‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 130 sur 226 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lendemain à sept heures du matin dans la chambre du malade, il y a là comme une manière d'aide de camp qui demande à vous voir. N'est-ce pas qu'il est de trop bonne heure? et avec ça qu'il vient de la part de ce ministre qui n'a pas voulu me recevoir.

— 'Fais entrer, dit d'Hauteville, qui, loin d'être contrarié par un objet étranger, échappait ainsi à la longue méditation de ses propres sentimens.

L'olficier parut, et d'Hauteville pressa la main d'un ancien camarade.

— J'étais bien sûr, dit joyeusement celui-ci, que mes yeux ne m'avaient pas trompé hier, à la représentation d'Henri FIIL Je t'avais reconnu ; je l'ai dit au citoyen Bernadotte, et c'est lui-même qui m'envoie te prier de venir à l'audience particulière du matin.

Il fallut obéir, bien que d'Hauteville eût déjà fait d'autres projets pour cette matinée, et en peu d'instans les deux amis se trouvèrent dans le vaste hôtel qu'occupait alors le département de la guerre, au bout de la rue de Lille.

Bernadotte , entouré d'un cercle d'officiers supérieurs et s'adressant à un général de moins de trente ans, d'une figure mélancolique, d'un maintien grave et sérieux, parlait avec une certaine élégance de manières étrangères aux habitudes de l'auditoire, et employait même quelque recherche de langage, qu'il devait moins à l'étude qu'à la société assidue de M'^^ de Staël.

— Partez, mon cher Joubert, disait -il; hâtezvous de prendre le commandement de l'armée d'Ita-

lie, et que la république n'ait pas à regretter le temps que vous avez donné ici aux plus douces affections de votre cœur. Faites payer aux Autrichiens la lune de miel ^ l'épouse d'un mois se consolera au bruit de nos acclamations qui célébreront vos triomphes. Vous avez déjà détrôné un roi, le roi de Sardaigne, poursuivez votre carrière de républicain.

Joubert, qui avait légèrement rougi , ne répondit que ces paroles : « A'ous aurez dans peu le bulletin d'une grande victoire ou la nouvelle de ma mort, t) — Je n'accepte, dit Bernadotte, que le meilleur de ces présages. Oui, meschers camarades, poursuivit-il, nous avons grand besoin de ces victoires -là. Savez-vous bien que Souwaroff nous bat en toutes rencontres ? Savez-vous bien que la citadelle de Turin s'est rendue? Savez-vous bien que rarchiduc Charles s'empare de Zurich, que Jourdan repasse le Rhin, que nos départemens de l'Ouest sont en feu? Plus de confiance, de crédit ni d'argent nulle part. Je ne vous le cache pas, mes enfans, parce que nous allons nous séparer, parce que vous partez tous pour des missions opposées, que vous ne sèmerez point ces nouvelles et ne verrez dans ma franchise qu'une obligation de bien faire. Mais, le diable m'emporte 8Î le découragement n'est partout! On dirait que nous avons désappris le succès. Est-ce que le temps est déjà passé où les généraux faisaient six fois leur devoir sur le champ de bataille? Est-ce que, pour n'avoir plus besoin de gloire, les patriotes ne sentiraient plus le besoin de liberté?

— Eh 1 citoyen ministre, dit le vieux général Du-

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