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m PRAGOLETTA.
MbatA de quelques pamphlétaires atec le directoire. Qalmporteot d'inhabiles violences ? des sottises écrites ou exécutées? Nous vivrons morts jusqu'à nouvel ordre» Ah! si vous voulez savoir ce qui se passe à LcHidres, par exemple , nous vous dirons que lord Fox, celui-là même qui était ici il y a peu de jours^ Tient de prononcer au parlement un discours admirable en faveur du général Lafayette, prisonnier à Olmutz. Nous vous dirons que M. Pilt...
— Il s'agit bien de M. Pilt!
— - Et de quoi donc ?
Le nouvelliste alors, soit qu'il se ftt un plaisir d'exciter une curiosité croissante, soit qu'il cherchât quelques auditeurs de plus avant de révéler son secret, ainsi que semblait l'indiquer son regard promené autour de lui et enfin le geste qu'il fit pour attirer plusieurs personnes de son côté, le nouvelliste se t«t.
— Il se moque des curieux, dit un des rédacteurs de la Décade philosophique, et il a bien raison. Marchons toujours.
•— Un moment ! cria le mystérieux personnage , menacé de perdre son auditoire. Tous ne savez donc pas la nouvelle ? Eh bien ! il a quitté l'Egypte.
— Qui?
*-• Le général Bonaparte.
— Un bd événement ! dit dédaigneusement la dame.
— Immense ! s'écrièrent à la fois plusieurs personnes.
On se regarda. La dame, qui avait fait quelques
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pas pour t'éloigner, revint e( «emUa» mtigfé «on
premier mouvement, solliciter du regard la ooâfir<« mation de ce fait et de tous ses détails,
— Il a quitté 'l'Egypte, redit le narrateur triom«« phant. Et même il est débarqué à Fréjus,^ et mèin« U est débarqué à Paris !
— Fort bien! dit le Suisse aux cheveux blonds s voilà qui est plus complètement [fabuleux. Vous au-* riez du talent pour continuer les Contes urabei, monsieur, et finir Fhi^toire de Sinbad Iç marin. Et son armée d'Egypte? et la croisière des Anglais? et le temps de faire quarantaine à Toulon?
— Son armée d'Egypte ? il l'a laissée i Kléber. La i»*oisière des Anglais ? Nelson est si occupé sur les Ilots de la Ténus pudique qu'il a enlevée & rambasr sadeur de Naples que la frégate française a passé une belle nuit entre les jambes de l'amiral. La qua^ rantaine exigée pour les voyageurs de l'Orient ? Bo^ naparte ne Fa pas faite.
-^ 11 nous apporterait donc la peste ?
— Peut-être ^ mais il vous l'apporte du moins avee la vivacité d'un télégraphe, et il arrive sous lesmurs de Paris comme un boulet de canon.
— r Tant mieux! tant mieux! Heureux retour! répétèrent presque en chœur un assez grand nombre de personnes, parmi lesquelles se remarquaient Ten- ^housiaste Boulaye (de la Meurthe) et certain diplomate, Jadis abbé, qui se balançait en ce moment avec complaisance sur la meilleure de ses jambes. •«-< Il sanvera la république, ajouta un coiooeL ^ Si la république avait besoin d'filrâ sauvée, dit
Laréveillére^ ce serait peut-être des complots d^an chef militaire.
— Vous Yoilà bien, dit le malin boiteux, avec yos inquiétudes exagérées, vous autres républicains du Portique! Bonaparte ambitieux! lui 'qui ne prend dans ses ordres du jour que le titre modeste de membre de Tlnstitut ! lui qui déteste le luxe et Téclat ! qui n'aime que les poésies d'Ossian, parce qu'elles détachent de la terre! Il faudra le solliciter pour Tarracher à sa studieuse retraite. La France entière sera libre, messieurs, mais lui ne le sera peut-être jamais !
On ne sait ce que pensait en articulant une telle apologie le personnage qui a déclaré depuis que la parole avait été donnée aux hommes pour déguiser leurs sentimens *, mais Aréna, qui l'observait déjà avec des yeux pleins de colère, parce qui! croyait deviner qu'il avait été secrètement instruit de ce retour et qu'il l'avait peut-être sollicité lui-même par ses lettres, crut remarquer que le négociateur, tourné alors du côté de l'abbé Desrenaudes, son féal confident, lui montrait du bout du doigt sa propre langue, dont il gonflait sa joue à la manière des écoliers.
— Ce que vous dites là, répondit Laréveillëre, est bon tout au plus dans un discours d'apparat ou à faire accroire à des niais par le mystificateur Musson *, mais quand les augures sont en présence, que diable, mon cher ami, ils ne se moquent pas les uns des autres!
— Serait-ce le premier ambitieux, fit observer d'HauteviUe, qui eût commencé par être probe? Pour
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moi, je brise mon épée de soldat et Je redcvieiis ci** toyen si Tennemi est dans Fintérieur.
— Eh bien ! vous avez tort de croire que Bonaparte songera jamais à se faire dictateur^ dit le général Augereau; je le connais, moi, et c'est un jeune homme trop bien élevé pour cela.
— Certainement, ajouta le même colonel : il est républicain et philosophe !
— Singulier républicain, dit la dame, qui a livré Ycnise à FAutriche ! Singulier philosophe , que le flatteur affecté de tout noble et de tout prêtre rebelles aux lois de son pays ! Ces deux prédilections supposent-elles ou non le goût des valets de cour et le besoin de faire prêcher le despotisme? Voyons, Constant, qu'en dites-vous ?
