CHAPITRE X
était propre i lui mériter un éyénemetit heureux. Là il 9B croyait pour quelques instans dans une meilleure Yoie de bonheur. Puis il s'irritait contre lui* même et croyait sa présence un obstacle à Tarrivée de la lettre , de Texprés, de Févénement qu'il implorait. Avec la faiblesse et le malheur la superstition se glissa dans son âme. S'il avait rencontré, yers l'endroit où quatre chemins se coupent en croix, un mendiant, une pauvre femme vêtue de noir, et qu'il eût passé sans les secourir, rappelé bientôt pai* la voix plaintive , il revenait sur ses pas pour essayer d'apaiser son mauvais sort par une aumône. On est charitable aux deux extrémités de la fortune : heureux et aimé, souffrant et trahi ; mais la tiédeur de r&me rend égoïste et sourd.
D'Hauteville frémissait à l'idée d'être observé. S'B avait vu un sourire sur les lèpres de quelque passant, il s'arrêtait ; il était prêt à demander cr^ec fiireur quel motif on pouvait avoir de sourire. Ses nuits étaient des agonies déchirantes. La pensée venait-elle à lui échapper, dans un court sommeil, le premier songe lui rendait son mal, et en cet instant où le fil des idées se renoue, quand il n'était pas encore réveillé, il était déjà malheureux , il sentait déjà son cœur comme saisi par une main qui l'aurait pressé. Un soin qu'on prenait de lui lui était odieux s'il dérangeait le silence ou même le bruit, une fois qu'il était établi. Si dans les ténèbres et le calme des longue insomnies il entendait une voix lointaine, il y répondait par un cri de détresse; enfin, c'était l'abandon qui le tuait, et tout ce qui troublait cet abandon était la mort.
m MAGOUStTA.
Un 8ofr II voaluf relite cette dernière lettre de GamîUe, qu'il pressait souvent dans ses mains amaigries, mais sans être tenté de Toutrir, par le secret ayertissement qu'elle ne contenait pas Tamour dont il était altéré. Cette fois il la prit dans la résolution d'y eheroher la vérité cruelle, et s*il ne put la découvrir tout entière, au moins Peffet de cet examen du désespoir fût de le rendre encore plus résigné. Mais en la replaçant dans le mince et léger portefeuille qui Bê l'avait jamais quitté au milieu même des combats, ses doigts rencontrèrent l'épaisseur d^un cachet. C'était celui dont il avait {fermé lui«mêroe un des eompartimens de ce souvenir, comme pour y déposer sous ces scellés un objet préciéut et triste qu'il n'aurait voulu ni perdre ni voir. Ses yeux tombèrent fixement sur lé cachet noir : il entendit au fond de son cœur le premier reproche d'avoir refusé si longtemps un regret , une pensée peut-être à l'infortunée
M^ deT Sa lettre était Ià comme un témoin de
préoccupations ingrates depuis qu'elle avait été le Chercher devant Sorrente. Il rompit la cire, revit en tremblant l'écriture si connue, et, développant aveo soin cette légère feuille, encore parfumée, il lut :
« Si j'avais compté sur votre amitié, mon ami ; si J'avais regardé comme un frère celui qui fut tout pour moi , et que je l'eusse chargé de soins et de volontés sacrées , n'estnse pas quMl ne trahirait point de pareils sentimens?
» Vous allez croire que pour vous solliciter ainsi et pour parler d'avenir, il faut avoir renoncé à beaucoup d'espérances. Vous ne vous trompez pas. Adieu,
Mmv». L'égoUme, inséparable 46 Vmwur, me pouue à Yout dire cet adieu ; mm ce sem le der-* niôr.
» Je Y0U8 le disais bien que votre iodifférenoe me tuerait. Yous étiei iudiilérent mAïue 4 me Teoteadre dire ! A présent Je si|is eflirayée de la douleur w» TOUS ailes ressentir, car yous êtes bon, et si «u lieu de votre aiQour je u'euise demandé que votre iaog » vous Tauriez épuisé pour moi. Cette fois onfin^ il est donc bleu vrai que je vais mourir? Quand aiy>il vieuiL docteur a répondu à une de mes questions p<|r aoa silencQ , il m'a fait le même bien qu'un tuteur qui aurait brisé mille obstacles pour nm rapproeber do vous. Vous n'avet pas compris iout ce que votro abandon serait pour moi^ mais moi ^ avec la douleur de h blessure» j'avais reçu avec joie rassuranee qu'elle était mortelle» Partir sans me revoir ! Je voua ai accusé....* et maintenant je vous bénis. Cette douleur était nécessaire pour briser les restes d'une force qui n'est plus la vie. L'espoir, sans cesse re^ naissant et détruit, ne retient au monde que pour languir.
» Votre impatience de vous éloigner a été bien mal déguisée sous le prétexte de la gloire. Ce n'était paà la gloire, ce n'était pas les camps et l'Italie que voua cbercbieiE, c'était la France qu'il fallait fuir. Il y a donc bien du malheur é se sentir ingrat, puisque oe sentiment peut nous exiler, et pour y échapper, nous {aire courir au-devant de la mort? Mais, le croirie»- Yous, je n'ai pas un instant tremblé pour vous ^ je vous crois invulnérable à tous lea dangers d'ttM
24 FRÀfiOLETrA.
gaerre meurtrière. Il me semble qu^on ne peat monrirque de ce qui me (ae. Et d'ailleurs que serait-ce de vous perdre mort quand vous ylvez et ne m'aimez pas?
