‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 147 sur 226 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

locuteur, qu'elle savait en possession d'une des premières places de l'État. Mais celui-ci souriait déjà avec affabilité.

— Il fallait tenter cette expédition , dit-il , quand ce n'eût été que pour restaurer ici les belles manières et même la modération, un peu oubliée depuis quelques années.

— Et vous avez raison, monsieur, que vous parliez ou non sérieusement : et le beau langage, voyez-vous, et la tradition de ces airs aussi difficiles à obtenir que nos prérogatives, ce quelque chose enfin qui mettait la France à la tète des nations bien élevées et faisait distinguer au premier coup d'oeil les véritables gens comme il faut.

— Appelons-nous encore les bons airs parler plus haut que tous, railler ses créanciers au lieu de les payer, insulter les mœurs et la pudeur par les discours ?

— Du tout, monsieur.

— Eh bien ! monsieur, la constitution de Tan III ne défend ni de s'enfariner la tête , ni de porter un chapeau inutile sur la hanche, ni de s'habiller en gourgourand. Cela rend peut-être peu propre à agir, à se mouiller, à nager, à combattre. Les soldats de Valmy et d'Arcole n'avaient pas d'habits à paillettes, quand ils avaient des habits j mais l'égalité ne s'offense pas de cela , mais la liberté s'étend à toutes choses , mais la patrie n'a même pas fait de lois contre les ailes de pigeon, lesquelles pourtant semblent n'avoir servi qu'à fuira une assez bonne quantité de ses enfans rebelles, transfuges pommadés, cohue odoriférante!

On peut reprendre quand on voudra de telles habitudes : seulement il n'est peut-être pas jugé nécessaire de recréer tout exprès pour cela des classes et des catégories.

— Tous aviez bien les vôtres, riposta le ci-devant. Et qu'est-ce que c'était donc que les déportés, les mis hors la loi et niême les suspects ? Catégories pour catégories

— J'aime encore mieux les comtes et les barons, dit le républicain.

— Et monsieur préfère-t-il aussi les carmagnoles, les jours de l'abominable terreur?

— A quoi ? dit Tinterlocuteur d'un ton calme , mais en appuyant sur ces deux mois avec une telle fermeté d'intonation, en donnant, si Ton peut s'exprimer ainsi, au point d'interrogation qui terminait sa phrase une forme si exigeante et si crochue que le royaliste demeura un moment interdit. Est-ce au temps des abominables persécutions? Est-ce à l'abominable régne des Anglais dans nos villes? Est-ce aux jours de l'abominable Saint-Barthélémy, des abominables dragonades, des abominables bûchers des Cévennes? Ma foi, monsieur, il y a de quoi réfléchir un moment sur le choix. Mais si c'est à plusieurs époques de la puissance royale, à l'abus môme de tant de faveurs échangées contre celles des courtisanes et au régime du bon plaisir, c'est autre chose. Je préfère franchement les lettres de cachet au tribunal révolutionnaire et la Basiille aux échafauds. D'ailleurs, monsieur, la mort du roi...

— Oh ! ma foi, monsieur, interrompit le courtisan,

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