— On ne connaît guère ce Corse-là, mon très-cher compatriote, dit brusquement Aréna sans donner â un autre le temps de répondre. C'était déjà un tyran dans ses langes. Et qu'est-ce que vous savez de. lui jusqu'à ce jour? Qu'il a coopéré à la prise de Tour Ion? Il a coopéré bien davantage aux vengeances de la convention contre les citoyens de la même ville. C'est là qu'il a pris le surnom de terroriste et a mé»rité d'être destitué comme partisan de Robespierre. Et ensuite il a mitraillé les Parisiens au 13 vendé^ miaire. Noble exploit! tirer sur le peuple au profit des conventionnels! A la vérité, sa campagne d'Italie a été belle-, mais qui n'eût pas vaincu avec Murât, avec le général Lannes, avec Augereau, que voici, et tant d'autres braves! Et pourquoi a-t-il fait décider ensuite l'expédition d'Egypte? Pour l'intérêt de .sa
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gloriole. Monui^dr Irouvait Par» hamide, mopsioar s'irritait de quelques épigrammes de journatistea et voulait faire du grandiose à quelque prix que ce fût. Eh bien! il en aura coûté vingt*einq mille hommes et vingt-cinq millions à la France pour éviter k uo soldat quelques heures de mélancolie. Et comment aurait-il osé quitter TËgyple, s'il vous piatt? Nous savions que les troupes étaient nues, qu'il n*y avait lias un sou dans la caisse, que lui-même avait entamé une négociation avec les Turcs et que tout moyen de vaincre était perdu désormais. S'il vient, ce ne peutêtre qu'un déserteur^ ses officiers, abandonnés, ont eu le droit de le juger là-bas dans un conseil de guerre, et il ne reste au directoire qu'à le faire fusiller.
— Fusiller notre meilleur général ! s'écria Bouiay* S'il revient, c'est évidemment sur lebruiide nos défaites et afin de repousser nos ennemis.
— Eh bien donc, qu'il reparte, dit tranquillement Laréveiilére, car la France, triomphante partout, n'a pas eu besoin de lui.
— Et où allons-nous donc, messieurs, cependant? ilit le prêtre sécularisé d'un air sans conséquence, mais comme un homme qui désirait lÂter les esprits.
— A la bêtise, dit la dame au turban. Le directoire n'est qu'une pétaudière d'inconnus ^ l'Europe se moque de nous avec nos cinq prociireurs ou fripiers dont personne ne sait seulement les noms au delà de la barrière d'Enfer, dont la réputation, bornée au nord par le ruisseau dç la rue de Vaugirard, finit à l'hôpital des Sourds-et-Muets. Il nous faut enûn de l'illustration, messieurs, des noms historiques ^ et,
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tentf 9 il ftttt au bout du ccmiple des mains propres pour leoir les rênes d'un État.
— Sans doute, tnadame, et layées à la pftte d'amande, dit le républicain avec ironie. Et nous aurons sauvé la république, nous, au péril de notre vie, au
péril de noire honneur car qui se vantera d'avoir
agi sans passion, d'avoir marché sans tomber, dV voir concouru sans excès au renversement d'un empire? Et le tout, pour que, les beaux jours arrivés, nous remettions k des oisifs qui n'ont touché à rien ce fruit de nos labeurs, pour que nous nous laissions gouverner dans le calme par ceux qui se cachaient jdurant Torage ! Madame, la moin calleuse du laboureur sait aussi porter la gerbe de moisson. Nous connaissons l'histoire des marrons de la fable, et si •nous laissons à des dissipateurs inexpérimentés Tor amassé laborieusement, nous aurons bien mérité de perdre notre fortune.
— Vous me comprenez mal, cher théophilan* thrope. D'abord, je me reprocherais comme un crime d'avoir pensé que le sang de trois millions de Français puisse être perdu. Je n'ai pas plus que v<Mis l'amour du sabre; en venir là serait honteux. La belle expédition que nous aurions faite en faveur de la liberté ! ce serait rapporter le minotaure au lieu de la toison d'or. Je pense seulement , et je le pense avec mes amis, avec Barbé-Marboîs, avec Barthélémy, avec Camille Jordan, que notre constitution de l'an III,' dont vous parliez ce malin, pourrait se mo^ diiier avec beaucoup d'avantage sur la constitution anglaise.
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— Gertakiement, madame, faire de Targent Tunique condition d'être membre de la cité, fonder Taristocratie métallique, établir un tarif des droits de Thomme, tant pour être membre de la société, tant pour la représenter; repousser le génie pauvre au profit, quand elle est riche, de cette bêtise dont vous parliez tout à Theure; établir un régime où Thomme à qui vous confiez le salut de vos enfans et le vôtre ne pourra peut-être pas voler des centimes additionnels, un régime enfin où Jean-Jacques Kousseau n'aurait pas été membre du parlement! cela vaut bien la peine de faire Tessai d'un pacte nouveau!
— Mais ce général Bonaparte, dit le royaliste, moi, je n'aurais pas de répugnance pour lui. Il est clair que s'il prenait jamais le pouvoir en main, il le rendrait bientôt ou placerait infailliblement les Bourbons sur le trône.
— Tous ne connaissez guère, monsieur le duc, dit la dame, la génération qui s'est formée en votre absence. Elle croit pouvoir marcher toute seule, car elle a fait l'expérience que vos privilèges ne valent pas son courage^ elle a vaincu sans vous et ne l'oubliera pas. Mais tout ce que nous disons là, messieurs, sont des hypothèses folles. Bonaparte n'est pas revenu. Son frère était là tout à l'heure. Il doit le savoir^ appa* remment; il n'y a qu'à le lui demander.
On chercha Lucien ; il avait disparu. On sut que le directeur Sieyes s'était éloigné dans la même voiture, immédiatement après avoir reçu une ordonnance venue de la rue de la Victoire.
Le groupe allait se séparer, les uns tristes, les