des monceaux de cadavres. Il a combattu soixante heures contre soixai^ mille hommes , et il allait peut-être se rebuter, assourdi par le bruit des cloches et des vociférations de Five le roi! quand nos patriotes sont venus le conjurer de poursuivre Tentreprise. Eux-mêmes, pour en aider Texécution , car il y allait de leur 'vie, se sont emparés du fort Saint-Eime; et enfin, une promesse des Français de respecter les églises a achevé de leur aplanir les difficultés de cette conquête. .

— Mais Tarmée de Mêsck , dit d'Hauteville, qu'est« elle devenue ?

— Dissipée comme un brouillard. Quelle pitié! monsieur, pour ceux qui avaient vu partir, il y a un mois, cette armée de soixante-dix mille hommes allant écraser seize mille Français, passée en revue par Caroline vêtue en amazone, que de voû: revenir «me cohue sans canons, sans bagages et sans roi , car Ferdinand n'a fait qu'un pas de sa dernière place forte dans un navire.

— Et Mack , son général autrichien ?

*— Il s'est allé réfugier dans le camp de ses adrer-

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