CHAPITRE XIV
lâche n'est plus que du sang à répandre ! Honorine, êtes- vous vengée ? »
Il était déjà neuf heures du matin, et un soleil devenu resplendissant empêchait d'Hauteville, dont il frappait les yeux, de distinguer nettement au loin les objels qui commençaient à animer la route. A la hauteur des deux ou trois petites auberges nommées collectivement le Point du Jour^ espèce de hameau au pied duquel le pont de Grenelle a été jeté depuis, un nuage de poussière annonça des cavaliers, et il reconnut des officiers de toute arme et de tout grade qui formaient une sorte d'élat-major.
Il lui parut qu'on mettait de la gravité dans cette marche et quelque chose de mystérieux, à la façon des conspirateurs. Mais le caractère français, l'impétuosité, l'indiscrétion, le rire, se mêlaient involontairement dans ces rangs irréguliers. Le major se retourna pour embrasser d'un plus vaste coup d'œil la route de Saint-Cloud, dans laquelle il venait de déboucher lui-même : au pied de la colline prochaine, et derrière lui, il vit marcher, à deux portées de canon, un détachement de cavalerie, environ quinze cents chevaux qui s'éloignaient de Paris au grand trot. Il remarqua militairement qu'il était placé entre la petite armée et ses généraux formant arrière-garde. Dans une contre-allée basse de la roule il crut reconnaître Sieyes et Lucien en conférence. La résolution et même la témérité paraissaient empreintes sur les traits, dans les gestes du président à cheval; mais le directeur, qui venait de descendre d'un petit bidet à courte queue et s'enfonçait dans une voiture attelée