‹ FragolettaChapitre 56 sur 152 · CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni

— C'est trop de sollicitude , monsieur, dit Savérelli; rassurez-Yous, ces braves gens sont prés de leur famille. M. Méjean sait ce qu'il doit à l'autorité royale, et non-seulement il a rendu ces otages , mais quelques coupables sont ici, que lui-même a livrés à notre justice en les faisant sortir des rangs de la gar* nison de Saint-Elme , où il les avait un moment recueillis.

— Que disais-je î murmura amèrement d'Hauteville en regardant les officiers du château de l'OEuf. Si Macdonald, Olivier, Duhesme et Lamarque ne le portaient pas, je déchirerais sur moi cet uniforme.

— Ainsi, reprit Spezialé d'une voix très-haute, un autre argument , signer Palumba. Nommez , par exemple, les complices que vous avez encore dans la ville, ou je vous envoie à la mort.

— J'y vais, dit le jeune homme 5 mais non pas sur ton ordre.

Une fenêtre était ouverte derrière lui , à cause de l'extrême chaleur-, il y courut, il monta sur l'appui du marbre, et, se précipitant d'une hauteur immense, la sentinelle placée dans les fossés, au pied de la muraille, vit son ombre passer.

Spezialé poussa le rugissement de la tigresse à qui on dérobe sa proie , puis il resta comme abasourdi. L'assemblée se partagea en émotions diverses^ la séance fut suspendue.

Savérelli la reprit bientôt pour faire condamner d'HautevilIe.

— Perfides étrangers ! dit-il ; les voilà ceux qui sont la cause première de nos discordes ; ce sont eux

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qui ont 4élié ici les pœuds de la Q40)Hé et eoiratné les enfans à outrager leur père. Que )e sapg retombe sur eux !

Puis, voyant que Thôte de Lillo ^tait résigné, que le mépris qui se peignait d^^s s§s nobles traits le dispenserait d'articuler i|ne seule parole , il ajouta :

— Ce Français est abandonné même des siens ^ qu'il ne vienne pas invoquer les çoutqme^ de la guerre. Transfuge de tous les canips , cl^argé d!une mission des royalistes, il a combattu le dernier avec les prétendus patriotes.

— Assassine et ne calomnie pas I cria uiie voix connue.

— Que demandez-vous ici? 4it un des Juges.

— La vie de ce brave oi;^ la tienne.

— Qui êtes- vous?

— Lisez.

Une lettre de RufTo adressée au président exigeait inipérieusement |a liberté de d'flauteville , et Tofiicier qui la portait paraissait résolu à exécuter sa mission au milieu de dix nriille sabres levés contre lui. Cependant quelques ofticiers russes, s'apprqcliant de Taventurier pendant que la réclamation du cardinal était lue à voix basse, le décidèrent à mettre un peu dp prudence et de retard dans ses fougueux projets , et lui persuadèrent de se retirer pru^emnieot au milieu d'eux.

*^ Le crédit de son éminence a été grand , dit insolemment Savérelli ^ niais où le m^ftre cooimande, les pouvoirs d'un jour sont retirés.

CtaÀPITRE Viil. 203

Il ehereha des yeux avec emba^^as l'ambassadeur de RulTo et fut charmé de né plus rencontrer si près de sa persotine un homme qu'il avait eu d'autres occasions de ëonnaître.

— Messieurs, dit Caraffa, permettez-moi àe votis faire observer (jù'il y a assez longtemps que je languis devant votre sublime justice; je demande à être délivré du plaisir de vous voir. Je vous défie et vous détesterais si ce n'était vous faire tro^) d'honneur. Mais tout ce que voiis respectez , je le méprise ; j'ai porté les armes contre tout cela, et , si je lé pouvais, je les reprendrais ce soir. Ainsi..;

— Ainsi, dit Spezialé, qui parût Se réveiller jpoiit prononcer cette seule parole, à droite !

Quaud Hector Caraffa parut au milieu du greffe , où ses jeunes amis avaient été successivement rassemblés , il remarqua avec une surprise naïve qu'un fond de tristesse, un air de préoccupation pénible, régnaient dans les esprits.

— Qu'est-ce? dil-il. N'est-ce j)a8 pour demain et ensemble? Et qu'aurions -nous de mietix â faire quand on ne nous y forcerait pas ? Il n'y a plus d'espérance pour nos projets, nies amis. Pauvre terre de Naples! C'est ainsi que dés qu'elle produit cent hommes dignes de la liberté, l'Europe entière se rue sur elle et ne lui donne pas le temps de fonder un peuple. Mais, quoique non vengée, notre fin ne sera pas perdue pour l'avenir. D'abord elle déshonore noé ennemis, et, personnellement , ne pouvons-nous pas triompher de quelques regrets ? Il y a quelquefois entre vivre ci ne pas vivre une différence si imper-

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ceptible que je donnerais le chcâx pour une épingle. Dites-leur bien au moins, Cérillo, poursuiyit-il , que la blessure que j'ai au front n'était pas mortelle et que je ne parle pas ici de la vie comme le renard de sa queue tronquée.

La plupart des condamnés sourirent^ Vitagliani soupira.

— Ehl qu'as-tu, toi, mon pauvre enfani? reprit Caraffa. Regrettes-tu ta nourrice ou ton cheval arabe? Si je pouvais mourir deux fois, je subirais volontiers pour toi la seconde épreuve.

— J'ai porté le deuil de ma mère, et c'était mon dernier parent, dit l'élève de maître Dominique; mais que voulez-vous! j'avais coutume dans ma prison de jouer de la guitare tous les soirs, et tous les soirs quelques jeunes filles venaient danser à ce bruit sous ma fenêtre. J'en avais remarqué une... Tantôt, quand on m'a interrompu pour m'amener ici, leur plaisir a cessé comme le mien ; mais au moment où l'on me faisait passer près d'elles, entouré de tant de soldats , celle que j'avais remarquée s'est évanouie.

— Ah I malheureux, dit d'Hauteville, vous perdez plus que la liberté et la vie sur cette terre : vous étiez aimé , vous. Caraffa n'essaiera pas de vous consoler.

— Eh ! pourquoi, cher major ? ajouta celui-ci. Les dernières vérités qu'il lui aurait fallu savoir n'effaceraient-elles pas un jour la douceur de ces premiers mensonges ? Songez donc que nul cœur d'homme n'a encore trahi le sien -, que nul amour de femme oe Ta plongé dans le désespoir; qu'il est dispensé des épreuves ! Et ne vaut-il pas mieux jeter la coupe que

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