» Pardonnez-moi d'être exigeante encwe en montrant tout l'amour qui m'est resté. Vous croyiez à la fin de cette passion qui ne s'exalterait plus de sa propre force en s'épanchant sans cesse? J'en avais dans le cœur bien plus encore que sur les lëTres quand de folles expressions s'y précipitaient.
» Ne croyez pas que je vous reproche rie». Aimer n'est pas une ckarité qu'on ûciye faire, et qui n'inspire pas d'amour n'a jamais le droit de se plaindre. J'ai peut-être fait moi-même naître votre indiflérence par mon peu de solo de me rendre aimable ^ j'aurais dû priser davantage ce qui vous avait d'abord séduit. Cette fragile beauté, ces talens que vous aimiez, la recherche de ma parure, tout était négligé : je me croyais parée d'une affection si tendre I J'étais la pins dévouée, je me croyais la plus belle.
» Adieu. Une autre aurait pu être heureuse de l'attachement que vous me portiez^ mais mon âme, à moi, sentait qu!eUe ne possédait pas toute votre &me. Tous m'aimiez autant que vous pouviez aimer Honorine et non pas de toute votre puissance d'aimer. Ah! que du moins je ne sois jamais vengée ! Que cet amour qui fait vivre de la vie d'un autre vous ne le sentiez jamais! D'Hauteville et une autre... Tenez, je crains que la mort ne suffise pas pour détruire cette pensée. Priez pour que la jalousie ne me suive pas dans le tombeau.
GHAPmiB X. 36
' 1» Je me sens maintenant plus oppressée; mids ce n'est peul^re que Teffet de mon mal. Ce bon docteur fait ouvrir les persiennes et apporter des fleurs. Il ne eait donc pas, mon doux ami, que l'air seul qui manquait à ma vie c'était ton souffle ?
3» Mais vqyez avec quelle confiance Je cause atec TOUS aujourd'hui et comme la dernière heure réccHiciliel J'étais importune yivante, mais désormais, n'estH» pas, vous penserez à moi, sans irritation contre moi, contre vous-même et peut-être avec quelque tendresse? Obi oui, pleurez-moi un instant et respectez des vœux que vous connaîtrez bientôt, afin que J'aime la raortouque du moins je m'y confie •ans peur. Adieu. Ne venez Jamais vers la place où ils m'enfermeront demain. Une de vos larmes réchauflèrait peut-être la morte, et Je ne veux pas revivre en ce monde, un monde où l'on n'est pas aimé! »
Yers le milieu de la même nuit, un bruit inaccoutumé se fit entendre aux habitans de la petite auberge. L'édat d'un fouet et le galop d'un cheval retentissaient au-dessus des murmures de la rivière. Les hôtes ouvrirent leurs portes, élevèrent un flandieau pour reconnaître le voyageur : c'était Bernard. Il demanda son maître et monta précipitamment dans sa chambre. Il le trouva immobile près d'un foyer éteint. Sa tête était appuyée contre la pierre de la cheminée; une lettre ouverte était à ses pieds et il ne fit aucun mouvement, bien que la porte eût été poussée avec quelque effort. Bernard éleva la voix, point de réponse. Il saisit la main de son comman- II. 3
4aii(; i^e Alait «i froide que le paoTre ohattoar Jagea qu'U devait y avoir déjà bien loogteinpi qu'il ayait perdu conoaiwance* II le fit doucement reveoir à la . Yie»etd'HauteviUe ne sembla reprendre içs sens que pour s'informer de.sa mère* Bernard avoua sans mér- Aagement qu'il la croyait indisposée. ,
— fit son mal estm grave? Quel est ce mal, mon .vieil ami?
~ Samel commandant) vous m^avies tant défisoda de paraître dans la maison et de parler A qui qpie ce fftt de votre retour que je n'ai po aller moî*nième en reconnaissance et me renseigner proprement; mais j'ai cependant envoyé là une dame de mes amies trés-adroite et très^fine. On lui a répondu : « La mère garde la chambre depuis trois semaines ; la Jeune demoiselle se porte bien, y
D'Hauteviile parut réfléchir.
— Quant au citoyen ministre de la guerre, .poursuivit le chasseur, il se porte bien, celui-là ; mais c'est un fier insolent I
On ne l'écootait plus. Dans la situation où se trouvait d'Hauteville, il ne lui en fallait pas davantage pour sortir de sa profonde inaction. Dés que sa mère pouvait avoir besob de ses secours, il oublia ses souflrances et résolul de partir sur**le^hamp.«
A mesure qu'il s'éloigna du petit village de Fiavières, le mouvement, la fatigue et la distraction des objets renouvelés sur sa route, Jusqu'à la conversation de Bernard, moitié affectueuse et moitié Joviale, tout produisit un effet inattendu sur le malade. Il se sentit bijBBtôt plus de fi^rce qu'au d^art Quapd il