CHAPITRE VI
AiÎYi une ligne d^opérations où nul adyenaire ne lui faisait rhonneur de lui disputer le passage. Il conyint avec les Français de tourner brusquement à gauche et d'aller troubler dans leur sécurité les vainqueurs de Montalbano. Il arriva à rimproviste, descendant comme une avalanche des montagnes de la Basilicate^ mais malheureusement pour sa cause, il fut sourd aux représentations de d'Hauleville^ qui lui conseillait de différer Tassant.
Nous avons yu que les troupes de Ruffo furent un moment ébranlées par la nouvelle de cette attaque^ elles reprirent presque subitement Tavantage que devait leur assurer leur nombre. Blessé au milieu de la nuit, pendant une reconnaissance où les Napolitains tirèrent sur leurs alliés et sur leur propre drapeau, d'Hauteville ne put- que gémir sur Finexpérience d'un chef dont le noble caractère et tout le brillant courage ne pouvaient réparer tant d'imprudence.
— Eh bien! il paraît que je fais de Teffet, disait MastriUo, monté sur le seul cheval que possédât Tarmée royaliste et en voyant, du haut d'une colline, se débander de toutes parts, aux premières lueurs du jour, les républicains repoussés.
— C'est trop prodiguer une vie précieuse, monseigneur, se hasarda de dire Frà Garofolo, un sousdiacre devenu colonel et dupe comme presque tous les autres du travestissement de la veille.
— Oui, oui , je suis brave comme un vilain et ne me soucie pas plus de mon sang que si c'était celui d'un prince. Mais, voyez-vous, ne vous y trompez
m FAAGOLETTA.
pas^ ajoula^Uil en essuyant son sabre humide et
rougi sur sa manche brodée : celui-là n'est pas sorti He mes veines.
— Que son allesse daigne songer qu'elle est réservée peut-être à de hautes destinées , dit RufTo en clignant l'œil d'un air d'inlelligence^ ce n'est pas l'unique occasion où nous aurons besoin de sa prélence ; il faut la ménager. Frà Garofolo a raison.
— Eh bien I si Garufiano a raison, qu'il me suive, dit le prince. J'aperçois là-bas une espèce de volée de corbeaux ou comme un petit nuage arrêté à micôte qui semble cacher quelque tempête^ je suis bien trompé si ce n'est pas là un bataillon français qui veut couvrir la retraite. Allons le déloger.
£t le théatin, qui ne demandait que plaies et bosses, se mit à talonner sa mule pour essayer^dQ suivre Mastrillo.
— Allez! dit le cardinal entre ses dents, et que le diable vous emporte une fois que nous serons entrés à Naples !
Cependant il fit lui-même toutes les dispositions en habile général afin de profiter des avantages d'une victoire si inespérée.
GarafTa ne put rallier ses troupes que sous les murs d'Alta-Mura, et même deux jours après il lui fallut s'enfermer dans celte place, car les bandes de Proni, de Sciarpa, de Mammonc, séparées un moment de RufTo, se réunissaient vers ce point et menaçaient d'anéantir la légion napolitaine.
Passons le détail des assauts et des résistances furieuses de part et d'autre. Assez longtemps la soif