‹ FragolettaChapitre 94 sur 152 · CHAPITRE XII. n · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. n

autres pensift, plusieurs déguisant mal leur impatience de se retirer depuis que le départ de Lucien était connu.

— Un dernier mot, dit Laréveillére. Si ce que nous craignons arrive jamais, mes amis, gardez du moins le souvenir de ce qu'était ce pays-ci quand Taventurier Faborda. Nous verrons bien ce quMl sera s'il

doit l'abandonner un jour, et nous comparerons

dans ce monde ou dans l'autre.

Ce mot d'aventurier blessa tout à fait au vif Augereau, déjà impatienté du manque de respect qu'on avait montré pour le vainqueur d^ Mêlas.

— Mais c'est insulter mon général, dit-il, et il y a assez longtemps que le^pêkins commandent : vous le traitez comme un misérable qui ne serait bon qu'à faire un prince ! Si j'étais sous ses ordres, ce n'est pas vous qui m'en donneriez d'autres.

— A-t-ildéjà un séide? demanda un des assistans.

— Votre dévouement est donc grand? lui demanda directement Laréveillére.

— Si grand, répondit l'officier irrité, que s'il Por* donnait, je ferais voler votre tête.

— Allons donc, dit la dame, affectant de sourire, mais déguisant mal son dédain : c'est un propos de muet que vous tenez là, général.

On rit, mais on se sépara.

Cependant la conversation presque secrète qui captivait Adriani s'était prolongée jusqu'à ce mo^ ment, et le jeune étranger se promettait bien de ne rien négliger pour connaître son gracieux înteriocu^

teiir. ta dume tu turban s'approcha d'eux, et d'un air de préoccupation assez singulier :

— Juliette, vous ne venez pas? dit-elle. Je vais repartir pour Paris à Tiastant; ne désirez-vous pas que je vous reconduise ?

La Jeune dame s'élança avec la vivacité de sa taille aérienne, et, après us léger salut à Adriani, courut rejoindre sa compagne. Adriani resta confondu de cette puissance, de toute cette supériorité enchanteresse qu'il venait de découvrir pour la première fois dans un sexe dont il avait peut-être un peu méprisé la faiblesse,

^^ Quelle est donc cette dame, monsieur? se hâtatril de dire à la première personne qui se trouva prés de lui après cette disparition.

«^ La plus grande, monsieur? celle qui est coiffée en sultane ? C'est M'"'' de Staël.

— Non pas, monsieur, non, l'autre, repriWl impatiemment.

• *-^ Allons, monsieur veut rire; tout le monde la connaît bien, dit le personnage en se perdant dans la foule.

Adriani, plus excité encore dans sa curiosité, main pfaa sur la trace des deuxamies, qui se dirigeaientdéjà vers leur voilure. Mais il n'osa plus se montrer de* vant elles ni abordei; aucun de leurs gens pour s'io-' former de ce qu'il désirs^it savoir, depuis qu'il avait entendu, comme malgré lui, en marchant paraliélemeot prés d'elles et caché par les arbustes qui se-» paraient deux allées^ cette partie de leur eonver^ •ation :

GBAPITIIE Xfl. fis

•^ Qaelto éCatt donc cette Jeune femme afee laquelle TOUS paraissiez causer avec tant de plaidr?

— Une femme, dites^vous ? C'était bien un trèsjeune homme.

— Vraiment ? Il est vrai que }e n'apercerais que •a tête iHKidée au-dessus de rotre épaule, tnaU ii est donc d'une bien singulière beauté!

Là Adriani s'arrêta. Il renonça à Tinstant même à poursuivre Tobjet de son admiration subite, et pourtant quand la Jeune dame fut trop loin pour essayer de la rejoindre, il se repentit de n'avoir pas au moins prêté l'oreille jusqu'à la réponse qu'elle devait avoir faite à la dernière question de son amie.

La nuit tombait. D'Hautevilie, Adriani3 Eugénie et une ou deux personnes seulement de leur société se retrouvèrent dans d'immenses salons tout éblouissans de lumières, de cristaux et de fleurs. Mais ils s'y retrouvèrent absolument seuls. A cet aspect ils se sentirent le cœur serré; ils n'expliquaient pas l'abandon si subit de ce palais , l'aspect presque funèbre de ce lieu de plaisir. Le maître lui-même en avait disparu ; on eût dit qu'un génie malfaisant, en planant au-dessus de l'édifice, avait fait évanouir d'un souffle la joie , la fête et les convives. Que de luxe perdu I dix mille bougies n'éclairant plus personne; partout des buffets d'or, des sorbets, des vins précieux plongés dans la glace , et pas un couple pour s'approcher ni choisir. Là des laquais immobiles ; ici des orchestres retentissant dans le vide des salies ou accompagnés quelquefois par le lointain

M FRAGOLETTÂ.

roulement des carrosses qui se précipilaient vers Paris.

**- Sortons, dit Adriani, le clair de lune est plus beau que ce triste spectacle.

' — J'ai le souvenir de pareilles soirées passées en Italie, dit d'HauteviUe *, mais ces symptômes étaieni toujours ceux qui annonçaient des fléaux.

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