‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 213 sur 226 · CHAPITRE \VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE \VI

Quand le maître de ce palais se retourna, il reconnut, au milieu d'un faste si plein d'élégance et de grâce, son rustique ami Mastrillo.

— Le major d'Iiauteville! dit Tex-prince royal. Ah! celui-là nous fait donc Thonneur de ne pas nous croire ingrats î II peut avoir besoin de notre crédit, et il nous cherche.

— Ce n'est pas vous que je cherchais, dit dHauteville tout en répondant alTeclueusement aux serremens de mains qu'on lui prodiguait. Mais je vous retrouve riche et heureux, et c'est avec un sentiment de joie tel qu'il me consolerait de mes peines si elles élaientmoins vives. Je demande dans ce même palais Philippe Adriani.

— Eh bien! ne cherchez plus, dit Mastrillo : que lui voulez-vous ? Mais d'abord , hûtons-nous de nous entendre-, c'est moi, major, qu'on appelle Adriani. Voilà bien des noms pris et quittés en peu de temps ; mais je ne tiens qu'à un seul , et je suis toujours le même homme.

— Philippe! articula doucement Léona.

— Oui, Philippe! dit le royal bandit, la rapprochant de lui par le bras dont il avait serré sa taille avec amour.

— Là est toute sa vie, major, ajouta-t-il en montrant le cœur de sa femme • c'est par le souvenir d'un bienfait qu'elle vous a reconnu, car pour sa tête...

Et il acheva le sens de ses paroles en agitant sa main et regardant le ciel.

Léona imita le même geste et sortit.

— Je suis certain de ce qu'elle va faire, dit Phi-

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lippe, enlraînant d'HaulevilIe vers un siège-, elle va ordonner qu'on nous laisse seuls. Ne vous montrez pas gêné de la prétendue indiscrétion que vous allez commellre. J'aime mieux les anciens que les nouveaux amis , et un brave que cinquante marquis. L'occasion d'être utile est plus rare que celle d'être vain, mon cher ami, et je commence à comprendre qu'il faut quelquefois éviter le monde pour ne pas devenir orgueilleux. Mais voyons, vous pouvez avoir ' des intérêts à débattre avec la famille dont je porte le nom maintenant, il faut bien que je vous dise comment ce nom-là m'est venu. Savérelli...

D'Hauteville ne put réprimer un mouvement dhorreur.

— Je comprends, dit Philippe. J'augmenterai votre étonnement tout à Theure en ajoutant que cet homme fait partie de ma maison; mais procédons par ordre, et encore une fois laissez-moi vous exposer mon trèscourt roman.

On servit le chocolat, puis les anciens compagnons restèrent seuls :

— Savérelli, continua Philippe, saperçut, après le retour de la paix, que son crédit cl le mien baissaient considérablement à la cour. J'avais cependant une espèce de fortune, et il n'en avait pas. Il était informé que je savais bonne partie de ses anciens méfaits, et il craignait de se voir dénoncer parce qu'il eût été capable d'une lâcheté pareille. Il ne pouvait me nuire, il s'attacha à moi. Faute de moyens pour me perdre, il paraît qu'il résolut de me servir, mais tout en faisant ses propres affaires. II me rechercha, il me flat-

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