CHAPITRE IV
trouvé vide ^ le geôlier et le podesta se virent accusés de connivence. D'Hauleville même n'échappa pas à quelque soupçon de générosité pour un aventurier qui avait montré du courage. Ce qui fortifia celte idée, c'est que la pauvre folle qui demeurait dans !a même maison que le Français, Léona, avait été vuo rôdant autour de la prison de Sorrente, et on assurait même qu'elle y avait pénétré.
Mais ces événemens furent oubliés bien vite et parce que les atTaires publiques occupaient autrement les esprits et parce que Lillo, échappé au danger qui avait fait craindre pour sa vie, recouvrait chaque jour sa santé et ses forces. La disparition de Mastriilo avait laissé à peu de personnes le doute que ce ne fût bien lui qui avait atîenlé aux jours du vieillard. Cette fuite même donna de la sécurité à toute la maison de Lillo, et quand les Français placèrent un poste non loin de celte demeure comme pour lui assurer une sauvegarde de plus, l'hôte de d'Hauteville fut touché de cette précaution sans la regarder comme utile. Tous les cœurs se rouvraient donc à la paix, à l'espoir, au bonheur, sans en excepter le cœur de d'Hauteville, car nous ne l'accuserons pas de voir renaître avec peine l'obstacle qui s'opposait encore à ses vœux.
« Quelque avancement, pcnsait-il, me rendra peutêtre un jour moins indigne de posséder Camille; heureux ou tué, voilà l'avenir qui se lève pour moi chaque matin, et n'est-ce pas un bonheur qu'il ne se trouve déjà aucun intermédiaire entre ces deux dénoûmens de la yie d'un soldat? Espérons. »
Le jour du concert qui devait avoir lieu chez Eléonore approchait. Eiéonore elle-même vint à Sorrente visiter Lilio et trouva lanî de progrès dans sa convalescence qu'elle insista vivement pour que les trois amis parussent à Naples dans sa soirée. Le blessé s'en défendit pour lui-même avec douceur- mais il joignit ses sollicitations à celles de l'artiste afin de décider Camille et d'Hauteville.
Camille résista avec une timidité qui ne lui était pas ordinaire.
— Mais, lui dit Liilo, il y a assez longtemps que tu es garde-malade. El veux-tu, ajouta-t-il tout bas, que le monde croie nos rapports changés , qu'Eléonore soupçonne ma confiance moins entière en toi? Il cit important de n'éveilier aucune de ces idées. Je conseille et j'ordonnerai s'il le faut d'accepter l'invitation. Deux de mes gens vous suivront dans le voyage, et en la compagnie d'Éléonore et de d'Hauteville, que veux-tu que j'appréhende pour ma fille chérie? Ya, tu sais que je n'aiuieque les plaisirs que tu goûtes, ce sont ceux-là que je sens.
Presque seuls ensemble pour la première fois depuis les révélations de Lillo, Camille et d'Hauleville passèrent deux jours à Naples.
— Allons, disait Éléonore, visiter des objets nouveaux. Il faut occuper l'esprit après tant de déplaisirs et daccidens. C'est un événement aussi qu'une pensée vive ou une riante image. Combien de faits enregistrés dans nos graves annales ne valent pas un aspect de pluie ou de soleil, un beau nuage, le vol de cet oiseau dont un éclair vient de dorer les ailes I