CHAPITRE yiU
Mais ce soir-là les marchands avaient fermé leurs boutiques ; les paglietti ne portaient plus Thabit de leur profession. La foule se pressait depuis les escaliers jusqu'au pied du tribunal afin de voir venir, à la lueur des torches , les accusés qui avaient résisté (jans les forts et qu'on allait ju^er.
Ils parurent, précédés, suivis, flanqués de sbires vêtus de jaune et de noir. Les nialédictions don( les accablèrent en passant la popujace et quelques belles dames arrachèrent un sourire aux uns, firent faire à quelques autres un mouvement d'épaules; le plus grand nombre ne parut pas s'en apercevoir.
I^a ^unte était solennellement ra$sepfi})Iée. P'un côté siégeaient, sur le velours et affublés 4'bermine, un Spezialé, un Guidobaldi, un Gastelcicala, un Damiani, un Sambuti, un Savérelli, hommes de servie tude et de proie choisis parmi ces esprits sophistiques et entêtés qui apparaissent dans tous les mauvais jours des restaurations royales pour être pourvoyeurs de vengeances, et tels qu'ils ont indigné ou la France, ou l'Espagne , ou Naples , ou Londres depuis nos jours jusqu'en remontant à l'époque où une famille de princes voluptueux dans leur jeunesse et jésuites aux jours de l'impuissance fut si équitablement chassée sous le nom de Stuarts *.
De l'autre côlé il se rangea f$ur les bancs des criminels tout ce que ]^aples possédait de vertus, de lumières et de courage : outre les officiers illustrés par leur récente défense, des avocats, des artistes,
9 Écrit en 1829.
des sayans venaient présenter leurs tètes, et la galerie des spectateurs était mieux servie qu'elle ne Tayait espéré. Enlever ces jeunes hommes à la génération vivante, c'était faire reculer de deux siècles la raison publique, c'était replonger lltalie au temps de Ferdinand le Catholique, et c'était ce que voulait la cour avec une si fervente cruauté.
Spezialé fut un moment troublé à l'aspect de tant de victimes, dont la plupart ne dépassaient pas leur vingtième année et dont quelques-unes atteignaient à peine la seizième, telles que le dernier fils de Spaniô, et Titagliani , le plus beau de ces adolescens.
Pendant que Spezialé cherchait à emprunter la dignité du juge et à donner à sa figure quelque chose de l'homme :
— J'ai la tète ouverte d'un coup de sabre, dit Caraffa \ je prends la permission de la couvrir encore un moment.
Procédant alors par rang d'âge ou peut-être par la priorité de ses haines personnelles, Spezialé interrogea le défenseur du château de TOEuf.
p — Ton nom est Menlhoné? Qu'as-tu fait pendant la république ?
— J'ai capitulé.
— Et avant?
— Chacun le sait. Épargnez-vous des questions inutiles. J'ai capitulé, je le répète, et si cette justification ne paraît pas suffisante, je rougirais d'en allé* guer une autre.
— Tu vas le savoir.
Le président de cet expéditif tribunal se tourna