‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 185 sur 226 · J36 FRAGOLETTA · texte numérisé non relu

J36 FRAGOLETTA

de six chevaux de poste, paraissait un peu plus rêveur que dans l'habitude de ses méditations sur la politique spéculative. On eût dit qu'il voyait remuer dans une cervelle philosophique, abritée alors par une perruque blonde qu'il avançait incessamment sur son front comme pour se déguiser, quelque chose de plus en relief et de moins pacifique que des idées. Les deux parlementaires eurent bientôt pris des chemins divers : Lucien regagna à toute bride la route tortueuse qui traverse le bois de Boulogne, et Sieyes suivit au petit pas le bord de l'eau.

Cependant le major et le groupe de cavaliers marchant sur le même chemin en sens inverse, se trouvèrent bientôt face à face. Quelques-uns le regardèrent avec défiance et l'observèrent longtemps. Il reconnut confusément dans la mêlée Berthier, le colonel Sébastiani, Lavalette, Lannes, Murât faisant caracoler son cheval de bataille, etLefèvre, qui répétait en jurant : (( Il faut jeter les avocats à la rivière, il faut jeter les avocats à la rivière ! » Mais ses regards demeurèrent attachés comme malgré lui sur l'un de ces officiers qu'il n'avait encore rencontré nulle part et que les autres semblaient laisser marcher à quelque distance en avant d'eux.

Celui-là montait un cheval de race mameluck, sur lequel il roulait plutôt qu'il n'était assis. Il était fort maigre ; sa figure sèche et basanée était accompagnée de cheveux longs, noirs et plats ; un cordon de soie, qui suspendait un sabre turc fortement recourbé, serrait tout au bas de la taille un corps fluet, habillé d'un uniforme passé de mode et dont les basques un

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