‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 148 sur 226 · CHAPITRE XIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÎ

celui-là était un pauvre homme qui ne s'est jamais mêlé de son sort -, un bon bourgeois qui ne méritait guère d'être chef de la cour et qui n'a rendu à la royauté qu'un seul service...

— Celui de mourir, n'est-ce pas? Il est heureux que ses défenseurs en conviennent. Monsieur, je ne pense pas comme vous : son testament évangéhque atteste des vertus qui méritaient le trône. C'est quelque chose que d'avoir pardonné, je ne dis pas seulement à ses bourreaux, mais à ses amis absensi Votre maître n'a dû ses malheurs qu'aux préjugés que traîne après soi l'absurde éducation des dauphins. Son cœur voulait le bien du pays, mais son esprit, l'ancien régime -, celte contradiction lui a coulé la vie. Charles I" et lui n'ont qu'une même histoire : là-bas la réformalion religieuse, ici la réformation politique-, un duel contre le siècle : il y fallait périr. Mais malheur à qui a conseillé la résistance!

— Au moins je comprends ici avec satisfaction que monsieur n'eût jamais pris le nom odieux de régicide.

— Je l'ai refusé au péril de ma vie dans la convention, dont j'étais membre. Ce nom est ce que vous dites lorsque l'action qu'il désigne, au lieu d'avoir surtout été commise par représailles sur quelques dominateurs ou égorgeurs d'hommes, l'a été en violation des lois jurées sur une patiente et noble victime. Il est odieux, car il signifie homicide ^ mais il Test assez sans qu'on y attache, au profit des tyrannies à venir, je ne sais quel fanatisme déclamatoire et quelle mysticité de colère. Laissons cela aux rimeurs d'odes, aussi bien que leur beau sang-froid ou môme leur

admiration pour un conquérant qui immolera des générations entières à quelque vanité bien cruelle et bien sotte, tandis que ces flagorneurs écument de rage s'il est parlé du sacrifice d'un seul au salut de tous. Car, monsieur, qu'un prince tue un peuple, rien de plus véniel dans nos histoires 5 mais qu'un peuple, même opprimé, touche un cheveu de la tête d'un roi, diable ! demandez aux écrivains pensionnés si ce n'est pas là un forfait sans nom !

— Vous me faites encore trembler, je le confesse. Et cependant Robespierre disait en 1791, qu'un roi mort n'était pas un homme de moins. Ne seriez-vous déjà plus à la hauteur de ce grand homme ?

— Ce grand homme? répliqua le républicain avec une sérénité inaltérable : ce grand homme était un monstre. Son règne est passé sans retour, car nous n'avons plus les vices ni môme les vertus qu'une telle existence suppose.

— • Des vertus, monsieur ?

— Oui, monsieur: intégrité, désintéressement et courage. Ce monstre crut que pour fonder la république (sa religion, à lui) il fallait frapper deux cent mille protestans aristocratiques. Qu'est-ce que cela comparé au nombre des victimes qu'ont coûté quelques autres théories humaines? Il le crut, et il fut conséquent , et il ne recula point devant les moyens dassurer le meilleur avenir qu'il croyait possible.

— Mais, monsieur, périsse un gouvernement, fûtce celui de l'âge d'or, s'il doit coûter ce prix-Iàl

— Eh! mon Dieu, monsieur, je suis de ce timide avis. Il est au-dessus de l'humble probité d'un ci-

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