‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 105 sur 226 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

rejoindre les aMiij> que vous avez assassinés ce malin. Peut-être du haut de leur dernière demeure nVatlendenl-ils et daigneront-ils me sourire.

Ses yeux se levèrent en disant ces paroles et rencontrèrent la pale figure de d'Hauteville, qui, appuyé contre une colonne, tenait aussi son regard perdu vers ce ciel que tous les infortunés implorent. Éléonorc poussa une exclamation de terreur et de joie^ elle crut, dans toute l'exaltation de son esprit et de son malheur, qu'un prodige était permis en sa faveur et qu'un envoyé de l'autre vie descendait pour l'encourager et la soutenir.

Savérelli avait vu ce mouvement, avait suivi ce regard -, mais le proscrit baissa la tête, et fendant la presse un peu brusquement, il s'éloigna de la chapelle.

— Tu as raison, dit un des lazzaroni qui Ty avait amené, il n'y aura rien à voir ici tant qu'on ne lui aura pas apporté la communion ^ ensuite ce sera l'affaire d'une minute ou deux. Nous reviendrons.

D'Hauteville s'élança, perdit son compagnon au premier carrefour et crut, avec l'air extérieur, respirer un peu d'humanité et d'espoir.

On ouvrait les portes du théâtre, et la représentation était gratuite. Il pensa ne pouvoir être nulle part mieux en sûreté qu'au milieu des saturnales de cette populace. Le' roi était dans sa loge : à sa droite Caroline; Nelson occupait la gauche; derrière Nelson la belle Emma, et dans une attitude familière, le général Acton s'appuyait sur le fauteuil de la reine. L'allégorie qui fut représentée, au milieu des chants

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et des danses, montrai! le roi sous la figure de Saturne; Caroline était Rhéa, et le dieu de la force, promettant d'éterniser Tào^e d'or, était vêtu en otTicier de la marine anglaise. Nelson, si peu spirituel qu'il était, fut cependant choqué d'une si grossière parade et sortit un moment pour errer dans les corridors. 11 y rencontra deux officiers de son escadre qui ne se détournèrent nullement pour rire de pitié.

— Je vous avais prescrit les arrêts, monsieur le Commodore?

— El je ne les tiens pas, monsieur l'Amiral.

— L'n officier méconnaît les réglemens?

— Un amiral viole bien la justice et l'humanité.

— Si je vous demandais votre épée?

— Je la tirerais contre fhomme qui déshonore ici le nom de l'Angleterre. Osez-le 1

Mais Ferdinand, qui voyait bien que les friperies mythologiques n'amusaient guère les spectateurs tout particuliers de cette représentation , profita de ce qu'il était laissé seul un moment pour faire venir à souper dans sa loge, comme au bon temps des premières années de son règne. Et quand il eut mangé des macaronis aux applaudissemens de toute la salle, qui admirait sa bonne grâce et son adresse à imiter toutes les manières des lazzaroni, il se crut plus roi qu'auparavant.

La comédie fut reprise ensuite, non sans quelque jalousie de la part du bouffon de la troupe. Mais au milieu d'une scène un peu moins tumultueuse que les autres , un des spectateurs vint à entendre passer au dehors la cloche du desservant qui précède le

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