II
— Pardieu ! je ne m'étonne pas. Et comment un tel accident a-t-il pu arriver? Mais regardez donc, il vous manque un éperon.
— Voilà qui explique tout ceci, dit Adriani avec un grand air de franchise : il aura marché sur cet éperon tombé; ce sont deux accidens à la fois. Poursuivez en paix votre route ; je vais le conduire jusqu'à Villemonble, où j'essaierai de trouver à coucher.
— Et personne n'aurait soin là d'un pauvre cheval qui a déjà le pied en sang; mieux vaut le mener en main et au pas jusqu'à Paris. Donnez-le à mon cocher, qui l'attachera en troisième, et nous irons doucement pourvu que vous puissiez vous faire une place dans la voiture.
Adriani n'opposa plus d'objection. Il s'était élancé dans cette voiture avant d'Hauteville lui-même et se glissa comme un jeune serpent entre les deux voyageurs.
La conversation reprit bientôt le caractère d'intimité et d'abandon que les affections de chacun supposaient. Adriani contemplait à la clarté de la lune, quelquefois voilée, cette noble figure de d Hauteville, où respiraient la confiance du courage et toute la sérénité de la vertu. Il se rappela tout ce qu'il savait de lui et se surprit dans un élan d'amour et d'admiration pour sa personne-, il lui tendit une main blanche et efféminée et serra la sienne avec une plus vive et plus longue étreinte que n'en comportait l'affection fraternelle.
De son côté, la présence d'Adriani rappelait trop à d'Hauteville l'image de tout ce qu'il aimait pour