‹ FragolettaChapitre 57 sur 152 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

d'Y laisser mêler tant de poisons ? Emporte, mon Ois» emporte tes illusions, avec toi : c^est Tensevelir, comme un roi d'Orient, avec tes pierreries et tes trésors , avec toute la fortune humaine.

Ici quelques commandemens militaires entendus du dehors et le bruit des fusils frappant de leurs crosses les dalles de lave firent penser à quelques* uns que Theure du supplice pouvait bien avoir été avancée.

— Médire d'un pays où nous ne pouvons atteindre, delà montagne que nous ne franchirons pas, reprit Yélasco, est-ce là un dédain bien philosophique?

— Oh! Je ne tiens pas du tout à la partie philosophique, dit Caraffà. Mais, que voulez-vous, si je nV perçois dans tout ce paysage que la vieillesse en perspective? Tenez, mes amis, attendre pour voir le monde à travers des lunettes , pour devenir égoïste, pour être rebuté des femmes ^ pour soigner ses catarrhes ou sa goutte, c'est un courage que j'estime, mais que je n'ai jamais envié. C'est plus de vertu que je n'en veux avoir.

— Le drame n'est pas toujours plaisant , dit Torilla, j'en conviens^ mais ce dénoûment, tel qu'il approche.....

— J'ai bien sur moi un peu d'opium , dit Albanèsé, mais

— Oh ! ne dédaignez pas cette ressource, mon cher ami ! s'écria le docteur Cérillo. De l'opium : un breuvage intellectuel î un poison céleste! Si vous saviez jusqu'à quelles délices peut nous élever la mort de l'opium!

— Mais ]e n^en ai pas pour tout le ihoilde, ajouta Albanësé. Et il jeta au loin le présent qui lui atail été fait.

On se rapprocha alors par uii sj^mpathique mouvenient d'union. De nobles serremens de mains furent échangés. Quelques-uns des plus vieux aitiis parmi ces jeunes hommes tombèrent dans les bras Fun de l'autre , et Conforli disait à Toreillè de Logoteilo :

— Eh bien! quand nous nous promîmes autrefois que le premier de nous qui paraîtrait devant Dieu demanderait la permission de venir informer Tautre de son sort, nous n'espérions pas que nous serions assez heureux pour apprendre ce grand secret-là le même jour.

Mais Caraffa, qui vit l'attendrissement gagner tous les cœurs , s'efforça de combattre ces généreuses faiblesses.

— Savez-vous, illustre maître, dit-il à -Gimarosa, vous devriez nous donner encore en ce triste monde où nous vous laissons un dernier moment de bonheur. Faites-nous entendre une dernière fois un de ces beaux airs qui ont ravi toute l'Europe, une de ces mélodies qui ouvrent le ciel.

Et voyant que le compositeur hésitait :

— N'allez pas vous faire prier trop longtemps, mon cher ami, selon la coutume des virtuoses, car on ne nous laisserait peut-être pas, voyez-vous, le loisir d'y mettre ici toute l'importunité des politesses.

Cimarosa , tremblant, s'appuya sur l'épaule de Vi*

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